loi et TOit » : ÎIII
Jésus, dans son second discours (v. 12-20), s'était attribué deux modes d'enseignement : le témoignage^ par lequel il révèle son origine et son essence, et le jugement, par lequel il dévoile l'état moral de ses auditeurs. C'est dans le morceau suivant que sa parole atteint, sous ces deux formes, le plus haut degré de force et d'éclat. « J'ai beaucoup de jugements à porter sur votre compté, » avaitil dit au V. 26. Ces sentences plus sévères, que Jésus se réservait de prononcer dans on moment favorable, nous les trouvons dans les deux premiers morceaux de ce discours : 1° Israël est esclave du péché : v. 30-36. 2® Le diable est son père spirituel : v. 37-47. Après cela, le témoignage de Jésus sur lui-même, provoqué par les injures de ses auditeurs, s'élève à sa plus grande hauteur : â^ Jésus détruit la mort : v. 48-53. A'* U est avant qu'Abraham fût : V. 54-59.
1® L'esclavage d'Israël : v. 30-36.
V. 30-32. € Comme Jésus prononçait ces paroles, pluùturs crurent en lui. 31 Jésus dit donc à ces Juifs devenus croyants : Si vous demeurez fermes dans ma parole, vous serez réellement mes disciples ; 32 et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira, > — Le terme € crurent 9 désigne sans doute ici la disposition, hautement exprimée, à reconnaître Jésus comme le Messie. Dans ce nombre assez considérable de croyants se trouvaient peut-être des membres du Sanhédrin. XII, 42: € Plusieurs des chefs crurent en lui. > Ils sentaient bien que, dans les paroles que Jésus venait de prononcer, il y avait autre chose qu'une vaine jactance. Mais Jésus n'est pas plus ébloui par ce succès apparent qu'il ne l'avait été
par la profession de Nicodème (III, 1. 2) et par Tenlliousiasme de la multitude galiléenne(Vl, 14. 15), et, au lieu de traiter en convertis ces nouveaux croyants, il les met immédiatement à Tcpreuve en leur adressant une promesse qui, malgré sa grandeur, présente un côté profondément humiliant. C'est ainsi qu'en agit souvent Jésus. En face d'un hommage, il ouvre plus profondément les trésors de la vérité divine. Celui dont la foi n'est que superficielle se heurte à la sainteté de cette nouvelle révélation ; celui dont la conscience a été saisie, tient bon et pénètre plus profondément dans l'essence des choses. — La particule donc, au v. 31, résume toute cette liaison d'idées que nous venons de développer.
Cette nouvelle scène ne peut guère avoir eu lieu le^ même jour que les précédentes. Le v. 31 s'explique de la manière la plus naturelle, en admettant que ceux des pèlerins étrangers qui avaient cru, étaient repartis le lendemain de la fête, et que, dès ce moment, Jésus ne se trouva plus entouré que des auditeurs croyants qui avaient appartenu jusqu'alors au parti juif. On s'étonne, au premier coup d'œil, de rencontrer dans cet évangile une alliance de mots telle que celle-ci : des Juifs croyants. Mais cette coniradictio in adjecto est intentionnelle de la part de l'auteur; elle est n)ème la clef du morceau suivant. Ces croyants étaient bien toujours, au fond, des Juifs; ils continuaient à partager les aspirations messianiques de la nation ; seulement ils étaient disposés à reconnaître en Jésus l'homme qui avait mission de les satisfaire. C'était à peu près la situation d'dme de la foule galiléenne, jusqu'au ch. VI ; et la crise violente qui va suivre, en Judée^ a une grande analogie avec le sévère triage exercé précédemment par Jésus parmi ses adhérents galiléens. Quel chef de parti, quel homme poussé par un mobile person-
CHAP. VIII, 30-a2. 87
nel en eût jamais agi de la sorte? — Nous n'avons pas rendu, dans la traduction, le pron. «ûtô (en lui), désirant plutôt rendre le sens du partie, parf. -rreirtcTeuxoTeç (devenus croyants),
La nature de la promesse faite par Jésus v. 31 et 32 est admirablement appropriée au but qu'il se propose. II sait que l'aiTranehissement du joug romain est la grande œuvre que l'on attend du Messie ; il spiritualise donc cette espérance et, sous cette forme plus élevée, la présente au cœur des nouveaux croyants. — *Y|/.eK, vous, vous autres, en opposition à la foule. — L'expression demeurer dans renferme l'idée de la persévérance. Jésus leur fait comprendre qu'il y aura pour leur foi naissante des obstacles â vaincre, que sa parole rencontrera dans leur propre cœur des préjugés enracinés contre lesquels sa force pourrait échouer, et qu'ainsi une rechute dans l'incrédulité est encore pour eux un danger sérieux. — Par cette image : demeurer dans, la parole de Jésus est con^parée à un sol fécond dans lequel la vraie foi doit s'enraciner toujours plus profondément pour prospérer et fructifier. — Kat /v. 39) : et à cette condition : c'est ici une promesse d'une portée plus éloignée que celle du v. 31 : ils sont disciples dés ce moment, s'ils persévèrent (prés. ècTÊ, « vous êtes » ) ; et sur cette voie, ils arriveront un jour à une illumination supérieure qui achèvera en eux l'œuvre de l'affranchissement moral. Cette promesse a trait au don de l'Esprit (VU, 88. 39). — La vérité est la pleine révélation de l'essence réelle des choses, c'est-à-dire du caractère saint des relations entre Dieu et l'homme, comme être moral, par conséquent aussi du salut. Elle est renfermée tout entière dans la parole de Jésus, et elle se dévoilera à ces nouveaux croyants lorsqu'une lumière supérieure les fera pénétrer dans le vrai sens de cette parole. Par là ils seront
affranchis, non de la puissance politique étrangère, mais de la puissance interne du péché. Sur quoi repose en effet l'empire du péché dans le cœur humain? Sur une fascination. Que la vérité brille dans le cœur, le charme est rompu. La volonté se dégoûte de ce qui la séduisait, et, selon l'expression du psalmiste, c Toiseau est échappé du filet de l'oiseleur. » Voilà la vraie délivrance messianique. S'il doit y en avoir une autre, plus extérieure, elle ne sera que le complément de celle-là.
V. 3â et â4. € Ils lui répliquèrent: Nous sommes la postérité d Abraham, et nous n avons jamais été esclaves de personne; comment dis -tu: Vous deviendrez libres? 34 Jésus leur répondit : En vérité^ en vérité^ je vous dis que celui qui fait le péchéy est esclave [du péchéy.^ — Qui sont les interlocuteurs de Jésus qui lui répondent de la sorte? Selon la plupart des interprètes modernes, ce ne peuvent être les Juifs croyants du v. 30. Comment Jésus leur reprocherait-il, au v. 37, de chercher à le faire mourir et les appellerait-il plus loin enfants du diable? LùcKe envisage donc les v. 30-32 comme une parenthèse et rattache le v. 33 à l'entretien précédent (v. 29). Luthardl cherche un moyen terme. Il pense qu'au milieu du groupe de gens bien disposés qui entourait Jésus, et dont il vient d'être parlé, se trouvaient aussi des adversaires, et que ce furent ceux-'ci qui se pressèrent en ce moment au premier rang et prirent la parole ; c'est à eux que s'adresserait plus spécialement Jésus dès le v. 37. Mais, dans les deux cas, il faut reconnaître que le récit de Jean serait singulièrement incorrect. 11 est impossible, en lisant le v. 33, de penser à un autre sujet que les croyants des v. 30-32; et nous verrons que les derniers mots du v. 37 ne permet-
* I) l) omettont tr^; a^ap-ia;.
CHAP. Vin, 32-3i. 89
tent pas non plus une autre application. Sentons seulement de plus près notre texte. Ce n'était certainement pas pour rien que l'évangéliste avait formé une alliance de mots aussi monstrueuse dans notre évangile que celle de Juifs croyants. Il y avait en effet chez ces gens- là deux hommes : le croyant naissant — c'était à celui-là que Jésus avait adressé la magnifique promesse v. 31 et 32 — et le vieux Juif, encore vivace : c'est celui-ci qui se sent froissé et qui va répondre (v. 33). Ils retombent ainsi dans la solidarité avec leur peuple, dont ils ne s'étaient que momentanément et superficiellement dégagés. Le commen- I taire de tout ce passage est donné par 11 , 23. 24 : « El plusieurs à Jérusalem crurent en son nom... Mais Jésus ne se liait pas à eux. » II discernait sous leur foi du moment le vieux fond juif qui n'était encore ni transformé, ni même sérieusement attaqué, et qui ne manquerait pas de se heurter bientôt à sa parole. Pour que la promesse prononcée par Jésus, v. 31 et 32, pût faire vibrer les cordes intimes de leur cœur, il eut fallu cbez eux quelques expériences semblables à celles que saint Paul expose Hom. VII : les angoisses d'une lutte sérieuse, mais impuissante, avec le péché. Mais ils n'avaient rien éprouvé de semblable, et, par conséquent, leur foi ne pouvait être de longue durée. Jésus le prévoyait bien quand il disait : c Si vous demeurez fermes:}^ et qu'il ajoutait: (l Alors vous serez véritablement mei disciples. » Bien loin donc qu'il y ait de la confusion dans la narration de Jean, il faut plutôt admirer la délicatesse et la finesse de son récit.
L'assenissement que nient les auditeurs de Jésus ne I saurait être de nature politique. Leurs pères n'avaient-ils pas été esclaves au pays d'Egypte, asservis, du temps des Juges, à toutes sortes de peuples, puis soumis à la domi-
nation des Chaldéens et des Perses? N'étaient-ils pas euxmêmes, en ce moment, sous le joug des Romains? Impossible de les supposer aveuglés par Torgueil national au point d'oublier ces faits patents, comme l'admettent de Wette, Meyer. L'explication de llengstenberg et de Luthardt, qui rapportent cette parole uniquement à l'autonomie spirituelle et à la prééminence religieuse que les Juifs s'attribuaient sur tous les autres peuples, est encore plus forcée. Les v. 35 et 36 prouvent clairement que les auditeurs de Jésus ne pensent ic\ ni à leur indépendance nationale, ni à leur supériorité spirituelle, mais à la liberté mvY^, et par conséquent individuelle, dont ils jouissaient en tant que Juifs. Ainsi s'explique facilement la relation entre les deux assertions du v. 33 : « Nous sommes la pos-tériiê d Abraham y et nous ne fumes jamais esclaves. ^ Sauf un cas unique, spécialement prévu, la loi interdisait la condition de l'esclavage, relativement aux membres de la communauté israélitc. Il était donc fort rare qu'un Juif fût réduit à l'état d'esclave. La dignité d'homme libre brillait en général au front de tout ce qui portait le nom d'enfant d'Abraham. Ces Juifs avaient compris sans peine que la délivrance promise par Jésus n'était pas l'affranchissement de la puissance romaine ; qu'aurait signifié dans ce cas cette expression : La vérité vous affranchira? des mots ne pouvaient désigner qu'une délivrance de nature morale et purement individuelle. Or, comme, à côté de la dépendance nationale, ils ne connaissent d'autre servitude que l'esclavage civil ou personnel, ils se récrient, prétendant que Jésus les apostrophe comme des esclaves. Us changent ainsi en outrage la plus magnifique promesse; cet les voilà déjà au bout de leur foi, i^ comme dit Stier. Oa voit si Jésus avait eu tort de ne pas se fier à cette foi-là^
CHAP. VIll, 33-36. 91
Le gén. tt,; apwtpTia;, du péché^ omis par le Cantahrigiensis et un document important de Vltala^ fait l'effet d'une glose. Sans ce complément, le sens est : il est esclave (dans la maison de Dieu). Sa relation avec Dieu a un caractère de crainte et de servilité. Ce sens se rattache parfaitement à ce qui suit, oii il est parlé de la servitude vis-à-vis de DieUy et nullement vis-à-vis du péché. Dans cette leçon le sens est donc celui-ci : c Celui-là est esclave, vraiment esclave^ quoi que vous en puissiez penser, b Que si néanmoins on maintient dans le texte ce complément: du péchés avec la plupart des autorités, il faut admettre dans ce cas que la réponse de Jésus a plutôt le caractère moral que logique. C'est à la conscience qu'il s'adresse : € Celui qui fait le péché a réellement un maître, et ce mailre, c'est le péché lui-même. » En effet, le péché entraine le plus souvent le pécheur là où il n'aurait point voulu aller et finit même par confisquer entièrement sa volonté. Le passage Rom. VI, It)-'I8 offre une idée analogue à celle de cette parole ainsi comprise. — Le partie, présent roiôv, qui fait k péché ^ réunit les deux notions d'acte et d'état. Et le gén. TTC a[i«pTtaç, si on le maintient, fait ressortir fortement le caractère dégradant de la dépendance affirmée.
V. 35 et 36. c U esclave ne demeure pas à toujours dans k maison; le Fils y demeure à toujours K 36 Si donc le Fik vous affranchity vous serez véritablement libres. > — Si on lit au v. 34 les mots tyiç àpiapTia;, du péchéy la transition du v. 34 au v. 35 ne peut se comprendre qu'en admettant une transformation dans l'application de l'idée d'esclave. Tandis qu'au v. 34, le maître était le péché, dans les v. 35 et 36, c'est Dieu, ou Christ agissant dans sa
* H X r omettent les mots o uto; jjisvEt g».; tov aïojva (confusion des
^eux Et; TOV aïojva 1.
maison comme son représentant. Cette modification à introduire dans la notion de Tesciavage moral n'est pas inadmissible sans doute. Elle s'explique par l'idée qui est à la base des épîtres de saint Paul : c'est que l'esclave du péché devient par là esclave par rapporta Dieu. Fùt-il même membre de la théocratie, il ne peut dans cet état qu'y occuper une position servile; dominé par le péché, ce tyran dont la volonté est contraire à celle du maître de la maison, il ne peut rendre à ce dernier qu'une obéissance forcée. Aou>^'jti> (701, je te sers^ dit le fils aine à son père dans la parabole de l'enfant prodigue (Luc XV, 29). Un tel homme a beau avoir le tilrc d'enfant; en réalité, dans sa relation avec Dieu, il est esclave. Mais la liaison est beaucoup plus simple si l'on retranche, au v. 34, le complément : du péché. € Celui qui fait le péché est esclave (par rapport à Dieu^.D Or un tel état moral ne saurait assurer à l'homme un domicile permanent dans la maison de Dieu. Car, séparé intérieurement du Père de la famille, il n'est point membre réel de celle-ci. <? Il ne reste dans la maison qu'aussi lonp:temps que le maitrc veut se servir de lui.> (Luthardt.)
— Opposé à ce terme d'esclave, le titre de fiU paraît au premier coup d'œil avoir un sens abstrait et désigner une qualité, non la personne du Fils de Dieu. Mais le v. 36 oblige à donner au terme de Fils (v. 35) le sens concret. C'est que dans ce cas-ci l'espèce et l'individu se confondent. Jésus tii^e en effet Timage dont il se sert ici d'une maison où il n'y a qu'u/i fils, qui porte en lui la yens tout enlière. C'est ainsi que le terme de fils devient le titre personnel de Jésus et ne s'applique en réalité qu'à lui seul.
— Le passage Gai. IV, 21-31 semble n'être qu'un développement de celte parole du Maître. Comp. aussi l'éloignement du fils aîné de la maison paternelle, dans la para* bole de l'enfant prodigue.
Le Juif, tant qu*il est de cœur asservi au péché, ne fait donc partie de la théocratie qu'à titre d'esclave, et n'y occupe par conséquent qu'une place transitoire. Il faut donc que les auditeurs de Jésus, tout bons Juifs qu'ils sont, soient moralement afifranchis par le Fils, s'ils veulent devenir membres permanents de la maison de Dieu. Le^ V. 36 formule cette conclusion et achève ainsi la démonstration de la déclaration v. â1 et 32. — C'est au fils, comme représentant de la famille et héritier du bien patrimonial, qu'il appartient de prononcer l'aiTranchissement. d'un esclave et de l'élever ainsi au rang de membre de la famille. Jésus substitue ici sa propre personne à cette vérité dont il disait v. 32 : Elle vous affranchira. C'est qu'il est la vérité vivante et que la vérité ne resplendit pour l'homme que dans sa Parole. Cette Parole est donc pour le croyant ce que la formule de manumissiOy de libération, était pour Tesclave. Elle en fait un homme libre en dissipant le prestige trompeur sur lequel repose l'empire^ du péché. Le mot réeUement fait allusion à la fausse prétention des Juifs, V. 33. — Cette promesse est presque littéralement reproduite par saint Paul Rom. VIII, 2 : « Aa W de r Esprit de vie qui est en Jésus- Christ, m'a affranchi frUtiSépom \u) de la loi du péché et de la mort. >
Jésus a répondu à la seconde assertion du v. 33 : Nous ne fûmes jamais esclaves. Il attaque maintenant la première, qui en était le point d'appui : Nous sommes la postérité d'Abraham, et il démontre la véritable origine, la filiation morale du peuple qu'il a devant lui. C'est le sujet du second morceau.
2* L'origine spirituelle d'Israël : v. 37-47. V. 37 et 38. « Je sais bien que vous êtes la postérité ^Abraham; mais vous cherchez à me faire mourir, parce (lue ma parole ne fait pas de progrès en vous. 38 Pour
moij je dis ce que^ fai vu chez le Père^: et vous y vous faites les choses que * vous avez entendues de la pari de votre père*. » — Jésus ne récuse point rautheniicîté des registres civils en vertu desquels ses auditeurs aflirmenl leur qualité d^enfants d'Abraham. Mais il allègue un fait moral qui anéantit la valeur de cette filiation physique dans le domaine des choses de Dieu. C*est exactement la même méthode polémique que celle de Jean -Baptiste, Matth. III, et celle de Paul, Rom. IX, Gai. III. —On cite particulièrement les derniers mots du v. 37 : Vous cherchez à nie faire mourir, pour prouver que tout ce discours ne peut avoir été adressé aux Juifs qui avaient cru (v. 31). Mais ce reproche peut être adressé à ces Juifs en tant que faisant encore partie de cette communauté israélitc qui aspirait de plus en plus à se défaire de Jésus; et cela afin de les pousser à rompre le dernier lien de solidarité morale avec un peuple animé de pareilles dispositions. — Malheureusement, Jésus doit constater dans ce moment même qu'en eux s'accomplit le mouvement inverse et qu'ils se replongent de plus en plus dans ce milieu de la vie nationale dont ils paraissaient commencer n s'affranchir, c Ma parole, dit-il, ne fait pas de progrès en vous^t^ Le mot ywpetv a deux sens principaux : l'un transitif, contenir {11,6) — ce sens n'est pas applicable ici ; — l'autre intransitif : changer de place, avancer. Ce verbe s'applique dans
* N B c n L \ Or. quelques Mnn. Cop. lisent a au lieu de o que lit T. R. avec E F G H K M S T* U P A A Mnn. It. Svr.
* BCLTX Or. retranchent [xoj que lil T. R. avec les autres Mssel prescjuc toutes les Vss.
' N B C 0 K X 'non L lisent « dans la seconde propos. T. R. avec les aulras : o.
^BCKLX 45 Mnn. Cop. Or. isouvenl; lisent r^xouaaxE Tupa lot» -aTpo; ; T. R. avec n D E F G etc. Iti»>*''^''i"« etc.: Etopaxaie napa tco raipi - — BLT omettent u;xo)v après toi* raipo;.
CHAP. Vin, 37.38. 95
ce sens à une eau qui coule, à uq trait qui transperce, a
une plante qui germe, à un corps qui en pénètre un autre,
 un argent placé qui rend ses intérêts. Partant de ce sens
intransitif, plusieurs ont expliqué : c n'a pas changé de
place [pour s'étaler] en vous. » Mais on ne retrouve pas
dans ce cas la notion de mouvement qui est inhérente à ce
terme. Ou bien l'on a traduit : f n'a pas d'entrée^ d'accès
chez vous 9 (Osterv., Rilliet, etc.). Mais on attendrait dans
ce sens le régime tk ^[tàç plutôt que ev upv. D'ailleurs^ ce
sens ne s'appliquerait pas à des gens qui ont manifesté un
<;ominencement de foi. Il faut donc expliquer avec Meyer :
ne fait pas de progrès au-dedans de vous. La parole de
Christ, les faits le prouvent déjà (comp. V, 33), rencontre
chez eux les mêmes préjugés nationaux que chez leurs
<^mpatriotes. Dès les premiers mots elle s*est heurtée à ce
cœur de Juifs qu'ils n'ont point encore dépouillé, et elle
aie sort de la semence déposée dans un sol pierreux, qui
avoile après avoir commencé à germer. N'ayant jamais
subi un sérieux travail de conscience, ils sont incapables
de s'élever à l'intuition spirituelle des choses de Dieu ,
d'où émane la parole de Jésus. Voilà pourquoi Jésus les
iiettait dès le début en garde contre eux-mêmes, et leur
disait : c Si vous demeurez fermes, si vous tenez bon... ]>
On comprend dés lors que, voyant le commencement de la
défection, il ait pu dire : c Vous cherchez à me faire mou-
Tir, > tout comme il avait dit à Nicodème : < Vous ne croyez point. > Par là, ou bien il les force à consommer leur rupture avec Israël, ou bien il rompt lui-même avec eux.
Il n'y a donc ni inconséquence, ni incorrection dans ce fécit. Pour celui qui va jusqu'au fond des choses et qui juge des faits en se pinçant au point de vue de Jésus et de Jean lui-même^ tout est parfaitement lié et motivé.
96 DKUXIÈMR PARTIE.
Au V. 38, Jésus explique la résistance que rencontre en eux sa parole, par leur filiation morale qui est d'une nature opposée à la sienne : En parlant comme il le fait, il obéit au principe qui le domine; et eux, en agissant comme ils le font, ils sont les instruments de la puissance qui les subjugue. — Pour se décider entre les nombreuses variantes qu'oiTre le texte de ce verset, il est naturel de partir de ce principe : que les copistes auront cherché à conformer Tune à Tautre les deux propositions parallèles» plutôt qu'à y introduire des différences. Si nous appliquons cette régie, nous arriverons précisément au texte qui présente réellement le meilleur sens intrinsèque. C'est celui du Ms. K (sauf le pronom ;/.od qu'il faut peut-être retrancher, d'après le même principe, dans la première proposition); ce texte de K est celui que nous avons rendu dans la traduction ». — L'expression : ce que fai vu chez le Père, ne se rapporte pas , comme le pensent Meyer et d'autres, à l'état de préexistence divine du Seigneur; la propos, parallèle : ce que vous avez entendu de la pari de voire père, exclut cette application. 11 s'agit ici d'un fait d'une incalculable portée dans la vie morale de l'homme. Derrière les actes particuliers de chaque homme se cache un fond permanent et, si j'ose ainsi dire, une antériorité mystérieuse. La vie humaine, en chacun de nous, est en communication avec un infmi de bien ou de mal, de lumière ou de ténèbres, qui s'ouvre dans notre intérieur et se déploie dans nos œuvres (paroles ou actes). C'est là ce que Jésus représente ici sous l'image de la maison paternelle d'où nous sortons et oii, comme un fils chez son péi*e, nous puisons nos habitudes : c On voit bien à mon dire et à votre faire, de quelle maison nous sortons, vous et