‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 2 sur 66 · I. — Avant la fête : VIT · texte numérisé non relu

I. — Avant la fête : VIT

V. 1. € El après c€la\ Jésus continuait à séjourner en niée : car il ne voulait point séjourner dans la Judée, rce que les Juifs cherchaient à le mettre à mort, » —

situation décrite dans ce v. 1 est la continuation de le dont Jean avait tracé le tableau VI, 1. 2. Seulement ne mentionne plus ici le nombreux cortège dont il avait rlé dans le premier passage, peut-être à cause de la >ertion générale qui avait momentanément suivi la scène

ch. VI ; et il fait ressortir avec plus de force la persis-

Kat est omis par N D ItP'«"4"« Sah. Syr. — 9 Mjj. (n B C etc.) cent pxTa TauTa au commencement du v. et non après It)<jouc.

3« Vol. 4

tance avec laquelle Jésus restreignait ses courses à la Ga lilée. Le terme irepiraTeiv, aller et venir, caractérise d'ui mot ce ministère d'évangélisation ambulante que décriven en détail les synoptiques. Les imparf. font ressortir la durée de cet état de choses. Le sens des mots : « // séjournait ei Galilée^ » est plutôt négatif que positif: « Il se renfermai en Galilée. ^ — Les derniers mots du v., tout en rappelant Tétat dans lequel le précédent séjour de Jésus avait laissa les esprits c^ Jérusalem (ch. V), préparent le récit suivant. Dans un sens, tout est fragmentaire; dans un autre, tout est intimement lié dans le récit de Jean.

V. 2. € Cependant la fête rfe5 Juifs, dite des Tabernacles^ approchait. » — Cette fête se célébrait en octobre : six mois entiers séparent donc, d'après Jean lui-même, ce récit du précédent, sans qu'il mentionne un seul des faits qui ont rempli toute cette demi-année. Et Ton ose soutenir malgré cela que son intention a été de raconter une histoire complète, et interpréter son silence sur un fait quelconque comme une preuve d'ignorance ou comme une dénégation implicite! — La fête des Tabernacles, appelée dans les Maccabées et dans Josèphe , comme ici , Qcr.voTrr.yta , se célébrait pendant huit jours, à dater du 15*^ jour du 7^ mois (tischri), correspondant à peu près à notre mois d'octobre. Pendant ce temps, le peuple habitait sous des tentes de feuillage sur les terrasses des maisons, dans les rues et sur les places, et même au bord des routes à l'entour de Jérusalem. Les Juifs renouvelaient ainsi chaque année le souvenir des quarante ans pendant lesquels leurs pères avaient habité sous des tentes, dans le désert. La ville et ses environs ressemblaient à un camp de pèlerins. Les principaux rites de la fête faisaient allusion aux bienfaits miraculeux dont Israël avait été l'objet pendant ce long et dur pèlerinage. Une libation, qui avait lieu chaque matin

dans le temple, rappelait les eaux que Moïse avait fait jaillir du rocher. Deux candélabres, allumés le soir dans le parvis, représentaient la nuée lumineuse qui avait éclairé les Israélites durant les nuits. Aux sept jours de la fêle proprement dite, la loi en ajoutait un huitième, auquel se rattachait peut-être, selon l'ingénieuse supposition de Lange, le souvenir de rentrée dans la terre promise. Joséphe appelle cette fête la plus sainte et la plus grande des fêtes Israélites. Mais, comme elle était destinée aussi à célébrer la iin de toutes les récoltes de l'année, on s'y livrait à des réjouissances qui dégénéraient facilement en licence et qui la firent comparer par Plutarque aux fêtes de Bacchus. C'était la dernière des grandes fêtes légales de l'année; Jésus ne s'étant rendu, cette année-là, ni à la fête de Pâques, ni à celle de Pentecôte, on pouvait présumer qu'il se rendrait à celle-ci. Car il était reçu que l'on célébrât au moins une de ces trois fêtes principales à Jérusalem. De là le donc du verset suivant.

V. 3-5. € Ses frères lui dirent donc : Sors d'ici et Ven va en Judée, afin que tes disciples aussi voient^ les ceuvres que lu fais; 4 car nul homme ne fait^ une œuvre en secret, tout en aspirant^ à la célébrité ; si tu fais réellement de telles oeuvres, manifeste-toi toi-même au monde. 5 Car ses frères non plus ne croyaient * pas en lui, » — Nous prenons l'expression c frères de Jésus > dans le sens propre. Comp. sur cette question t. II, p. 223 et suiv. — A la tête de ces frères se trouvait sans doute Jacques, qui fut plus tard le premier directeur du troupeau de Jérusalem (Acl. XII, 17; XV, 13; XXI, 18; Gai. 1, 19; II, 9).

* Au lieu de OscupYj^co^i^ B D L M A : Oêciipr^aouai ; K: Oscopou?'..

* Au lieu de rotei, n b : ttokuv.

' Au lieu d'aoTo;, B D d Co|). lisent auro. ^ D L lisent tizvjxvjtsay.

Leur invitation n'est inspirée ni par un zèle trop impatient pour la gloire de Jésus (Hengstenberg, Lange), ni par le désir haineux de le voir tomber entre les mains de ses ennemis (Euthymius). La vérité est entre ces deux extrêmes: Ils sont embarrassés à Tégard des prétentions de leur frère : d'un côté, ils ne sauraient nier les faits extraordinaires dont ils sont chaque jour témoins; de l'autre, ils ne peuvent se décider à envisager comme le Messie cet homme qu'ils sont habitués à traiter sur le pied de la plus entière familiarité. Ils désirent donc le voir sortir enfin de la situation équivoque qu'il se crée à lui-même et dans laquelle il les place tous, en se tenant si obstinément éloigné de Jérusalem. S'il est vraiment le Messie, pourquoi craindre en effet de se montrer à des juges plus compétents que les ignorants Galiléens? La ciipitale n'est-elle pas le théâtre sur lequel le Messie doit jouer son rôle, et d'où doit partir la reconnaissance de sa mission? La fête prochaine, qui semble faire à Jésus un devoir d'aller à Jérusalem, leur parait ainsi le moment favorable pour une démarche décisive. H y a une certaine analogie entre cette invitation des frères et la demande de Marie, ch. 11^ comme il y en aura une aussi entre la manière d'agir du Seigneur dans le récit suivant et sa conduite aux noces de Cana.

Qu'entendent les frères par l'expression <k tes disciples i ' (v. 3)? H semble qu'ils n'ajppliquent ce nom qu'aux adhérents de Jésus en Judée. Et en effet, c'était là seulement que Jésus avait proprement fondé une école, semblable à celle de Jean -Baptiste, par l'acte solennel du baptême. IV, 1 : « Les pharisiens avaient entendu que Jésus faisait et baptisait plus de disciples que Jean-Baptiste. > On avait sans doute dit et répété tout cela en Galilée; on avait fait grand bruit de ces nombreux adhérents de Jésus en Judée et à Jérusalem, à la tête desquels devaient même se trou-

CHAP. Vil, 3^. 5

er des membres du Sanhédrin. Ses frères lui rappellent vec d'autant plus d'à-propos ses succès antérieurs en (idée que, depuis la scène du ch. VI, la plupart de ses isciples proprement dits en Galilée l'avaient quitté, et u'il n'était plus environné que d'une multitude flottante, s veulent donc dire : oc Ces œuvres messianiques que tu rodigues sans résultat à ces foules, va donc les faire enfin ans les lieux où l'on dit que tu t'es formé une école et où 1 auras des témoins plus dignes d'un tel spectacle et plus ipables d*en tirer une conclusion sérieuse. » Il n'est donc as nécessaire de sous-entendre, avec Lûcke et d'autres, cei : € tes disciples là-bas, » ou d'expliquer, comme Ilengienberg, Mcyer: « tes disciples dans le peuple entier, qui iendront à la fête. > Jean aurait certainement dû ajouter n mot pour indiquer l'un ou l'autre de ces sens. Le terme e {xoOvjTai, disciples^ est pris ici par les frères dans un ms légèrement emphatique et ironique.

Lûcke a parfaitement rendu, par une tournure latine, la )nstruction du v. 4 : Nemo enim clam sua agit idemque tpit ccleber esse. La négation dans où^ei; porte aussi sur . : € Personne ne fait rien en cachette, i Auto; se rap- 3rte à ce sujet hypothétique du verbe /ai/, nié par le mot trsonne. tCet homme-là, s'il existe. > — Kai : et en même mps, La copule fait ressortir fortement la contradiction iteme entre une telle prétention et une telle conduite. — :v ira^pTj<7ia est employé ici, quoi qu'en dise Meyer, dans même sens que Col. 11, 15 : en public. '£v 7;ap^Y)<;ia elvai, ore hominum versari (Lùcké), Le sens de Meyer : « Perinne n'agit en cachette et ne veut en même temps être 1 homme franc, i» est en réalité un non-sens. — En dimt ei, si, les frères ne révoquent pas positivement en )ule la réalité des miracles de Jésus. Ce ei est presque un ret, puisque. Au point où il en est, il faut, à leurs yeux»

que Jésus avance ou recule; et certainernenty* absolument parlant, ils ont raison : la question messianique ne pouvait se décider en Galilée ; c'était une question de xocjjloç (universelle). Reste la question de temps, que Jésus se réserve. — Par xocfxo;, le mondey les frères entendent évidemment le grand théâtre de l'existence humaine, telle qu'ils la connaissent, Jérusalem. — Le style du v. 4 a un cachet particulièrement hébraïque : ce sont les paroles des frères de Jésus prises sur le fait.

Hengstenberg et Lange font les plus grands efforts pour concilier le v. 5 avec leur hypothèse, d'après laquelle trois des frères de Jésus auraient été apôtres. Hengstenberg fait remarquer d'abord que ces mots peuvent se rapporter à José, le quatrième frère de Jésus, et puis aux maris de ses sœurs. Mais, sentant bien rinsuffisance de cette obser\'ation, il cherche ensuite à atténuer, comme Lange, le sens de ce mot : « Ils ne croyaient pas; » il n'y voit qu'un manque de foi partiel et momentané, et cite les différents cas où les apôtres ont manqué de foi dans quelque circonstance particulière. Mais cette incrédulité relative, comme ils l'appellent, ne rend point compte de l'expression absolue : t Ils ne croyaient point en lui, t> surtout renforcée, comme elle l'est, par le mot non plus^ qui place les frères dans la catégorie générale des incrédules galiléens. La leçon de D L : <i Ils ne crurent pas, » est certainement une correction destinée à faciliter celte interprétation forcée. La suite d'ailleurs l'exclut. Comment Jésus pourrait- il adresser à ses frères apôtres ces mots sévères : « Le monde ne peut vous hciir » (v. 7), tandis que XV, 19 il dit aux apôtres : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n'êtes pas du monde.., ^ c'est pour cela que le monde vous hait, » Il résulte donc de cette remarque de Jean que les propres frères de Jésus

CUAP. VII, 4-8. 7

ne le reconnaissaient pas pour le Messie; seulement, partagés entre Timpression que produisaient sur eux ses miracles et les doutes insurmontables de leur cœur charnel, ils désiraient arriver à une solution. Cette attitude est trèsnaturelle et parfaitement conforme au rôle qu'ils jouent dans les synoptiques; comp. Marc 111. — La complète sincérité du récit de Jean parait par la franchise avec laquelle il s'exprime sur ce fait si humiliant pour Jésus (voir Tholuck). Ces paroles des frères v. 3 et 4 renferment d'ailleurs une confirmation indirecte de tout le tableau du ministère galiléen tracé par les synoptiques (le même).

V. 6-8. « Jésus leur dit donc * ; Mon temps n'est pas en-core* venu: mais pour vouSy votre temps est toujours là. 7 Le monde ne peut vous hair: mais il me hait, parce qtœ ;e' rends témoignage sur son compte^ que ses amvres sont ttiauvaises. 8 Montez, vous, à cette fite^ ; pour moi, je ne monte pas * à cette fête-ci, parce que mon temps n'est pas encore accompli. > — Le sens de l'invitation des frères de Jésus était qu'il devait se présenter enfin à Jérusalem, comme le Messie, et y obtenir la reconnaissance de cette dignité, qui ne pouvait lui être refusée s'il était réellement ce qu'il prétendait. Jésus ne pouvait expliquer à ses frères les raisons qui l'empêchaient de déférer à ce vœu. 11 eût dû leur dire : c La manifestation que vous me demandez, sera le signal de ma mort, et il n'est pas temps encore pour moi de quitter la terre. » Cette explication, dans

> M D omettent ouv.

* K : ou au lieu d'ou;:ci>.

• K seul omet e^w et Tispi ajtou.

*BDKLTXn 45 Mnn. ItP»^"q'»« Cop. retranchent le premier Tflwniv (cette féte-ci) que lit T. R. avec 4î Mjj. (parmi lesquels M) Mim. It'"«i Syr.

» T. R. lit ou-w (pas encore) avec BEFGHLSTUXrAA Mnn. ll«"q Syr»<**». On lit oux dans N D K M IT Itpi-'-iq"» Vg. Cop. Syr«"'.

laquelle Jésus ne veut ni ne peut entrer, il la fait néanmoins pressentir par ces mots : c Le monde me hait, ^ Et c'est cette réticence légitime et même commandée par la prudence qui donne à sa réponse son caractère énigmatique. — Le terme xaipo;, moment favorable^ doit s'entendre d'une manière assez large pour pouvoir s'appliquer et à Jésus (v. 6") et à ses frères (v. 6*^). Il doit donc désigner, dans un sens général, le moment de se montrer publiquement en qualité de ce que l'on est. Pour les ft'ères, il s'agit de ce qu'ils sont comme Juifs fidèles; ils le manifestent en montant à la fête comme pèlerins : pour Jésus, il s'agit de ce qu'il est comme Messie; il le manifestera en montant un jour à l'une des grandes fêtes, comme Roi d'Israël.

Le V. 7 explique le contraste afiirmé au v. 6. La raison qu'allègue Jésus renferme une douloureuse ironie : c Si mauvais que soit le monde, il ne saurait être bien redoutable pour vous ; car vos œuvres et vos paroles ne tranchent pas assez avec les siennes pour que vous puissiez vous attirer sa haine. )> Il en est autrement de Jésus, dont les paroles et la vie dévoilent la dépravation profonde cachée sous les dehors de la justice pharisaïque (Y, 42. 44. 47).

Le V. 8 tire la conséquence pratique de ce contraste. Le sens de cette réponse est naturellement déterminé par celui de la demande. Jésus savait bien qu'il devrait accomplir un jour la grande démonstration messianiqne que réclamaient ses frères^ mais il savait aussi que ce n'était pas encore le moment. Son œuvre terrestre n'était pas encore achevée. Ce n'était pas d'ailleurs à la fête des Tabernacles, mais à celle de Pâques, qu'il devait mourir. De là, l'accent particulier avec lequel il dit dans le second membre, et même dans les deux d'après la leçon byzantine :

celte fête-ci. Dès qu'on place la réponse de Jésus dans ce jour, qui est celui dans lequel l'invitation des frères place tout ce morceau, on n'a plus besoin, pour la justifier, de la leçon ouTCw, pas encore, par laquelle de très-anciens correcteurs ont cherché à en faciliter l'explication. Cette leçon devient même absurde; car il est évident que Jésus ne voulait ni ne pouvait dire à ce point de vue : € Je ne vais pas maintenant ; mais j'irai dans deux ou trois jours, > L'antithèse qui remplit sa pensée est tout autre. < Ce n'est pas à celle fête-ci que je fais mon entrée messianique à Jérusalem ; c'est à une autre. t> Le mot avaSaivw, je monte, emprunte ce sens prégnant — c'est ce qu'oublie Meyer — à la sollicitation adressée à Jésus par ses frères. Et ce qui prouve bien que nous ne prétons point à Jésus une idée étrangère à sa pensée, c'est le motif qu'il allègue : < Car mon temps n'est pas encore accompli. y> L'expression « nest pas encore accompli > est trop solennelle pour s'appliquer seulement à l'intervalle de quelques jours qui a séparé cette réponse de l'apparition subite de Jésus à Jérusalem. Elle se rapporte évidemment à la totalité du temps qui doit s'écouler encore jusqu'au terme de sa vie terrestre. Il veut dire que le moment favorable pour sa mort n'est pas encore là. Le terme ireirX/ipwTai a ici, comme toujours, quelque chose de solennel (Luc IX, 31. 51; Âct. II, 1, etc.). C'est ici une parole analogue à celle par laquelle Jésus repoussait à Cana une sollicitation de sa mère qui tendait au même but que celle de ses frères. Le sens des deux monter du v. 8 diffère donc exactement comme celui des deux temps (votre temps et mon temps) du v. 6. Le premier signifie : monter comme pèlerin : le second : monter en Roi-Messie; ainsi, chacun comme ce que l'on est. Il devient par là aisé de comprendre que si, quelques jours après, Jésus est néanmoins monté à Jérusalem, il ne l'a point

fait dans le sens où il avait dit à ses frères qu'il ne pouvait le faire maintenant; pas plus qu'à Cana, en faisant le miracle, il ne l'a fait dans le sens dans lequel il avait déclaré à sa mère qu'il ne pouvait l'accomplir. — La conversion de ses frères, quelques mois après, prouve que les faits subséquents furent pour eux le commentaire satisfaisant de cette parole, et qu'il ne resta pas le moindre nuage dans leurs esprits sur la véracité et le caractère moral de leur frère. L'explication de Chrysostome, admise par Lûcke, OIshausen, Tholuck, Slier : «Je ne monte pas maintenante (en tirant un vTv sous-entendu du prés, ccvafiaivtt)), est non seulement inutile, mais fausse. Jésus ne fait pas ici allusion à son prochain voyage à Jérusalem (v. 10), qui peut-être n'était pas mcme encore décidé dans son esprit. — Meyer admet que Jésus a pris une résolution toute nouvelle dans l'intervalle entre v. 8 et 10. Mais peut-on supposer qu'ignorant encore ce qu'il ferait, il eût dit si positivement : Je ne monte pas? Non; il eût répondu plus vaguement et en réservant les nouvelles résolutions que Dieu pourrait lui dicter: «Montez, vous! J'ignore encore ce que je ferai.» — On pourrait être tenté de recourir à l'explication de Bengel, Luthardt: «Je ne monte pas aoec la caravane; > ou à celle, plus ingénieuse encore, de Cyrille, Lange, etc. : Je ne monte pas pour célébrer la fête, ce qui n'empêche pas que je me rende à Jérusalem durant la fêle. La célébration complète de la fête, telle que se la représentaient les frères de Jésus, comprenait en effet certains rites indispensables, certains sacrifices de purification, par exemple, que les pèlerins offraient avant l'ouverture de la fête (XI, 55). On peut sans doute objecter (comme nous l'avons fait dans notre l^c éd.) qu'au v. 10, Jean eût dii dire, non :« il monta à la fête, » mais : « il monta à Jérusalem. » Mais cette objection tombe devant la leçon alex. qui rapporte les

mois à la fête, non à : Jéms montay mais à : ses frères^ montèrent. Cependant l'inlerprétalion que nous avons donnée en premier lieu^ et à laquelle conduit le contexte, me parait préférable et suffisante pour écarter de Jésus, non seulement l'accusation de fausseté, mais même celle d'inconstance que lui adressait Porphyre à cette occasion.

V. 9 et 10. « Leur * ayant dit cela^y il demeura en Galilée. iO Mais lorsque ses frères furent montés ^ alors il monta aussi lui-même à la fête*, non pas ouvertement y mais comme* en cachette, i> — Le v. 9 signifie qu'il laissa ses frères partir sans lui, et le v. 10 fait entendre qu'il envoya ses disciples avec eux et que, quand il monta luimême, ce fut ou entièrement seul ou avec un ou deux de ses plus intimes seulement. C'est ainsi que s'expliquent le plus naturellement ces mots : Comme en cachette, 'Qç, qui est certainement authentique, adoucit l'expression èv xfVTTTco : Jésus n'était pas réellement un homme qui se cache, lors même qu'il agissait momentanément comme tel. — Quelle triste gradation depuis la première PAque, au ch. II! Là, il était entré dans le temple en Roi-Messie; au ch. V, il était arrivé comme simple pèlerin; ici, il ne peut plus même venir publiquement à Jérusalem en cette qualité : il est réduit à s'y rendre incognito. — Une hypothèse de Wieseler a fait fortune auprès de quelques interprètes. D'après ce savant, ce voyage serait identique avec celui dont parle Luc IX, 51 et suiv. Ce rapprochement est insoutenable. Luc IX, Jésus donne à son départ de Galilée

* N D K L X n quelques Mnn. ItP'«'"*ﻫ Cop. lisent auroç au lieir

* Ae est omis par N D K 0 quelques Mnn. Iti»»«"*i«« Syr. 'mBKLTXIT placent ei; Tr,v eopTr^v avant tote xai.

* M D Il«'»*i Syrc»*»" omettent toç devant ev xpujrcw.

le caractère de la plus grande publicité : il envoie deux à <]eux ses septante disciples dans toutes les villes et les bourgades où il doit passer (X, 1); il fait de longs arrêts <XIII, 22; XVII, 11); des multitudes l'accompagnent (XIV, 25). Et ce serait là se rendre à Jérusalem comme en cachette! Il vaudrait mieux renoncer à toute harmonie entre Jean et les synoptiques que de l'obtenir en violentant ainsi les textes. L'exégèse constate simplement que le voyage dont Jean parle ici, est omis par les synoptiques, aussi bien que ceux du ch. II et du ch. V. Et, comme l'observe M. Gess, l'omission de ces deux derniers voyages, ch. V et ch. VU, est d'autant moins étonnante que Jésus parait s'être rendu à Jérusalem, dans ces deux cas, seul ou presque seul. Hengstenberg pense que ce voyage, réuni avec le séjour en Pérée X, 40, correspond à Matth. XIX, 1 et parall. Mais Texégèse du passage de Matthieu par laquelle ce savant cherche à obtenir ce résultat, est peu naturelle. Nous verrons au ch. X quelle est la vraie relation entre les voyages mentionnés par Jean ici, X, 22 et XI, 1 d'une part, et les voyages rapportés par les synoptiques (Luc IX, 51 ; Matlh. XIX, 1 ; Marc X, 1), de l'autre. — Les versets sui- Arants décrivent, d'une manière animée et dramatique, ce qui se passait h Jérusalem avant l'arrivée de Jésus, lorsque l'on put constater son absence.

V. 11-13. € Les Juifs donc le cherchaient à la fête et disaient : Ou est-il? 12 £/ il y avait grande rumeur à son sujet dans les foules^. Les uns disaient : Cest un homme de bien, I) autres disaient : Aon, il égare la multitude, 13 Toutefois, personne ne parlait de lui librement, à cause de la crainte (/non avait des Juifs. » — Ce récit justifie la -conduite pleine de prudence de Jésus. Au milieu de cette

* M [) II. Vg. Syr. lisent tw oyXw au lieu de toi; oyXoiç.

agitation populaire, sa présence dès le commencement delà fête eût facilement conduit à une catastrophe prématurée. — Nous retrouvons ici le contraste qui ressort continuellement dans notre évangile entre ceux que la lumière attire et ceux qu'elle repousse. Le terme yof(^ai/.6(; désigne des rumeurs dans les deux sens, bienveillant et hostile. Les o/Vji sont les groupes de pèlerins. — 'Ayado;, homme de bietiy signifie ici un homme droity en opposition à un imposteur ( « il égare le peuple y> ). Tov oyJXov, la foule (v. 12), désigne le bas peuple qui se laisse facilement séduire, en opposition aux dignitaires. — H n'est point nécessaire de donner au mot 'louJaîoi, les Juifs, un sens différent dans les v. 11 et 1â. C'est bien dans les deux cas la portion hostile du peuple, avec les chefs à sa tète. Ces gens le cherchaient dès le commencement de la fête; et leurs dispositions malveillantes, bien connues de tous, comprimaient la libre expression des sentiments de la multitude ; car ceux-là même qui disaient : C'est un imposteur, ne I& faisaient pas avec une entière indépendance, puisqu'ils affirmaient par servilité une chose sur laquelle ils n'étaient pas entièrement an clair. Une pression venant d'en-haut s'exerçait sur tous, sur ceux qui étaient bien comme sur ceux qui étaient mal disposés envers Jésus.

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