La préparation : v
Jean décrit d'abord la situation générale, v. 1-2; pais la conduite de Jésus envers les deux sœurs, v. 3-6; enfin ses entretiens avec les disciples avant le départ, v. 7-16.
V. 1 et 2. <i Or il y avait un hofnme malade, Lazare, de Béthante^ du bourg de Marie et de Marthe sa sceur: 2 Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum ei qui lui essuya les pieds avec ses cheveux; et c'était son frère Ixizare qui était malade. > — Le séjour de Jésus en Pérée (X, 40-42) fut interrompu par la nouvelle de la maladie d'un ami, qui l'appela à se rendre en Judée. Comme c'est en sa qualité de malade que Lazare est mentionné, le mot irAt^f^^ty malade, est placé en tête. La particule H,
or ou rnais^ fait ressortir le changement qui résulta pour Jésus de cette circonstance. Jean ajoute immédiatement le nom de l'endroit où demeurait Lazare, parce que c'est la situation de cette bourgade (en Judée) qui devient l'occa* sion de Tenlretien suivant entre Jésus et ses disciples. Mais comment l'auteur peut-il désigner Béthanie comme le lK)urg de Marie et de Marlhe, deux personnages dont les noms n'avaient point encore été mentionnés dans cet évangile? Il suppose évidemment que ces deux sœurs étaient déjà connues des lecteurs par la tradition évangélique, spécialement par le fait raconté Luc X, 38-42. Béihaniey aujourd'hui £/- Azirieh (de El-Àxir^ nom arahe de Lazare)^ est un pauvre village situé sur le versant oriental de la montagne des Oliviers, à trois quarts de lieue de Jérusalem. Dés le IV® siècle, 00 y montrait la prétendue maison de Lazare, ainsi que son sépulcre. — Les deux prépos. iizu et ex, employées ici I parallèlement, sont envisagées par. Meyer comme syno- ^ mmes; comp. I, 45. Cependant il serait possible de rapporter, dans ces passages, la première au fait le plus extérieur, celui du domicile, la seconde à la relation plus profonde, celle de l'origine : Lazare demeurait à Béthanie, iou il était. — Si le nom de Marie est placé ici avant «elui de )larthe, et si celle-ci est désignée comme $a sœur et Lazare (v. 2) comme son frère^ ce n'est pas qu'elle fût i'ainée. Car v. 5 et 19, et Luc X, 38 et suiv. paraissent prouver que Marthe avait la prépondérance dans la mai- ^n. La priorité accordée ici à Marie provient sans doute du fait qui va être mentionné au v. 2 et dans lequel elle avait joué le principal rôle. Be là, la place marquante que lui avait accordée la tradition. Comp. la parole de Jésus Matth. XXVI, 13. Du reste la tradition ne mentionnait pas non plus le nom de Marie dans le récit de lonction de Jésus; comp. Matth. XXVI, 6 et suiv.; Marc XIV, 3 et suiv., où il
esl dit simplement : vne femme. Cette omission on réti cence de la tradition explique la forme du récit de Jeai au V. 2 : < Cette Marie, dont je vous parle ici, est précisé ment la femme dont on rapporte qu'elle a oint... e essuyé... 9 Par la (in du verset, Jean revient de c«t épisod< au fait qui forme le sujet du récit : C'est elle dont le frère Lazare, était malade.
Heii}!steulH.'r}j; consacre viii^t-si\ pap.'s à prouver que (^seloi ridée (|ui prévalait en pMiéral avant la Réformation ;• Marie, L sœur de Lazare, est le même iK^rsonna^ie que Marie-Madeleîni (Luc VflL i\ et que la femme «le mauvaise vie qui oignit le* pietls de Jésus (Lue VII. Htt et suiv. ). Il compose sur ce thètw un petit roman, d'après lequel la (ialili'*e aurait été le théâtre <ie la vie dissolue de Marie; Marthe, sa sœur, aurait fait, dauson voyajze de fête, la connaissance du riche pharisien Simon, demeurant à Béthanie. qui l'aurait épous(V; elle aurait recueilli. plus tard, dans sa maison sa s<rur Marie, revenue de ses Aar^ meiits. ainsi que son frère Lazare, tomln' dans la pauvreté. Ain» s'expliquerait rentr(*e<le Marie dans la salle du Imiiquet ( Luc VIH; elle était là atmine chez elle; et la houtade de Simon serait une méchante chicane de l»eaii-frcre. Il u y a pas jusqu'à la parabok du pauvre Lazare et du mauvais riche qui ne doive trouver sur cette voie son explication, etc., et*'. Cette dissertation ne prouve qu'une ch(»se : cest la facilité avec laquelle un homme saj^acert érudit prouve tout ce qu'il vent pmuver. Le seul argument «pi ait quelque valeur est le rapport d'expressions entre Jean XI. i et Luc VII, 'M. 38. Mais la scène est si diiïérente: — d'un côté, la (ialihV; de l'autre, la Judée: là, les premiers temps du ministère de Jisus: ici. un dos jours qui préc(\lent sa Passion: là, une discussion sur le panlcm des péchés: ici. un entretien sur II somme dépensée : — et la répétition d'un tel hommage est « naturelle, dans h^ niœnrs de I Orient, (|ue nous ne saurions accorder la moindre vraisemblance à la double identité de personnes que Heuf^stenlHTg cherche à établir.
V. 3 et ^, * ie.s* sœurs donc envoyèrent à Jésus pour lui dire : Seigneur, coici, celui que tu aimes est maladf.
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4 Jésus ^ ayani oui cela , dit: Cette maladie n'est pas à la mort; maUs elle est pour la gloire de Dieu, afi/i que ' le Fils de Dieu en soit glorifié, i^ — Le message des sœurs est plein de délicatesse ; c'est pourquoi révangélisle le rapporte tel qu'il était sorti de leur bouche '(kéyounaa^ disant). L'allocution xupte, Seignefiry fait allusion à la puissance miraculeuse de Jésus; le terme i^e, voici, k l'impression que ne manquera pas de produire sur lui cette nouvelle inattendue; eniîn l'expression ov fiXei;, celui que tu aimes, h la tendre afléction qui unit Jésus à Lazare et qui leur fait un devoir de ne pas lui laisser ignorer le danger que court ^sonami. D'autre part, elles n'insistent point; comment le presseraient-elles de venir, elles qui connaissent les périls qui l'attendent en Judée? Elles exposent le cas : ^ Juge toimême de ce que tu as à faire. ^
La parole de Jésus (v. 4) n'est pas donnée comme une réponse à ce message; il y a : // dit^ non : // répondit. C'est une déclaration qui est aussi bien à l'adresse des disciples présents, qu'à celle des sœurs absentes. — Il faut connaître bien peu le caractère constamment original et si souvent paradoxal des paroles du Seigneur , pour s'imaginer qu'il ait voulu dire sérieusement que Lazare ne mourrait point de cette maladie, et que plus tard seulement, à la suite d'un second message sous-entendu dans lerécit,Jl ait reconnu son erreur (v. 14-^. Liickc observe avec raison, sans doute, que la gloire de Jésus n'impliquait point la toute-science; mais sa pureté morale excluait l'affirmation de ce qu'il ignorait, et il est bien évident que 1 evangéliste lui-même n'attribuait point à cette parole un pareil sens. L'expression dont se servait Jésus était donc amphibologique; qu'elle renfermât une annonce de guérison, ou une promesse de résurrection, elle signifiait en
' X répt»te aXÀa (levant iva.
tont cas qne le résultat définitif àe cette maladie ne serait pas la mort (oO irpoç Oocvarov). — La gloire de Dieu y c'est l'éclat que répand dans les cœurs sa puissance agissant au service de sa sainteté ou de son amour. Et quel acte est plus propre à produire cet effet que la victoire sur la mort? — Au V. 40, Jésus rappelle à Marthe cette parole en ces mots : € Ne Cai-je pas dit que , si tu crois , tu verras la gloire de Dieu? » Il savait donc déjà, en parlant ainsi, ce qu'il ferait ; il avait tout demandé à son Père et tout obtenu de lui au moment où il prononçait cette promesse, et cela avant même que le messager fût reparti pour porter cet/e réponse à Béthanie (v. 4-2). — Mais cette manifestation de la puissance divine devait projeter aussi son éclat sur celoi qui en était l'agent. Dieu n'est, en effet, glorifié sur la terre qu'en la personne de son Fils en qui il se révèle, de sorte que le premier but, la gloire de Dieu, renferme im* plicitement le second, l'honneur du Fils. *Iva, afin que, n'indique donc pas un nouveau but juxtaposé au premier (împ); c'est l'explication de la manière en laquelle le pre* mier sera atteint. On voit dans ce passage combien le sens du nom de Fils de Dieu dépasse, dans la bouche de Jésus, celui du litre de Messie, — Le pronom ii'vjn;^ par ell^, pourrait être rapporté à la gloire: mais il est plus naturel de le rapporter à la maladie, — Cette parole rappelle celle de IX, S; mais elle la surpasse en grandeur dans la même mesure où la résurrection de Lazare surpasse en puissance la guérison de l'aveugle-né.
V. 5-7. « Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare, 6 Lors donc qu'il eut appris qu'il était malade, il rexta encore deux jours dans le lieu ou il était; 7 puis, ce temps écoulé, il dit aux disciples^ : Allons de nouveau*
* A D K F A \ II 20 Mnn. ajoutent «'^toj après ,uaOT,Taî;. ' H omet raXtv. A lit roXtv (à la rilh' jitire).
en Judée. » — Pour bien comprendre la relation de ces trois versets et l'intention du v. 5 en particulier, il faut se rappeler que le \u^ du v. 6 suppose un ^é sous-entendu au V. 7 : € Jésus aimait Marthe...; lors donc qu'il eut appris..., il resta, il est vrcU{iu^); mais ensuite (^é), il dit : Allons... 1» On sent par là que la remarque du v. 5 : il aimait^ porte non sur le fait du v. 6 : il resta, mais sur celui du V. 7, Tordre de partir. Cette explication toute simple fait tomber {>lusieurs suppositions forcées, celle par exemple que Jean a voulu dire : < Quoique Jésus -^ aimât..., > ou cette autre, plus forcée encore : « Parce qa'il aimait^ il resta, afin d'éprouver plus longtemps la foi des deux sœurs. j> Jean emploie ici le terme de dignité, ifonrav, au lieu de celui de tendresse^ çi^iv (v. 3), non, comme le disent les interprètes, parce qu'il s'agit de l'affection de Jésus pour des femmes — le disciple du Seigneur est élevé au-dessus de semblables préoccupations — mais parce que le terme plus noble convient mieux à la plume de Tévangéliste, tandis que l'expression de tendresse était plus à propos dans la bouche des sœurs. — Marthe occupe ici, comme v. 19, la première place. Elle primait dans la maison par son âge, et peut-être aussi par la position sociale, comme veuve et maîtresse de la maison.
Baur explique le délai mentionné au v. 6 par le désir qu'aurait eu Jésus de laisser mourir Lazare, afin de pouvoir le ressusciter; et il trouve là une preuve de l'inau- Ihenticité du récit. Mais rien, dans le texte, ne fait allusion à une pareille intention de Jésus; et même le v. 15 : ^ Je me réjouis à cause de vous de ce que je n'étais pas /à, » l'exclut décidément; car Jésus peut bien se réjouir d'une dispensation divine^ mais non d'une circonstance qu'il aurait provoquée volontairement et par calcul. D'ailleurs il ressort de la suite du récit qu'au moment où Jésus rece-
. vail le message, Lazare avail déjà rendu le dernier soupir. Si, en effet, nous faisons te compte des quatre jours mentionnés aux V. 17 et :iO, qui s'écoulèrent depuis rinhumation de Lazare jusqu à l'arrivée de Jésus à Uélhanie, ces jours ne peuvent être que les suivants : le quatrième esl celui où Jésus fit le voyage de Pérée à Béthanie (8 à 10 lieues) ; le second et le troisième sont les deux jours (Varrêl en F^érée; et le premier, le jour où le messager vint avertir Jésus; c'est donc au commencement de ce premier jour, peu après le départ du messager, que mourut Lazare, et dans le cours de cette même journée qu'il fut inhumé, selon la coutume juive. Ainsi vers le soir, quand Jésus reçut la nouvelle de la maladie, son ami reposait déjà dans le sépulcre. La distance entre Jérusalem et le Jourdain étant de 7 lieues, il devait y avoir une bonne journée de chemin entre Béthanie et la résidence actuelle de Jésus, de l'autre coté de ce fleuve. — On voit combien est faux le calcul de Keim (I, p. 495) : c 11 a fallu trois jours à Jésus pour se rendre de celte contrée de la Pérée à Béthanie. * Mais du récit de Jean bien compris ne ressort rien de sein-
' blable. Meyer n'est pas moins dans Terreur quand il prend pour point de départ des qf//a//r jours écoulés depuis Tin- Immation de Lazare (v. 17) le jour qui suivit les deux jours d'attente en Pérée. Comment Jésus eût-il mis trois jours entiers pour arriver du Jourdain à liéthanie ! Quant à la raison qui empêcha Jésus de |)artir immédiatement, on peut supposer, sans doute, avec Lùcke et Néander, que ce fut To^uvnî de son ministère en Pérée. Mais n'est-il pas mieux de dire, avec Meyer, que ce fut l'attente du sipnal du Père, sur lequel Jésus se réglait toujours? Dieu pouvait agir comme Jésus homme ne Teùt point fait de son propre chef, et prolonger ce temps d'attente dans le but de rendre le miracle plus manifeste et plus éclatant, en vue de la gloire de S(m Fils et de la sienne propre.
L'expression i-ndroL (UTa toîto, iillér. ensuite après cela, V. 7, n'esl pas un pléonasme ; elle dit combien cette attente parut longue aux sœurs d*abord, peut-être aussi à Jésus lui-même. — Il faut remarquer que Jésus ne dit pas : (Allons à Béthanie, » mais : c Allons en Judé(*. i> C'est une allusion au péril qui le menace dans cette contrée ; par là il provoque de la part de ses disciples l'expression du sentiment de crainte qu'il sait être au fond de leur coeur et qu'il veut y surmonter avant de partir. C'est dans le même but qu'il ajoute le mot -Kxkw, de nouveau, qui leur rappelle les dangers qu'il vient de courir pendant son dernier séjour à Jérusalem. Meyer proteste en vain contre cette intention.
V. 8-10. € Les disciples lui disent : Maître^ nuf/uère les Jtiifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là f 9 Jésus féfondit : A'y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelyw M« marche pendant le jour ^ il ne se heurte points parce quil voit la lumière de ce monde; 10 mais si (/uelqu'un mrehe d'* nuit^ il se heurte y parce que la lumière nest p(uen lui. p — Au mot de Judée, les disciples se récrient; leur Maître s'y était attendu. Il profite de leur objection pour leur donner une instruction magnifique, en vue de leur iiiinistère futur. La réponse de Jésus (v. 9 et 10; est naturellement à double entente. Lûcke, de Welte, appli- <|uenl l'image du jour à l'idée purement morale de la tdche à remplir : Sortir du devoir tracé, c'est se plonger dans Tobs- <^ttrité spirituelle et périr. .Mais l'expression douze heures ^ s'explique pas bien à ce point de vue. Bengel, Meyer, Hengstenberg vont à l'extrême opposé : L'image dwjour a ^loQ eux un sens purement temporel : elle se rapporte au temps de la vie terreMré : « Le temps qui m'est accordé ''est pas encore écoulé^ et tant qu*il dure, nul ne saurait 'Qe nuire ; dès qu'il sera écoulé , je tomberai entre les
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mains de mes ennemis. > Mais l'expression $e heurter a quelque chose de trop énergique pour désigner un résultat purement passif; et que faire de l'expression : il n'y a pas de lumière en lui, appliquée à Jésus? Meyer dit : Cesl un trait qui appartient à l'image et qui n'a pas de signification. C'est là un expédient destiné à sauver une insoute* nable explication. — L'image du jour désigne ici et la tâche de la vie et le temps de la vie réunis : la journée de travail, comme IX, A. L'image tout erftière est empruntée à la situation dans laquelle Jésus se trouve avec ses disciples. C'est le matin; le soleil se lève; ils ont devant eox une belle journée de marche, douze heures de jour bien conjptées : « Pendant tout ce temps, nous voyagerons sans danger; c'est seulement lorsqu'on marche dans la nnit, après que le jour est fini, que l'on risque de se heurter.» Or cela ne sera pas nécessaire. Avant la nuit, n'auront-ils pas atteint le terme du vo>'age, Béthanie? Prise au sens moral, celte comparaison signifie: «Je puis me rendre sans crainte où le devoir m'appelle. Mes douze heures de travail durent encore , je le sais. Le temps de ma vie terrestre m'est mesuré et assuré par une volonté supérieure. Tant qu'il dure, je puis avancer sans crainte sur la voie que me trace ma mission. Il fait jour pour moi; car un soleil supérieur à celui de ce momie éclaire ma voie : celiii de la volonté divine, qui nous révèle pas h pas notre tâche. Le danger de broncher ne commencerait que du moment où, en éludant Itkhemenl un danger prévu, nous prolongerions arbilraileinent le temps de notre vie et ajouterions en quelque sorte une treizième heure de marche aux douze qui nous appartenaient légitimement. Nous ne pourrions dès ce moment que broncher. Car le soleil de la volonté divine ne brillerait plus en nous ; une heure de vie que Dieu ne nous aurait point donnée, serait une heure sans devoir ni mis-
lion. » L'application de celte réponse à la circonstance )ri8ente est très-claire : < Les Juifs ne pourront pas m'ôter ine minute du temps qui m'est accordé pour accomplir na tâche ici-bas; un danger réel, celui de marcher sans )ieu, ne pourrait m'atteindre que si, comme vous paraissez ne le proposer, je cherchais à prolonger arbitrairement (na carrière, en refusant de me rendre où le devoir m'appelle. > Cette parole s'applique au croyant qui, en temps de persécution, prolongerait sa vie en reniant sa foi, au médecin qui s'enfuirait à l'approche d'une maladie contagieuse, etc. Une vie ainsi prolongée ne serait plus éclairée par la lumière de la volonté divine. L'homme, dans cette situation, chercherait en vain dans une volonté supérieure la direction de la sienne. Il ne pourrait plus que pécher et périr moralement (TrptxrxoicTetv, se heurter), Meyer objecte que cette idée ne convient pas au contexte, puisque les disciples voulaient simplement que Jésus n'abrégeât pas sa vie, mais non qu'il la prolongeât. Gomme si refuser de l'abréfw, en désertant le devoir, ce n'était pas réellement cherdier à la prolonger !
Ce qui confirme ce sens, c'est le parallèle 1 Jean II, 10. Il ; l'analogie des expressions et des idées est remarquable, 'eaa applique là à celui qui aime ou n'aime pas son frère, « que Jésus dit ici de lui-même cédant ou ne cédant pas 1 l'appel des sœurs de Lazare. •
Cette parole est, pour le fond et pour la forme, le penant de celle par laquelle Jésus motivait, IX, 4, la guérison e Taveugle-né. Seulement là, c'était le soir; il voyait le )leil descendre à l'horizon. Je ne puis pas, disait-il, per^ re un moment de ce temps si court qui me reste pour flairer le monde. Ici, c'est le matin : Le temps qui m'est )nné, dit Jésus, me suillit pleinement ; et je ne dois pas ir lâcheté chercjier à ajouter une seule heure au jour de
ma vie tel qu^il m'est divinement mesuré. Daus ces deoi mots : ne rien perdre et ne rien ajouter, se résume certainement le devoir de Thomiue par rapport à la tâche et au temps de sa vie terrestre.
V. 11-13. « Il parla aiH$i\ et après ceUi. il leur dit: Lazart», notre amij dort; mais je vais le réveiller. 12 Sur (fuui, ils lui dirent^ : Seiffueur^ s il rfo/7, il sera sauvé, 13 Mais Jésus avait parlé de sa morty et eux crurenl (/u^il parlait du repos du somuwil. » — Les mots -ravr» elre, il parla ainsi^ e/..., ne sont nullement superflus. Ils signifient : Cette vérité énoncée, il l'appliqua sur-le-champ au cas actuel. — L'épithèle : notre ami, fait appel à leur affection pour Lazare, tout conmie l'expression : celui (jne tu aimes, au v. 3, avait fait appel à sa propre amitié pour lui. — Quelques interprètes ont cru que ce fut en ce moment seulement que, par un nouveau message, Jésos rerut la connaissance de la mort de Lazare. Mais le v. 4 bien compris a prouvé qu'il avait connu cette circonstance, d'une manière surnaturelle, dès le moment où le message des deux sœurs avait attiré son attention sur l'étal de son ami, et où il avait prononcé celte promesse. — Jésus aime à présenter la mort sous l'image du sommeil, qui la transforme en une phase de la vie.
Strauss a trouvé inconcevable le malentendu des disdples au V. 12. M. Keuss e^i fait autant. C'est ne pas tenir compte du tlésir extrême qu'avaient les disciples de trouver un prétexte pour dissuader Jésus d'aller en Judée. En face de la parole du v. A, ils ne croyaient plus à la possibilité de la mort du malade. Ce sommeil nnstérieux dont
* T. K. lit r.-ovoyvo: [xxh. ajTOj avec 40 Mjj. ks Mnn. lti»''*"4"' Vg. — N B ('. D K X lisant ajTO), soit avant, soit après; o: ;xaO., et relranchoDl xjtoj. — A <»t 1 Mn., qno suit Ti-^cliondorf, rotranchont o: [ix^. xj:o> cl lisent auTc).
JésQs voulait aller tirer lui-même Lazare, ils le présentent comme une crise favorable qui aboutira d'elle-méyiie ï la convalescence. Qu'y a-t-il là, dans les circonstances données, d'invraisemblable? — I^ terme général xoi(i.r<Ti; {v. 13) est tiré du îtexoiaTiTai (v. 11).
V. 14-16. « Alor$ donc Jésus l^ur dit ouvertement: Lazare est mort; 15 et je me réjouis à cause de vous de eequeje n'étais pas W, afin (/ue vous croyiez: mais allons ttrs lui. 16 Sur t/uoi Thomas, qui est appelé Didyme, dit à jp« condisciples : Allons^ nous aussi y afin de mourir avec ki. » — Jésus a écarté (v. 9 et 10) le motif allégué par ses disciples contre ce voyage; il a indiqué ensuite (v. 11 et 12) la raison positive qui le force à l'entreprendre ; maintenant, il s'explique et donne l'ordre du départ. — napfrîina, comme XVI, 45: sans figure. — Il y aurait, BOUS l'avons dit, fausseté manifeste à s'exprimer comme Jésus le fait au v. 15, si cette mort eût été TeflTetde sa propre manière d'agir. — Les mots : afin que vous croyiez, sont le commentaire du régime : à cause de vous. Sans doute, les disciples étaient déjà croyants ; mais, comme le dit Hengstenberg, en croissant, la foi devient ; et, à chaque degré nouveau auquel elle parvient, le degré précédent ne hii parait plus k elle-même qu'incrédulité. L'accroisseraenl de foi qui va se produire autour de cette tombe, leur sera, dans peu, bien nécessaire quand ils se trouveront en fece de celle de leur Maître. — Il y a quelque chose de brusque dans les derniers mots : Mais allons vers lui. Il ^'agit de les entraîner et de surmonter chez eux le der-
ûier reste de résistance. Us cèdent, mais non sans que ■incrédulité, cachée au fond du cœur de quelques-uns 'entre eux, ne se fasse jour.
La parole de Thomas aux autres disciples trahit en effet lus d'amour pour la personne de Jésus que de foi en la
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sagesse de ses démarches. En voici le sens : c S*il veut absolument se faire tuer, allons nous faire tuer avec loi! i Le Thomas qui parle ainsi est bien celui que nous retrouverons dans XIV, 5; XX, 25 : beaucoup de franchise et de résolution, mais peu de disposition à subordonner le visible à rinvisible. Cette conséquence, nullement calculée, dans Je rôle des personnages secondaires, est, comme Ta développé Lutbardt, l'un des traits les plus frappants du récit de Jean et l'une des meilleures preuves de la vérité historique de son écrit. — Le nom de Thomas (de TaraméeD KOKJi, hébreu OK/i] signifie jumeau. Le nom de Didym^ qui a en grec le même sens, était sans doute celui par lequel on désignait le plus ordinairement cet apôlre chei les chrétiens grecs au milieu desquels écrivait Jean. Ceit ainsi que s'explique la répétition de cette traducUoo XS, 24 et XXI, 2. Hengstenberg voit dans ce nom de jvineav une allusion à ce que Thomas portait deux hommes en lui, un croyant et un incrédule, un Jacob et un Esaù I
Quelle sagesse et quel amour dans la manière dont Jésus prépare ses disciples à ce voyage qui leur répugnait si fort! Quelle élévation dans les pensées qu'il dépose à cette occasion dans leur cœur! Quelle grâce et quel à-propos dans les images par lesquelles il cherche à les leur rendre sensibles!