V. 20-24. c Lorsque Marthe eut appris que Jésus ve
• T. R. lit rpoî Ta; rtpi M«p6av x. M. avec 42 MJj. [A T etc.) et preslœ tous les Mnn., tandis que M B C D L X 4 Mnn. lisent izpoç (ou npo; >iv) MapOav X. M.
* M B D L omettent ^tcov.
208 DEUXIÈMB PARTIE.
naity elle alla à sa renconlre; mais Harie était assise dans la maison. 21 Marthe dit donc à Jésus : Seigneur \ si tu eusses été ia\ mon frère ne serait pas //ior/>; ii mait* même maintenant, je sais ffue, fout re que tu demanderas (( Dieu, Dieu te le donnera. 33 Jésus lui dit: Ton frère ressuscitera, 'ii Marthe lui dit : Je sais qu'il ressuscitera lors de la résurrertion, au dernier jour,' i^ — Marthe, occupée sans doute ries affaires de sa maison, rerut la pre* mière la nouvelle de l'arrivée du Seigneur, et, dans son empressement, sans songer à avertir sa sœur que sa douleur retenait dans Tappartement intérieur, elle courut au-devant de lui. Telles les deux sœurs nous sont représentées Luc X, 88 et suiv. , telles exactement nous les retrouvons ici. Le récit de Jean semble même faire allosion «\ celui de son devancier. Dans la supposition contraire, la conformité des caracrères n'en est cpie plus frappante. — La parole de .Marthe (v. 21) n'est point un reproche. fiOmment ignorerait-elle que son frère était mort avant que Jésus eiît reçu la nouvelle de sa maladie? Comment, surtout, se permettrait-elle de murmurer contre sa manière d'agir, au moment où elle va lui demander ce qu'il y a de plus grand? Klle exprime simplement le regret de ce que Jésus ne se soit pas trouvé là au moment de la maladie, et ce regret ne sert qu'à préparer la demande qu'elle a à faire. « — 'A>.^à xal yvv ; « .)fais^ même maintenant, quoiqu'il soit déjà bien tard! » Elle sait qu'il ne faut jamais désespérer avec un être tel que lui. < Tu n'as pu venir guérir mon frère ; mais, dans sa mort même, il peut encore éprouver ta vertu de ta prière. » Le ût>.Xa, mais, doit donc être maintenu dans le texte. — L'cxpres-
* B omet y.jtiE.
» Au lion fl'iTsOvr.xîi (jiie Iis(^nt A K F (i H M S l* F A A pre:>que tou* les Mnn., on lit arreOavev dans N B (' I) K L X IT. ^ N B (! X relranchent le aXXa du T. R. devant xtn vuv.
CHAP. XI, âO-^2i. 209
ion indélerminée tout ce tjue laisse entendre ce qui est -op grand pour être exprimé. U y a une admirable reteue dans celte demande indirecte. C'est sans doute la randeur de cette œuvre attendue qui lui inspire la répétion du mot ^6(;, Dieu, à la fin des deux pro))os. du . 39 : c Tu es le bien-aimé de Dieu; Dieu le donnera la iede mon frère. » Cette confiance est inspirée à Marthe, lOD seulement par les résurrections opérées en Galilée, nais plus spécialement par la promesse de Jésus (v. 4) |ue le messager n'avait pas manqué do lui rapporter, et uriout par cette soudaine arrivée.
Il y a, dans la foi de Marthe, plus de vivacité que de umière. Elle croit au prodige de puissance; mais elle l'est pas initiée encore à la sphère spirituelle d'où il doit iODaner. Avant de satisfaire son désir, Jésus travaille à la nettre en état de bien comprendre et de bien recevoir. Il procède, dans ce but, comme il Ta fait aux ch. V et VI, en lonoant d'abord à sa promesse la forme la plus générale : Po» frère ressuscitera. Hengstenberg pense même qu'il ne ait point allusion, dans ces mots, à la prochaine résurrecioo de Lazare, qui selon lui ne mérite pas le nom de ésurrection. Car le retour à cette miséi*able existence errestre ne saurait être appelé de ce beau nom. Mais l'est-ce pas faire violence au texte, que de se refuser à oir dans cette parole la promesse de l'événement qui va uivre? — La foi h la résurrection des Israélites pieux omroe ouverture du règne messianique, déjà enseignée hn. XII, 2 et 2 Macc. VU, 9. 14, etc., était généralement épandue en Israël, surtout « dans les cercles où dominait enseignement pharisaïque^»
' Schiircr, Nenteat. Zeitgesch., p. 39.j et suiv. Les diversités exismies, dans cette attente générale de la résurrection, sont parfaitement tpoâées par cet auteur. '
.3e Vol. n
Marthe pressent hien ce que Jésus veut dire ; seulement dans le but de s'en assurer complètement, elle applique b parole de Jésus k la résurrection finaley qui est pour elli le certain; c'est naturellement donner à Jésus l'occasioi de s'expliquer et de déclarer expressément ce qu'elle oy i peine espérer. Il n'y a donc ni douloureuse résignatioi (Meyer), ni rechute après un élan de foi (Luthardt), chei Marthe; tout respire une foi virile, dans les paroles de celle femme pleine d'énergie et d'activité. Mais cette foi n'esl pas aussi spirituelle qu'elle est forte, et surtout elle ne s'attache pas encore assez à la personne de Jésus. Le Seigneur travaille, dans sa réponse, à la développer sous ce double rapport.
V. 25 et 20. € JéstiS lui dit : C'est moi qui suis la résutrection et la vie : celui qui croit en moi^ qtuLndminie il serait mort, il mvra; 26 et quiconque vit et croit m moi^ ne mourra point, à jamais; crois-tu celafi^ — Aec grand événement futur, la résurrection, dont parle Mariai Jésus oppose sa propre personne (èyto, moi)^ et sa personne comme présente (6tp,j> suis), La victoire surlî mort n'est pas un fait purement physique; c'est une œuvre personnelle, un acfe dont Jésus, là présent, est l'auleiH et qu'il peut accomplir, s'il le veut, en ce moment aussi bien que dans quelques siècles. Jésus concentre ainsi sui lui la pensée <lc .Marthe et donne à sa foi son véritabk objet. 11 veut remplacer l'adhésion à une vérité dogmalique par la confiance en sa personne. C'est ce qu'il avait faii au ch. IV et au ch. VI, où, après quelques instants d'en tretien, il s'était substitué lui-même aux notions abstraites d'eau vive et de pain du ciel. — Après s'être déclaré la résurrection, Jésus se proclame la vie. On pourrait penser (voii notre i^^ éd.) qu'il parle ainsi au point de vue de ses relations avec nous, car la morUest notre élément naturel; el nous devons en être tirés par Christ, par voie de résurrec-
lion, avant de posséder la vie en lui. Mais il vaut mieux admettre avec Luthardt que Jésus passe de la résurrection physique au fait plus profond qui est la condition de celle œuvre : s'il est la résurrection, c'est qu'il est avant tout la vie. Jésus travaille à spiritualiser la foi de Marlhe ; il lui révèle la communication de vie, dont il est la source, comme le principe de la résurrection physique qu'il accomplira chez les siens. Il suffit donc de s'atlacher à lui par la foi, pour que, nonobstant l'accident passager de la mort, on possède une vie que rien ne peut interrompre Hy dans cette vie, le gage de la résurrection corporelle. Ceci s'applique à Lazare qui, tout mort qu'il est, — en îerlu de cette vie de la foi, — peut à chaque instant élre rappelé par Jésus à l'existence terrestre. 11 y a même plus iv. 26) — et ceci s'applique aux vivants qui entourent Jésus : tout croyant est en réalité et pour jamais à l'abri <)e la mort. Mourir en pleine lumière, dans la sereine clarté de la vie qui est en Jésus, et pour continuer à vivre ^0 lui (v. 25), n'est plus le fait que la langue humaine désigne du nom de mort (voir à VI, 50; VIII, 51). C'est » <X)mme si Jésus disait : En moi, le mort est sûr de vivre, ' et le vivant est sur de ne jamais mourir. — ' L'épilhète i Cûv, celui qui vil (v. 26), est l'antithèse de jqw «rroôàvTi, ([uand même il ierail mort (v. 25); ces deux expressions iloivent être prises au sens propre.
Celte parole, en ramenant la pensée de Marthe du fait isolé de la résurrectipn qui allait s'accomplir, à son principe spirituel et permanent, donne au miracle sa vraie ^'aleur pour sa vie religieuse; elle fait de cet acte un rayon de la gloire de Jésus; elle est un moyen d'unir l'àme de Marthe à lui, la source de la vie. Jésus lui demande donc «neore, avant d'agir : <i Crois-tu cela? »
V. 27. f Elle lui dit : Ouiy Seigneur, je crois que tu es k Christ^ le Fils de Dieu, qui devait venir au monde, » —
C'est rabaisser étrangement cette profession de Marthe que de n'y voir , comme quelques-uns l'ont fait , qa'un aveu d'inintelligence relativement aux paroles précédentes de Jésus : c Je ne comprends pas ces choses si profondes; voici^ en deux mots, ma théologie : je te tiens pour le Messie. > Ce sens donnerait à cette scène si grave un caractère puéril et presque ridicule. Par sa réponse : Oui, Seigneur, Marthe s'approprie certainement tout ce que Jésus vient d'affirmer sur sa personne. Seulement, ne pouvant formuler spontanément sa foi à des choses si nouvelles pour elle, elle se sert des termes qui lui sont familiers, pour exprimer que Jésus est pour elle tout ce qu'il r a de plus grand et que, quoi qu'il ait pu dire sur ^ personne, il n'en aura jamais trop dit pour la foi de celle qui lui parle. £e Christ: le terme des révélations et des dispensations théocratiques ; le Fils de Dieu : le personnage en qui Dieu se manifeste comme en aucun autre et qui est avec Dieu dans une relation intime et mystérieuse. L'apression : qui vient dans le monde, n'est pas un troisiènie titre, mais une apposition explicative des deux autres* Le partie, prés, ipy/iaevo;, qui vient, est le présent deridée : celui qui, d'après la promesse divine, vient nécessairement. Le monde est le théAlre prévu de son activité messianique. Il y a une giande vérité (f^ychologique dans^ cette réponse de Marthe : elle reconnaît ainsi implicitement qu'il est tout ce qu'il a dit : la résurrection et la vie- — 'Eyw : moi que tu interpelles ; rerwTeuxa (parf.) : c'est ma conviction acquise.
2« Jésus et Marie : v. 28-37.
V. 28-30. « Et ayant dit rela\ elle s en alla et appela Marie sa sœur, en secret, disant : Ije Maître est Ui, et /l
* M B C L X (\op. : TQuTo au lieu de tauTa qui se lit dans les 44 autres Mjj. presque tous les Mnn. II. Vg. Syr.
appelle. 29 Celle-ci^ dès qu'elle eut entendu cela y se !W* aussitôt et se rend* vers lui. 30 Or y Jésu^ n'était os encore entré dam le bourg; mais il était ^ à Vmdroit ù Marthe Vavait rencontré, > — Les mois : Il t'appelle^ uffisent pour prouver que Jésus avait en effet donné cette ommission à Marthe. Il devait désirer de préparer Marie omme il avait préparé sa sœur : le mii*acle ne pouvait lire réellement salutaire à Tune et à l'autre qu'à cette condition. Peut-être la précaution que met Marthe dans 'accomplissement de ce message (>a6()a, secrètement) lui ivait-elle été recommandée par Jésus lui*méme ; il avait ippris comment Marie était entourée ; et, s'il ne fupit pas le péril, il ne le cherchait pas non plus.
La vivacité de l'émotion de Marie à l'ouïe de ce message )e peint dans le prés. eyeipeTai, se lève^ qui est certaineinent la vraie leçon, et dans l'adverbe qui l'accompagne. - Si Jésus n'était pas entré dans Béthanie, ce n'était pas ieuiement parce que le tombeau était en dehors du bourg ILuthardt); il fallait que quelque motif important l'eût "etenu; autrement il se serait rendu directement où son iœor l'appelait, à la maison de deuil. Certainement il dési- "ait éviter tout ce qui pouvait attirer l'attention; et le but lu v. suivant est précisément de montrer comment ce lessein échoua par une volonté supérieure à la sienne qui tvait résolu de donner à ce miracle le plus grand éclat possible. Jésus avait fait ce qu'il devait; Dieu fit ce qu'il calait. Il arrive ici quelque chose de semblable à ce qui «t raconté Malth. iX, 31 ; Marc Vil, 24. 36.
V. 31 et 32. c Les Juifs donc qui étaient avec elle dans % maison et qui la consolaient, l'ayant vue se lever subi-
* « B C D L X It. Sah : rjapOrj au lieu d'gfEtpcToii.
* Les mêmes (moins D): r^pyzxo au lieu d'ep/etai.
^ N B C X It. Vg. Cop. : Tjv tti (était encore) au lieu de ijv (était).
teineni et sortir y la suivirent^ disant * : Elle* ra auiépulr cre, pour y pleurer. 32 Lor$ donc que Marie fat arrivée à l'endroit ou était Jésu^y F ayant vu y elle tomba à* ses piedty en lui disant : Seigneur^ si tu eusses été ieiy mon prère^ ne serait pas mort. » — Une seale et même pensée avait rempli l'âme des deux sœurs et peut-être celle du mourant dans ses dernières heui*es: Si Jésus était ici! Mais sur ce fond commun de douleur et de regret se dessinent quelques différences significatives entre les deux sœurs. Nous avons remarqué le caractère viril de la foi de Marthe. Marie parait, au contraire, entièrement plongée dans sa douleuf : c'est une nature toute féminine. Et comme les personnes à impressions vives, elle ne fait aucun effort énergique pour surmonter l'accablement qui la domine. Elle se laisse tomber aux pieds de Jésus, ce que n'a point fait Marthe; c est, d'ailleurs, la place qu'elle aime (Luc X, 39; Jean XII, 3). Elle n'ajoute point, comme sa sœur, à l'expression de sa douleur une parole de foi et d'espérance. H y a enfin, dans l'exclamation qui lui est corn* mune avec Marthe, deux nuances qui ne sont pas accidentelles. Au lieu d'sTeOvrrxei, il est mort (l'état actuel), elle dit : aiTEÔove, proprement : il a fait l'acte de mourir (l'aoriste), comme si elle en était encore à l'instant cruel où s'est accomplie la séparation. Puis le pronom (xoTi, de moiy vient se placer dans sa bouche avant o a^e><po;, le frèrty et même, selon la leçon alex., avant àirédscve : c'est comme une partie delle-même qui s'en serait allée. — Ainsi, chex Marthe, une nature pratique et pleine d'élasticité, capable de réagir énergiquement contre un sentiment accablant;
* Au lieu de Xt^o^-zi, H B C I) L X 7 Mnn. Syr«^ Cop. lisent oofavn;.
' N : oTi lr,goy; u-ayEi (Jt^sux ra.').
^ N B (' D L X : n,Go;, au lieu do £iç.
^ M B (U^ A placent {mu avant aTicOavcv.
CHAP. XI, 31 -3i. 215
S Marie, une sensibilité livrée, sans la moindre trace de iction, au sentiment qui l'absorbe. Quelle vérité dans iqae trait de ce tableau !
lésas connaît trop bien le cœur humain pour essayer ppliquer à Marie la méthode qu'il vient d'employer )c Marthe. Avec une douleur semblable, il ne faut pas seigner, parler ; il faut sympathiser et agir : V. â3 et 34. c Lors donc que Jésus vit Marie pleurant les Juifs qui étaient avec elle pleurant j il frémit en son vit et s'émut S 34 et il dit : Ou l'aDcz-vous mis? Ils lui mit : Seigneur j viens et vois, i — La particule donc iblit un rapport de causalité entre la douleur de Marie des assistants et l'émotion extraordinaire qui s'empare Jésus en ce moment. Ce rapport est confirmé par les )ls : lorsqu'il vit, et par la répétition du participe pieunt^ qui, comme un refrain, termine les deux proposios. Il est généralement reconnu maintenant que le terme iifi|Aa<70ai (de fipi(iiflé!^eiv, hennir, rugir) ne peut désigner 'un frémissement d'indignation. Voir la démonstration profondie, dans le travail de Gumlich, Stud. u. Krit. B2, p. 260-369. Ce sens est même applicable dans des ^es tels que Matth. IX, 30; Marc I, 43, quoique avec s nuance particulière. U faut donc écarter de prime Mrd les sens : être saisi de douleur (Lûcke) et gémir prodément (Evs^ald). Mais quel peut être l^objet de l'indiition de Jésus? Selon Chrysostome, Cyrille et d'autres aprètes grecs, ce serait l'émotion môme qu'il éprouve 1 vue de la douleur de ceux qui l'entourent ; avec cette érence que, d'après Chrysostome, t» icveu(iiaTi, son rity désignerait Yobjet de son indignation (il s'indigna tre son propre esprit, c'est-à-dire de l'émotion qui le nontait)^ tandis que Cyrille voit dans l'Esprit V agent de
D quelques Mnn. Sah. : EracayOr, to> ;;v£U{jLaTt w; £fx^pi(jLci>(jLEvo;.
cette indignation ; ce serait la nature divine de Jésus par le moyen de laquelle il cherche à vaincre ce mouvement (le sympathie tout humaine. L'explication de Chrysostome est reproduite par Hilgenfeld : c Sa divinité s'irrite de l'émotion de son humanité et la contient violemment.» Mais ce sens si peu naturel exigerait en tout cas l'emploi de ^j/r;, /Mme, au lieu de 7cv«a(jLa, l'esprit. Car c'est l'âme qui est le siège des émotions naturelles: comp. XII, il', TrveOjxa, Vesprit, désigne le domaine des impressions supérieures appartenant à la relation de l'Ame avec le divin. Du reste, si Jésus luttait réellement contre une émotion sympathique, comment s'y livrerait-il l'instant suivant avec une parfaite simplicité (v. 35)? Meyer pense qu'il s'indigne des pleurs hypocrites des Juifs qui font contraste avec la douleur sincère de Marie. Mais les deux partie, pletirâhl sont en relation d'accord, non de contraste. D'autres appliquent ce mouvement d'indignation à un manque de foi que Jésus discernerait chez Marie et chez les Juifs (Keim, Strauss). Mais ce mot pleuranty répété deux fois pour expliquer Témolion de Jésus, renferme la notion de douleur, non celle d'incrédulité. Vn instant plus tard, d*ailleurs, Jésus )>Ieure aussi lui-même. Plusieurs interprètes (Calv., OIsh., Luthardt, etc.) pensent que l'indignation de Jésus est dirigée contre la puissance de la mort et contre Satan, Tinvisihle ennemi qui manie contre les hommes cette arme homicide (VI 11, 44). Aux yeux de Jésus, en effet, la mort n'est pas un événement, pas plus que la résurrection; ces deux faits sont des actes ^ les résultats d'une volonté personnelle. Il faudrait admettre, dans cette explication, que, tandis que Tindigiiation i*essentie par Jésus V. 33 s'adresse au meurtrier, les larmes qu'il répand v. 35 sont l'expression de la pitié que lui inspirent les victimes. . Cependant, il e€t bien difficile, à ce point de vue, de se
CHAP. XI, 33. 3i. 317
rendre compte des mots suivants : El il s'émut lui-même. L'émotion de Jésus parait, d'après cette expression remarquable, avoir eu quelque chose de plus personnel que ne le suppose cette explication. Une émotion tout à fait anal(pe est mentionnée Xlll, 21 au moment où Jésus voit se préparer la trahison de Judas : // fut troublées son esprit. Itsprit est le siège des émotions religieuses comme tdme est celui des aiïections naturelles. Ainsi XII, 27, Jésus dit : Mon âme est troublée^ parce que la prévision de ses soûlfirances fait frissonner sa nature, tandis qoe, dans l'autre passage (XIII, ^i), c'est en son esprit qu'il est ébranlé, parce qu'il se voit en contact immédiat avec le mal sous sa forme la plus odieuse , et qu'il ressent avec horreur la proximité de l'être invisible qui s'est emparé du cœur de Judas. Ce parallèle jette du jour sur le frémissement de Jésus V. SS. Les sanglots qu'il entend autour de lui le pressent d'accomplir la résurrection de son ami ; mais, d'autre part, il sent bien que, céder à cette sollicitation, c'est donner à ses ennemis et à celui qui les fait agir le signal de sa propre mort. Du plus glorieux de ses miracles, ils vont tirer le prétexte de sa condamnation ; une partie de ceuxlà mêmes dont les sanglots le forcent à Tacconiplir, deviendront ses^ délateurs. Il paiera de sa vie le crime d'avoir vaincu la mort : l'horreur le saisit à cette pensée. 11 y a la une perversité diabolique qui remue son àme sainte jusque Jans ses dernières profondeurs. — Les mots : // s'émut ui-mêmey indiquent une commotion physique, un tremblenent corporel, dont purent s'apercevoir les témoins de ette scène. Cependant l'expression est choisie par l'évanéliste, de manière à éloigner toute idée d'une secousse rréfléchie et purement passive; elle ne désigne donc point, omme le pensent Meyer et d'autres, la réaction naturelle u moral sur le physique. Au contraire; à la suite de Témo-
i\S DEUXIÈME PARTIE.
lion dont il vient d'être saisi, Jésus prend spontanémeat une résolution énergique. Il surmonte l'horreur dont cette prévision vient de remplir son âme. L'ébranlement phj»que indiqué par ces mots : // s émut lui-mémey est l'indice de la résolution intérieure par laquelle il secoua cette impression et qui aboutit à cette brusque et courte question : Ou raveZ'VOtts misf Les xai, el^ font ressortir la liaison intime de ces diverses émotions qui se succèdent si rapide* ment chez lui.
V. 35-37. t Jésus pleura ». 36 Les Juifs disaient donc: Voyez comme il f aimait, 37 Hcùs quelques-uns d^entn eux dirent y Lui qui a ouvert les yeux de t aveugle, ne pouvait-il pas faire que celui-ci aussi ne mourût pasf'È — L*orage est passé ; en s'approchant du tombeau , Jésos n'éprouve plus qu'une tendre sympathie pour la douleur qui a envahi le cœur de son ami au moment de la séparai tion , et pour celle qu'éprouvent les deux sœurs à cette heure même. Le terme ^axp'ieiv, pleurer, ne désigne point, comme x^aieiv (v. 33), des sanglots, mais des larmes; c'csJ l'expression d'une douleur calme et douce. Baur n'admel pas qu'on puisse pleurer sur un ami qu'on va revoir. 0 trait prouve, selon lui, l'inauthcnticité du récit. Assuré ment, si cet évangile était, comme il le croit, le produite la i>ensée spéculative, ce v. 35 ne s'y trouverait pas; Jésu ressusciterait son ami le regard triomphant et les yeux secs en vrai Logos qui na rien d'humain que l'apparence Mais l'évangéliste a <lès l'abord formulé ce principe : « L Parole a été faite chair, i <( On ne ressuscite pas les mort avec un cœur de pierre, » dit llengstenberg. Ilébr. Il, i* nous apprend que celui qui veut assister un malheureux doit avant tout livrer son cœur au sentiment de la soof france à laquelle il veut l'arracher. C'est une chose étrange
* N I) ({iielques Mnn. lisent xai devant s^oxpu^ev.
que ce soil l'évangile dans lequel est afiirroée avec le plus (l'éclat la divinité de Jésus, qni nous fasse aussi le mieux connaître le côté profondément humain de sa vie. La critique même du savant allemand prouve combien peu un tel Jésus est l'enfant de la spéculation. — Il faut remarquer la brièveté solennelle des propositions, dans ces v. SA el35.
Jusqu'au bord de cette tombe, nous retrouvons la scission inévitable qui s'opère autour de la personne de Jésus, à chacune de ses manifestations en actes ou en paroles. Parmi les Juifs eux-mêmes, il s*en trouve un certain nombre dont le cœur est ému à la vue de ces larmes ; la sympathie pour le malheur est un terrain neutre, un domaine purement humain, sur lequel se rencontrent toutes les âffles qui ne sont pas encore complètement endurcies. Mais quelques-uns d'entre eux trouvent dans ces larmes de Jésus une raison de suspecter son caractère. De deux choses l'une : 'ou il n'avait point pour Lazare l'amitié qu'il affecte maintenant d'éprouver; ou il ne possédait pas réellement le pouvoir miraculeux dont il prétendait avoir donné la preuve dans la guérison de l'aveugle-né ; en tout cas, il y a quelque chose de louche dans sa conduite. Plusieurs interprètes donnent un sens bienveillant à cette question des Juifs v. 37 (Lûcke, Tholuck, de Wette, Gumlicbj. Mais l'évangéliste identifie, par la forme même de l'expression (quelques-uns d'entre euœ), ces Juifs du v. 37 ^60 ceux du V. 46. Et il. serait impossible, dans ce sens, ^ comprendre la relation entre cette question des Juifs et ^ nouvelle émotion de Jésus v. 38. — Strauss tix)uv6 ^i^nge que ces Juifs n'en appellent pas ici aux résurrec- ^^ns de morts que Jésus avait opérées en Galilée, plutôt î^'à la guérison de l'aveugle-né. Mais ce serait précisé- '^^nt un évangéliste du second siècle qui n'aurait pas
^ manqué de mettre dans la bouche des Juifs une allusion i ces résurrections, bien connues alors dans FEglise parles synoptiques. La fidélité historique du récit de Jean ressort, au contraire, de cette circonstance si naturelle, que les habitants de Jérusalem en appellent plutôt au dernier miracle saillant accompli par Jésus dans cette ville et sous leurs yeux. Cette guérison avait donné lieu à tant de discussions et de jugements divers qu'elle se présente la première à leur pensée.
3* Jésus et Lazare : v. 38-44.
V. 38 et 39. t Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, arrive au sépulcre; c'était une (jrotle^ et xm pierre était posée devant, 39 Jésus dit: Otez la pierre. Ia sœur du mort^, Marthe, lui dit : Seigneur, il sent d^à: car il est là depuis t/uatre jours. > — Le nouveau mouvement d'indignation de Jésus est évidemment provoqué par la remarque malveillante des Juifs (v. 37) ; Jean lui-même le fait entendre par le donc (v. 38). Et, dans rexplication que nous avons donnée du motif de cette indignation (v. 33), la relation entre ces deux faits est aisée à comprendre. Mais celte émotion parait avoir été moins profonde que la )>remière fois et plus promptement surmontée. Cs détail très-naturel est une nouvelle preuve de la fidélité du récit.
Le sépulcre était un caveau creusé dans le roc, soit horizontalement, soit verticalement. Le verbe «irexÉiro signifie dans le premier cas que la pierre était posée à Fentréci^ caveau; dans le second, sur son ouverture. Si le tombeau que Ton montre aujourd'hui comme étant celui de Lazare, l'était réellement, il aurait eu la seconde de ces formes. C'est un caveau creusé dans le roc où l'on descend par un
* Les Mâs. so partagent entre tcOvr^xoTo; T. R. et byzantins; et t^-' Xejxotoç n a B C F) K L II .
ealier étroit de vingt-six degrés. Robinson a prouvé sur p(HDt, comme sur tant d'autres, Tinauthenticité de la dition. — Les pierres par lesquelles on fermait ces veaax pouvaient facilement être enlevées ; elles n'étaient stinées qu'à arrêter les bêtes sauvages. — Il y a entre le :ood mouvement d'indignation de J^&us et l'ordre déci- : Otez lapierrey une relation analogue à celle que nous }n$ remarquée entre la première émotion de ce genre la question : Oii tavez-vous misf On peut aisément se présenter l'état d'attente dans lequel cette question jeta ite cette foule.
L'observation de Marthe (v. 39) provient-elle, comme le osent plusieurs interprètes^ d'un mouvement d'incrédué? L'expression : la sœur du tnort^ qui n'ajoute rien à ce le savait déjà le lecteur, fait plutôt penser que Marthe ut préoccupée de la sensation pénible qu'allaient éprour Jésus et les assistants, et cela à l'occasion d'un èixe li lai tenait de si près. Comme sœur, elle en éprouve une lie d'embarras et de confusion. Il faut se rappeler com- SD l'idée de souillure se rattachait étroitement, chez les ifs, à celle de mort et de corruption. C'est donc ici une clamation dictée par un sentiment de respect pour celui )ui elle parle : < Seigneur, > et par une sorte de pudeur ur la personne, sacrée pour elle, de celui dont il s'agit : ■a sœur du mort. > Il serait possible que l'assertion de irthe : il sent déjày fût de sa part une simple supposition ('elle justifierait en ajoutant: Car il est là depuis (/ua- 'jours. Mais il est plus naturel de voir dans ces mots xpression d'un fait dont elle a fait elle-même l'expé-
iQce. L'explication: Car il est déjà là , tout en
iiquant la cause de ce fait, renferme une légère allusion
long retard de Jésus. Mais^ demande-t-on , Lazare
ivait-il pas été embaumé? Il l'avait été, sans doute, mais
à la manière des Juifs, qui se bornaient à envelopper I corps de parfums, ce qui ne pouvait empêcher la corroj tion. On a supposé que, dans Tatlente de 1 arrivée de Jéso on avait déposé le corps /sans accomplir cette cérémoiH Cependant le v. 44, qui montre que Laiare avait les met bres enveloppés de bandes, comme les autres morts (can XIX, 40), n'est pas favorable à cette opinion. — Si ce remarque de Marthe ne provenait pas d'un mouveuM d'incrédulité, elle pouvait néanmoins, par le fait qo'e signalait, provoquer chez elle une défaillance de foi en * instant décisif.
V. 40-42. c Jésus lui dit : Ne (ai-je pas dit que^ si crois, tu verras * la gloire de Dieu f 41 Ils ôtèrent donc pierre ». Et Jésus leva les yeux en haut et dit : Père y jt rends grâces de ce que tu m'as exaucé. 42 Pour mm, savais bien que tu m'eooauces toujours; fnaisfai diieel cause de ce peuple qui m'eutoure^ afin qu'ils croient qw juas envoyé. » — Plusieurs interprètes rapportent mots : Ne t'ai-je pas dit . . . .^ à l'entretien v. 23-27. c'est bien, en effet, aux expressions : Celui qui iroit moi (v. 25 et 26), et: Crois -tu cela? (v. 27), t fait penser cette parole de Jésus : Si tu crois . . . I l'expression caractéristique dans notre verset : la gUnrt Dieu, manque dans ces déclarations, tandis qu'elle c stitue le trait saillant de la promesse du v. 4. C'est d cette dernière promesse que Jésus rappelle surtout à M the. Il savait bien qu'elle avait été rapportée aux d( sœurs par le messager; elle avait formé le point de dép de l'entretien v. 23-27, qui n'en était que la confirmai et le développement. Ainsi : c Ne Caije pas dit? » pot
» Au liou d'o-^ei que lit T. H. avec K U l' II. 15 Mjj. lisent ot|»r,. ^ T. H. ajoute ici, avec 9 Mjj. byz. E(i H etc.;, les mots oy ^
TsOvT^xo»; Xc'.;x2vo;. A K H tout COUrt : O'j T^v.
cNelai-je pas fait dire?* — La gloire de Dieu est ici, exactement comme Rom. VI, 4, le triomphe éclatant de la toute-puissance de Dieu, au service de son amour, sur la mort et la corruption (v. 39). Voilà le spectacle magnifique que Jésus promet à Marthe et qu'il oppose aux impressions pénibles qu'elle redoute pour les assistants et pour ellemême, une fois que la pierre aura été enlevée. — Il n'est point nécessaire de voir dans ces mots : iVe t'ai-je pas dit qu si lu crois ... un reproche , comme si Marthe eût manqué de foi en parlant comme elle le fait au v. 39. En face des signes manifestes de la dissolution déjà commencée, Jésus l'exhorte à un suprême acte de foi^ en lui donnant pour point d'appui sa précédente promesse. Elle a <léjà gravi les pentes ardues de la montagne : plus qu'une dernière cime à atteindre, et le spectacle de la gloire de Dieu, de la vie triomphant de la mort, se déploiera à ses regards. L'homme voudrait toujours voir pour croire; Harihe est appelée à donner l'exemple de la marche inverse : croire pour voir. En s'exprimant comme il le fait ici, Jésus ne veut nullement faire dépendre, comme le pense Meyer, l'accomplissement de sa promesse de la foi ^e Marthe; ce qu'il subordonne à ce dernier acte de confiance qu'il réclame d'elle, ce n'est pas le miracle, c'est la jouissance qu'elle en aura (voir la gloire). L'œil du corps ne saurait nous faire jouir seul d'un tel spectacle. — La Jeçon reçue : la pierre du lieu ou le mort était couché, parait être une paraphrase. La leçon alex. qui lit tout ^urt : la pierre, n'explique pas les deux autres. La Iroi- ^'^me, celle de A K n, /a pierre du lieu ou il était, ne serai l- ^"e pas le texte primitif? Sa brièveté (06 vlv) explique d'un ^ié la glose byzantine, de l'autre l'omission complète de '^ proposition chez les alexandrins. — Jésus lève ses yeux ^ haut : le ciel visible est pour Thomme le témoin le plus
éloquent de la richesse et de la puissance invisible de Dieu. C'était en plongeant ses regards dans ses infinies profondeurs que Jésus chercliait la lace de son Père et se disposait à la rencontrer intérieurement; tant il était réellement homme, la Parole faite chair (comp. XVII, 1). — Le miracle est déjà accompli aux yeux de Jésus ; c'est pourquoi il en rend grâces comme d'une chose faite : Tu mm exiiucé. Il confirme ainsi la manière de voir énoncée par Marthe relativement à ses miracles (v. 22) : ce sont autant de prières exaucées. Mais ce qui distingue sa position de celle des autres envoyés divins qui ont accompli des œuvres pareilles, c'est l'assurance parfaite de l'exaucement, avec laquelle il s'adresse à Dieu. 11 puise librement, comme Fils, dans le trésor divin. Besser dit très-bien : i Sans doute, il a opéré tous ses miracles par la foi, mais parla foi qui lui était propre, celle d'être le Fils de Dieu manifesté en chair. »
Si Jésus exprime tout haut sa reconnaissance, comme il le fait ici, ce n'est pas, ajoute-t-il lui-même, qu'il y ail rien d'extraordinaire dans la conduite du Père envers lui en celte occasion. Cette action de grâces n'est rien moins qu'une exclamation arrachée i)ar la surprise d'un exaucement exceptionnel; constamment exaucé du Père, il le remercie continuellement. Mais ce qui, dans ce moment solennel, le pousse à remercier tout haut son Père, c'est la vue de ce peuple qui l'entoure. 11 a préparé, dans des entretiens particuliers, ses disciples et les deux sœurs à contempler et à comprendre l'œuvre qu'il va faire. Il veut disposer aussi ce peuple, que son Père a rassemblé inopinément autour de cette tombe, à contempler /a gloire de Dieu y c'est-à-dire k voir dans ce miracle, non pas seulement un prodige, mais un signe. Autrement l'étonnement qu'ils éprouveraient, serait stérile; il ne pourrait point
CHAP. XI, il -il. 225
aboutir à la foi. Voilà la raison pour laquelle Jésus exprime loat haut en ce moment le sentiment de reconnaissance filiale qui remplit incessamment son cœur. En s'adressant i son Père, il vient de mettre Dieu en demeure de lui accorder ou de lui refuser son concours. Si Lazare reste dans la tombe, que Jésus soit reconnu un imposteur, et que tous ses autres miracles soient attribués à Béelzébub! Si Dieu solennellement invoqué déploie son bras, que Jésus soit reconnu son envoyé! C'est ainsi que celte action de grâces anticipée, en face de ce sépulcre encore habité, fait de ce moment celui d'une épreuve décisive, semblable à celle d'Ëlie sur le Carmel, et donne à ce miracle^ dans l'ensemble de la vie de Jésus, un caractère unique et suprême. — La critique a appelé cette prière « une prière d'apparat > (Strauss, Weisse, Baur) et trouvé dans cette circonstance un motif pour suspecter l'authenticité du récit. Elle n'a point saisi la portée de cet acte. Les Juifs avaient dit de la guérison de l'aveugle-né : C'est un fait étrange, inexplicable; mais, comme infraction sabbatique, cène peut être une œuvre divine. En rendant aujourd'hui grâces a Dieu devant tout le peuple avant de faire le miracle, Jésus met positivement Dieu en part dans l'œuvre qui ▼a se faire; cette œuvre devient par là celle de Dieu même. Jéhovah, le Dieu d'Israël, sera désormais le garant de sa mission — ou le complice de son imposture. — H fôt intéressant de comparer cette expression : Tu m'as ^mcé, avec cette assertion de M. Réville, parlant d'après Scholien : t Le IV® évangile ne connaît pas de Jésus priant comme un homme. » (Rev. de IhéoL, 1865, t. 111, p. 316.) V. 43 et 44. t Et après avoir ainsi parlé, il ana à haute ^i^: Lazare, sors de là. M Et ^ le mort sortit, les pieds
' Ks'. mafnquc dans B C L Sah. Il se trouve dans tous les autres Mjj. ^ compris h] et Vss.
% 3« Vol. 45
et les mains liés de bandelettes; et son visage était enveloppé d'un suaire, Jésus leur dit: Déliez-le et laissez-le^ aller. » — Après avoir ainsi imprimé au miracle son vrai caractère, Jésus le consomme. La voix forte est l'ôxpression d'une volonté décidée et sûre d'être obéic. Comme on lire un homme du sommeil en l'appelant par son nom, ainsi Jésus retire Lazare de la mort qui n'est qu'un sommeil plus profond (v. 11. 12), en l'appelant avec fofte. Sans doute, ces signes extérieurs ne sont, comme le dit Ilengstenberg, que pour les personnes présentes ; la puissance de ressusciter réside, non dans la voix, mais dans la volonté de Jésus qui s'exprime par elle. — En parlant k la fille de Jaïrus et au'jeune homme de Nain, il disait simplement : Lève-toi, ou : Réveille-toi, parce qu'ils étaient couchés sur le lit ou sur la bière; il dit ici : Sors, parce que Lazare est enfermé dans le sépulcre. La simplicité et la brièveté de ces deux mots : ^eùpo e^w (littéralement : Ici, dehors!), contrastent magnifiquement avec leur efficacité. Le terme il sortit, v. 44, n'indique pas nécessairenienl qu'il marcha, surtout si le sépulcre était creusé verticalement, mais simplement qu'il se leva ; c'est ce qu'il pouvait faire facilement, malgré les linges dont il était entoure. H n'est pas même nécessaire de supposer pour cela que chaque membre fut enveloppé à j)art, comme cela sepratiqu.iit chez les Egyptiens. — Le trait : Son visaye était enveloppé d'un suaire, est le coup de pinceau du témoin oculaire et rappelle l'impression à jamais inefîaçable produite par ce spnclacle sur les assistants. Tandis que ceuxci restent immobiles d'étonruMiient, Jésus, avec un calme parfait et comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé, les invite à mettre aussi la main à l'œuvre : en Chacun son oftice; j'ai ressuscité; à vous de déher. ^ Les mots •
* B ('. L lisent ajTov a|)rô> ol^^z-z.
Uussez-le alter^ signifient tout simplement : <i Renilez-Iui la facalté de se mouvoir dont vous l'avez privé en l'enveloppant de la sorte. > — Le terme ûroyeiv, s'en aller y a quelque chose de triomphant, tout comme l'ordre de Jésus à rimpotent guéri : Prends ton lit, et marche !
La résurrection de Lazare est le miracle de l'amilié, comme le prodige de Cana est celui de la piété filiale ; et cela, non pas seulement parce que raficction de Jésus pour la famille de Béthanie en a été le principe , mais surtout parce que Jésus l'a opéré avec la conscience distincte qu'en rendant la vie à son ami, il signait sa propre senlence de mort (comp. v. 8. 16 et v. 33. 38). Le dévouemenl de l'amitié s'élève ici jusqu'à l'héroïsme. Jean l'avait compris. Cette pensée esl Tûme de son récit ; elle ressort clairement du morceau suivant.
IlL — L'effet produit par ce miracle : v. 45-57.
i*^ Et d'ahord, l'eflet immédiat sur les assistants : V. 45 et 46. t Un grand nombre donc * d'entre les Juifs, cettr (jui étaient venus ^ vers Marie et qui avaient vu ce Çtt''i7 avait fait, crurent en lui. 46 Mais quelques-uns d'entre eux 's'en allèrent auprès des pharisiens et leur dirent ce que* Jésus avait fait. » — De nouveau une scission parmi les assistants, et plus profonde encore que dans toutes les occasions précédentes. Il est naturel, en effet, d'opposer les mots : plusieurs d'entre les Juifs, à ceux du verset suivant : mais quelques-ims d'entre eux. A cette anliihèse des sujets correspond d'ailleurs celle des deux verbes : crurent (v. 45) et s en allèrent (v. 46). Il y a seu- 'enienl une difficulté à cette explication; c'est que les par-
' >t : oc, au lieu de ouv.
* D : Tfov cXOovTwv, au lieu do oi eXOovtc;.
' Au lieu de a, on lit o dans B C D au v. 45 et dans C D M au v. 46.
ticipes qui étaient venus et qui avaient vu ne se rapportent point en grec au nom les Juifs ^ mais au moi i7o».o(, un grand nombre (non : plusieurs des Juifs qui..., mais: plusieurs^ ceux qui..,), de sorte que celte tournure paraît impliquer que tous ceux qui étaient venus^ crurent sans exception. Mais que faire dans ce cas des Tivé;, qucl(]ueS' uns, qui paraissent d'autre part faire partie des to>.7.oi, de ces plusieurs venus vers Marie? Meyer accepte la conséquence de cette tournure et prétend que, comme ils étaient aussi devenus croyants, ils firent cette démarche auprès des pharisiens à bonne intention. C'est ce qu'avait déjà prétendu Origène. Mais celte opinion est incompatible avec la double et évidente antithèse que nous avons signalée entre les v. 45 et 46. Je pense donc plutôt qu'il ne faut point faire rentrer ces quelques-uns, tivs;, dans la catégorie des nombreux visiteurs de Marie et de Marthe devenus croyants, v. 45, mais que le pron. aùrcov, J'eit/reeu.i\ V. 46, se rapporte aux Juifs en général ('Wj^olv.^, V. 45). Il y avait là certainement d'autres Juifs que c^ux du V. 45, venus pour visiter les sœurs, des Juifs que la sympathie pour elles ne prédisposait point en faveur de Jésus. Ce furent ceux-là qui, fidèles à leur rôle de Juifs, portèrent sans tarder la grande nouvelle aux pharisiens, les plus ardents ennemis de Jésus. Ce qui confirme peutêtre cette explication, c'est l'expression « ceux qui étaient venus vers Marie » (v. 45). 11 ne s'agit, v. 45, que de ceux qui étaient ilans l'appartement avec elle, v. 31.
2<> L'effet plus éloigné de la résurrection de Lazare: V. 47-53.
V. 47-50. a Les principaux sacrificaleurs et les phaii" siens convoquèrent donc une assemblée, et ils disaient: Que faisons-nous? Car cet homme fait beaucoup de mifades. 48 Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, ^
S Romains viendront^ et ils détruiront eP notre lieu et )tre nation, A9 Mais F un d'entre eux^ Caïphe, qui était uverain sacrificateur de cette année-là, leur dit : Vous y entendez rien; 50 et vous ne réfléchissez* pas qu'il ml mieux pour notis^ quun seul homme meure pour le mple, et que toute la nation ne périsse ptw. » — La réirrection de Lazare n'a pas été la cause de la mort de sus; mais elle a été Toccasion du décret de sa condamilion. Le vase était plein ; cet événement fut la goutte il le fit déborder. — Les pharisiens sont nommés spéciament comme instigateurs de cette réunion hostile (v. 46; î, 15). — L'absence d'article devant mivéàpiov pourrait expliquer en admettant que Jean a traité ici ce mot )mnie nom propre (le Sanhédrin), Cependant il est plus Uurel de prendre ici ce terme dans le sens général d'asmô/ée, de conseil, qu'il a aussi dans le grec profane. — eprés. Toioiji[iiev, t que faisons-nous? > au lieu du futur, $t inspiré par l'imminence du danger et la certitude u'il y a quelque chose à faire : « Que n'agissons-nous? Il fil i-oi£î), lui.» "Oti : en raison de ce que. La crainte (primée v. 48 n'était pas dénuée de fondement. La loindre émeute pouvait servir aux Romains de prétexte )ur dépouiller le peuple d'Israël du reste d'indépendance 3nt il jouissait encore et pour effacer son nom de la carte Il monde. Et alors que deviendrait la puissance du Sanédrin? O'jTw; : t sans opposer notre faire au sien. » La ensée des chefs, tout en se portant sur la destruction du 'Uple, se rapportait surtout à celle de leur pouvoir. C'est ' qu'exprime énergiquement la position du pronom -)4[jl(ov
' D K II 10 Mnn. quelques Vss. omettent xat devant tov totzov. ' M A B n L quel(iut»s Mnn. Or. lisent Xoyil^t'j^t au lieu de ôtaXoyiî^eaOe. ' Les Mss. se partagent entre r^'xtv (T. R. avec AEG. etc.) et u(aiv t> L M X r;. « omet l'un et l'autre.
avant les deux siibslantifs. Jésus a reproduit ce langage dans celui des vignerons, Matth. XXI, 38. Jérusalem et Israël sont leur chose, c Notre lieu » désigne naturelle* ment la capitale, comme siège de leur gouvernement, plutôt que le temple seulement ou la Judée tout entière. Pris dans ce sens, ce terme se lie mieux au suivant: inotn peuple^ > celui que nous gouvernons depuis ce lieu. Comme ils parlent au point de vue politique, opposant people i peuple, ils emploient le terme eOvoç, et non celui de )m;, qui est le nom de dignité du peuple d'Israël.
L'expression : l'un d'entre eux, ne permet guère d'admettre que Caîphe présidât l'assemblée. Lors même, ei effet, qu'il parait prouvé aujourd'hui que le souverain sacrificateur était en même temps président du Sanhédrio (Schûrer, Lehrb. derli. T. Zeitgcsch.p. ^H), il ne fautpw oublier que ce n'était point ici une séance régulière (v. il)- — Au milieu d'une troupe d'esprits indécis, qui flottent entre la conscience et Tinlérêt, un homme énergique, qui renie hardiment les droits de la conscience et met nettement en avant la raison d'Etat, a toujours chance de l'emporter. — Si ceci se fût passé dans les beaux temps de II théocratie, l'expression « souverain sacrificateur de ceiU année-là » serait incompréhensible ; car, d'après la loi, le pontificat était à vie. Mais, depuis la domination romaine, les maîtres du pays, redoutant le pouvoir que donne une charge inamovible, avaient adopté Tusage de remplacei fréquemment un grand-prétre par un autre. D'après Joséphe (Anliq, XVllI, 2, 2), le gouverneur romain Valérios Gratus « ôta le sacerdoce à Ananus et le conféra à Ismaél; puis, ayant destitué celui-ci peu de temps après, il établit souverain sacrificateur Eléazar, fils d'Ananus; après une année écoulée, il destitue ce dernier et nomme h sa place Simon ; celui-ci n'eut cette dignité qu'une année, et Joseph»
surnommé Caïphe, lui fut donné pour successeur. > Caïphe reslaen chai-ge de Tan 25 à l'an 36 de notre ère, par conséquent pendant tout le temps que dura le ministère de Jésus. Ces changements fréquents justifient sous ce rapport l'expression de l'évangéliste et ôtent à la critique le droit de prétendre que l'auteur de notre évangile ignorât que le pontificat juif fut à vie. Mais Caïphe fut grand-prêtre pendant onze années consécutives; comment saint Jean peut-il employer, à trois reprises (v. 49. 51; XVIII, 13)^ celle expression : « souverain sacrificateur de cette annéelà}'! L'évangéliste voulait certainement rappeler par là rimportance de cette année unique et décisive, où le sacrifice parfait mit fin aux sacrifices typiques et au sacer- Joce lévitique, tel* que l'exerçait Caïphe. Le souverain îacrificateur avait charge d'oflTrir chaque année le grand sacrifice expiatoire pour le péché du peuple; c'est ce rôle jue remplit en ce moment Caïphe, comme dernier repré- >enlant de l'ancien sacerdoce. Par son vote, il désigne et I immole en quelque sorte la victime qui, en cette année i jamais mémorable, devait « amener la justice des siècles t faire cesser le sacrifice et f ablation d (Dan. IX, 24-. 27). le vole est rendu plus remarquable par le contraste entre ï divine vérité de son contenu et la diabolique intention e celui qui l'a énoncé. — L'apostrophe de Caïphe à ses ollègues a un certain caractère de grossièreté. Ce Irait, omme l'observe Hengslenberg, convient aux allures de la ecle sadducéenne à laquelle appartenait probablement aïphe (comp. Act. IV, 6 et V, 17, et Josèphe, Àntiri. XX, » 1). Bell. jud. H, 8, 14-, Josèphe dit : « Les pharisiens
aiment mutuellement et cultivent entre eux la concorde ïvue de l'avantage commun; mais les manières des sadicéens sont beaucoup plus rudes et entre eux et envers 1rs semblables, qu'ils traitent comme des étrangers, d
Ilcngslenberg prend ^laXoyi^EGOe dans un sens intransitif et le oTi suivant dans le sens de parce que. Il est plus naturel de voir dans la proposition qui commence par on le contenu de ^laTioyi^ecôe. Après leur avoir reproché leur manque de savoir-faire en général : « Vous ny cniewrfcz rû*n, > il fait ressortir le point spécial qu'ils ne savent pas résoudre. Le composé àia^oyi^eGÔe : a Vous ne savez pas tirer au clair par la discussion actuelle..., ^ est préférable au simple V>yrCe<70e qui est le résultat d'une négligence ou d'une correction mal entendue. — La leçon T^(i.îv, four nouSy a, au fond, le même sens que la variante Opv^ pm vous: mais elle déguise un peu mieux le caractère égoïste de cette délibération (comp. le r,p>v v. 48). — Le choix des termes Xaoç et eôvo;, qui correspondent à ay et »U, n'est point arbitraire. Le premier désigne la multitude des individus formant la nation théocratique, en opposition à l'individu unique qui doit périr, tandis que le second désigne Israël comme corps politique opposé à la nationalité étrangère, celle des Romains.
V. 51 et 52. « Or il ne dit pas cela de lui-même; mais, étant souverain sacrificateur de cette année-là^ il proplw- Usa que Jésus devait mourir pour la nation, 52 et non pour la nation seulement, mais aussi pour rassemiler en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés, > — Plusieurs interprèles (Lulhardt, lUi'ickner) nient que Jean altribue ici le don de prophétie au souverain sacrificateur comme tel. Ce n'est pas, scion eux, comme souverain sacrificateur, mais comme souverain sacrificateur de celte année-Ui, que Caïphe aurait prononcé cette déclaration prophétique. Mais cette explication fait l'effet d'un expédient. La relation entre le partie, prés, wv, étant, et l'aor. '7rpoe<pylTeu<7ev, // prophétisa, conduit naturellement à l'idée que l'évangéliste déduit de la charge de Caïphe le caractère
ropbétique de son discours, dût-on ne voir là qu*unesuîrslition judaïque. Dans TA. T., le centre normal du peue théocratique est, non la royauté, mais le sacerdoce, los tous les moments décisifs pour la vie du peuple, c'est grand-prêtre qui reçoit, en vertu d'un don prophétique li lui est communiqué pour ce moment-là, la décision I Dieu pour le salut de son peuple (Nomb. XXVll, 21; Sam. XXX, 7 et suiv.). Jean ne prétend nullement qu'en inéral tout ce que disait le souverain sacrificateur fût *ophétique. Il estime seulement qu'en cet instant décisif, mme organe accrédité de Dieu auprès de son peuple, lîphe resta dans le rôle qui lui était assigné pour les is de ce genre ; et cela malgré le contraste qui existait lire son caractère personnel et l'esprit de sa charge. En Tet, lorsque le cœur du souverain sacrificateur était à QQisson de sa charge, ce cœur devenait l'organe normal s la décision divine. Mais s'il y avait opposition, chez ce srsonnage, entre son cœur et son office, il fallait s'attende à voir, comme ici, l'oracle divin sortir de cette bouche icrée sous la forme de la maxime la plus diabolique. Et loi de plus digne de l'Esprit divin que de condamner osi par sa propre bouche son organe dégénéré, tout en ^spectant sa charge? Jean a déjà fait remarquer plus une fois comment les adversaires de Jésus, en se molant, prophétisent malgré eux : « Nul ne sait d'où il est i^ 11, 27). ulra-lil enseigner les Grecs? i^ (VU, 35). Si le able travestit souvent les paroles de Dieu, il plait quellefois à Dieu de parodier aussi celles du diable, en leur cordant une vérité inattendue. Cette a divine ironie > •st produite au plus haut degré en cette circonstance, r c'est ici le centre de l'histoire de l'humanité, le mosnt où le mystère le plus divin devait s'accomplir sous la tme de l'œuvre la plus criminelle.
2â4 DEUXIÈME PARTIE.
D'après plusieurs interprèles, le oti ne serait pas un complément direct du verbe précédent. Meyer : c il prophétisa, par rapport à ce que,,, > Luthardt : € il prophétisa ; car réellement Jésus devait... » C'est le v. 52 qui lésa entraînés à ces sens forcés, par la raison que ce y. dépasse la portée de la parole de Caïphe. Mais la fin du v. 51 seale est l'objet de : il prophétisa; et le v. 52 est un appendice ajouté par l'évangélistc pour rappeler l'extension inattendue qu'avait prise, en se réalisant, le principe Formulé |iar Caïphe : Un pour tous, Jean n'oublie jamais qu*il écrit en vue de lecteurs grecs, et il ne néglige pas une occasion de leur assigner leur part dans l'accomplissement des promesses divines. Si l'on tient compte du parallélisme entre la pensée de ce v. 52 et la parole X, 16, on n'hésitera pas à appliquer le terme enfanta de Dieu aux païens prédisposés h la foi, exactement dans le sens dans lequel Jean emploie les expressions : être de Dieu (Vlll, 47), être de lu vérité (XIX, 37). Le terme enfants de Dieu renferme nalarellcment une anticipation, fondée sur l'état moral actuel de ces futurs croyants; non, comme le pense Meyer, sur la prédestination divine.
V. 53. € Dès ce jour-là donc, ils se concertèrent* damie but de le faire périr. » — Le donc fait comprendre que la proposition de Caïphe fui acceptée (Luthardt). Jean fail ressortir l'imporlance décisive de cette séance, et parla indirectement celle de la résurrection de Lazare qui en avait clé l'occasion. Dès ce jour, on effet, un complot permanent fut organisé contre la vie de Jésus. Les conférences journalières de ses adversaires devinrent, selon l'expression de Ltinge, c des séances de meurtre messianique. > Il n'y
* Au lieu (Je Tjvc^ouÀEjjavTo, x H I) i Mnii. Or. '\ fois" lisent £^y^*"^
lit plus d'hésitation quant au but; l'indécision ne portait iormais que sur le temps et sur les moyens. }• Le séjour à Ephraïm : v. 54-57.
lésus est forcé de se retirer à l'écart. De leur côté, les ifs font un nouveau pas dans la voie où ils se sont déjà ^agés si avant.
If. 54-57. € Cest pourquoi Jésus ne séjournait plus pufuement parmi les Juifs ; mais il partit de là et se rendans la contrée voisine du désert y dans une ville oelée Ephra'im^; et il demeurait* là avec ses » disciples. Or la Pâque des Juifs approchait; et beaucoup de gens mtèrent de la campagne à Jérusalem avant la Pdque, n de se purifier, 56 Ils cherchaient donc Jésus et^ se \ant dans le temple, ils disaient entre eux : Que vous semble? Pensez-vous qu'il ne viendra point à la fête? Or les grands sacrificateurs et les pharisiens avaient s«* donné ordre^ que, si quelqu'un apprenait où il lity il le déclarât, afin qu'on le fît saisir. > — Ephraïm nommée quelquefois avec Bélhel (2 Chron. XllI, 19; »èphe, Bell. Jud. IV, 9, 9). Cette ville était donc à quêtes lieues au nord de Jérusalem, d'après Eusèbe à 8 mil- , d'après Jérôme à 20 milles au nord-est de cette )ilale. Cette localité, par sa situation retirée et par la )ximité du désert, était favorable au dessein de Jésus, pouvait préparer dans la solitude ses disciples à sa fin 3chaine et, s'il était poursuivi, se retirer au désert. Ce sert est, comme le dit Lange, l'extrémité septentrionale la lisière stérile par laquelle le plateau des montagnes
K L It. Vg. Ir. lisent E^pcfi au lieu de Eçpaifx. kBL Or. lisent xfxttvEv au lieu de SiEipi^sv. K fi D I L r A omettent «jtou.
U Mjj. (nAB etc.) 35Mnn. It. Vg. Syr. Cop. Or. omettent xat Hit T. R. avecDEGHISTMnn.
KBIM 3 Mnn. Or. lisent EvroXa; au lieu d'£VTo),r,v.
<]c Juda et de Benjamin est séparé dans toute sa longueur de la vallée du Jourdain et de la mer Morte. De cet endroit Jésus pouvait, à volonté, à rapproche de la fêle de Pâques, ou se joindre aux pèlerins de Galilée qui se rendaieol directement à Jérusalem par la Samarie, ou descendre à Jéricho, dans la plainn du Jourdain, afin de se mellre à la tête de la caravane qui arrivait de Pérée. Nous savons par les synoptiques qu'il prit ce dernier parti. — Meti (V. 54) n'est point synonyme de cjv; le sens est : < Il se renfermait là dans la société de ses disciples; > et non pas seulement : Il y était avec eux.
'Kx tt,; ywoa; (v. 55) ne se rapporte pas à la contrée <rEphraîm spécialement (Grotius, OIshausen), mais à la campagne, en général, en opposition à la capitale (v. 54): « Ils montaient des diverses parties du pays. > — La loi ne prescrivait pas de purifications spéciales avant la Pâque; mais, dans plusieurs passages de TA. T., il était ordonné au peuple do se purifier, à la veille de quelque circonstance importante (Gen. XXXV, 2; Ex. XIX, 10. 11, etc.). On avait naturellement appliqué ce principe à la fête de Pîkjues (2 Chron. XXX, 10-20).
Le V. 50 dépeint avec vivacité la curiosité inquiète de ces campaffnards qui, réunis en groupes dans le temple, discutaient sur la prochaine arrivée de Jésus; comp. Vil, 12. — 'Kary^xoTe;, se tenant là, dans l'attitude de Tattenle. — "()Tt ne dépend pas de ^oxet ; il est plus naturel de séparer les deux propositions et d'en faire deux questions distinctes. — L'aor. eXOr, peut parfaitement se rapportera \\n acte qui doit s'accomplir dans un avenir imminent.
Aux autres motifs qui rendaient la venue de Jésus improbable, le v. 57 en ajoute un nouveau, plus particulier; ainsi s'explique la liaison par les particules ^à xai, or.,, aussi. H ne devait pas être bien difficile à l'autorité de découvrir le
CIIAP. XI, 54-57. 237
lieu de la relnrile de Jésus. Cet édit était donc plutôt un moyen de Tintimider, lui et les siens, et d'habituer le peuple à l'envisager comme un homme dangereux et criminel. C'est un nouvel anneau dans la série des mesures hostiles si bien retracée par saint Jean depuis le ch. V. Comp. V, 16. 18; Vil, 32; IX, 22; XI, 53. — Les gramls sacrificaieurs étaient l'autorité de qui émanait orficiellemenl le décret ; l'évangéliste ajoute les pharisiens, parce que c'était ce parti qui en était le véritable auteur. Comp. \1I, 45. — Dans la Gemara de Babylojie (rédigée vers 550 sur d'antiques traditions) se trouve le passage suivant : iLa tradition porte qu'au soir de la Pâque, Jésus fut crucifié (suspendu), et cela après que durant quarante jours uohuissier avait crié publiquement: Il doit être lapidé, cet homme qui, par son prestige, a séduit le peuple. Que quiconque peut alléguer quelque chose pour sa défense, s'avance et parle. Mais on ne trouva rien à dire pour sa défense. On le suspendit donc le soir de la Pàque. » (Lighfoot, Hor, hebr. et talm,, p. 490). — Il est difficile de ne pas rapprocher ce passage de celui de Jean. Des deux paris, peu de semaines avant la Paque, une proclamation publique de la part du Sanhédrin, relative à la prochaine condamnation de Jésus, — et en même temps une différence assez marquée pour que l'un des deux passages ne puisse pas provenir de l'autre.
« 1^ récit de la résurrection de Lazare se distingue entre tou-
^ les narrations du quatrième évangile, dit Deutinger, par sa vivacité particulière et son mouvement dramatique. Les personoa{^esy sont dessinés d'une main à la fois ferme et délicate. Nulle P^rt la relation de Christ avec ses disciples n'est exposée dune lanière aussi vivante; nous sommes initiés par ce récit à ce com- "*erce intime, à cet échaiii^e affectueux de sentiments et de pen- ^qui avait lieu entre le Maître et les siens; les disciples sont
dépeints de la manière la plus attrayante ; on les voit avec leur simple franchise et leur noble dévouement. Les Juifs mêmes, dont nous ne connaissons guère, par notre évangile, que la résistance opiniâtre aui efforts de Jésus, se montrent ici sous un aspect moins défavorable, comme amis des deuic sanirs affligées; on retrouve l'homme dans le Juif. Mais surtout , combien est nette et délicate Tesquisse du caractère des deux femmes; avec quelle finesse et quelle profondeur psychologique est retracée la diflerence de leur conduite*. » Dans ces caractères du récit si bien n'^sumés par l'écrivain allemand, nous trouvons la première preuve de sa vérité intrinsèque; « ce n'est pas ainsi qaoo invente. > Et surtout, ce n'est pas ainsi qu'on inventait ao second siècle ; nous en avons pour preuve les récils des apocryphes.
La réalité du fait ici raconté ressort aussi de sa relation am tout l'ensemble de l'histoire antérieure et subséquente de Jésus. L'évanj^élislo est pleinement conscient des conséquences du fait qu'il retrace : il les signale positivement dans le cours de soi récit : v. 47 (donc) et 53 (dès ce jourdà), Comp. XII, 9-1 i. 17-19. Comment l'auteur eût-il pu assigner à un fait purement fictif un rôle si décisif dans l'organisme de la vie de Jésus?
D'ailleurs, de toutes les explications essayées pour éliminer ce fait du cercle des récits «luthontiques de la vie de Jésus, aucune ne saurait se soutenir.
i'> L'explication àiio naturelle de Paulus, Gabier et A. Schwei- ' zer. A la suite du message v. 3, Jésus aurait d'abord jugé la mnladio |Kni dangereus*» ; puis, apn^ avoir reçu un nouvel avb (Paulus compte jusf|u'à quatre messages) et pris des informations plus précises, il aurait compris (ju'il ne s'agissait que d'une léthargie. Arrivé au sépulcre, il aurait remarqué chez le prétendu défunt quelques signes de vie: sur quoi il aurait rendu grAees(v. 41 et 4i) et rappi^lé Lazare. Celui-ci, ranimé parla fraîcheur du sépulcre, par l'odeur des parfums et, au moment de l'ouverture du tombeau, par la chaleur de l'air extérieur, se serait levé plein de vie. Ainsi Paulus et Gabier. D'après A. Schweizer, la confiance de Jésus en la guérison de son ami n'aurait été
* ])ns Heich Gottes, narh dcm Apo.stt'l Jttlnxunr.s, I86î, l. II, p <»7 ot 68.
ndée que sur sa foi au secours divin assurée sa cause; et le étendu miracle ne serait que 1 heureuse coïncidence de cette oGance religieuse avec la circonstance que Lazare n'était pas dlement mort. — Cette explication n'a été jugée par personne us sévèrement que par Strauss^ et par Baur^. Le premier a ontré contre Paulus et Gabier que les expressions par les- Klles Jésus annonce la résurrection de Lazare sont trop posives pour n'être que des prévisions fondées sur des symptômes ■certains, et que le sens du récit tout entier, dans la pens(^ du arrateur, n'est et ne peut être que celui qu'y trouve chaque cteur : la résurrection de Lazare mort, par la puissance miralieuse de Jésus. Quant à la manière dontSchweizer traite notre rangile en général et ce morceau en particulier, voici le jugelent de Baur : « Dénué de tout sens pour l'unité de lensemble, déchire notre évangile en lambeaux, afin d éliminer comme iterpolations superstitieuses tout ce dont il n(^ parvient pas à onner une plate explication rationaliste, et pour livrer ce qu'il lisse subsister au jeu merveilleux du hasard. » Ces derniers K)ts caractérisent en eflet l'opinion de Schweizer sur ce miracle. Mais quelles explications ces deux critiques opposent-ils à celle e leurs devanciers ?
2* L'explication mythique de Strauss. L'A. T. racoii tait des ^rrections de morts opérées par de simples prophètes; la gende chrvHienne n'a pu faire moins que d'attribuer au Messie «miracles du même genre. — Mais est-il réellement admissileque la légende fût parvenue à produire un récit aussi admiiblement nuancé et à créer des personnages aussi nettement essinés? « On ne comprendrait pas, dit avec justesse M. Renan, a'uoe création populaire fût venue prendre sa place dans un »dre de souvenirs aussi personnels » que ceux qui se rapportent aux relations de Jésus avec la famille de Béthanie. > D'ailleurs, k l^ende idéalise; comment eût-elle jamais inventé un Christ mu ju^ue dans ses profondeurs les plus intimes et versant des ïrmes devant la tombe de l'ami qu'il allait ressusciter? Puis ^ur n'a-t-il pas rai.son contre Strauss, lorsqu'il dit : « Si une radition mythique de ce genre eût réellement été répandue
* Vie de Ji^sus, t. II, Ue partie, p. i;U-1G5, Irad. de Littré.
* Theol, Jahrh,, l. 111, 1844.
(Lins ITglise, elle n'eût pas manqué d'entrer, avec tant d'autres pareilles, dans le récit synoptique. Il est contre toute Traisem» blance qu'un mirncie si important, auquel on altril>uait une inlhience décisive sur la catastrophe finale, fût resté une légende locale et restreintt^ à un tout petit cercle. » Malgré ces dUBcultés, M. Iiéville, lui, < n éprouve aucun embarras > à s'eipliquer l'histoire de Lazare par le procédé mythique. La Iq^nde a vouii représentiT par Lazare les parias de la société juive (comp. Lue XVL i()\ ([ue Jésus tira de leur mort spirituelle en les aimant el en pleurant sur eux ; « il se pencha sur ce toml)eau [du piiifM^risme israélit<0, en criant à Lazare : Sors, et viens à moi! Et Lazare sortit pAle..., chancelant...^ » On ne discute pas de pareilles fantaisies. .M. Renan les juge aussi sévèrement <pe nous : < Kxpc'HJients de théolofj;iens au\ ahois, dit-il, se sauvait par l'alléi^orie. le mythe, le symt)ole > (p. 508). Il est suHoë une circonstance qui doit empêcher tout critique sérieux d'attrihuer à ce ré<'it une orijjine légendaire». Les mythes de ce genre sont des fictions isoléi^s les unes des autres; mais nous avons n combien le rtVit de la résurre(*tion de Lazare appartient profondément à l'organisme du quatrième évangile. L'œuvre de Jeu est évidemment d'un jet, A l'égard d'un tel évangéliste la criti- (jue est irrésistiblement |)ousséi» à ce dilemme : historien ou artiste 1 C'iyst le mérite de B*mr d'avoir compris cette situation et, piiis(|u'en vertu lU* ses prémisses d(»gniatiques il ne pouvait admettre la première alternative, de s'être franchement prononcé en faveur de la s<M-(»nde.
3' L'explication sj^'cufativr de Baur, d'après laquelle notre récit siTait un tableau fictif destiné à donner un corps à la thèse métaphysique, fornmlé(» au v. 25 : « Je suis la résurrection et ht vie. » — C.Me explication convient à l'idée que Baur se fait de notre évangile, ({ui, selon lui , n'est tout entier qu'une composition d'un caractère idéal. Mais est-elle compatible avec la simplicité', la candeur, le caractère prosaïque et, s'il est permis de dire ainsi, le terreè-lerre de tout le récit? D'un bouta l'autre. Ie> situations sont diTrites pcmr elles-mêmes et sans la moiiulre tiMidance à idéiiliser. (Comp.. par ex., la fin du chapitre : le s<'»joiir i\ Kpbraïm . la pnKJamation du Sanhédrin, les
* lierttc //'-rmaniquc. l^-r diHvinhro IH63, p. 613.
retiens des pèlerins à Jérusalem). Bien plus, le récit offre des ils complètement irrationnels et anti-spéculatifs. Ce Jésus qui mit et qui pleure, n'est certes pas une création de la spécuion. Le scandale même que causent à Baur ces traits de la rration, le prouve. Les produits de Tintelligence sont transpails pour r intelligence. Plus ces traits sont mystérieux et inatidus, plus il est manifeste qu'ils sont pris dans la réalité, lilleurs, si cette narration était le produit de l'idée, elle devrait « complétée par un discours dans lequel le fait serait spiriilisé, et ridée présentée de front et pour elle-même. A tout leur s'impose le sentiment que l'auteur lui-même croit sérieuoent à la réalité du fait qu'il raconte et qu'il ne pense nul- Dent créer. Lorsqu'il arrive à Platon de revêtir ses hautes ctrines des voiles du mythe, on sent aisément qu'il plane luikne au-dessus de sa création, et que son esprit a choisi libreeot cette forme d'enseignement et joue avec elle. Ici, au conlire, l'auteur est lui-même sous l'empire du fait raconté : son Hir en est pénétré, sa personne saisie tout entière. S'il cféait, serait donc la première dupe de sa fiction. Enlin, rappoionsm que, .selon Técole de Baur, l'auteur du quatrième évan.iiiile ^ croit point à une incarnation réelle; de Thumanité le Logos aurait pris, selon lui, que les apparences sensibles. Et il invenrait ici une scène dans laquelle l'humain en Jésus coule a eins bords! Ce tableau serait ainsi précisément lopposé de la usée qui a inspiré cette œuvre. Est-il possible d'imputer une lublable maladresse à un homme aussi habile que le pseudoan de Baur?
ifi Aussi de plus en plus voit-on les criti(iue$ actuels se tourîT vers un mode d'explication un peu différent. Weisse avait Ijà énoncé l'idée que notre récit n'était autre chose qu'une para- )ledeJésu.s, transformée en un fait par la tradition. Cette idée ^paraît aujourd'hui chez Keim, Schenkel, etc. La parabole qui «lonné lieu à notre récit ne serait autre que celle du pauvn» Mare, Luc XVI, que l'auteur de notre évangile exploiterait wir en tirer ce tableau. M. Renan lui-même s'approprie en uelquc manière ce rapprochement. Il expliquait primitivement i résurrection de Lazare par une fraude pieuse, à laquelle Jésus iii-ménie n'aurait pas été entièrement étranger, c Les amis do ésus, (lisait-il, désiraient un grand miracle qui frappAt vivo-
3e Vol. ' 15
ment rincrédulité hiérosolymite.... Lazare, pâle encore de a maladie, se fit entourer de bandelettes comme un mort et enle^ mer dans son tombeau de famille... Jésus désira voir encore uie fois celui qu'il avait aimé... > On comprend le reste. H. Renao excuse Jésus : « Dans cette ville impure de Jérusalem, il n'étiit plus lui-même.... Désespéré, poussé à bout... il obéissait au torrent. Il subissait les miracles que l'opinion exigeait de lui, bieo plus qu'il ne les ffiisait. • Aujourd'bui, M. Renan cède auseotiment {général qui s'est soulevé contre cette explication et qui en a bautement proclamé F impossibilité morale. Les amis de Jésus, dit-il à cette lieure, désiraient un grand prodi{2;e ; il leur fallait une résurre<'tion. Marie et Marthe s'en ouvrirent sans doute à Jésus. Si quelqu'un des morts ressuscitait, lui disaient ces pieuses sœurs, peut-être les vivants feraient-ils pénitence. — Son, répondait Jésus: Lazare lui-même reviendrait à la vie, qu'on le le croirait point. r>ctte parole devint plus tard le sujet de wgulières méprises... La supposition fut cbangée en fait...; la tradition attribua à Marie et Marthe un frère malade que Jésus avait fait sortir du tomlH*au. Va\ un mot, le malentendu d'oùprovieilj notre récit ressendde à l'un de ces coq-à-Tàne, si fréqu( dans les poiiU^ villes d'Orient (13« (ni., p. 372-374). toute réfutation, nous ferons seulement observer que le récit dit î précisément le contraire do la parole qui doit lui avoir servi è j texte. Les Juifs cmicnt, après avoir été témoins du fait (v. iS), ^ et la parole de Jésus, Luc XVI, que le récit doit iHustrer, est : « Si l'un des morts ressuscitait, ils ne croiraient point! > Oi voit qu'il n'est pas si ais*'» de se défaire critiquement d'un pareil riVit. — Mais si le fait est réel, comment se fait-il qu'il ne soit pas raconté dans les synoptiques?
Remarquons d'abord que le mode de formatitm de la tradition orale, dont ct*s livres sont la rédaction, est encore à une foule d'égards un insoluble problème. Il ne serait donc pas rationnel de sacrifier des raisons positives, telles que celles qui parlent en faveur de la réalité du fait, à une difficulté pour la solution de laquelle nous niaïKfuent les éléments les plus nécessaires. 31. Renan dit lui-même : « Le silence des synoptiques à l'q^rdde l'épisode de Béthanie ne me frappe pas l)eaucoup (p. 507) ... Si on rejette ce récit comme imai^inaire, tout l'édifice des dernière* semaines de la vie de Jésus croule du même coup • (p. 514).
provieitj réquenkj
Selon Liicke, les auteurs des évatiiziles synoptiques auraient ignoré ce miracle, dont le souvenir se serait perdu au milieu de tant d'autres faits semblables; on peut demander cependant si un tel miracle ne possédait pas des caractères particuliers qui devaient Tempécher de tomber dans l'oubli. D'après Meyer, les synoptiques n'ont voulu raconter que les faits qui s'étaient passés en Galilée. Mais comment expliquer ce tria^^e systématique? Et leur récit ne comprend-il pas tout le dernier séjour à Jérusalem? Grotius, Herder, Olshausen, supposent que ces trois écri- Tains voulaient ménager la famille de Lazare, qui demeurait aox portes de Jérusalem et que la mention publique de ce miracle eût exposée aux veni^eances du Sanhédrin encore toutpoissant. Comp. XII , 10 : « Les principaux sacrificateurs délibéraient de faire mourir aussi Lazare. » Cette supposition ini^énieuse pourrait bien s'appliquer à l'évangile de saint Matthieu, écrit en Palestine. Mais il est diflicile d'expliquer par ee moyen le silence de Marc et de Luc, qui écrivaient dans des contrées éloignées de la Terre-Sainte. Hengstenberg admet que h résurrection de Lazare faisait partie d'un cercle de récits plus profonds qui n'étaient pas entrés dans la tradition et que l'on avait instinctivement réservés à Jean. Cette opinion se rapproche ée celle de Heidenreich, qui pensait qu'aucun écrivain jusqu'à 'Jean ne s'était senti de force à dépeindre une pareille scène. Peu i4e personnes sans doute trouveront cette expli(*ation suffisante. il Je ne nie point qu'il n'y ait du vrai dans quelques-unes de ces ■%ppositions, peut-être même dans toutes. Seulement pour qu'elhi puissent réellement concouric à la solution du problème, elles doivent être présentées sous un autre jour.
Avant tout, il faut partir de ce fait : qu'aucun trait particulier da ministère de Jésus, fut-ce le plus saillant de tous, n'avait dans la pensée apostolique l'importance capitale que l'on peut être tenté de lui attribuer aujourd'hui. Le point de vue auquel se plaçaient les apôtres dans leur p-^édication était complètement différent de celui auquel nous nous trouvons lorsque nous faisons de leur enseignement l'objet d'une étude critique. Ils travaillaient i fonder l'Eglise et à sauver le monde ; nous voulons reconstruire une histoire. Rien d'étonnant à ce que des narrations Wtes au premier de ces points de vue renferment pour nous *3nl d'énigmes. Des événements décisifs et incomparablement
plus importants, sous le rapport religieux, que la rés de Lazare, la mort et la résurrection de Jésus avaîeni miracle et durent l'éclipser pour un temps, aussi bien les autres miracles particuliers du ministère du Seigneur première phase, la prédication apostolique se borna à f et à démontrer ce fait suprême : Jésus est ressuscité, le fondement sur le(iuel les apôtres édifièrent FE^lise. < pas le temps de raconter des anecdotes. On rappelait » Factivité miraculeuse du Seigneur en général; nous I par les discours des apôtres dans le livre des Actes (II 37); mais les récits particuliers étaient encore relég l'ombre. Si les détails du ministère de Jésus jouaient durant cette première phase de l'enseignement chrétie. dans les entretiens particuliers. La grande proclamai ciel le ne trouvait rien à mettre à côté de la mort et de rcction du Messie, ces grands faits dans lesquels s*é sommé le salut du monde. C'était aussi sur ce point de toire que s'étaient concentrés les enseignements de Jéi sa rc^surrection : Luc XXIV, Hi. 4o-47.
C(^ fut plus tard, lorsque le premier souffle commem faiblir, que Ton se mit à exhumer les anciens souven rinduence de la prédication apostolique qui fondait le: naquit et se développa le ministore des catiVhistes qu charize de les (Hlilier en retraçant les faits divers de I Seigii(»ur. Une partie» de ces récits fut mise en circulatio apôtres eux-mêmes; ce furent probablement ceux qui c rent le fonds permanent et universel de l'évangélisatior qui passèrent dune manière ass(»z uniforme dans la écrite, dans nos syiiopti(|ues. D'autres étaient mis en < les membres de rKgliso qui avaient été soit les objets témoins (les faits: ils s(» fixèrent dans la tradition oral que possible sous la forme ([ue leur avait donnœ le prei rateur; parvenus plus ou moins accidentellement à la snnre <les (Vrivains évanizéliques, ils formèrent le trésc (U^ chacun de nos synopticjues. Des troisièmes enfin fui triiits à dessein et de prime abord h la narration publiq lui furent confiés (juavin* certaines rélic(»nces de non cîioses. dette réserve était commandét» par des égards d nature dus à ceux qui avaient joué un rôle dans ces fa
ÎDsi qu'en racontant le coup d epée de saint Pierre à Gethsénané, qui constituait un véritable délit et avait failli compro- Dettre la cause de Christ, l'on s était habitué à dire dans la tralition orale : l'un de ceux qui étaient avec Jésus (Matthieu), NI \J'uèi de ceux qui étaient présenU (Marc), ou encore : Vun f entre eux (Luc), tandis que Jean, écrivant longtemps après la nort de Pierre et la chute du Sanhéclrin, lorsqu'il raconte le Dénie fait, tire immédiatement de son souvenir personnel le nom lie Pierre.
Il est possible qu'il existât aussi quelque motif de réserve particulier (|uant aux récits concernant la famille de Béthanie. Luc (]C,38 et suiv.) parle bien de deux sœurs et les désigne par leur DOiD, mais il omet le nom de la bourgade qu'elles habitaient : * Jésus entra dans un certain hourg, > Sans doute, il ignonit lui-même le nom de l'endroit; pourquoi? Evidemment parce que la tradition ne le lui avait point appris; elle l'avait donc mis dt'S ral)ord. Matthieu (XXYI, (> et suivAet Marc (XIV, iet suiv.) nomment sans doute Béthanie; mais ils se taisent lur les noms des sœurs : « une femme vint, > disent- ils en racontant l'onction de Marie. Le seul personnage qu ils mentioouent, Simon le lépreux, semble placé là pour couvrir de ton ombre les autres personnages. Quel motif imposait à la tradition primitive ces réticences?. Peut-être la crainte du bras Teofseur du Sanhédrin qui, tant que l'autorité de ce tribunal ■bsistait, pouvait si facilement s'étendre de Jérusalem à Béknie. Peut-être aussi le caractère très- intime et complètement personnel des relations du Seigneur avec Lazare et sa famille. Od sentit le besoin de respecter dans l'enseignement public et dans l'évansîélisation au sein des églises ce fover de Béthanie, ce sanctuaire encore habité par les personnes qui avaient reçu Jésus dans leur intimité. Que si, néanmoins, il arrivait que, pour l'édification générale, on mit en scène de tels personnages, on ne le faisait que, comme dans le n'M^it de Luc, en taisant le nom de leur résidence. Quant à la résurrection de Lazare, il fallait dire tout ou rien. On avait choisi le second parti et l'on s'était habitué à laisser ce fait en dehors du cercle des récits vulgairentenl racontés. Meyer objecte qu'au moment de la rédaction des synoptiques tous ces égards n'avaient plus d'objet, puisque In personnes intéressées n'existaient plus. Cette raison n'a au-
cune valeur, puisqu'il s'agit ici de la fbrmation de la tradition immédiatement après In Pentecôte, et nullement de sa rédaction trente ou quarante ans après. Ce ne fut qu*à la fin du siècle apostolique, lorsque Jean écrivit d'un jet. et indépendamment des récits traditioimels, certains faits de l'histoire de Jésus. qu'O put rouvrir les portes de ce sanctuaire, longtemps fermées, et mettre en scène aux yeux de l'Eglise entière les êtres vénérés qui y avaient entouré Jésus.
Dans tous les cas, la mention ou l'omission d*un miracle particulier de Jésus, quel qu'il soit. (>st un fait trop accidentel pour qu une critique judicieuse et maîtresse d'elle-mérne se laisse entraîner à faire prévaloir le silence d'un, de deux ou même de trois de nos documents sur le témoignage net, détaillé, positif, du quatrième. Aucun fait de i'histoire évangélique n'est mieux attesté que l'apparition de JcHiUS aux cinq cents frères, dont parle Paul, 1 Cor. XV. Et pourtant il n'est fait expressément mention de cetto apparition clans aucun de nos quatre évangiles! Spinoza, d'après le témoignage de Ravie, doit avoir déclaré à sei amis « que s'il ei\t pu se persuader la résurrection de Lazare, il aurait brisé en pièces tout son système, et embrassé sans répugnance la foi ordinaire des chrétiens. > Etc'est précisément ce qui explique pourquoi elle est maintenant aussi violemment attaquée (jue celle du Seigneur lui-même. Mais que le lecteur reprenne ie récit de Jean, et le relise sans aucune opinion préconçue..., la conviction à laquelle n'a pu parvenir le philosophe panthéiste se formera spontanément <»t irrésistiblement en lui : et sur le témoigiiage de ce récit dont cha(|ue trait |K)rte le sceau de la vérité, il acceptera simplement le fait, avec toutes ses consckjuences, î)lutùt que (le se laissi»r bercer par une criti(|ue dont chaque tentative nouvelle est un démenti donné à la précédente.