Les catises de l' incrédulité juive : v
Si les Juifs sont le peuple élu, destiné de Dieu à recevoir le Messie et à porter le salut aux autres nations, ne résulte-t-il pas du fait même de leur incrédulité envers Jésus-Christ, que ce personnage n'est point réellement le Messie? Ou, sinon, comment s'expliquer ce grand paradoxe de l'histoire? Les ch. IX-XI de l'épitre aux Romains sont déjà destinés à résoudre ce problème qui devait être, en «Bet, la grande question apologétique du temps des apôtres. C'est ce qui explique pourquoi ce morceau de Jean renferme lant de pensées qui forment également le fond de la dissertation de saint Paul.
V. 37 et 38. c Or, quoiqu'il eût fait tant de miracles en ^ur présence, ils ne croyaient pas en lui, 38 afin que s'acf>mplfl la parole qu'Esa'ie le prophète avait prononcée : eigneury qui a cru à notre prédication, et le bras de
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r Eternel y à qui a^l-il été révélé f » — Quelque irralionnel que soit le fail dont Jean va s'occuper, il n'en était pas moins inévitable ; car il était prédit, cl la prophétie devait s'accomplir. — Que de motifs à croire ne se trouvaient pas pour les Juifs dans l'apparition de Jésus, et particulièrement dans ses miracles I II y avait donc comme quelque chose do fatal dans un pareil aveuglement. TocoDra, /ont, dans nos évangiles, s'applique toujours au nombre, non à h grandeur (VI, 9; XXK 11). Cette parole suppose que Jésoi avait fait un bien plus grand nombre de miracles que le six racontés dans ce livre. Comp. aussi VII, 3; XX, 3U. Jeu n'a donc pas voulu raconter tout ce qu'il savait. — Le term crjULcia, signes, rappelle le caractère éclatant, et les mot epiTrpocOev oùtûv, en leur présence, la complète publicité d ces œuvres. — L'imparf. ils ne croyaient pus fait ressorti la durée, la persistance opiniâtre de l'incrédulité israélitc Tne impartiale exégèse ne saurait affaiblir le sens deîvg afin que, on faisant ici ce mol synonyme de codre, de sori que. — Le passage cité par Jean est Es. LUI, i. Le prc phète, au moment de décrire l'abaissement et les soûl frances du Messie, déclare que ce message ne sera poii accueilli favorablement du peuple, tant il est peu conform à ses aspirations charnelles. Or, si l'annonce du Messie seul frant est repoussée par lui, combien plus le sera ce Messi lui-mcmc? C'est sur cet a fortiori que repose l'applicatio (|ue l'évangéliste fail de ce texte à ses contemporains. Celt question : Qui a cru ? montre qu'il y aura sans doul des croyants, mais en petit nombre; on les comptera. - D'après Ilengslenberg, l'expression obtovf, notre auditm pour : la chose que îwus entendons, signifierait : f Ce qu nous (prophètes) avons entendu de la bouche de Jébovah. H est plus naturel dexpliqucr : « Ce que vous (hommes entendez de notre bouche, à nous, prophètes. > C-c n'es
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donc nullement le peuple qui est supposé prononcer cette question (Hofroann, Delîtzsch, Lutliarclt). Il faudrait admettre qu'il la prononce après être revenu de son incrédulité, ce qui est forcé. C'est Esaïe, comme représentant des autres prophètes, qui interroge ainsi. — Le premier terme : Ce que nous prêchons^ est appliqué ici par Tévangéliste à l'enseignement de Jésus; le suivant, le bras c/? FEternel, se rapporte aux actes de pii-issance divine qu'il avait opérés en Israël, à ses miracles.
Mais rincrédulité juive n'était pas seulement prédite; elle était voulue de Dieu, qui y a coopéré lui-même :
V. 39 et 40. € Aussi bien ne pouvaient-ils croire^ parce qu'Esa'f'e avait dit encore : iO II a aveuglé leurs yetuv et endurci* leurs cœurs, afin quils ne voient point des yeux et (lit ils ne comprennent* point du cœur et qu'ils ne se convertissent * pas et que je ne les guéiisse * pas. » — La toute-puissance de Dieu travaillait elle-même à réaliser ce que sa toute-science avait prédit, et à faire commettre à Israël l'impossible. La gradation entre le v. 37 et le v. 39 est celle-ci : Us ne croyaient pas (v. 37) ; et même ils ne f pouvaient croire (v. 39). Le mot '7ra>.iv (de nouveau, encore) rappellfe que c'est ici une seconde idée, qui sert à expliquer et à compléter la première. Celte relation logique est également celle des deux prophéties citées par Jean. — Le^iaTO'jTo, à cause de cela, porte, comme ordinairement chez Jean (V, 18; X, 17; etc.), sur le on, parce que, suivant : € Et voici pourquoi ils ne pouvaient pas croire :
* Les byz. {V À etc.) lisent jrfjrojpwxev ; les alex. (ABKLX): e:r(opwa£v;
* Au lieu de vor.owatv, K H Clirys. : Tjvtoaiv.
* X B D: jTpayoxjiv, au lieu d^eTriarpaçdiatv (T. R. avec \0 Mjj.); 5 Mjj. (K L etc.) : s-torpsltijaiv.
* Tous les Mjj., excepté L F, lisent laaojxai, au lieu de la^tofxat.
c'est f tt^Esaîe, dans ud autre passage (icoiXiv), avait dit...j Celte parole est tirée d'Ës. VI, 9. 10. La citation n'est exactement conforme ni au texte hébreu, ni à celui des LXX. D'après le premier, c'est Esaïe qui, par l'ordre de Dieu, doit aveugler et endurcir le peuple par sa prophétie mal accueillie : c Engraisse le cœur de ce peuple. > Dans le second, cet endurcissement est présenté comme un simple fait, mis à la charge d'Israël : c Le cœur de ce peuple s'esî endurci. > Le texte de Jean est, pour le sens, conformai celui du prophète; car le sujet sous-entendu des deux verbes, il a aveuglé y il a endurci^ chez Jean, ne peut être que Dieu. L'ordre intimé par lui, dans Esaïe, celui d'endurcir, est présenté chez Jean (par les parfaits) comme un fait accompli. Ce passage prouve que l'évangéliste ne dépendait pas de la traduction grecque et connaissait le texte hébreu (t. 1, p. 309). — Ti>9>.ouv, aveugler^ désigne la privation de la lumière intellectuelle, du sens du vrai et même de l'utile, du simple bon sen&; ircopouv, raccornir la peaa^ la privation de la sensibilité morale, du sens du bon. De l'inactivité de ces deux organes doit nécessairement résulter l'incrédulité; le peuple pourra voir miracle sur miracle, entendre témoignage après témoignage, il ne discernera point le Messie. La leçon de presque tous les Mjj. iiaofM, et je les guérirai, peut signifier : c Et je finirai par les ramener à moi par le moyen de cet endurcissement même. » Cependant les xac, et,.,, e(...., se rattachent trop étroitement les uns aux autres pour qu'un pareil contraste entre le dernier verbe et les précédents soit admissible. La force du redoutable ïva p.?), afin tfueje ne..., s'étend évidemment jusqu'à la fin de la phrase. Si l'on est choqué de Tindicatif iaGO(iiai (dépendant de iva, ce qui en soi n'est point impossible), on pourrait voir dans ces derniers mots l'indication du résultai qui aurait eu lieu dans le cas opposé, mais qui
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edoil pas éire : t de peur qu'ils ne se converlissenl... et i les guérirai, > pour : auquel cas je les guérirais.
Sî tel est le sens des paroles du prophète et de celles de Tévanéliste, comment le justifier? Ces déclarations seraient inexplicales et profondément révoltantes si, au moment où Dieu les adresse
Israël et le traite de la sorte, ce |)euple était encore dans l'état lormal, et que Dieu renvisage;\t encore comme son peuple. Mais 100 ; en envoyant Esaïe, Dieu lui dit : < Va et dis à ce peuple > Es. YI, 9). Et l'on sait ce que \eut dire un père, lorsque, en Mrlant de son fils, il dit : cet enfant, au lieu de mon enfant ; a relation paternelle et filiale n'existe plus. C'est à ce point de »ue qu'il faut se placer pour comprendre la dispensation divine : ïlle rentre dans la catéj^orie des châtiments. La créature qui a rolootairement abusé des faveurs divines précédentes, s'attire la |>lus terrible des punitions. Du ranf^ de but elle est dégradée à ;elui (le moyen ; de personne elle devient matière. En effet, si l'homme peut se refuser à glorifier Dieu librement par son ol)éîssance et son salut, il ne peut empêcher Dieu de se glorifier en lui ptr un châtiment exemplaire, qui fasse éclater publiquement le caractère odieux de son péché. « Dieu, dit Hengstenberg, a constitué l'homme de telle sorte que, quand il ne résiste pas aux premiers commencements du péché, il perd le droit de disposer de Qi-mème, et doit obéir jusqu'au l>out » à la puissance à laquelle il •est livré. Et Dieu ne permet pas seulement ce développement lu mal: il le veut et il y concourt. Mais comment, dira-t-on, la ainteté de Dieu, ainsi comprise, se concilie-t-elle avec son amour? l'est ce que saint Paul explique aux Juifs par un exemple, Rom. S, 17: Pharaon refuse d'é(U)uter Dieu et d'être sauvé. Il en a
droit. Mais dès ce moment il est contraint de servir au salut s autres. Dans ce but Dieu paralyse en lui et le sens du vrai et
sens du bon; il le rend sourd aux appels de la conscience et ème aux calculs de l'intérêt bien entendu; il le livre aux inspitîoDS de son fol orgueil, afin que, par l'exemple de la ruine dans |uelle il se précipite, le monde apprenne ce qu'il en coûte de sister méchamment aux premiers appels de Dieu. Par là il sert I moins au salut du monde. L'histoire de Pharaon se reproduit actement dans celle des Juifs. Déjà du temps d'Esaïe la masse 1 peuple était tellement charnelle que le prophète contemplait
d'avance son incr<^ulité envers le Messie, l'homme de donkmr, comme un fait moral inévitable (Es. LUI ). Un tel fsraèl aurait-ii dû rtTonnaftre e\ti^rieurement et sans changement de cœur le Messie, et devenir dans cet étit le noyau du peuple messianique, de l'Eglise? Certes mm; car cette adhésion purement intelle^ tuelle, dont nous avons vu dt^ exemples dans certains moments du ministère dc^ Jésus, non seulement n'eût pas sauvé Israël luimême, mais eiicïïpp n'eût servi qu'à entraver l'ceuvre divine dans le monde entier. Dieu préférait à cette foi sans réalité morale Fincrédulité compitHe. Car la réjection des Juifs pouvait contribuer au s;) lut du monde, en ouvrant plus iar^iiemeut la porte aui païens, tandi*^ que Tentn'e en masse dans l'Eglise d'un Israël charnel, légal et pharisaïque. aurait mis un ol)stacle presque in vincible à la mission auprès des païens. Qu'on se rappelle le: luttes de saint Paul! Dieu aveugla donc IsraM, afin que les mira ries de Jc'sus fussent à ses veux comme nuls et non avenus; i l'endurcit, a lin que ses prédications demcunissent pour lui d( vains s/>ns (Es. VH. Ainsi l'IsraM charnel rejeta et put être re jeté fYanchinnent. Cette (M>sition tranchée n'empira pas au fow s<m sort, mais elle eut pour le salut des Gentils les conséquence exc(*lientes que dévelop|M> saint Paul Rom. XI. Par son châtinien même, Israël devint ce qu'd avait refusé d'être par son salut ra|)ôtre du monde; et \mm\ gré mal gré, comme Judas, son vra t\pe, il remplit ainsi son irrévocable mandat. Il (st clair, d'ail leurs, qu'au milieu de ce jiigomenl national chaque individu res tait libre de se tourner Aers Dieu par la repentance et dWhappei à l'endurcissement général. Le v, 43 d'Esaïe et le v. 4i de Jean en sont la preuve.
(juant au rapport de lincrédulité juive à la prévision diviw (v. 37 et 1^), Jean n'indique point la théorie métaphysique au moyen de laquelle il parvient à concilier la prescience de Dieu avec la responsabilité de l'honinie; il accepte simplement cesdeui données, l'une du s«Mitiment religieux, l'autre de la consciemi morale. Mais si l'on réfbVhit que Dieu est au-dessus du temp^, qu'à proprement parler il ne préntit pas un fait qui pour noa est encore à venir, mais qu'il le voit, absolument comme nouî contemplons un fait prés4Mit ; que par consc^juent, quand il rénon« à un moment qu(*lconque, avant aussi bien qu'après son accomplissement, il ne le prrdit pas, mais le décrit en spectateur et
Il témoin, la contradictioii apparente entre les deux éléments cmi pparence contradictoires s évanouit. Une fois prédit, le fait ne eut pas manquer d'arriver, sans doute, puisque le regard de Heu ne peut lui avoir montré comme étatit ce qui ne sera pas. fais le fait n'est pas parce que Dieu Ta vu; Dieu, au contraire, 'a vu parce qu'il sera ou plutôt est a ses yeux. Ainsi la cause r^lle de Tincrédulité juive, annoncée par Dieu, n est pas la prévision divine. Cette cause est en dernière analyse l'état moral du peuple lui-même. C'est cet état qui, une fois fixé, impliquait nécessairement l'incréilulité finale d'Israël, comme son cliAtiment mérité, d'une part, et comme la condition du salut des païens, de l'autre.
V. 41 . € C'est ce que dit Esaie, quand * // vit sa gloire et parla de lui.:» — Jean justifie dans ce verset rapplication qu'il vient de faire de la vision du ch. VI d'Esaïe àJésus- Christ. Le Jéhovah de TA. T., l'Adonaï que contemplait Ksaiedans cette vision, est l'être divin qui s'est incarné en Jésus. Paul le dit également 1 Cor. X, 4, en appelant Christ «te rocher spirituel qui accompagnait nos pères > au désert, et r^bil. 11, C, en attribuant à Jésus, avant son incarnation, la fonnede Dieu, l'état divin. Quelques interprètes ont essayé de rapporter le pron. aÙToO, de lui y non à Christ, mais à Dieu. Mais les derniers mots: et qu'il parla de lut, ddos ce sens, seraient oiseux et toute cette remarque sans but dans le contexte. — La leçon alex. « parce quW vit... H parla... > a contre elle le témoignage des plus anciennes ersions et surtout le ton général du verset, auquel ce nrce que donnerait le caractère beaucoup trop prononcé 'une réflexion dogmatique. — On eût pu conclure des^ . 37*41 que pas un Juif n'avait cru ni n'aurait pu croire; (S V. 42 et 43, en complétant le tableau historique, écartnt ce malentendu.
* K A B L M X qucUiucs Mon. Cop. Sah. lisent o-i^ parce que, au lieu î OTE, quand, que lisent 12 Mjj. 'D FA etc.) les Mnn. It. Syr. Chrys.
V.' 43 Ci 43. c // est vrai y cepetukuU; que^ même parmi les chefSy plusieurs crurent en lui; mais, à cause des pharisiens, ils ne le confessaient points de peur (Titre châssis de la synagogue; 43 car ils aimèrent la gloire qui vient des hommes plus que ' la gloire qui vient de Dieu. > — Jean tneDlionne cette exception, non pour adoucir lasévériléde Tappréciation d'Esaïc et de la sienne propre sur Fétal du peuple, mais pour montrer que, même malgré Texccption qu'il va signaler, cette appréciation générale consene sa vérité. Là même où la foi fut éveillée, la lâcheté en comprima la profession et le développement. Cette parole remarquable fait voir combien était accablant le joug que Tesprit pbarisaïque faisait peser sur Israël : elle contient la clef des paraboles du ch. X. L'endurcissement et laveuglement spirituels dont a parlé le v. 40, consistaient précisément dans l'abandon complet du peuple à la puissance du fanatisme pbarisaïque. — Les mots : de peur délre chauit de la synagogue, confirment la réalité du décret dont il a été fait mention IX, 2J. — Ao^a, au v. 43, est presque pris dans son sens étymologique : opinion, approbation. — L^ ditTércnce de leçon (urep et -/iirep) est probablement due à Vitacisme (prononciation de % et de u, comme i). Si on lit urep, il y a ici deux formes de comparaison combinées, comme pour mieux faire ressortir Todieux d'une telle préférence. — Il no faut pas ranger, sans doute, dans la classe <)e ces làcbcs, comme le font Lùcke et Meyer, les Nicodéme, les Joseph d*Arimatliée. Jean veut parler de ceux qui restèrent attachés au système juif, de Gamaliel et de tant d'autres, qui furent comme les Erasmes de ce temps*là. Sur la nécessité de la profession pour le salut, comp. Rom. X, 10.
* N L X o Mnn. lisent unso au lieu de r^-sp.
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