‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 38 sur 66 · II. — La responsabilité d*Israël : v · texte numérisé non relu

II. — La responsabilité d*Israël : v

La gravité de rincrédulité Israélite est en rapport direct avec la grandeur de l'être envers qui elle a éclaté. Or, cet être est celui dont la personne a été la pure manifestation de Dieu (v. 44-46), et dont renseignement a été la pure expression de la pensée et de la volonté de ce même Dieu (v.47-50). S'il en est ainsi, rejeter Jésus na été autre chose pour Israël que rejeter Dieu lui-même et sa parole. Ce rejet a été la rébellion suprême, qui ne pouvafl qu'attirer sur lui une condamnation sans exemple.

Tel est le sens et l'esprit de ce morceau.

La critique conteste avec raison la réalité historique du discours suivant; elle allègue à bon droit l'absence d'occasion et de localité déterminée et le manque de toute idée nouvelle (voir Keim, p. ex.). Mais elle se trompe en concluant de là que c'est ici une composition factice de Tévangéliste (de Wette), composition qui prouverait que les discours de Jésus, en général, dans le IV® évangile, ne sont que l'expression des pensées propres de l'auteur (Hilgenfeld).

En effet, serait-il admissible que l'évangéliste lui-même ^ût songé, à ce moment de son récit, h nous présenter encore un discours de Jésus, comme réellement prononcé par loi? C'est, il est vrai, ce qu'ont admis ceux qui le font parler iÎDsi^au sortir du temple (Lampe, Bengel), ou au moment ►ù il y rentra de nouveau après le départ mentionné v. 30 îhrysostome, Hengstenberg), ou dans un entretien privé evant ses disciples (Besser, Luthardt, 1"^ éd.). Mais les gux premières suppositions se heurtent au v. 36, qui iniqae évidemment la clôture du ministère public de Jésus. u moins, après une telle parole, un mot d*explication eût té nécessaire. La troisième a été retirée par Luthardt luilême (2* éd.); elle a surtout contre elle le terme ^xpa^e

(// cria bien haul). IVailIcurs, ce qui exclut Tidéc d'un discours réel tenu pnr Jésus, c'est que ce serait ici le seul exemple iVnn enseignement rapporté par Jean sans la moindre indication d'occasion, de temps ou de lieu.

Il ne faut pas oublier que révangéliste a terminé avec le V. ;i6 son rôle de narrateur^ quant à cette partie de l'histoire, et que dès le v. 37 il contemple le fait retracé, l'incrédulité du peuple élu, et médite sur ses causes et sur ses drels. Comme, v. 37-4â, il s'élail surtout préoccupé de l'activité miraculeuse du Seigneur, il récapitule ici sod enseiffnemenf, d(; manière à faire voira quoi s'expose celui qui rejette le témoignage que Jésus a rendu à sa propre personne et «^ sa parole. C'est donc bien ici un discours composé par .Iran, mais uniquement comme sommaire de tout l'enseignement de Jésus. Et voilà précisément pour* quoi il ne renferme,. comme on le dit, aucune idée nouvelle. Les aoristes (sxpa^ev, eli^ev) rappellent tous les cas particuliers dans lesquels Jésus avait prononcé sur luîmome de telles alïirmations; ils doivent se rendre ainsi : « Kl cependant il leur avait assez dit..., il avait crié assez liant...» liaumlein: «J(».vw.v hutte aber laut erklàrl. » Ccsi avec certaines nuances rinlerprélation qui prévaut à cette beurc. 11 en résulte que chacune des déclarations suivantes, citées par Jean, reposera sur un certain nombre de pssages renfermés dans les discours précédents. ^

V. ^i-Zft}. « Or Jésus s'était écrié disant : Celui (fui croit en moi, ne croit pas en moi, mais eti celui qui ma envoyé: 45 et celui qui me contemple, contemple celui gui m'a envoyé ; i(jje suis venu comme lumii'rc dans le monde, afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres. » — Aucun élément de volonté propre et purement humaine n'a troublé, dans l'apparition de Jésus, la révélation do Dieu; de sorte que, croire en lui, ce n'esl

CUAP. XU, 4i-48. 303

croire en Thomme (comme si Jésus fut venu , ou eût en son propre nom, V, 43), c'est réellement croire en !U seul, puisque Dieu seul parait en lui. 11 n'es! donc i nécessaire de prendre ici la négation ne pas dans le is atténué de c pas seulement, » — La vue dont il est eslion au v. 45 n'est pas c^lle du corps; c'est celle qui développe avec la foi même, l'intuition de l'être intime moral de la personne que Ton contemple des yeux du rps. C est par cette vue que Jésus, révélation vivante de eu, devient la lumière de l'àme. Celui qui n'y parvient inl demeure dans la nuit (v. 40). Comp., pour v. 44 et ►, les passages suivants: v. 36; VI, 38; VII, 17. 18; VllI, !; X, 38, etc. ; et, pour v. 46, les suivants : 111, 19 ; VllI,* I; IX, 5. 39. Quelle responsabilité s'attache au rejet d'une reille apparition! — De sa personne, Jésus passe à sa >clrine :

V. 47 et 48. « FA si quelqu'un entend mes paroles et ne les rde » pas, ce n'est pas moi qui le juge; car je ne suis pas nu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas 7nes paroles, léja son juge : la parole que j'ai annoncée, c'est elle qui jugera au dernier jour, » — Comme Jésus est la pure nifeslation de Dieu , sa parole est la pure révélation de >ensée de Dieu; car il n'y mêle rien du sien. Aussi serale l'unique pierre de touche dans le jugement. C'est n , sans doute , Jésus qui jugera ; mais il se bornera à lîquer à chaque vie la norme de sa parole. Comp. III, V, 24; VIII, 15. Quel sera le sort de celui qui a rejeté pareil enseignement! — La leçon (^^/ki^-n, garde, parait rérable à la leçon reçue : ttwtte'Jcv; (c et ne croit pas »); le premier terme est moins usité que le second; il

M A BK L X plusieurs Mnn. It»''a Syr**"*' lisent 9u)jiÇr, au lieu de

s'applique ici à l'acte de l'appropriation inténeore, qui n'est autre qae la foi.

V. 49 cl 50. f Car je n'ai pas j}arlé de moi-méme ; mil le Père qui m'a envoyé, m'a lui-mime commandé ' ce (fit je dois dire et commetit je dois le dire; 50 et je sais que son commandement est la vie étemelle; aussi y ce que je dis, je le dis comme me l'a dit mon Père. > — Ces verscis expliquent la valeur absolue que Jésus vient d'attribuer à sa parole, comme norme du jugement. Son enseignement est purement et simplement, pour le fond (ri mm) et pour la forme (rt Xoîkiiiçifa)^ celui du Père. Il reçoit, pour chaque cas^ un mandat détaillé (svto^iq) auquel il se conforme fidèlement en enseignant; et cette docilité provient chez lui du sentiment qu'il a de la force vivifiante et régénératrice de la parole que lui confie le Père : en elle est la source de la vie éternelle pour chaque âme. \oilh pourquoi (aussi, v. 50^) il la rend aux hommes telle qu'il la reçoit, sans se permettre d'y rien changer. Gomp. V, 30; VIII, 16-18 et les passages déjà cités.

0(1 ne saurait mieux formuler que Jean ne le fait dans ce$ quelques propositions. la valeur absolue <|ue Jésus avait constamment attribuée à sa personne et à sa parole. Et un tel sommaire serait celui de discours composés par Tévangéliste lui-même! Il dresserait ce formidable réquisitoire contre IsraH, ici au nom de discours que Jésus n'aurait jamais tenus, et v. 37 et suiv. au nom de miracles qui n'auraient jamais été accomplis et qui ne seraient que son iinention propre! Un tel procédé est-il moralement possible? Il y a peut-être quelque chose de plus impossible encore: c'est de mettre dans la bouche de Jésus ce principe : • Je nni rien dit de moi-même, mon Père m* a commandé ce que je dois dire et comment je dois le dire, » et cela après avoir fait parler Jésus à sa foiise dans tout un écrit et en ie faisant parler à sa ^uise dans cette parole même! Jamais fourberie semblable fut-elle imaginée ?

* N A B M X 30 Mnn. lisent ôsoojxsv au lieu d'e$<ox£v.

CHAP. xiï, 49. no. 305

Remarquons, enfin, (juautaiit une mc^litation comme celle-oi st en place chez un témoin qui avait suivi de ses yeux le développement de l'incrédulité juive et dans un temps où le rejet risraël, récemment consommé, préoi*cupait encore les esprits, laUnt un tel morceau manque d'à-propos, si on le supi)ose é(!rit )ar un auteur qu'aucune circonstance personnelle n'intéressait plus à cette question et à une époque où déjà la cendre de Jérusalem était refroidie, et la question juive refoulée au second plan par (les discussions nouvelles tout autrement importantes pour la foi et le jjjouvernement de rF<^lisc.

Avant de quillcr cette seconde partie du récit évanf»éliquo d'après saint Jean, jetons encore, comme Tauleur luimême, un regard en airière. Nous avons suivi, à travers toutes ses péripéties si dramatiquement retracées, le déve* loppemeol de Tincrédulité nationale et le triage graduellement opéré entre une faihle minorité de croyants et une population presque tout entière fanatisée par ses chefs, (essayons maintenant de supprimer en pensée tout ce coté du ministère de Jésus, tous ces voyages et ces conflits, au centre même de la théocratie, qui font le sujet de ch. V-XII -^ ainsi qu'on doit lo faire dès que Ton rejette Tauthenticilé de notre évangile. Nous voici en face de la ciitastrophe finale attestée par les synoptiques aussi bien que par saint 'ean. Comment expliquer ce soudain et tragique dénoue- ))ent? Uniquement par les froissements qui ont eu lieu lans une province éloignée de la Terre-Sainte à l'occasion 'e quelques guérisons sabbatiques? Non, l'historien sérieux oi veut se rendre compte de la vie de Jésus, ne saurait, léme en tenant compte de l'entrée du jour des Hameaux, 3 passer de tout cet ensemble de scènes hierosolymitaines uxquelles nous venons d'assister.

:v Vol. io

xm, i-xvn, icy.

Le développement de la toi chez les disciples.

La troisième partie de Tévangile retrace les derniers moments que Jésus a passés avec ses disciples; en nous faisant connaître les suprêmes manifestations de son amour i envers eux, elle nous initie au plein développement de la 1 foi dans leur cœur. Jean oppose ainsi au sombre tableao de rincrédulité israclile le tableau lumineux de la foi, chez es futurs fondateurs de TK^Iise. Cbrist opère cette œuvre dans le ccpur des siens : 1" par deux acleSy le lavement des pieds et l'éloiji^ncment de Judas, par lesquels il purifie le cercle apostolique des derniers restes du messianisme charnel ; i2*' par une série de discours^ par les<|uels il prépare ses disciples à la prochaine séparation ; il leur donne les instructions nécessaires en vue de leur futur ministère et il élève leur foi en sa personne à toute la hauteur <|u'elle peut atteindre en ce moment; 3** par une />r/èrf d'action de j!:n\ces, dans laquelle il appose le sceau à son œuvre maintenant aciievée. Sons l'empire de ces dernières manifestations, la foi des disciples arrive à sa perfection relative, comme les fruits à leur maturité aux chauds rayons du soleil d'automne. Klle subit une double épreuve, celle de rhuiiiiiialion par rabaissement profond de Jésus dans Tacle du lavemenl des |>ie<ls et celle du sacrifice par

CHAP. XI n, 1. 307

perspective d'une lutte violente à accepter de la part du onde et d'une victoire à remporter uniquement par la rce spirituelle du Christ; que deviennent, avec de telles évisions, les espérances terrestres qu'ils entretenaient icore dans leur cœur! Mais la foi des apôtres sort de cette )reuve triomphante et purifiée ; elle a saisi la personne vine du Christ : c Nous croyons que tu es issu de Dieu » lVI, 30). Sur quoi Jésus répond : c Enfin vous croyez » ÎVl, 31); et il bénit son Père avec effusion (ch. XVII) de i avoir donné ces onze qui croient en lui. Ainsi donc trois sections :

1® Ch. XIII, 1-30 : la purification de la foi des apôtres ir deux faits décisifs.

*>Ch. XIII, 31-XVI,33: raffermissement de cette foi ir les derniers enseignements de Jésus qui renferment la

ivélation suprême de sa personne.

8®Ch. XVII : l'action de grâces pour ce ministère terres-

e maintenant terminé.

Page 1