V. ^,1 et a. « Les soldatSy après acoir crucifié^ Jésus
* Au lieu (ie ot« îitajsoiiav, M: oi 7Tajo»»)iavT£;.
CHAP. XIX, i9-2i. 517
prirent donc ses vêtements, et en firent quatre parts, une j)Our chaque soldat, puis la tunique * ; or la tunique était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. 24 Ils se dirent donc les uns aux autres*: Ne la déchirons pas ; mais tirons au sort à qui l'aura : afin que s'accomplît f Ecriture qui dit »; € Ils ont partagé entre eux mes vëte^ » ments, et ils ont jeté le sort sur ma robe, » Voilà donc ce que firent les soldats, » — Encore ici, Jean complète ses devanciers, quant à la description de la tunique et quant à raccomplissement de la prophétie. La loi romaine De bonis damnatorum adjugeait aux exécuteurs les vêtements des condamnés. On admet ordinairement que le détachement tout entier se composait de quatre hommes^. Keim pense <iue chaque croix avait son détachement particulier >. Les soldats firent deux opérations. Ils répartirent entre eux les différentes pièces d'habillement, telles que les bonnets, les ceintures, les vêtements de dessus, les sandales, les tuniques de deux d'entre eux. Puis, comme la tunique de Jésus ne pouvait être partagée et qu'elle était trop précieuse pour figurer dans l'une des parts, ils jetèrent le sort sur cette pièce. Celte tunique était sans doute un don des femmes -qui servaient Jésus (Luc VIII, 2. 3; Matth. XXVII, 55). Elle était tissée dans toute son étendue, comme l'était d'après Jo^phe le vêtement des prêtres. De là l'emploi du sort {donc, V. 24). Ainsi se réalisa jusqu'au dernier trait de 4ettre ce qu'avait décrit le psalmiste en traçant le tableau <iu roi d'Israël au comble de sa soufTrance. La critique prétend, il est vrai, que les deux membres du verset cité
* H 11-*'»*! Syr*«*» ometlont xai tov /tTcova.
* K : avTOu; au lieu d'aXXr^Xooç.
' M B ItP»«"«i'»« ometlont ij Xs^o-jw.
* Philon, in Flaccum.
* Comp. Actes XII, 4, où Ton trouve quatre détachements, chacun 4e quatre hommes ; sans doute un i)our chactmo des quatre veilles.
(Ps. XXn, 19) sont complètement synonymes, et que Jean est le jouet de son imagination en voulant distinguer soit entre les verbes partager et jeter le sort, soit entre les substantifs IjjiàTva, vêtements, et ijjLaTiçjJio;, robe, chez les LXX, Mais une étude plus approfondie du parallélisme, dans la poésie hébraïque, prouve que le second membre ajoute toujours une nuance ou une idée nouvelle à Tidée du premier. Autrement le second ne serait qu'une oiseuse taulo-
logie. Il n'y a pas répétition, mais gradation. Ainsi, dans ce verset du psaume, l'opposition entre le plur. csnoa, vêtements, et le sing. v^^, tunique, est manifeste. Le premier terme désigne les différentes pièces composant l'habillement de dessus, et le second, le vêtement proprement dit, après l'enlèvement duquel on est entièrement nu, la tunique. Le passage de Job XXIV, 7-10 confirme cette distinction toute naturelle. La gradation entre les deux verbes n'est pas moins évidente. C'est déjà une grande humilialion que de voir ses vêtements partagés. Après cela, le condamné doit se dire qu'il n'a plus qu'a mourir. Mais quelle humihation plus grande que de voir ses vêlements tirés au surf et de devenir ainsi semblable à un vil jouet! David avait voulu décrire ces deux degrés, et Jean fait remarquer que dans le supplice de Jésus ils se sont littéralement reproduits l'un et Tautre; non que l'accompUssement de la prophétie tînt à ce détail, mais il ressortait d'autant mieux; cl cela surtout parce que tout se faisait par le ministère des agents les plus grossiers et les plus aveugles, les soldats romains. C'est cette dernière idée sur laquelle Jean veut appuyer, quand il conclut le récit de cette scène par ces mots : Voilà donc ce que firent les soldats. Le gouverneur romain avait proclamé Jésus le roi des Juifs: b's soldats romains, sans le vouloir, le signalèrent comme le vrai David.
CHAP. XIX, 2i-27. 519
Strauss pense (nouvelle Vie de Jésus, p. 579 et suiv.) que orsque les prétentions messianiques de Jésus eurent été déinenies par la croix, l'Eglise chercha dans TA. T. l'idée du Messie ;oufTrant et Ty trouva, surtout dans ies Ps. XXII et LXIX. On magîna dès lors sur ce programme tout un tableau fictif de la ^ssion. Ainsi les faits auraient d'abord créé l'exégèse ; puis 'exégèse aurait créé les faits. Mais 1'^ l'idée du Messie souffrant 'xistait dans la théolq;ie juive avant et indépendamment delà Toix (t. II, p. 148 ^t 171). 2'* Il sera toujours difficile dedcmonrer qu'un juste inconnu quelconque dans l'ancienne alliance ait m espérer, comme l'auteur du Ps. XXII, que l'efTel de sa déli- Tance serait la conversion des peuples païens et rétablissement lu règne de Dieu jusqu'au bout de la terre (iO-3iV
Le legs filial :
V. 25-37. « Or près de la croix de Jésus se tenaient sa nère et la sœur de sa mère^ jHarie\ femme de ClopaSy et ^ar te- Madeleine. 26 Jésus donc^ ayant vu sa mère y et à ôté d'elle le disciple quil aimait y dit à sa mère*: Femme^ mlà ton fils. 27 Puis il dit au disciple: Voilà ta mère, it dès cette heure ' ce disciple la prit chez lui. » — Ce trait si raconté par Jean seul. Matthieu et Marc disent seule- (leat qu'un certain nombre de femmes galilcennes se tétaient à quelque distance de la croix « regardant de loin. » I parait, d'après Jean, que quelques-unes spécialement lommées, particulièrement la mère de Jésus accompagnée le Jean qui lui servait d'appui, se tenaient plus près de ï croix. Ce détail a pu aisément être omis dans la tradition ynoptique. Tlapa ne veut pas dire au pied, mais auprès de; a croix était peu élevée (v. 29). — Nous avons dit déjà, lans Vlniroductton (t. 1, p. 36-37), quç Wieseler, se rattabant à la leçon de la Peschito (voir note critique 1), trouve
* Syr^*» et Vss. persane et ëlhiopienne lisent x«i devant Mapia r, t. . (et Marie, femme de C).
* mBLX It""'**! omettent outou.
' A E 40 Mnn. Sah. : r^t^s^ca; au lieu de bjpa;.
5i0 QUATRIÈME PARTIE.
quatre femmes, et non pas trois^ dans ce passage. On évite ainsi la difficulté de deux sœurs portant le même nom, la mère de Jésus et la femme de Clopas. La sœur non nommée de Marie, mère de Jésus, serait (selon Wieseler, Meyer, Lutliardl) Salomé, la mère de Jean, indiquée par Matth. XXVII, 56 et Marc XV, 40 comme assistant au supplice. Mais (si du moins le texte de tous nos Mss., sans exception, est authentique) l'absence du xat, et, <)evant les mots: Marie femme de Clopas^ rend cette interprétation bien peo naturelle. En omettant ce mot, Tévangéliste se serait eiprimé d'une manière tout à fait équivoque. Et comment n'y aurait-il pas, dans toute l'histoire évangélique, quelque trace d'une parenté aussi rapprochée entre Jean et Jésus! Il est plus simple d'admettre que Jean s'est abstenu de mentionner ici sa mère, comme il se tait constamment sur la personne de son frère. Il ne se désigne lui-même que d'une manière détournée. — Sur Marie, femme de Clopas, voir t. II, p. 224-229. — Pourquoi les synoptiques ne inenlionncnt-ils pas la présence de la mère de Jésus? Cela est difficile à dire. Peut-être quitta-l-elle la croix immédialenienl après le fait. rapporté par Jean. Les synoptiques ne parlent de la présence des amis de Jésus cl des femmes qu'après la fin de tout le récit.
Jésus, dépouillé de tout, semblait n'avoir plus rien à donner. Cependant, du milieu de cette pauvreté profonde, il avait fait déjà quelques beaux dons; à ses bourreaux il avait légué le pardon de Dieu, à son compagnon de supplice, le paradis. Ne trouverait-il rien à laisser à sa mère et à son ami? Ces deux êtres bien-aimés, qui avaient été ses plus précieux trésors sur la terre, il les lègue l'un î\ l'autre, donnant ainsi h la fois un fils à sa mère, une mère à sou ami. Ce mol plein de tendresse doit avoir achevé de briser le rouir de Marie. Klle quitta sans tarder ce lieu de dou-
leurs. — Le mot chez lui ne suppose point que Jean possédât une maison à Jérusalem, mais simplement qu'il y avait un logis; comp. le même ei; toc ï^ia appliqué à tous les apôtres XVI, 32. Dès ce moment, Marie demeura avec Salomé et Jean, h Jérusalem d'abord, puis en Galilée [Introd, t. I, p. 45). — Sur le mot: Femrne, voir à 11, i,
Keim, à l'exemple de liaur, envisage ce trait comme une invention du pseudo-Jean, destinée à exalter l'apôtre Jean et à faire de lui le chef de l'Eglise, supérieur même à Jacques et à Pierre. M. Renan attribue aussi cette fiction à l'école de Jean, qui a cédé au désir de faire de son patron le vicaire du Christ. Pour qui a le sens du vrai, une telle scène et de (elles paroles ne comportent pas de pareilles explications. D^ailleurs n'est-ce pas Pierre que notre évangéliste présente comme le grand et hardi confesseur de Jésus (VI, 68. 69)? N'est-ce pas à ce même apôtre que Jean, ou son école (ch. XXI), attribue la direction de l'Eglise dans une promesse éclatante, trois fois répétée (v. 15-17)? Enfin cette supposition impliquerait que la mère de Jésus est ici le type de l'Eglise, ce dont il n'y a pas trace dans le texte et dans tout l'évangile.
La mort :
V. 28-30. € Après cekiy Jésus, qui savait ' que tout était maintenant consommé, afin que l'Ecriture s'accomplit^, dit : J'ai soif. 29 Or • il y avait là un vase rempli de vinaigre; et les soldats, ayant imbibé une éponqe de vinaigre et l'ayant mise au bout d'une tige d'hysope S tap • prêchèrent de sa bouche. 30 Quand donc Jésus eut pris le
1 £ G H K S Y r 70 Mnn. Cop. : lâoiv au lieu de itda>ç.
* Au lieu de T£X£to>(hi, k D*'!»!»'. plusieurs Mnn.: reÀr^pcoOr,. ' ABLX ït'"q omettent ouv. n lit 82.
* mBLX quelques Mnn. It'»'q Sali. lisent ^nroY^ov ojv («(jtov oÇou;
vinaigre, il dit: Tout est consommé. PhîSj ayant baissé la tête, il rendit l'esprit, i — Jean complète par quelques détails importants le récit déjà connu des derniers momenls de Jésus. — Mcxà toOto, après cela, doit être pris dans un sens large, comme dans tout notre évan$rile. C/est entre le trait précédent et celui-ci que se place Tinexprimable angoisse du sein de laquelle Jésus s'écria: tMon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as'iu abandonnée p — L'expression: Joui est consommé, se rapporte à sa tâche de Rédempteur, telle qu'il pouvait Taccomplir durant son existence teirestre; et, même dans ce sens déterminé, le mot tout doit être limité d'après ce qui suit. En efl'et, il restait encore oa point de la prophétie qui n'était pas accompli. Or V Ecriture faisait partie de ce tout qui devait nécessairement étreooie sommé. De nombreux interprèles (Bengel, Tlioluck, Lange^ Meyer, Luthardt, Bâumiein) font dépendre iva, afin que, de xtrCkiaTMi c Tout est consommé à cette fin que l'Ecriture soit accomplie. > Ce sens nous pandt inadmissible, d'abord h cause de la construction forcée: cofisomtné à cetlf fin que: ensuite à cause du v. 30, où l'on voit que Jésus ne pouvait point déclarer que (oui fut consommé par rapport à récriture, puisqu'il manquait à cet accomplisseinenl un dernier trait du tableau prophétique, celui qui est indiqué au V. 29. Le afin que dépend donc de : Jésus dit. qui suit. Ainsi Chrysoslonie, Uicke, de Wette, etc. Le but de Jésus en disant: J'a/ 501/*, était réellement de provoquer raccomplissement de ce dernier trait inaccompli des simlfrances du Messie: « Ils m*ont abreuvé r/e» vinuigrei (Ps. LXIX, 22). Le donc (v. 29), qui est probablement la vraie leçon, indique précisément la relation entre cette parole de Jésus et l'accomplissement de la prophétie. Assurément Jésus était dès longtemps tourmenté par la soif. C'était l'une des plus cruelles tortures du crucifiement. Mais il eût
CHAP. XIX, ^-do. 52S
pu comprimer, comme il l'avait fail jusqu'à ce moment, l'expression de cette sensation douloureuse. S'il ne le fait pas, c'est pour que le dernier trait des humiliations qu'il a à subir, s'accomplisse sans retard. Jean dit TE>.euo6îQ, et non i7>.r,(KoOr, (que substituent à tort quelques documents). Il $*agit en eflet de l'achèvement de l'accomplissement dès- Ecritures dans leur ensemble, et non de l'accomplissement de celte prophétie particulière. — La boisson offerte «^ Jésus n'est point celle qu'il avait refusée au moment du crucifiement. Celle-ci était un vin auquel on avait mêlé uoe liqueur amère et étourdissante, de l'absinthe (iMatthieu), de la myrrhe (Marc). Le vertige que cette boisson faisait éprouver au condamné, amortissait un peu les premières douleurs. Jésus l'avait refusée, parce qu'il voulait conser\«er Imparfaite lucidité de son esprit jusqu'à la fin. La boisson que le soldat lui offre maintenant est tout simplement du vioaigre préparé pour les condamnés eux-mêmes, comme 'éprouvent Téponge et le bâton d'hysope. Cette dernière circonstance écarte l'opinion ordinaire des commentateurs ^ui pensent que c'était du vin destiné aux soldats. — Dans
les deux premiers évangiles, c'est le cri : € £/«, EU! Mon
IHeUy mon DieuL..p qui engage le soldat à lui ofliir ce vinaigre. Mais Jean complète leur narration en rappelant ce cri: J'ai soif^ qui détermina plus spécialement la démarche du soldat. — L'hysope est une plante qui n'a qu'un pied et demi de hauteur. Une tige de cette longueur suffi- $aDt pour atteindre les lèvres du condamné, il résuite de là que la croix n'était pas si haute qu'on la représente ordinairement. — Ostervald et Martin traduisent tout à fait à faux : c Ils mirent de l'hysope autour [de Téponge];... > ou € l'environnant d'hysope.... »
€ fat soif > fut la cinquième parole du Sauveur, et c tout est accompli, > la sixième. Les trois premières avaient trait
5^4 QrATRIÈMË PARTIE.
à SCS relations pei^sonnellcs : c'étaient la prière pour ses bourreaux (Luc), la promesse faite au brigand, soucompa- {rnon de supplice (Luc), le legs fait à sa mère el à son ami {Jean). Les trois suivantes se rapportent à son œuvre de salut : le cri : c Mon Dieu,.,j^ (.Matthieu el Marc), renferme toutes les douleurs morales du sacrifice expiatoire; le gémissement: € J'ai soif 9 (Jean), en résume toutes les souffrances physiques; la parole triomphante : c Tout esi acoimpli, » en proclame la consommation, i^ septième e( ilernière parole enfin n'est rapportée expressément que par Luc : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ; » mais «lie est impliquée chez Jean par le mot irapé^coxe, il remi. Ce terme n'est nullement rendu par notre locution: renirt l'esprit, il exprime un acte libre, pei^sonnel, spontané. « Personne ne prend ma vie, avait dit Jésus; fai le pouvoir (le la donner et fai le pouvoir de la reprendre i (X, 18). (l'est cj^alement là le sens de ce grand cri avec lequel, selon Matthieu et Marc, Jésus expira. — Le mol x^va;. « (tf/anl haissr la tète,» indique que jusqu'alors Jésus avait tenu sa (rie éh»vée.
L(î brisement des jambes : v. 31-37.
Y. 31. « Les Juifs donc, ronune c* était jour de prépara- 4inn\ afin que les corps ne demeurassent pas sur la crois penda)it le sabbat (car le jour de ce sabbat-là ^ était Irissolennel), demandèrent it l*ilate ipie les jambes des crucifiés /ussi*nf brisées et qu'ils fussent enle^^és* — Jean retrace ici une sôrie de Tails providentiels, omis par ses devanciei*s, qui M» sont passés coup sur coup, el qui ont concouru à impri-
* Ia's mois ir.zi nxcaaxcur, r,v stïiil placi^ |>ar kBLXV 10 MnD. Iipi.ri.|u.- \\r ^xr. (lop. Sali, imnitmiatenienl aprôs oi o-jv Ioi^miv.. el jîon aprvs sv to) ax^î^saTr.) T. H. avec M Mjj/.
' An lit'u (lo :x-'.vT, i\\\v lil .T. R. a\or «iiu^lijue.-^ Mnn. Il*"<i. Vi;., oo lit :x;-.voj dans Ions Us aulros clociiinenls.
<:iiAP. XIX, ;«). 31. 5^25
mer à la persuiioe de Jésus dans Tctat de son plus profond abaissement le sceau messianique. Les Romains laissaient ordinairement les condamnés [térir sur la croix ; leurs^ corps devenaient la proie des hctes sauvages. Mais la loi juive voulait que les corps des suppliciés disparussent avant le coucher du soleil, afin que, dans la journée suivante, la Terre-Sainte ne fût pas souillée par la malédiction attachée à ce corps inanimé, monument de condamnation (Deut. XXI, 23; comp. Jos. VIII, 29; X, 26; Josèphe, lielLjtuL IV, 5, 2). A l'ordinaire, les Romains ne s'inquiétaient pas de celte loi juive, sans doute. .Mais, dans ce cas particulier, les Juifs n'eussent pu en supporter tranquillement la violation, parce t|ue, comme le fait observer Jean, le jour suivant était non seulement un sabbat, mais un sabbat d'une solennité exceptionnelle. Ceux qui pensent que, d'après Jean aussi bien que d'après les synoptiques, le peuple juif avait déjà célébré le soir précédent le repas pascal et que Ton était ainsi à la fin du grand jour sabbatique du 15 nisan, donnent encore ici au mot irapaçxcjr;, préparaHon, le sens qu'il a dans le calendrier juif, celui de vendredi, et pensent quf; la solennité particulière du samedi qui allait commencer, provenait uniquement de ce que ce sabbat * appartenait à la semaine pascale. Ou bien ils rappellent que c'était en ce jour-là (10 nisan) que devait se célébrer l'offrande de la gerbe sacrée, acte de culte bien connu par lequel s'ouvrait chaque année la moisson. Mais ni l'une ni l'autre de ces raisons ne peut expliquer la solennité extraordinaire que Jean attribue au sabbat du lendemain. Le 16 nisan était si peu un jour sabbatique, que, pour couper les épis destinés à former la gerbe sacrée, les envoyés du Sanhédrin étaient obligés d'attendre que le peuple leur criât: «Le soleil est couché» ; ce cri était la proclam.ition de la fin du 15 et du commencement du 10. Alors seule-
ment ils pouvaienl prendre la faucille. Car dès ce moment il était permis de travailler. Aussi le 16 est-il appelé Lévil. XXIII, 11-15 € le jour après le sabbat, > Comment donc la coïncidence du sabbat avec ce jour purement ouvrable eutelle pu renforcer la valeur sabbatique du samedi qui allait commencer? I>*ailleurs ce sens technique de Trapacxrjiî, vendredi, est écarté ici par le manque de Tarlicle. Enfin il va une relation évidente et clairement indiquée par le yap, car, qui suit, entre Fidée de préparatùm et celle de la solennité du sabbat qui allait commencer dès 6 heures du soir. On est donc conduit à admettre que cette solennité exceptionnelle du lendemain provenait de ce que cette année-li le sabbat hebdomadaire coïncidait précisément avec le grand jour enraiement sabbatique du 15 nisan. Il résulte de là qu*au moment de la mort de Jésus on était encore aa 14, et non pas au 15. Ainsi s^expliquent les mots (littéral.): n Car c'était préparation, » d'une part préparation du sabbat sans doute (comme vendredi), mais en même temps pré[)arati()n du prand jour pascal, du 15 nisan. Il y avait en quelcjue sorte cumul de prf»paration dans ce jour, comme il y avait aussi cumul de repos sabbatique dans le suivant. Lo car so rapporte à l'idée : Afin (/ftr les rorpsm (hnneurasscnt pas...., comme Pintlique la leçon alex. appuyée de celle des anciennes Vss. I/évangélisle rappelle indirectement par là que l'acte essentiel de la préparation, rimmolation de rag:neau, avait lieu dans le temple en ce monient et que le repas pascal allait suivre dans cette soirée morne. — Pilale, respectant les scrupules des .luifs, Consentit à Topération qui lui était demandée. Le hriseini'nt des jambes ne donnait pas la mort immédiatement, mais il avait pour but de Tassurer, et ainsi de permettre J'enlèveinent (les corps, (lar il rendait tout retour à la vie impossible, paice que la {gangrène en résultait uécessaiit-
CIIAP. XIX, 31-34. 527
Tnenl et immédiatement. L'existence de cet usage (oxeXoxori3t, erurî/rar/ium), chez les Romains, dans certains cas -exceptionnels, est parfaitement constatée (voir les nombreux passages cités par Keim lui-même). Aussi M. Renan dit-il : « L'archéologie juive et Tarchéologie romaine du v. 31 sont exactes. » Si Keim élève encore malgré cela des difficultés, demandant pourquoi les synoptiques ne mentionnent pas ce fait, s'il est tiistorique, il est aisé de lui répondre : Parce que Jésus lui-même n'en a point été atteint. Or sa per* sonne seule leur importait, non celles des deux malfaiteurs. Jean n'en aurait pas parlé non plus sans la relation de ce fait avec la prophétie, qui l'a si vivement frappé. Faut*il entenclre le ap8w(ji, fussenl enlevés, de l'enlèvement de la croixi yen doute beaucoup. Ce qui importait aux Juifs qui faisaient cette demande, ce n'était pas que les corps fussent décloués, c'est qu'ils disparussent. La loi Deut. XXI, 2â, qui dictait leur demande, n'avait pas trait au supplice de la croix, inconnu a Israël.
V. 3i-34. fies soldais vinrent donc et brisèrent les jaml)€s du premier, puis de l'autre qui avaient été crucifiés avec lui, 3A Mais, quand ils en vinrent à Jésus^ voyant yu'il était déji mort\ ils ne lui br aèrent pas les jambes: d4 mais tun des soldats lui perça le flanc avec sa lance: et aussitôt il en sortit du sany et de Veau, » — "H>6ov, ils vinrent, signifie ici: ils s approchèrent: car rien ne fait supposer que ce fussent d'autres soldats que ceux qui avaient accompli le crucifiement. — Si le but pour lequel on rompait les membres des condamnés était bien celui que nous avons dit, cette opération devenait inutile à l'égard de Jésus par le fait de sa mort. Le coup de lance du soldat fut donc comme une compensation de l'opération omise ; il signifiait : si tu n'es pas mort tout de bon, voici de quoi
* N: îJjSOv ajTov YJr^ TîOvr.xoTa xa». O'j. au lieu flo to; ... tîO'/t/.ot», oj.
biS QUATRIÈME PARTIE.
l'achever. Il serait absurde de réclamer des exemples pour un fait pareil qui n'avait rien de juridique, (lependantoo peut citer ce mot de Quinlilien : c Cruces succîdunlur, percussos sepeliri carnifex non vetat.» — Le verbe vjçceiv indique un coup de pointe plus ou moins profond, en opposition à un coup de taille. Homère l'emploie nnième parfois pour désigner des blessures mortelles. — Le fait de l'effusion du sang et de l'eau pourrait être considéré comme un phénomène naturel. Sans doule en général, lorsqu'on perce un cadavre, il n'en sort aucun liquide ; cependant si l'on vient à atteindre l'un des gros vaisseaux, il peut arriver qu'il s'écoule de la blessure un sang noirâtre couvert d'une couche de sérum. Serait-ce là ce que Jean appellerait dv sang et (le Ceauf C'est peu probable. Ebrard suppose que la lance a atteint des dépôts de sangextravasé et décomposé. Gruner {CommenUUio de morte Jesu Christi verû^ HalK 1805) pense que la lance a percé d'abord des dépôts aqueui qui, pendant ce long supplice, s'étaient formés autounla cœur, et ensuite le cœur lui-même. William Stroud (Londres, 1847) a recours à des phénomènes observés dans des c;js do mort suhilo par crampe du cœur. Os cxplicalions ne sont pas inadinissil)les, mais elles restent toules ass«i improbables. L'expression : du saïuj et de l'eau ^ qui désigne naturellement deux substances coulant simultanément, mais bien dislincles pour les yeux du spectateur, ne s'explique naturellement dans aucune de ces suppositions. Baur, Strauss, concluent à la nécessité d'une interprétation symbolique et retrouvent ici la nature purement idéale du récit. I/auleur aurait voulu exprimer par ce (;iit de son invention TalMmclance de vie spirituelle qui devait dés ce mom**nt émaner (lu Christ (IJaur) ; l'eau représenterait plus spécialement le Saint-Esprit, le sang la sainte Cène, avec allusion à Tusage de couper d'eau le vin de ce sacrement (Strauss),
CHAP. XIX, 3i-:in. 529
dans sa nouvelle Vie de Jésus), A-t-on le droit d'imputer de telles absurdités à Tévangéliste? Et quelle idée faudraitil se faire de la moralité d'un homme qui aifirmerail si solennellement avoir vu (v. 35) ce qu'il avait la conscience de n'avoir jamais contemplé qu'en idée? On a invoqué en faveur de cette explication allégorique la parole 1 Jean V, 6 : € Il est venu non seulement avec l'eau, mais avec Veau et le sang, » Mais teau désigne ici le baptême de Jean-Haptîste en opposition à l'œuvre de Jésus, qui ajoute à l'eau da baptême de repentance le sang de l'expiation et du pardon. Il ne reste qu'une explication : c'est d'admettre que le fait s'est passé en-dehors des lois de la physiologie commune et qu'il est en relation avec la nature exceptionnelle d'un corps que le péché n'avait jamais altéré et qui était destiné à une résurrection immédiate. Dès l'instant même de la mort, le corps de Jésus a drt prendre une autre voie que celle de la dissolution et entrer dans celle de la glorification. C'est là le sens que l'évangéliste parait avoir attribué à ce phénomène sans précédent. Ainsi s'explique l'affirmation en quelque sorte sacramentelle par laquelle il en certifie la réalité dans le verset suivant, ce qui ne veut pas dire cependant que l'aftirmation du v. 35 ne se rapporte qu'à ce fait. Elle a trait aussi aux deux autres qui ont été mentionnés v. 33 et 34- (le brisement des jambes et le coup de lance).
V. 35-37. €£/ celui qui Va vu en a rendu témoignage , et son témoignage est réel\ et il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi* croyiez^. 36 Car ces choses sont arrivées afin
» N : oXrjOr,;, au iiou d'aXr,Otvr,.
* 15 Mjj. (nAB et^.) io Mnn. l\. Vg. Syr. lisent xai devant ujxct; '«que vous aussi croyiez»); T. R. omet xai avec 7 >Ijj. (E(j etc. et les autres Mnn.
* N B : rtTCEyr,T£, au lieu de 7v.^l'J(Jr^^:i.
3e Vol. 34
que C Ecriture fût accomplie : c Aucun de ses* os ne sera » rompu.^ 37 Et une autre parole dit encore: €lls lèveront » les yeux vers celui quils ontpercé,^ — Plusieurs (VVeisse, Schweizer, Hilgenfeld, Weizsâcker, Keim, Baumiein luimême] prétendent que dans ces paroles, v. 35, l*auteurde Tévangile se distingue expressément de l'apôtre dont il rapporte le témoignage. L'auteur parle en effet du témoin, de celui qui a t'f/, à la 3® pers., par conséquent comme d'une personne tierce. Et c'est ainsi que ce passage, que l'on avait toujours envisagé comme Tune des plus fortes preuves de la composition johannique de notre évangile, se transformerait en une dénégation positive de son origine apostolique. Nous avons examiné déjà cette question Introduct. 1, p. 113-115. Nous présentons ici les remarques suivantes :
1. L'école de Baur, tout en ne pouvant s'empêcher de mordre à Tappàt que lui présentait ce verset ainsi compris, a pourtant senti l'hameçon caché lui déchirer la bouche (voir l'embarras de Uilgenfeld sur celte question, Einl. \). 731). En ciïelsi, comme le prétendent les critiques de ce bord, fauteur a voulu dans tout son écrit se faire passer pour Jean l'apôtre, comment en vient-il à se distinguer nellemenl de lui dans ce passage? La réponse de Uilgenfeld est qu' « il tombe hors de son rôle » (p. 732). Singulière maladresse pour un faussaire aussi habile que celui à qui l'on attribue la composition de notre évangile ! — 2. Ni la forme de la phrase, ni le pronom èxetvo;, celuiUi, n'obligent à envisager l'auteur de l'écrit comme un personnage différent de l'apôtre, dont il rapporte le témoignage. Dés qu'un narrateur veut éviter de parler de lui à l''^^ pers. et qu'il s'objective lui-même au point de se désigner à la 3^, comme cela
* N 60 Mnn. ItP''-''»'!""-: an' xj-o'j, au lieu d'ajToj d'après Ex. XIl 46 dans les LXX s
arrive si fréquemment, il est évident qu'il peut employer toutes les formes dont on se sert en parlant d'un autre. C'est ce que fait Jésus dans tout le cours de son ministère en s'appelant le Fils de l'homme. C'est ce que fait saint Paul d'une manière extrêmement frappante 2 Cor. XII, 3: c Je connais un homme en Christ qui..,)t Flil^enfeld ne croit pas que cette manière de parler comporte l'emploi du pronom emvo;, celui-là, qui se rapporte à un sujet éloigné. Mais Steitz' a fort bien montré que ce pronom, dans l'évan- .gile même de Jean, a un sens particulièrement accentué, exclusif, mais qui ne suppose point l'éloigncmcnt du sujet auquel il se rapporte : lui, lui précisément, lui uniquement. Comp. 1, 8. 18. 33; V, 39, etc. 11 y a même un passage complètement analogue au nôtre (IX, 37]: «Tu Tas vu, et celui qui te parle, c'est lui (ixeivo; ianv, lui précisément, et nul autre). » Weizsàcker et Keim n'insistent donc plus sur la question philologique, mais ils en appellent d'autant plus, comme dit Keim, à « la logique raisonnable, » qui ne permet pas d'admettre «qu'un écrivain s'objective aussi longuement.» — Mais 3. la « logique raisonnables est précisément ce qui interdit absolument à notre écrivain d'aflirmer de Jean comme distinct de lui-même ce qu'il atteste ici. Quoi! un disciple de Jean déclarerait à l'Eglise que l'apôtre, son maître, a dit vrai, c'est-à-dire qu'il n'a pas menti ou n'a pas élé dupe d'une illusion ! Mais la première de ces attestations serait une injure, et la seconde une absurdité. El en général, si l'on peut dans certains cas se porter garant de la véracité d'un autre, on ne peut jamais se porter garant de la conscience intime que possède cet autre de sa propre véracité, ainsi que le ferait ici l'auteur en disant de l'apôtre-témoin : « Et // sait qu'il
* Voir sur l'emploi du pron. èwtvoç, dans le 1V« ëvang., Steitz, Stud, u. Kritik., 1859, p. 497-506, et Buttmann, ibid., 4860, p. 505-536.
532t QUATRIÈME PARTIE.
dit vrai. Si l'écrivain voulait réellement se distinguer du témoin, il devait dire: c Et je sais qu'il dit vrai. > Puis il devait dire ensuite: cafin que nous erot/ionSj à-ei non: € afin que vous croyiez ; > car le témoin excepté, lui qui seul a vu^ tous les autres, le narrateur lui-même, croient en vertu de ce témoignage oculaire. — A. Hilgenfeld, Keim, Bâumiein citent comme analogie XXI, 34. < Cesi ce disciple (le disciple bien-aimé) qui témoigne de ces choses et qui les a écrites; et nous saiwis que son témoignage est véritable.^ Mais tout diflere dans ces deux passages. L'attestant^ XXI, 24, se distingue non seulement du témoin^ mais en même temps du rédacteur de l'évangile, qu'il identifie avec le témoin-apôtre. Et parce qu'il se distingue de lui, il emploie la l**^ personne : nous savons (v. 34), je pense (v. 25), et fait ainsi ce qu'aurait du faire dans notre passage l'évangélisle, s'il eût réellement voulu se distinguer de l'apôtre. — Nous sommes persuadé que le moment viendra où toute cette discussion paraîtra singulièrement superflue. M6tf.aprJpr,xe, a témoigné, et cela par ce récit même qui dès ce moment demeure (le parf.). — 'AXr.Ôtr/;', non: un témoignage véridif/ue (HrM;) ; mais : un témoignage qui iiicrile vraiment ce nom. — Kal jy.gî;, t'ous aussi: c vous, aussi l)ien que moi-même, le témoin.» En eflêt, il n'est pas question ici de la foi aux faits particuliers qui viennent (Têtre racontés et auxquels ne conviendrait pas le terme de foi, relativement à celui qui en a été le témoin, il s'agit de la foi, dans le sens absolu du mot, de la foi en Christ: celle-ci doit tirer, chez tous, son aflermissement des faits, mentionnés plus haut, qui avaient aflermi jadis celle du témoin lui-même. C'est a ce sens du mot foi que s'applique le car, v. 30, puisqu'il se rapporte à la manifestation du caractère messianique de Jésus par Taccomplissement des deux prophéties rappelées v. 36 et 37. — Il ré-
ClIAP. XIX, 35-37. 533
suite enfin de cette relation d'idées que le TaOra, ces choses, du Y. 36, comprend non seulement l'efTusion du sang et de Teau, mais aussi les deux faits qui y ont donné lieu, Tomission du brisement des jambes relativement à Jésus, et le coup de lance. — La première prophétie est tirée d'Ex. XII, 46; non de Ps. XXXIV, 21, comme le pense Bàumlein ; car ce dernier passage se rapporte à la conservation de la vie. — L'agneau pascal appartenait à Dieu et figurait l'Agneau de Dieu. Voilà pourquoi la loi le mettait à l'abri de toute profanation, de tout traitement violent et brutal. C'est aussi là la raison pour laquelle ses restes devaient être brûlés immédiatement après le repas.
Si la prophétie fut accomplie par ce qui ne se fit pas à regard de Jésus (le brisement des jambes), elle ne le fut pas moins par ce (fuise fil réellement (le coup de lance), v. 37. Zacharie, XII, 10, avait représenté Jéhovah comme percé par son peuple, en la personne du Messie. Le supplice de la croix avait réalisé cette prophétie. Mais cet accomplissement, pour ressortir avec évidence, devait prendre un caractère plus littéral encore (voir à XII, 15; XVIII, 9; XIX, 24). Le sens du terme hébreu (*»"*?"»), ils ont percé, a été considérablement aflaibli par les LXX qui ont trouvé sans doute que cette expression était trop forte, appliquée à Jéhovah, et l'ont traduite par xaTwpyyf^ovTo, ils ont insulté. L'évangéliste remonte ici au texte hébreu, ainsi que le fait également l'auteur de l'Apocalypse dans la même citation (I, 7). Le terme ils verront, oij/ovrai, se rapporte à ce qui se passera au moment de la conversion des Juifs, quand dans ce Jésus, rejeté par eux, ils reconnaîtront leur Messie. Il s'agit du regard de repentance, de supplication, de foi, qu'ils jetteront alors sur lui; scène saisissante magnifiquement décrite dans ce même tableau prophétique, Zach.XII, 8-14.
Pour comprendre ce que Jean a ressenti dans le moment qu'il rappelle ici, il faut se représenter un Juif croyant, au fait de l'A. T., voyant approcher les soldais qui doivent rompre les jambes des trois condamnés. Il se demande avec anxiété ce qui va se passer à Tégard du corps du Messie, qui est plus sacré encore que Tagneau pascal. Et voici qae simultanément et de la manière la plus inattendue ce corps est soustrait à Topération brutale qui le menaçait et reçoit le coup de lance par lequel se réalise le spectacle que doit contempler un jour Israël repentant! Après de tels signes, avec quels sentrments cet homme quittera-t-il la croix? Ce qu'il a tm, ne fortifiera-t-il pas sa foi et bientôt celle de toute l'Eglise? Voilà ce que Jean a voulu dire. — OIshauseo a pensé que l'eau et le sang étaient mentionnés comme preuve de la réalité du corps de Jésus; Lûcke, Néander: comme preuve de celle de sa mort. Mais les Docètes ne niaient pas les apparences sensibles dans la personne de Jésus; et celles-ci suffisaient pour expliquer l'aperception (le Jean. Quant à la mort, le fait rapporté n'en confirme pas plus qu'il n'en infirme la réalité. L'apôtre constate donc, comme nous l'avons dit, l'état exceptionnel du corps de Jésus, qui s*esl manifesté en ce moment par un symptôme sans exemple. Le Saint de Dieu ne devait pas sentir la corruption (Ps. XVI); et cette promesse devait s'accomplir parfaitement à l'égard de ce Saint parfait. Or elle impliquait le commencement du travail de réslirrection au moment même où commence pour tout autre mort la crise de dissolution.
L'ensevelissement de Jésus : v. 38-42.
Jean complète ici, comme dans le morceau précédent, le récit de ses devanciers. Il fait ressortir la part que prit Nicodème aux honneurs funèbres rendus à Jésus, et met en lumière la relation qu'il y eut entre l'heure avancée du jour et le lieu du sépulcre où le corps fut déposé. 11 rend
ainsi compte de faits dont les synoptiques n'indiquaient pas le rapport.
V. 38-40. c Après cela S Joseph d'Arimathée^ qui était disciple de Jésu^, mais en secret^ à cause de la crainte qu'il avait des Juifs, alla demander à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus ; et Pilate la lui accorda. Il vint* donc et prit* le corps de Jésus ». 39 Nicodème aussi^ qui était venu, au commencement^ de nuit vers Jésus, vint apportant*' un mélange^ de myrrhe et daloès d'environ cent livres, 40 Ils prirent donc le corps de Jésus et l'enveloppèrent dans * des linges avec les aromates, selon que les Juifs ont coutume ^ensevelir, > — La demande des Juifs, V. 31, se rapportait aux trois condamnés; mais, comme Jean l'a fait remarquer, l'ordre de Pilate n'avait été exécuté que par rapport à deux d'entre eux. Joseph se présente alors devant lui avec une demande toute nouvelle qui ne s'applique qu'à Jésus seul. Bàumlein : «Quelquefois, surtout à l'occasion d'une fête, le cadavre des suppliciés était livré aux parents. Pliilon, in Flacc, § 10. & Marc raconte que Pilate, en entendant cette demande, s'étonna de ce que Jésus fût déjà mort; ce qui, selon Strauss, contredirait la permission qu'il avait donnée lui-même^ v. 81. Mais cette opération, tout en entraînant la mort, ne l'amenait pas immédiatement, comme le reconnaît Strauss lui-même; elle ne servait qu'à l'assurer. Et Pilate pouvait ainsi s'étonner que la mort fût déjà consommée. Peut-être aussi l'étonnement de Pilate provenait-il du fait que Jésus était mort sans qu'il eut été nécessaire de lui rompre les jambes. Car
> le est omis par 7 Mjj. (n AB etc.) It.
* Au lieu de tjXOev et ijpev, k It'''*i lisent liXOov et r^pav.
' Au lieu de to atop-a tou I., BLXA lisent to arofjia auTOu, K autov,
Itpleriqae jiyTO.
* H lit r/cov au lieu de ^eprov. kB: sXtyfia au lieu de {At^iia.
* kBRLXYH It-"'q Vg. omettent £v devant oOov.oiç.
il se iit rendre un compte délaillé de la manière dont le supplice s'était terminé. C'est ce qu'atteste Marc lui-même XV, 44: « Ei Pilale, a/ani fait venir le cetiiurioriy l'interrogeable — Arimaihée pourrait être la ville de Raim, située à deux lieues au nord de Jérusalem, ou bien une autre Rama, aujourd'hui Ramleh^ située à une dizaine de lieues au nord-ouest de la capitale, près de Lydde. Mais il s'agil plus probablement de Ramuihaim {avec l'art, représenté par la syllabe ar], en Ephraïm, la patrie de Samuel (I Sam. 1, 1). En tout cas, Joseph était maintenant établi à Jérusalem avec sa famille, puisqu'il y possédait un caveau mortuaire, mais depuis peu de temps sans doute, puisque le sépulcre n'avait pas encore été employé. — En mentionnant Nicodème, Jean fait ressortir le contraste entre la hardiesse de sa profession actuelle et la circonspection de sa conduite précédente. La foi de cet homme reconnaissait en ce moment dans ce crucifié le Sauveur figuré par le serpent d'airain, que Jésus lui avait révélé à favance illl, Ui. Il est remar(|nable que ces membres de l'aristocratie juive, Joseph, Nicodème, soient amenés à confesser leur foi en Jésus au moment même de sa plus profonde humiliation — Tô TTûojTov désigne ici, comme X, 40, le commencement du ministère de Jésus. Si Nicodème n'avait été pour Jean, comme semble le prétendre M. Ueuss, qu'un type fictif (ch. III), comment le ferait-il ici reparaître comme un personnage réel et agissant, et en rappelant expressément la scène du cil. III! — La myrrhe est une gomme odoriféranle; Taloès, un bois de senteur. Après les avoir triturés, on en faisait nn inélanfie que Ton étendait sur le linceul dans lequel on enveloppait le cadavre. Probablement on cuupail ce drap par bandes pour envelopper les membres à pari. Les mots : « Comme les Juifs ont coutume...,» opposent ce mode d'embaumer à celui des Egyptiens qui enlevaient les
intestins et oblenaient par des procédés beaucoup plus longs et compliqués la conservation des enveloppes corporelles. — Les cent livres rappellent la profusion avec laquelle Marie avait répandu le nard sur les pieds de Jésus, cb. XII ; c'est un hommage vraiment royal. Les synoptiques nous apprennent que les saintes femmes avaient Tinlention de compléter aussi pour leur part cet embaumement provisoire, mais après le sabbai seulement.
V. 41 et 42. < Or il y avait dans le lieu ou il fut crucifié un jardin, et dans ce jardin un sépulcre neuf ou personne H avait encore été mis ^ 42 Cest là quils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs: car le sépulcre était proche. > — D'après les synoptiques le sépulcre appartenait à Joseph ; et ce fut là la raison de l'emploi qui en fut fait. D'après Jean, on choisit ce sépulcre à cause de sa proximité de Golgotha, parce que le sabbat allait commencer. Ces deux raisons, bien loin de se contredire, se complètent. A quoi eût servi la proximité du sépulcre, s'il n'eût pas appartenu à l'un des amis du Seigneur? Et n'est-ce point la circonstance que Joseph possédait ce sépulcre près de l'endroit du crucifiement, qui fit naître chez lui l'idée de demander le corps de Jésus? — Jean et Luc (XXI II, 53) font remarquer que le sépflcre était neuf. Comp. Luc XIX, 30 : € Vous trouverez un dnon attaché que personne n'a jamais monté. » Ce sont là des faits providentiels qui appartiennent à la gloire royale de Jésus. Lorsqu'on reçoit un roi, on ne consacre à son usage que des objets qui n'ont pas encore été employés. — Le terme : la préparation des Juifs, signifierai t-il (comme le pensent ceux qui prétendent que d'après Jean non moins que d'après les synoptiques la mort de Jésus a eu lieu le 15): le vendredi des Juifs f Quel serait le but de cette expression singulière? C'est,
* kB: r^v TsOeifjLEvo;, au lieu de eteOt).
538 QUATRIÈME PARTIK.
répond Rolermund \ de faire comprendre comment il arrivait que le lendemain du jour sabbatique du 15 fût de nouveau un sabbat. Mais cela a déjà été expliqué deux fois: V. 14 et V. 31. A quoi bon celle répétition et cette forme nouvelle: des Juifs? Quand, dans l'espace d'une trenlaine de lignes, on répète trois fois la même chose, il n'y a pas là seulement une affirmation; il y a la négation de Tidée contraire. Comme 111, 24, comme II, 11 et IV, 54, Jean veut rectifier tacitement quelque malentendu sur l'histoire évangélique. C'était l'heure où les Juifs (ainsi s'explique ce complément) préparaient leur grande fête nationale par l'immolation de l'agneau. Et l'on se hâtait, parce qu'avec le coucher du soleil allait prendre fin le jour ouvrable du 14 et commencer le jour doublement sabbatique (v. 31) du 15; comp. Luc XXIII, 56.
Du Jour de la mort de Jésos.
Les évaiifzélistes sont manifestement d'accord sur le jour de U seètiaine auquel a eu lieu la mort de Jésus: c'était un vendredi. Mais ils paraissent tlilTérersur le Jour du mois, et par conséquent sur celui de la {rte jtasvale sur Ii*t|uel esttoml)écet événement. Les Juifs céléhraient le repas pascal, ouverture de la fête, le W nisan au soir. Cette soirée faisait déjà, à proprement parler, partie du 15, le premier et fzrand jour des sept jours de la fête. Jour très-solennel. Car la loi assimilait le 15 aux sahbats hebdomadaires, (juant k la cessation oblitiée du travail, avec cette seule dilTérenct» (ju'elle |HTinettait en ce Jour-là dapprèter les aliments nécessaires (Ex. \IÏ. Kî). prohahleinent parce que, la veille, la préparation du repas pascal ayant at)sorl)é Tattention, on n a\ait pas pu préparer le repas du 15. Or, on admet î^énéralemeut que, d'après la narration synoptique, cest sur ce jour sabbatique du 15 qu'est tomlK» cette année- là le vendredi où Jésus a été crucifié; ce qui suppose naturellement que la veille au soir Jésus avait
* Dans le remaniuable travail: Von Ejthraim nach Golgotha, Stufi. u. Krxtik.y <87G, 1er cahier.
célébré le repas pascal avec ses disciples, conformément à la loi et à Tusage juif. Et c'est bien ce qui paraît ressortir, en eflfet, de Matth. XXYI, 17 et des passages parallèles de Luc et de Marc.
Le récit de Jean, au contraire, conduirait à penser, comme nous l'avons vu, que le vendredi de la mort de Jésus fut le 14^ nisan, jour de la préparation du repas pascal et de la fête pascale en général. Dans ce cas, il est évident qu'il n'a pas pu célé-^ brer le repas pascal avec tout le peuple ; car il était déjà mort quelques heures avant cette cérémonie; et le dernier souper, décrit par Jean, n'est plus qu'un repas ordinaire auquel Jésus a imprimé une solennité particulière par l'institution de la sainte Cène et ses derniers adieux.
Ces deux formes de narration peuvent-elles se concilier ? Et si non, à laquelle donner la préférence?
Il y a longtemps que cette question a préoccupé l'Eglise. Dans, une dispute qui éclata, vers 170, à Laodicée, en Asie-Mineure, il y avait des gens qui soutenaient que le dernier repas du Seigneur avait été le vrai repas pascal, célébré à l'heure fixée par la loi, le 14 au soir, d'où ils concluaient que l'Eglise devait aussi célébrer, chaque année, ce soir- là la sainte Cène de Pâques, en même temps que les Juifs célèbrent leur repas pascal. Apolinaire, évêque de Hiérapolis, qui les a combattus, déclare en effet < que, selon eux, le Seigneur a mangé l'agneau avec ses disciples le 14 et qu'il a souffert la mort le grand jour des pains sans levain (le 15); et qu'ils expliquent ainsi Vévangile de Matthieu,^ • Nous ignorons quelle attitude prit à cet égard Mélitoyi, évêque de Sardes, qui, au rapport d'Eusèbe, écrivit le premier un livre à cette occasion. Mais nous possédons dans le même recueil quelques fragments des ouvrages à Apolinaire et de Clément d'Alexandrie y que provoqua celui de Méliton. « Le 14, dit le premier, est la vraie PAque du Seigneur, le grand sacrifice, où le Fils de Dieu, mis en lieu et place de l'agneau, fut livré pour être crucifié... » Ces paroles sont claires: elles expriment l'intuition de Jean. Jésus n'^a point mangé la Pâque légale; il est mort
* Fragments d'Apolinairc (non Apollinaire) dans le Chronicon pa^ schale (compilation d'extraits d'auteurs anciens, travaillée du IV*^ au VII« siècle et découverte en Sicile au XVIe s. ; voir Le Jour de la Préparation, par M. Lutteroth, p. 59).
4e jour même où ou se préparait à ia célébrer. Clément s'exprime dans le même sens, mais d'une manière encore plus explicite : • Les années préi'édenles, Jésus avait célébré la fête en mangeant l'a^zneau pascal immolé par les Juifs. Mais le 13 (^tv*) il enseigna à ses disciples le mystère du t>pe ;^du type de l'agneau", lorsqu'ils l'interrogèrent, disant: Où veux-tu que nous te préparions la Pâque? Car c'était en ce jour-là qu'avait lieu la consécration des azymes et la pro-prêparation (TrpoeToiijLasia'i de la Pàque... Et notre Sauveur souffrit le jour suivant , le 14' ; car il était luimême la vraie PAque... Et >oilà pourquoi les grands sacrilicateurs et les scril)es, en l'amenant à Pilate, n'entrèrent pas au prétoire, afin de ne pas être souillés et de manger la PAque le soir sai» empêchement.» I^es disciples auraient donc interrogé le Seigneur comme cela est raconté dans les synoptiques, non le 14, mais le 13; et ce serait le 13 au soir que Jésus aurait institué là Cène, et pnr conscH|uent le 14 qu'il serait mort. C'est bien l'intuition de Jean, et en outre le premier essai connu de la concilier avec le récit synoptique.
Après de telles discussions, il n'est point étonnant que Chrvsostome se rende parfaitement compte de la difficulté et laisse le choix entre ces <leu\ solutions : ou Jean entend par la Pàque la fête tout entière, ce qui permet de penser que Jésus a été crucifié le l^i : ou Jésus a anticipi'' d'un Jour la célébration du repas pascal, ce (|ui permet d'admettre qu'il a été crucifié le li. En parlant de la s(»rt4'. Chrysostome a. comme dit Meyer, tracv le proijrdittnte «le toutes l(»s discussions subst^quentes Jusqu'à \vy> Jours.
Nous avons traité sommairement cette question {fntn>d. 1. p. ï^o't-ii>li) tians son rapport avec celle de l'authenticité de notre évangile. Nous la reprenons ici d'une manière plus complète au point de \ ue exégétique et historique.
Le résultat aïKjuel nous avons été amem^ est celui-ci : D'apri's Ir I\'^ rv(ii}gilr^ Jrsus n (Hr crucifié le 14 )iisatij jtfHr (^'* pré para tin,} rie la fête Oe Pâques.
Les passages les plus décisifs en faveur de ce résultat, ont été les suivants :
i^ XIII, I. — Encore tout récemment Rotermund (dans son très- intéressant article: Von Ephraïm nach Golgotha. Sfud, Hfid Kritik,, 1876) a prétendu, comme l'avaient déjà fait Langen (au moyen de raisons insoutenables) et plusieurs autres, que dans ce verset la fête de Pâques désifînait le matin du 15 et que l'expression : savant la fétede Pâque, » devait par conséquent désif^ner le 14 au soir, ainsi l'heure du repas pascal (conformément aux synoptiques). Si Jean eût dit : avant la fête des pains sans levain, ce sens serait admissible (Marc XIV, i). Mais comment se fif^rer un instant que Jean ait placé le repas pascal avant et par conséquent en dehors de la fêle de PAques! Comment admettre qu'écrivant pour des lecteurs tarées il ait désigné le repas pascal en disant : c Avant la fête un repas ou même : le repas] ayant eu lieu, » sans désigner plus clairement ce repas solennel *?
i9 XVni, 28. — Tous les savants eiîorts de Kirvhaer {Die jiidische Passahfeier, 1870) me paraissent insuffisants pour éliranler le résultat naturel de ce passage, déjà si nettement reconnu par Clément d'Alexandrie, et tel que nous l'avons constaté par l'exégèse.
3* XIX, 14. 31. 42. — Ni Kirchner, ni Rotermund, ne sont parvenus à nous convaincre qu'il faut traduire dans ces trois passages: « le Vendredi pascal.,, c'était Vendredi.., le Vendredi des Juifs,,, » Que ce jour fût un vendredi, cela est évident. Que le mot paraskeué (préparation) désigne parfois, dans le langage palristique, le vendredi^ cela ne peut être contesté. Mais tout cela ne prouve point, comme nous l'avons vu, que dans le contexte Jean ait pu donner au mot préparation ce sens technique. Quant à Matthieu et Marc, nous examinerons plus tard la question. Rotermund lui-même ne peut s'empêcher de fiiire l'aveu suivant : « A la vérité, il est très-étonnant que les évangiles désignent si expressément le jour de la mort com^ne celui qui précède le sabbat, si ce jour était lui-même le premier jour de la fête pascale... » Si étonnant, en elîet, que cela paraît même impossible.
M. Lutteroth, dans sa brochure citée plus haut, est bien d'accord avec nous sur cette impossibilité. Selon lui, la préparation de la Pâque signifie la préparation de la fête. Mais la fête pascale commençait, d'après lui, le 10 nisan, jour où les Juifs mettaient
à pari l'agiieau, cinq jours avant celui où ils I* immolaient. Fa ce serait en ce jnur du 10 nisan que Jésus aurait été crucifié. Il serait ressuscité, après trois nuits et trois jours complets pa<isés dans le tombeau, entre le 13 et le 14; et ses premières apparitions auraient eu lieu le matin du 14. On comprend qu'il fiaille des eiïorts d>xé|;;èse surhumains pour accommoder les textes a cette chronologie toute nouvelle. Elle se heurte surtout à Marc XIV, 12, Luc XXII, 7 et Matth. XXVIH, 1*.
Après les observations de Kirchner et Luthanlt, je renonce à ranger parmi les passages décisifs XIII, 29. quoiqu'il reste toujours difficile de comprendre comment les apôtres auraient po songer à un achat la nuit de la Pàque. Quel magasin eût été ouvert dans Jérusalem ce soir-là où chaque famille, riche ou paurre. était réunie autour de la table pascale?
Cette date johannique du 14 nisan n'est positivetnent contredite par aucun des documents que nous possédons, ^lle est confirmée par plusieurs,
' Marc XIV, M: « A»< premier jour de.s^ pains sajis levain, où l'on iramolait la Pdqve ...» Cette expression peut, selon M. Lullerollu (lési»:ner le ^0 nisan, parce que ce jour ouvrait la période i\e> azymes, qui. selon l'auteur, commençait 5 jours avant le H! Quanî au relatif o»/ ou anqufl), il ne se rapporte pas au mot jour, mai^au complément des azymes : des azymes conjointement avec lescjucls on immolait Ta^rneau! — Lue XXII. 7 : « O/* le jour des azymes vint o^ il fallait iutnuth'r In Pdqtfr,.. » ('e ne serait j)oint là une détermination elironolo»:i(pie inaljrré les parallèles, mais une anticijïation toutf de sentiment : Ne nous etïra\ez pas; le jour des azpnes c*st >enu plu> tanl [le H] où (Ihrist est ressuscité; ou bien, comme M. Lutteroth inler[)rète aujourd'hui (Kssai d'interpret., p. 44 0, : Le jour vint ou Christ, la vraie Pâipie, devait être immolé! — Matth. XXVIH. 1. cet auteur traduit : «i Or après erltt, en eelai des sabhats qui luit j\'<' qu'à l'autre des sabbats, Marie .... » ce qui signifierait : au 14. jour de la Pàque qui \a jus(]u*à un seeomi sabbat j^le \'S\ ; comme si le U avait élé un jour sabl)atique ! — Mais quelqu'insoutenables que soient ces explications, la ])roc!iure de M. Lutteroth n'en reste pas moins un monument de sérieuse investigation et de solide érudition; et Tonne saurait nier qu'il ne soit parvenu à découvrir dans la littérature patristiijue quelques points d'attache apparents |>our des vues aus«i excentriques que celles-là comp. p. 60 et 76-77 .
l^ Le Talmud, — Nous avons cité en entier, p. i37, le passage de la Gemara de Babyloue qui dit que « Jésus a été suspendu le soir de la Pàque (beérev happésach), » expression qui désigne certainement le soir veille de la Pàque, aussi bien que le soir du sabbat (érev haschschabbath), signifie constamment : le soir veille du sabbat. On peut alléguer sans doute contre la solidité de cette tradition talmudique sa rédaction tardive, puis les données erronées qui y sont mêlées dans d'autres passages où elle est reproduite, par exemple, que « le fds de Stada [Jésus] aurait ^té lapidé, puis suspendu à Lydde, la veille de la Pàque » {Sanhedr, 67, 1). Cependant il est remarquable que cette donnée : la veille de la Pàque, se retrouve uniformément dans ces diverses déclarations talmudiques. De deux choses Tune : Ou bien une tradition très-positive sur ce point s'était maintenue chez les successeurs des Caïphe et des Gamaliel; ou bien les savants Juifs avaient tiré cette notice de nos évangiles, ce qui prouverait qu'ils les comprenaient précisément dans le sens qui nous a paru être à nous-mêmes celui du récit de Jean.
2^ Saint Paul, — Keim pense que cet apôtre est un témoin écrasant contre l'opinion qui fixe au 14, au lieu du 15, le jour de la mort de Jésus (1, p. 127-128; III, p. 476). Voici son argumentation : Paul enferme l'institution de la sainte Cène dans les formes du repas pascal, ce qui ])rouve que, selon lui comme selon les synoptiques, cette institution coïncide avec le repas juif; que par 'Conséquent le dernier repas de Christ a eu lieu le 14, et non le 13. Cet argument porterait coup si Keim pouvait prouver que Jésus n'a pas pu, dans la prévision de sa mort imminente, instituer la sainte Cène en empruntant les formes du repas pascal, la veille du jour où celui-ci était légalement célébré. Mais c'est 06 qu'il sera toujours impossible de démontrer. Peut-être quel- <|ues indices trahissent- ils même chez Paul une intuition contraire à celle qui fixe au 15 la mort de Jésus. Dans le récit de l'institution de la sainte Cène, 1 Cor. XI, il dit : < Le Seigneur Jésus, dans la nuit quil fui trahi. > Si cette nuit eût été la nuit solennelle de Pâques, ne l'eût-il pas caractérisée un peu plus spécialement? En parlant des différents degrés de l'œuvre de résurrection, Paul désigne Christ comme les prémices (àitapyi^)? Ce ternie est celui par lequel on désignait la gerbe sacrée, recueillie 4IU 16 nisan comme prémices de la moisson. Or ce jour du 16 fut
précisi^meiit celui de la résurrection de J('*sus, s il est mort le IV et non pas le 15. Le spiritualisme le plus élevé n'exclut point chez Paul rattachement le plus pieux ausyml)olisme juif (comp. l'allusion à la Pâque, i Cor. V, 7. 8. passage écrit précisémenl à l'époque (le cette fête (XVI, 8).
'A^ Les fij/noptif/urs. — Nous ne renouvellerons pas ici uiie discussion détaillét». reprise t^intde fois en sens opposés dansées derniers temps, a tel point qu'elle en est devenue pres(|ue fastidieuse. — Les sacrificateurs et leurs huissiers pouvaient-ils sortir de Jérusalem |M)ur mettre la main sur Jésus à Getlisémané au moment même où tout le peuple, enfermé dans ses demeure:», célébrait le repas pascal? Oui, dit le défenseur des synoptiques ils le pouvaient certainement. Non, répond celui de Jean, c'était une inqK>ssihilité. — Des séances de tribunaux pouvaient-elles M* tenir et se succé<ler. une, deux, trois, dans une nuit sabhafi(jn(\ quand, d'après le Talmud. • tout ce qui est repréhensible le jour du sabbat, comme de monter sur un arbre, d'aller à cll^ val. de tt^nir ntu* Sf''a)ire de tribunal, etc., est éjialement interdit dans h* Jour de fête % (Béza V, 4V? Impossible, dit l'un. Très- possible, répond l'autre : car la n^ile du jour de fête est toujours moins riiroureust» que celle du sabbat : car une séanre juridi(|iie est permise. jM)ar>u qu'on n'y t^criue pas: carres pns(Ti[)tions si sé\(*res n'ont été formul('»es (|ue tians les temps t.iInindi(jU(S. et rien ne [)rouve qu'elles fuss4»nt déjà pratiquées au tenq)s <l(» Jésus. — Kst-il possible» d admettre que Simon rint tirs chdiiijhs au matin du jour sabbatique «lu io (Mattli. XXVII. 'Mi\ \ que Joseph ait aihctt' un linceul en ce même jour (Man' XV, 'ir()) : que les fennuc^ ai(»nt renoncé à embaumer le œrps, ce soir-là. pour s(» repos<»r. parce (jue le sabbat était pnx*he <Luc XXIII,. Tir»), si le jour même où c(»s choses se passaient, était déjà un jour sabbaticpie? Non, distMit les uns : par tous ces fait< les s\no|)ti(ïU(*s témoiiment que h» j(»ur de la mort était jour iturr(ifd(\ (»t rendent ainsi hommaue, à leur su ou à leur insu, à la date de J<'an. celle du 14. Nullement, distant les autres, tout c(»la est (•onq)atible axec le L"). Simon est un habitant de la cam- [)at:ne (jui sv rrnd simplement à la ville. Les achats sont parfaitement conq)atibles avec le repos sabbatique, pour\ u que Ion ne /;^nV pas ce jour même. Knfm la sainteté du sabbat helxlomadaire nste toujours su|}érieiM'e à celle du jour de fête.
En face de ces habiles et savants plaidoyers, il est prudent sans doute de ne pas se prononcer. Cependant il est remarquable que le juge qui trahit l'antipathie la plus décidée contre Jean, ne puisse s'empêcher d'avancer que « le 15 est la leçon la plus difficile. » (Keim III, p. 475.)
A côté de ces faits y les synoptiques renferment encore certaines paroles qui ne sont pas moins favorables au récit de Jean ; ce sont surtout les trois passaj^es suivants :
1. Matth. XXVI, 18, Jésus envoie ce message à l'habitant de Jérusalem chez qui il compte faire la Pâque : c Mon temps est proche; que je fasse la Pdque chez toi avec mes disciples, » M. Reuss dit tout franchement: c Le mot: Mon temps est proche, ne peut guères s'interpréter autrement que comme une allusion à la mort, bien que cette communication ne soit pas dans un rapport bien intime avec la commission donnée aux disciples. > Le rapport cherché ne s établit en elTet qu'autant que le Seigneur a voulu dire : « Je dois me hAter. demain il sera trop tard ; prépare donc tout avec mes disciples pour que je puisse faire aujourd'hui la Pàque chez toi avec les miens que je vais quitter (tcoiw, le présent). » Ainsi compris le message de Jésus a du sens, mais un sens qui implique de la part du Seigneur l'anticipation du repas pascal.
2. Matth. XXVI I, 62, le samedi où Jésus repose dans le tombeau est désigné par l'évangéliste comme « le lendemain qui est après la préparation. "» A supposer que \e moi préparation fût réellement employé ici dans le sens de vendredi^ ne serait-ce pas une locution bien étrange que celle par laquelle le sabbat serait appelé : le jour qui vient après le vendredi? Cela ressemblerait à une énigme posée au lecteur. N'est-ce pas plutôt le vendredi qui doit s'appeler: le jour qui vient avant le sabbat? De deux jours qui sont en relation l'un avec l'autre, celui qui détermine la dénomination de l'autre, est évidemment le plus important des deux. Il n'y a dans ce cas-ci qu'une explication d'une si étrange locution : Comme jour de la mort, c'était le jour dit de préparation qui jouait cette fois le rôle décisif et duquel devait être tirée la dénomination du sabbat lui-même. Cette locution suppose donc que ce jour était par nature jour ouvrable, que son importance lui venait entièrement de ce qu'il était celui de la mort du Seigneur.
à^ Vol. 35
3. Marc XY, 42 est souvent cité comme Tun des passa^ opposés à la date de Jean: c C'était préparation (iratpaoxcui^ i, ce qui signifie avant-sabbat (icpo^apporrov).» Mais suit-il de là que nsi- <TX£ur^ signifie réellement vendredi f Que veut Marc "? Dire que c'était vendredi? II n'y avait pas besoin de deux termes diflfrents pour cela. Le but de cette remarque est de faire comprefidre à ses lecteurs païens que chez les Juifs tout jour ayant un caractère sabbatique, soit comme sabbat, soit comme jour de fête. était précédé d'un jour portant le nom de préparation, c'est-àdire d'avant^sahhat, parce qu'en ce jour-là on disposait tout afin que le repos du lendemain ne fût pas troublé. Or cette remarque, avec l'explication qui l'accompagne, était fort importante dans le contexte. Comme le dit bien Weiss (Marc ad. h. 1.): < Tout travail — par conséquent aussi la descente de croix, qui rentrait dans cette catégorie — devait être terminé avant le coo cher du soleil, parce qu'autrement le repos sabbatique qui allait commencer, eût empêché son accomplissement. > II suit de li non que le jour de la mort de Christ était un vendredi (quoiqu'il le fût en effet), mais que c'était un jour de préparation par rapport à un jour sabbatique quelconque qui allait suivre. Jamais un Juif eût-il caractérisé de cette manière le 15 nisaii, ce jour essontioll(Mnont sabbatique lui-même, si, comme on le prétend, Jtsus était réollemont mort on ce jour-là ?
Le seul point par l(*<|uel le récit synoptique paraît rc'»ellement venir si» heurter à celui du W^ éva nielle, est la date de l'interrogation des disciples. Matth. XXVÏ, 17 : Marc XIV, 12; Luc XXÏI." Mais ici tout dépend du moment précis de la question des apôtres. Si on se ligure qu'elle eut lieu le matin du 14 nisan, toute possibilité de conciliation s'évanouit assurément. Car le soir qui suivit ce ma tin- là et où eut lieu le dernier repas de Jésus, ne pourrait plus avoir été que celui du li au 15. celui du repas pascal chez les Juifs ; ce qui place inévitablement la mort de Jésus au lendemain de ce repas, ainsi au 15. Mais Strauss a déjà fait observer* que Ion n'eût pu dilTérer jusqu'au matin du 14 de sf procurer la salle et les objets nécessaires au repas pas4*al. Le nombre des pèlerins était trop considérable à Jérusalem pour que persoiuie attendît jusqu'au matin du jour où avait lieu le repa>
* Das Leben Jesu, ^864, p. 533.
pour retenir un local. Aussi Clément d'Alexandrie einploie-t-il pour désigner le jour précédent, celui du 13, le terme de ?rpoe- Toijjtaffla, pro-préparation, ou préparation de la préparation. Le jour de préparation (du repas) était le 14 ; mais celui où l'on prenait les dispositions exigées par cette préparation était le 13. Or, entre ces mesures, la plus essentielle était celle de s assurer un local. Il est donc probable, pour ne pas dire plus, que ce fut dès Taprèa-midi du 13 que les disciples rappelèrent au Seigneur les démarches à faire dans ce but. Les expri^ssions employées par les évangélistes s opposent-elles à cette idée? Luc dit: c Le jour des pains sans levain arriva,..^ Ces termes s'appliquent à Taprès-midi du 13, au moment du coucher du soleil, aussi bien et mieux encore qu'au lendemain matin. Car c'était précisément k ce moment, le 13^ entre 6 et 7 h. du soir, qu'on allumait les lampes pour fouiller les coins les plus obscurs des maisons et en enlever jusqu'aux dernières parcelles de levain (Kirchner, p. 12). — Matthieu dit: « Le premier jour des pains sans levain, les disciples s'approchèrent. » Marc dit : t Le premier jour des pains sans levain, où Von immolait la Pdque ...» Les expressions un peu plus détaillées de Marc sont uniquement destinées à mettre plus complètement les lecteurs pa'iens au fait de l'objet de la fête. Elles peuvent, aussi bien que celles de Matthieu, dont elles sont synonymes, se rapporter à ces dernières heures de l'après-midi du 13, qui, d'après la manière de compter juive, ouvraient déjà le 14.
On objecte (Rotermund) que malgré le mode de division officiel des jours d'un soir à l'autre, dans le langage populaire (qui est celui de nos évangélistes) le soir d'un jour était toujours celui du jour qui finissait. Mais la preuve du contraire ressort déjà de l'expression vulgaire : Erev haschschabbath, soir du sabbaty qui désigne non le samedi soir, mais le vendredi soir; puis de ce fait que la gerbe sacrée du 16 nisan était coupée non au matin de ce jour, mais la veille au soir. Les envoyés du Sanhédrin arrivaient dans le champ, accompagnés du peuple. < Le soleil est-il couché? lui demandaient-ils. — Oui, il l'est. — Doisje couper? — Oui, coupe! — Avec cette faucille? — Oui. — Dans cette corbeille? — Oui. » Alors l'œuvre s'accomplissait. C'était bien celle du 16, jour ouvrable, et non du 15, jour sabbatique. Enfm quand Hippolyte met dans la bouche des partisans
du iï cette parole: « Christ a fait la Pâ<]ue le jour où il a souffert, je dois donc faire do même, » n'est-il pas évident qu'ils fout rentrer dans le jour du 45 le soir précédent où eut lieu le dernier repas 1 L'objection n'est donc pas fondée.
Une coïncidence intéressante et difficilement fortuite se présente ici. Le soir du 13 au 14 nisan, avant que les étoiles parussent au ciel, on allait de clia(|ue maison puiser à la fontaine l'eau pure avec laquelle devaient être le lendemain matin pétrt> les pains sans levain. Oet usaf^e nous explique sans doute le signe que le Seigneur donne à ses deux disciples, Pierre et Jean, quand, les envovant à la ville, il leur dit : « Voici, en entrant en ville, vous serez rencontrés par un homme portant une cruche d'eau: suivez-le...» (Vtte coïncidence fixe en même temps l'heure de l'envoi «les disciples : c'était le soir, au moment où les étoih allaient paraître. Le li avait donc commencé. On était bien ao commencement du premier jour des pains sans levain.
Ouelle était l'intention du Seifjneur en donnant ces ordres aux deux disciples? Ceux-ci lui avaient demandé ses instructions pour le lendemain au soir. En présence des apAtres, Jésus entra en apparence dans cette |>ensée. Car il devait se mettre en garde contre la trahison de Judas, qui épiait toutes ses démarches. Mal" en envovant ses deux intimes à la ville et en leur donnant le m(»ssa.i:«». que nous connaissons par Matthieu, pour l'hôte sur h'Cjuel il comptait, il leur fit comprendre qu'ils <h>\ nient tinit préparer, non pour le lendcMuain, inaisy>o?/r ce sftfr nif'me. La nature niystéri(»use (h» ce messaizc» ne fiermettait pas non plu> à Judas de corniaîlre à l'avance la maison où Jésus passerait (Vtte (lerni<'*re soirée avcM* les siens.
On objectera (ju'il était bien tard pour acheter et p«>ur apprêter I aLMieau. Mais d«'s h» tO nisan, il devait avoir été mis à part et irardé en un lieu particuli(T. Il sufdsait de l'aller prendre et de le nMir, ce (jui pouvait certainement m» fain^ entre (5 et 8 h. Les autns ohj«»ts niMcssaires appartenaient à l'anieuhleinenl de la (•hand)re ou jxuivaient ais<Mnent être procurés par l'hêto ou par les disciples.
Mais où resti», dira-t-on, Xinimfdntioa rituelle, sacerdotale, de l'acneau. telle quelle avait lieu dans le temple le ii aprèsmidi 1 II (»st à remanjuer dahord que toute cette cérémonie d immolation dans le tem))le était une adjonction humaine à la M
D'après rordoiinaiice pascale et l'exemple de la première Pâque, chaque père de famille devait immoler lui-même Tagueau dans sa maison sans l'intervention du prêtre. En ce moment où la Pâque typique allait prendre (ïn, il était bien permis de revenir à la simplicité de son point de départ. Mais il y a plus : l'alliance légale touchant à son terme, le repas sacramentel de cette économie, la Pàque Israélite, ne ressemblait plus qu'à un calice flétri, au sein duquel allait s'épanouir le repas sacramentel de la nouvelle alliance, de la xociv^ Siqc&i^xt, comme dit Jésus luimême, quelques heures plus tard (Matth. XXVI, 28 et parall.). L'agneau, dans le repas qui se préparait, n'avait donc plus qu'un rôle à remplir, celui de faire place à l'agneau véritable qui se substituait à lui en disant : < Faites désormais ceci en mémoire de moi. > Dans ces conditions, la consécration sacerdotale était inutile.
Une difficulté reste, celle du jour. Jésus pouvait-il changer le jour l^al du repas pascal? Impossible, répondent résolument, et dans un parfait accord cette fois, Keim et Luthardt. Mais si Jésus a pu se déclarer hardiment le maître du sabbat — et la translation du jour sabbatique du samedi au dimanche dans son Eglise a prouvé que ce n'était pas là un vain mot — comment ne serait-il pas aussi le maître de la Pâque? Le sabbat était la pierre angulaire de toute la constitution mosa'ique. Celui qui en disposait librement, tenait en sa main l'édifice entier.
Nous concluons: Beaucoup de choses conduisent, aucune ne s'oppose absolument chez les synoptiques à la date de Jean.
4<* Les disputes pascales. — Le fait général sur lequel repose œ long dissentiment est celui-ci: Les églises d'Asie-Mineure célébraient la fête pascale en jeûnant durant le 14 nisan et en communiant le soir de ce jour. Les autres églises de la chrétienté, Rome à leur tête, jeûnaient durant les jours qui précédaient le dimanche de Pâques (le premier dimanche après le 14) et communiaient au matin de ce jour. Dans les deux cas, la communion terminait le jeûne.
Première phase de la discussion. Vers 155*, Polycarpe, dans une visite qu'il fait à Rome, s'entretient sur ce sujet avec Ani-
^ Des découvertes récentes, dues surtout à M. Waddington , paraissent prouver que le martyre de Polycarpe a eu lieu on 455 ou 456, et non pas plus tard, comme on l'admettait.
cet. Chacun défend le rite de son église au nom d'une tradition apostolique dont elle est dépositaire (provenant à Ephèse de Jean et Philippe, à Rome de Paul et Pierre). Rien ne prouTe qu'à cette occasion on ait pénétré dans le domaine exégétique et dogmatique de la question. La paix ecclésiastique demeura intacte. < La diversité dans le rite servait plutôt, comme dit Irén^, à constater Taccord dans la foi. ^ >
Deuxième phase. Quinze ans après, en 170, éclate, dans le sein même de l'église d*Asie, à Laodioée, une discussion au sojet de la Pâque. Il y a là des gens — qui sojit-ils? nous aurons à étudier ce point — qui, tout en pratiquant le rite asiatique, le fondent expressément sur le fait que Jésus a institué la Cène le 14 au soir, en célébrant au temps prescrit par la loi le repas pascal; ils allèguent en preuve le récit de Matthieu, d'après lequel le Seigneur a célébré le repas pascal le H et a été crucifié le 15.^ On voit que la controverse échappe au domaine de la tradition, et s'empare dès maintenant du cùté ex^étique de la question. Méliton écrit le premier sur ce sujet, nous ignorons dans qoei sens. Puis, à l'occasion de son livre (il oWotç\ — non contre lui, comme le prétend encore Schtirer — Apolinaire et Clément d'Alexandrie prennent la plume. Tous deux, d'après les fragments cités dans le Chroyiicon paschalr, soutiennent que Jésus a (vlébré son dernior repas et institiK^ la Cène, non le 14, mais lo liJ, et qu'il est mort non le 15, mais le W. Ils allèguent sp^ cialomtMit le récit de Jean en faveur de cette manière de voir.
Qui sont les adversaires combattus par ces deux wrivains^ Baur, Iliiizenfoid. Schiirer, Luthardt répondent : Tout simplement les églises d'Asie avec leur ritiMie la célébration du 14. Apolinaire aurait ainsi été en Asie même le défenseur du rite occidental. Cela est (lifliriie à croire. 1» Eus^'Ik» pr(»sent(* les églises d'Asie comme unaniin(*s: < Les églises de VAsie tout entière pensaient, d'après une antique tra<lition. devoir observer le 14 par la cék^bration de la sainte Cène. » Si ce CiOnsensus de toutes les église?
* Lettre à \irtor 'Kus. H.E., V, ^4 .
* (]oni|). p. "y^^^, la poiémi(iue d'Afwlinaire et cette parole qu'Hippol\te, dans les PhiloaopJnnnena^ met dans la boucbe de ses ad\ersaires : « Le Seij^neur a fait la Pâ(|ue et a souffert en ce jour-là [c*e?là-dire dans la journée du 14 au 15;; c'eut pourquoi je dois fair-' corn tf te il a fait. »
d'Asie eût été rompu par une exception aussi considérable que celle d'Apolinaire de Hiérapolis, £usèbe, l'adversaire déclaré du rite asiatique, n'eût pas manqué de le faire bien ressortir. Mais il ne dit rien de pareil. Sans doute Baur s'appuie sur le fait qu'un peu plus tard Polycrate, en énumérant dans sa lettre à Victor, de Rome, les personnages illustres qui ont observé ce rite, ne mentionne pas Apolinaire. Mais il ne nomme que les morts. Apolinaire pouvait se trouver parmi ces nombreux évéques dont parle Polycrate sans les nommer, qui l'entouraient au moment où il écrivit sa lettre, et qui y donnèrent leur assentiment. 2^ Si Apolinaire avait fait scission en Asie, il est probable que la dispute aurait éclaté chez lui à Hiérapolis, non à Laodicée. 3<> Leê adversaires d' Apolinaire s'appuyaient sur Matthieu, évidemment en opposition à des arguments tirés d'ailleurs. D'où, si ce n'est du IV^ évangile? Or ne sait-on pas, ne voit-on pas, par la lettre même de Polycrate, que Jean a été constamment, soit par sa tradition personnelle, soit même par son évangile, la lumière des églises d'Asie* ? Et nous les trouverions tout à coup faisant de Matthieu leur patron, et cela^ peut-être contre Jean lui-même 1 Cela est impossible. 4^ La polémique d' Apolinaire contre ses adversaires Laodicéens n'implique réellement ni la rupture avec le rite asiatique, ni l'adhésion au rite occidental. Il pouvait parfaitement rester fidèle au premier, tout en le justifiant autrement que les Laodicéens, soit exégétiquement, soit dogmatiquement. Car nous avons vu que ceux-ci observaient également le 14. Quant au rite occidental, il est impossible de comprendre en quoi l'opinion d'Apolinaire, qui plaçait la mort de Jésus au 14, plutôt qu'au 15, favorisait l'observation qui plaçait la célébration de la Pâque au dimanche suivant t 5^ Schiirer s'embarrasse dans une inconcevable contradiction : Selon lui, si les églises d'Asie célébraient le 14, c'était sans relation aucune avec un fait quelconque de l'histoire évangélique (soit l'institution de la Cène, soit la mort de Jésus) ; leur rite provenait uniquement de ce qu'elles avaient transformé en Cène chrétienne et en célébration de la Rédemption le repas pascal juif du 14. C'est là le résultat de son solide
^ Voir, outre la liltërature asiatique du II» siècle qui r:,|^se sur les écrits de Jean (Polycarpc, Papias, Ignace, Mëliton, Théophile, Irénëe, comp. Introd. I, p. 242-300), la lettre de Polycrate où se trouve une allusion incontestable à l'évangile de Jean.
et remarquable travail. D'autre part cependant, la polémique d'Apolinaire le force à reconnaître que si les adversaires iaodicéens de ce Père fixaient la Cène au 14. c'était en souvenir de r institution de cette cérémonie en ce jour-là par Jésus-Christ Comment peut-il donc prétendre que ces derniers ne soient autres que les éjilises d'Asie?
On comprend ainsi aisément que Weitzel et Steitz, auxquels se sont associés Bitschl, Meyer, Réville, etc., aient été conduits à voir dans ces Lao<licéens un parti judaïsant qui se serait élevé dans l'église d'Asie avec l'intention de conserver le repas pascal juif, tout en y adaptant la sainte Cène chrétienne. Alors la polémique d'Apolinaire et de Clément porte coup. Ce$ gens disent : « Noas voulons faire comme le Seigneur a fait Lcéléhrer le repas pascal du 14]. » Les deux Pères répondent : « Le Seigneur n'a pas fait ainsi. Il a remplacé le repas pascal du 14 par la (^ne, le 13 ; > opinion qui n'empêche point Apolinaire de rester fidèle au rite de son église, puisque, ainsi que le reconnaît SchCirer lui-même, l'église d'Asie ne célébrait point le 14 comme jour de r institution de la Cène. Elle c*éléhrait la sainte Cène, ce jour-là, en mémorial de la Rédemption, traduisant ainsi en repas sacramentel chrétien le repas pascal juif institué eu mémoire de la déli> rance Israélite.
Je ne me séparerais que sur deuv points de Weitzel et de Steitz : L' Les adversaires lao<licéens d'Apolinaire seraient moins une secte éhionite, qu'un rameau de l'église d'Asie à tendance judaïsante plus prononcée. ^" Le rite des églises d Asie provenait simplement de la célébration du 14 dans le culte Israélite, non de l'intenlion de soutenir que ce jour eût été celui de la )jn>rt (h Jrsns. C'est ce qui résulte des paroles d'Eusèbe: « Les églises d'Asie crovaient devoir (!élébrer le 14. Jour dans letjurl H était ordonne aux Juifs d'immoler l'agneau,* et surtout de c(»lles de Polycrate : • Et tous mes parents (évéques avant moi) ont célébré le jour <m le peuple ôtait le levain. • Le rite asiatique n'est mis expressément en rapport avec le jour de In mort de Christ (|ue dans deux passages du IV* et V* s.. l'un chez Epiphane, l'autre chez Tlunnloret (voir Schiirer, p. o7 et 58), ce qui montre bien que ce point de vue ne domina pas au commencement.
Troisième phase. Entre 180 et lîK). un certain Blasteu4^r.
DU JOUR DE LA MORT DE JÉSUS. 55cJ
hœr, du faux Tertullien, c. tH) cherche à transplanter à Rome le rite asiatique. De là probablement le réveil <lo la dispute entre les deux églises de Rome et d'Asie, que représentent à cette époque Victor et Polycrate. Celui-ci dans sa lettre à Victor défend sa cause non plus seulement par des argunionts traditionnels, comme l'avait fait trente ans auparavant Folycarpe. « Il a parcouru avant d'écrire toutes les saintes Ecritures (^rStrav à-^av Ypaç^,v $ieXYiXu6(oçV » Et il déclare que « ses prédécesseurs aussi ont observé le 14 selon Vévangile (xati tô euayyîXiov). » Ces mots doiment à réfléchir. On a cherché à s'en défaire par des subtilités (voir l'embarras de Schiirer, p. 35). Ils prouvent évidemment, ainsi que les précédents, que Polycrate et les évoques d'Asie étaient arrivés à établir entre les évangiles un accord par le moyen duquel non seulement ces écrits ne se contredisaient point entre eux (fo eôorfyeXCov, l'évangile unique dans les quatre), mais encore s'accordaient avec la loi elle-même (toutes les Ecritures), De telles paroles impliquent donc que Polycrate et ses évé(]ues avaient trouvé le rite asiatique confirmé d'abord par la loi (il s'agit de l'institution pascale, Ex. XII, fixant le repas pascal au 14), puis par l'unanimité des évangiles canoniques, ce qui n'a de sens que si Polycrate accordait les synoptiques avec Jean en les interprétant comme nous Tavons fait nous-mêmes; car faire Finverse {ramener Jean au sens apparent des synoptiques), ne venait alors à l'idée de personne. Il y a donc équivalence parfaite entre ces paroles de Polycrate et ce reproche qu'Apolinaire adresse à l'opinion de ses adversaires deLaodicée: «C'est pourquoi non seulement leur opinion est contraire à la loi (qui veut que l'agneau soit immolé le 14), mais encore il y aurait dans ce cas désaccord entre les évangiles [Matthieu fixant la mort au 15, Jean au 14]. t
Polycrate se met donc, pour soutenir le rite asiatique, exactement au même point de vue exégétique qu'Apolinaire pour combattre le parti laodicéen. Cette dispute fut apaisée par les efforts d'Irénée et de beaucoup d'autres qui intervinrent auprès de Victor et l'arrêtèrent sur la voie des mesures violentes.
Quatrième pha^e. Elle est marquée par la décision du concile de Nicée, en 325, qui enjoignit aux orientaux de se ranger au rite occidental maintenant généralement adopté. < En fin de 'Cause, dit Eusèt)e (dans son Tiepl ttk tou TzaLtrfjt IoûttIç, Schiirer,
p. 40), les orientaux cédèrent ; et ainsi, ajoute-t-il, ils rompirent enfin avec les meurtriers du Seigneur, et sunirent à leurs coreligionnaires (6[xo^^oiç). > Le rite asiatique, par la simultanéité du jour de la sainte Cène pascale avec celui de la Pâque juive, était de plus en plus devenu le signe d'une sympathie secrète pour les Juifs incrédules. Ce fut ce qui décida sa défaite. Ceux-là seuls, dès ce moment, qui, ainsi que les judaïsants de Laodicée, maintenaient, comme base exégétique de l'observation du 14, le fait que la sainte Cène avait été instituée ce jour-là, tinrent boa sous les noms d^Audiens^ de Quarto-décimans^ qui figurent dans les listes des hérésies. Athanase avoue franchement qu'ils ne sont guères réfutables quand ils allèguent ces mots des synoptiques: « Le premier jour des pains sans levain, les disciples vinrent à Jésus,,. » (SchCirer, p. 45).* Nous surprenons ici le premier symptôme de la prépondérance qu'a finalement obtenue la narration synoptique sur celle de Jean, et qui s*est maintenue à travers le moyen-âge et la Réformation jusqu'aux temps modernes. Les synoptiques, plus populaires que Jean, plus clairs en apparence, formant d'ailleurs un faisceau de trois contre un, surtout ne rencontrant plus comme contrepoids la crainte d'une promiscuité entre la Cène chrétienne et la Pâque juive, l'emportèrent dans le sentiment général. Jérôme est celui des Pères qui contribua le plus à cette victoire.
Cnmment donc yions e.npliqaer l'origine des deu.>: observances asiatique et romaine, au second siècle'^? Paul n'avait pas craint d'importer dans l'Eglise la célébration de la fête de Pâques juive (Act. XX, 0; comp. 1 Cor. V, 7. 8 avec XV!, 8). 11 en transformait et spiritualisait les rites, cela n est pas douteux ; la sainte f^ne était substituée au repas pascal de l'agneau et (les pains sans levain; mais l'époque était la même; Jésus
* (Vest également à l'un de ces quarto-décimans opiniâtres et désormais schiâmatiqucs qu'il faut appliquer ces mots d'Eusèbe, dans Técril cité plus haut (Schiirer, p. 40): « Que si quelqu'un dit: 11 est aussi écrit : Au premier jour des pains sans levain. . .» Il est visible que cette objection embarrasse Eusèbe autant qu' Athanase. Mais elle ne prouve pas plus l'identité des anciennes églises d'Asie avec les Laodicéens du Ile g.^ (ju'avec les quarto-décimans du IVe (contre Schiirer .
* Schurer nous parait avoir jeté une vraie clarté sur ce point important et difficile, p. 61 et suiv.
n avait-il pas dit : « Faites ceci (la Pàque) en mémoire de moi. » Jean n*ea agit pas autrement; et c'est ainsi que sous le couvert de son autorité s'introduisit en Asie-Mineure la célébration du 14 nisan par la sainte Cène. Mais les églises d'Occident, plus étrangères au Judaïsme, éprouvaient sans doute une certaine répugnance pour ce lien étroit de solidarité temporelle entré la fête juive et la fête chrétienne, et pour l'espèce de dépendance dans laquelle cette simultanéité plaçait celle-ci vis-à-vis de celle-là. On s'affranchit donc; et, au lieu de célébrer la sainte Gène pascale le 14 au soir, comme on possédait déjà l'institution du dimanche hebdomadaire, on fixa cette cérémonie au matin du dimanche qui suivrait chaque année le 14 nisan, ou, pour mieux dire, la pleine lune de mars^ Ainsi se forma sans doute l'observance occidentale, qui Huit par l'emporter sur l'observance primitive. L'Eglise est libre en ces matières.
Le résultat de cette histoire longue et compliquée nous parait, quant au sujet qui nous occupe, être celui-ci : Dès que TEglise s'est occupée du côté exégétique de la question, elle s'est attachée à la narration johannique. Elle s'en est servie, d'un côté, pour réfuter par la plume d'Apolinaire la base exégétique que le parti laodicéen prétendait donner à l'observation du 14 (en faisant de ce jour, d'après Matthieu, celui de ^institution de la One^; de l'autre, pour défendre contre Rome, par la plume de Polyrrate, la célébration asiatique du 14, en la présentant comme la Pâque juive spiritualisée, comme la fête de la Rédemption chrétienne, pendant de la délivrance israélite en Egypte. Il ne s'agissait donc pas pour l'église d'Asie de célébrer le 14 nisan comme jour de l'institution de la Cène, ni même, à proprement parler, comme jour de la mort de Jésus (contre Steitz). On voulait simplement christianiser la Pâque juive. Si donc cette observance renferme un hommage au récit de Jean, ce n'est pas par elle-même sans doute (puisqu'elle n'est directement en relation avec aucun fait particulier de la vie de Jésus); mais c'est par la manière dont l'ont défendue Apolinaire d'un côté, Poiycrate de l'autre, puisque cette double apologie repose entièrement sur le récit de Jean.
* Voilà comment il se trouve, observe avec raison Schlirer, que le nom de Pâques se trouve aujourd'hui appliqué au jour de la résurrection plutôt qu'à celui de la mort.
rj> L'année de la mort de Jésus. — On ne peut envisager cette année comme définitivement fixée. La science oscille encore entre l'an i9 (Ideler, Zampt^l el 35 (Keim), ou même 36(Hitzig). Cependant si ion en excepte Tan 33 (Ewald, Renan), c'est Tan *K) auquel s'arrêtent aujourd'hui le plus f>rand nombre de savants (^Winer, Wieseler, Lichtenstein, Caspari. Pressensé). C'est aussi Tannée qui nous a toujours paru réunir la plus grande somme de probabilités. Deux astronomes, Wurm et Oudemann, ont cherché à déterminer quelles étaient celles de ces diverses années dans lesquelles soit le 14, soit le 15 nisan avaient dû tomber sur un vendredi. Ils ont trouvé qu'en Tan 30, le vendredi de la semaine pascale était le 15, non le li. Ce résultat, défavorable à notre interprétation, a été réexaminé par Caspari, et il a essayé de montrer que bien compris le calcul de Wurm, loin de renverser notre thèse, la confirme et fait précisément tomber sur k vendre<li le 14 nisan de l'an 30. Rotermund le combat. Le fait essentiel est que nous nous trouvons ici en face des incalculables éventualités et subtibilités du calendrier juif. Wurm le sent luimême: il parle simplement de probabilités. Il dit encore : «On ne se trompera pas trop si l'on calcule ainsi. > Il reconnaît qu'il reste toujours une incertitu<le ^'mh ou deux jours; ce qui dans cette question est capital (Keim IIÏ, p. 498-500). Il est donc plus sur d'opérer sur d(*s textes positifs, comme nous l'avons fait, que sur «l(»s bases si chancelantes. Nous croyons en conséquence pouvoir indiifuer le vendredi 14 nisan, 7 avril, de l'an ^30, œnune la date la plus probable de la mort de Jésus.
Ainsi donc, aucun fait historique réellement et dûment attesté ne s'inscrit en faux contre la solution que nous avons présiMilw.
ni
Jet4)ns encore un coup d'œil rapide sur les autres solutions jtropfKsées.
1'' L'explication idrale de Baur et de son école : La narration jolianniqiie est une fiction dicté<\ d'uncùté, par le désir, la vraie j)assin,i (Keim) du ps4»udo-Jean. de présenter Christ comme ra{j:neau pascal : et, de l'autre coté, par la tendance à rejeter, autant que possible, dans l'ombre le repas pascal juif. — Mais en se mettant ainsi en contradiction avinr la tradition reçue dans
FEglise et les anciens évangiles qui y possédaient pleine autorité, le faussaire ne risquait-il pas de compromettre tout le succès de son œuvre? Et cela pour rien ; car la relation typique entre Christ et Tagneau pascal était un point universellement admis au 11^ s., sur le fondement de 1 Cor. V, 7: XI, 2i. ii?): 1 Pier. I, 19 et l'Apocalypse, et cela abstraction faite de toute relation chronologique entre l'immolation de Tagneau et le jour de la mort de Christ. Quant à la Pâque juive, elle avait déjà fait place au ÏI« siècle, dans tous les partis, à la Cène chrétienne (SchUrer, p. 29- 34) ; il n'était plus besoin de la rabaisser.
i^'^ L'interprétation de Jean tendant à retrouver dans sa narration le sens vulgairement attribué aux synoptiques (la mort de Jésus fixée au 15 nisan). Malgré tous les efforts d'érudition et de sagacité de Hengstenberg, Tholuck, Wieseler, Hofinann, Luthardt, Lichtenstein, Lange, Langen, Riggenbach, Bâumlein, Oosterzee, Ebrard, Kirchner et Uotermund, cette explication nous a paru se heurter aux textes clairs et précis de Jean et se briser contre eux.
•i^ Diverses tentatives tendant soit à avancer d'un soir le repas pascal Israélite, soit à admettre deux repas, l'un le 14, l'autre le 15, entre lesquels Jésus aurait choisi le premier : Les Juifs ont avancé cette année le repas pascal d'un jour (Eusèbe et Chrysostome, voir Tholuck, p. 41): les Juifs l'auraient retardé d'un jour cette année pour ne pas avoir à célébrer deux sabbats successifs (le vendredi 15 et le samedi 1(5), et Jésus en serait resté au jour légal (Calvin, Bèze, Scaliger, Casaulion) ; les Juifs auraient chaque année et légalement célébré le repas pascal le soir du 13 au 14, et non le soir du 14 au 15 (Frisch, Rauch); Jésus aurait pratiqué cette fois le mode de quelque secte, des Karaïtes par ex., qui auraient célébré la PAque le soir du 13 au 14 (Stier) ; en raison du grand nombre d'agneaux à égorger dans le temple de 3 à 6 h. (parfois plus de 250,000, d'après Josèphe), les Galiléens (Ebrard) ou les Juifs de hi Diaspora (Serno) auraient célébré la fête le soir avant le jour légal, et Jésus se serait joint à eux. Mais aucune <Ionnée historique contemporaine, ni chez Josèphe, ni chez Philon, ni dans le N. T., n'appuie Tune quelconque de ces hypothèses. Et pourtant si l'on rejette la nôtre, il faudra bien s'attacher à l'une d'elles, à moins d'accepter le parti désespéré auquel plusieurs se condamnent:
40 Celui de constater purement et simplement une contradiction entre nos récits évangéliques» en la déclarant insoluble (Liicke, Néander, Bleek, de Wetle, Steitz, J. MiiUer. Comp. également M. de Pressensé ( Vie de Jésus, p. 593) : « Nous r^rdons jusqu'ici la question comme insoluble, tout en donnant entièrement raison au récit de Jean. » Ce serait bien, sans doute, ce qu'il y aurait à faire si le texte des synoptiques se refusait à tout accord avec ce dernier. Mais comment expliquer une telle contradiction sur un pareil point?
En résumé, nous croyons que la différence entre Jean •et les synoptiques peut se formuler et s'expliquer comme suit :
En rédigeant la tradition orale, les synoptiques se contentèrent, comme elle, de placer le dernier repas de Christ au premier jour des pains sans levain, sans distinguer expressément entre le premier et le second soir de ce jour. Or, comme Jésus avait voulu donner à ce dernier repas, célébré le soir du 13, les formes du repas pascal, afin d'y rattacher Tinstitution de la sainte Cène en substituant Tun de ces repas sacrés à Taulre, un malentendu pouvait aisément se former ; on pouvait croire que ce repas avait été le repas pascal ordinaire, ce qui devait avoir pour conséquence de déplacer le jour de la mort de Jésus en le reportant au 15. Jean (comme il l'avait fait tant d'autres fois dans son écrit) voulut rectifier ce malentendu et dissiper l'obscurité des synoptiques, qui pouvait l'entretenir. Il rétablit donc intentionnellement et clairement le cours réel des choses auquel la narration synoptique rendait d'ailleurs de tous points témoignage (comp. dans les temps modernes: Krummel, Li7/cra/i/r6/a// de Darmstadt, Febr. 1868; Baggesen, Der Aposiel Johannes, 1869; Andreae, Reweh des (ilaube?is, art. cité).