I. — Pierre et Jean au sépulcre : v
Tout, dans ce premier morceau, tend à ces mots du v. 8 : € Et il vit, et il crut. » Le rôle de Marie-Madeleine n'est ici que celui de la messagère qui appelle les deux disciples au sépulcre.
V. 1-3. « Le premier jour de la semaine y Marie-Madeleine se rend au sépulcre de bonne heure^ comme il faisaii encore obscur, et là, elle voit que la pierre est ôtée du sépulcre : 2 elle court donc et se rend chez Simon Pierre et chez le disciple que Jésus aimait et leur dit : On a enlevé le Seifjneur du sépulcre », et nous ne savons ou on Va mis, S Pierre sortit donc, ainsi (pie f autre disciple, et ils se rendaient au sépulcre. » — Dans Texpression aia tôjv giSfiaTOiv, on pourrait donner au mot çàfi^aTa le sens de sabbat: « le premier jour (aîa) à partir du sabbal. » Mais Luc XVIII, 12 prouve que câ^JiaTovou «ràfi^aTa signifie aussi la semaine entière, en tant que formant l'espace entre deux sabbats. Ainsi: «le premier ((xia) d'entre les jours de h semaine. » Plus était prande la délivrance que Marie-Madeleine devait h Jésus [Luc VIII, 2; Marc XVI, 9], plus ardente était sa reconnaissance, plus vif son attachement à sa personne. Jean n'indique pas l'intenlion qui Tamenait au sépulcre ol que mentionnent les synoptiques, celle d'embaumer le corps (lu Sci|^neur. Venait-elle seule? Cela est en soi peu prohable. l'no femme ne se fùtguères hasardée à se rendre seule nu sépulcre à une licure aussi matinal'^, h'ailleurs les synoptiques nous apprennent que ses coinpa^rnes avai«Mit la méine intention qu'elle. Enfin, ce verbe au pluriel: nous ne saruns, au v. 2, indique positivement qu'elle n'était pas seule. Si elle est seule mentionnée, c'est en raison du rôle qu'elle joue dans la scène suivante. Meyer objecte le oôz oir^a, je ne sais, du v. 13 et prétend que ce singulier comi/rnsr le pluriel du v. 2. Faible raison, qui |)rouve qu(î s'il y a une partialité harnionislitfue, il peut y avoir aussi une passion anti-harmonislique-. Seule avec les anges, au v. 13, et tout naturellement ne parlant avec eux
' N* (juol(|iies Mon. It''''i. Cop. Sali, ajoulont ano ir,; Ou^a; (d-, /jnii tt) (levant cx TOj avT,a£ioj '^X) OU TO'j ;jLvr^;jL£'.Oj.
ClIAP. XX, 1-3. 561
qu*en son propre nom, elle dit ici : je ne sais, et non : nous ne savons; comme elle dit : mon Seigneur, et non plus : le Seigneur {\. 2). Meyer essaie d'expliquer le pluriel: nous ne savofiSy en disant que Marie parle au nom des disciples du Seigneur en général. Mais pourquoi donc faire intervenir ici tous les croyants, dont aucun n'a constaté avec elle, d'après Meyer, l'ouverture du sépulcre? Ewald et Luthardt admettent qu'elle arrivait seule et que les autres femmes la suivaient. Mais n'est-il pas plus simple d'admettre qu'elles venaient toutes ensemble et qu aussitôt qu'elles eurent vu de loin le tombeau ouvert, Marie-Madeleine se hâta d'aller avertir les disciples, tandis que ses compagnes restaient dans le voisinage du sépulcre? Quand Marie revint avec Pierre et Jean, ses compagnes étaient déju rentrées à la ville. Comp. Luc XXIV, 22 et 2â: «Quelques femmes d'entre les nôtres sont allées de bonne heure au tombeau, et n'ayant pas trouvé le corps, etc.,» et Marc XVI, 1-8. — Il y a seulement une légère différence chronologique entre Jean, Matthieu, Luc, d'une part, qui disent: € Comme il faisait obscur, 1 ou : « Au point du jour, > et Marc, de l'autre, qui dit : € Le soleil étant levé, » Peut-être y a-t-il eu plusieurs groupes de femmes que chaque évangéliste réunit en un seul. — Pendant l'absence de Marie, ses compagnes s'approchèrent du tombeau et reçurent le message de l'ange, que rapportent les trois synoptiques. Quant à l'apparition de Jésus aux femmes, dont parle Matthieu XXVIII, 9 et 10, elle n'est œrtainement pas autre que l'apparition à Marie- Madeleine, qui va être décrite par Jean lui-même. Les traits de détail coïncident parfaitement. Le premier évangile applique au groupe entier ce qui s'est passé pour l'un de ses membres. On comprend ainsi le récit de Marc XVI, 1-8 et la parole des deux disciples d'Emmaûs dans Luc XXIV, 22 et23, qui supposent que les femmes n'avaient point vu le
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50â CINQUIÈME PARTIE.
Seigneur. En effet, Marie-Madeleine n'ayant vu ie Seigneur au sépulcre que plus tard et après que les autres femmes étaient revenues à la ville, les deux disciples d'Emmaùs étaient partis de Jérusalem sans avoir entendu parler de cette apparition. Il n\ a donc eu en réalité d'autres apparitions le matin de ce jour que celle des anges aux femmes et à Marie-Madeleine et celle de Jésus «^ cette dernière. Il n'y a pas de quoi jeter les hauts cris que pousse la critique (Keim III, p. 530).
La répétition de la préposition rpoç, chez, v. 2, peut faire penser que les deux disciples avaient des domiciles différents, ce qui est naturel, si Jean habitait avec sa mère et Marie, mère de Jésus. — Le terme e<piX6i, mmail, quia quelque chose de plus familier que ryscra, n'est sans doute employé ici que parce qu'il ne s'agit que d'une dénomination, sans accent particulier, Jésus lui-même se trouvant absent. — L'imp. Yjpjrovro, ik venaienty se rendaient, fait tableau. Cet imparfait de durée reflète le sentiment d'indicible attente qui faisait battre le cœur du disciple et de son compagnon.
V. 4-7. € Kl ils couraient tous deux ensemhte: et Vautre disciple » courut plus vite que Pierre^ et il arriva le premier au sépulcre; 5 et, s'étant baissé, il voit les linceuk posés (i terre* ; toutefois il u* entra pas dans le sépulcre. 6 Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre: et il contemple les linceuls posés à terre ^, 1 el le suaire, (]tii avait été mis sur sa tête, non posé avec les autres linceuls, mais roulé et posé dans un lieu ii part, > — Jean, plus agile et probablement plus jeune, arrive le premier.
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Mais son émotion est si forte qu'il s'arrête à l'entrée du sépulcre après y avoir jeté un regard. Pierre, d'un caractère plus viril et plus pratique, entre résolument. Ces détails sont si naturels et si conformes à la personnalité des deux disciples qu'ils portent en eux-mêmes le cachet de leur authenticité. Us rappellent ceux du ch. I. — Le prés. il voit (v. 5) est opposé à l'aor. arriva (v. 4) ; la même opposition se retrouve entre les verbes il entra et il contemple (v. 6). Jean fait ressortir par là le contraste entre le moment unique d'arrivée et l'examen attentif et prolongé qui le suit à chaque fois, eewpci, contemple, renferme l'observation et la réflexion sur le fait. Ce linge étalé ne faisait pas supposer un enlèvement; on n'aurait pas emporté le corps complètement nu. Ce suaire, surtout, roulé et mis à part avec soin, attestait, non un enlèvement précipité, mais un calme et saint réveil. Il y avait là de quoi donnera réfléchir aux deux disciples.
V. 8-10. « Alors entra aussi f autre disciple qui était arrivé le premier au sépulcre ; et il vil, et il crut. 9 Car ils ne comprenaient pas encore^ t Ecriture qui dit qu'il devoit ressusciter d'entre les morts. 10 Puis les disciples s'en retournèrent chez eux. » — Les sing. // vit et il crut sont remarquables. Jusqu'ici il avait été parlé des deux disciples; au V. 9, le récit reprend au pluriel : Ils ne comprenaient pas. Qu'indiquent dans un tel contexte ces deux verbes au singulier^ sinon qu'il s'agit d'une expérience propre à ce disciple? C'est ici un trait de la vie intime de l'auteur. Il nous initie à In manière dont il est arrivé à la foi à la résurrection, d'abord, puis, par là, à la foi complète en Christ Messie et Fils de Dieu. L'idée de croire, en eflet, ne peut se rapporter uniquement, comme l'ont pensé quelques-uns, au contenu du récit de Marie-Madeleine. En
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voyant l'état du tombeau et la position des linges, le disciple arriva à cette conviction : Jésus vil. El c*est là peatétre ce qui nous explique pourquoi il n'esl Tait mention d'aucune apparition particulière du Seigneur à son disciple bien-aimé, tandis qu'il est parlé d'apparitions accordées à Pierre et à Jacques. D'autre part, il ne faudrait pas voir dans ces deux mots: il vil et il crut y un éloge qui serait ici plutiH une vanterie. Ils renferment un reproche ou, mieux encore, un aveu. Car le verset suivant prouve qu'il faut paraphraser : € il vit et il crut enfin. > Jean s'étonne lui-même de l'état d'inintelligence dans lequel, ainsi que Pierre, il était resté plongé jusqu'alors à l'égard des propliélies scripturaires annonçant la résurrection du Messie. Il dit ièi\' oocv, qui a le sens d'imparf., non de plus-que-parf. c Ils ne comprenaient pas, m pas même alors! Ce furent les enseignements de Jésus après la résurrection qui ouvrirent les yeux du disciple sur ce point comme sur tant d'autres. Luc kxiV, 25-27 et 45.
(juant a Pierre, la vue de l'état du sépulcre ne l'amena pas encore h la foi. Il fallut, pour obtenir pleinement ce résultat, Tapparition du Seigneur, qui lui fut accordée en ce jour-miMne ^Luc XXIV, 34; 1 flor. XV, 5^ — Le parallèle de Lur XXIV, 12 n*#st probablement qu^une glose rédigée au moyen du récit de Jean. C'est par cette raison que nous n'en faisons aucun usage. — Tout ce passage, relatif au disciple que Jésus aimait et à Pierre, offre l'un des traits les plus frappants du caractère autobiographique de notre évangile.
L'idole (le Tubinpio. suivie ici par M. Renan et Strauss (daDS sa siKU)inle !*/> ffe Jésus j^ p<»iise que ce récit est une fiction deslintV à placer de tous points Jean tiu niveau de Pierre. Jean chercherait systéin(iti(|uenient à « se mettre avant Pierre ■ iM. Renanl Quoi? parce (|u'il s'attribue des jambes plus nfiiU^, mais moins
(le courage? Ou bien Pierre et Jean personnifient l'un le christianisme charnel des Douze, l'autre le christianisme spirituel, johannique. Comment cela? Jean ne s'accuse-t-il pas lui-même d'avoir dû voir pour croire? Tout ce machiavélisme attribué à révangétistc ne s'évanouit-il pas à la lecture simple de ce récit ? Le sens du vrai et du pur est-il donc paralysé chez nos critiques ? M. Colani voit dans ces mots, v. 9: ^Ih n avaient pas encore compris l'Ecriture, » une contradiction avec les prédictions de la résurrection mises dans la bouche de Jésus par les synoptiques. Si ces prédictions étaient réelles, Tévangéliste devrait dire : t Ils ne comprenaient pas les prédictions de JésusA » Mais Jean nous a déjà expliqué lui-même (II, 22), que l'Ecriture fut pour lui le médium à travers lequel il parvint à l'intelligence des prophéties de Jésus sur sa personne: < Lorsqu'il fut ressuscité des morts . . . ses disciples crurent à l'Ecriture et à la parole que Jésus avait dite. » Puis Jean n'avait pas cité d'autres prophéties de Jésus sur sa résurrection que celle du ch. II ; il n'était donc pas forcé de faire ici une allusion spéciale à de telles prophéties.