II. — V apparition à Marie-Madeleine : v
Marie-Madeleine vient d'être pour les deux principaux disciples la messagère annonçant le sépulcre vide ; elle va devenir encore auprès d'eux et de tous les autres la première proclamatrice de Jésus vivant.
V. 11-13. « Mais Marie se tenait près du sépulcre^y pleurant à rentrée; 12 et y tout en pleurant, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre; et elle voit deux anges ', vêtus de blanc, qui s* asseyaient, tun à la tête. Vautre aux pieds, dans le lieu ou avait été couché le corps de Jésus; iS et ils lui disent: Femme, pourquoi pleures- tu f Elle leur dit: Parce quon a pris mon Seigneur, et je ne sais ou on Fa
* Jésus-Christ et les croyances messianiques de son temps, p. 112.
* Au lieu de npoç to [ivr^^uiov, ABEGHLMÀA 60 Mnn. lisent izpoç {iyi)fat(i>, H £v tw [xv7)(jifiici3 (en retranchant eÇco avec A Up^'^^q*»» Syr.).
* N omet 8uo devant «fysXouç.
mis. n — Pierre el Jeaa s'éloigneni, I'uq méditant, Taulre déjà ct*oyanl; Marie reste et pleure. Jésus, appropriant, comme toujours^ sa conduite aux besoins de chacun des siens, se révèle à cette âme qui souflre et qui aime. Rien n*empéche de prendre le part. prés. xa6e!^o{Jtivoi>;, s^asseyanl, dans son sens strictement grammatical. Elle aperçoit les deux anges au moment de leur apparition. Ce fait ne contredit pas Tapparition antérieure d'un ange aux femmes qui avaient visité les premières le tombeau. Les anges ne sont pas immobiles et visibles à la façon de statues de pierre. — Marie répond à la question des envoyés célestes aussi simplement que si elle eût conversé avec des êtres humains, tant elle est préoccupée d'une seule idée : retrouver son Maître. Qui eût inventé un pareil trait?
V. 14-16. « Après avoir ainsi par lé, elle se retourna :ei elle voit Jésus qui se tenait /à, mais satis savoir que c*élaii Jésus, 15 Jésus lui dit: Femme y pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu f Elle, croyant que c était le jardinier ^ lui dit: Seigneur, si cest toi qui l'as emporté \ dis-moi ou tu l'as mis, et je lirai prendre. \îj Jésus lui dit: Marii^! Elle, s étant retournée^ lui* dit : Kabbouni (ce qui signifie: Maître), n — Marie, après s*ètre penchée un moment sur le sépulcre, se relève et se retourne, comme pour chercher celui qu'elle deiuande. Le passage de la vie ancienne à la vie nouvelle, sans détruire Tidenlité du corps de Jésus, avait cependant opéré un changement dans toute sa personne: il apparaissait £v éTepa u.of<pr., dit Marc (XVI, l-^). Les siens, qui le revoyaient, éprouvaient quelque chose de semblable à ce qui se passe en nous quand nous rencontrons un ami après une longue séparation ; il nous faut un temps plus
• NBDLOXAn 7 Mnn. Itpi^riquc Syr. Cop. lisent cjScair:: après
OU moins long pour le reconuaitre ; et souvent dans ce caslà, il suffit de la manifeslalion la plus simple pour faire tomber le bandeau de nos yeux. — On a demandé quels vêtements portait Jésus et on a supposé qu*il avait emprunté les habits du jardinier. Celte question et cette réponse sontelles en rapport avec les conditions de Texistence nouvelle de Jésus glorifié? — Ce qu'il y a de plus personnel dans les manifestations humaines, c'est le son de la voix ; c'est par ce moyen que Jésus se fait connaître à elle. L'accent que prend dans sa bouche ce nom de Marie exprime tout ce qu'elle est pour lui, tout ce qu'il est pour elle. — Il ressort du mot cTpa^taa, s' étant retournée^ qu'elle avait de nouveau fixé ses regards sur le tombeau. Car elle était agitée et cherchait d'un côté, puis de l'autre. Et maintenant, au son de cette voix connue, tressaillant jusqu'au fond de Tàme, elle met à son tour tout son être dans ce cri : Mon Maitre ! et se jette à ses pieds en cherchant à les embrasser, comme le montre le v. 17. — Rabbouni, qui ne se trouve qu'ici et Marc X, 51, est une forme du mot Rabban, Le ^ est soit le ' paiagogique, soit le suffixe mon. Dans ce second cas, il aurait peu à peu perdu sa signification, ce qui explique pourquoi l'évangéliste ne le traduit pas.
V. 17 et 18. € Jésus lui dit: JSe me touche pas; car je ne suis pas encore élevé auprès de mon Père *; mais va vers mes frères * et dis-leur: Je monte ^ vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. 18 Marie-Madeleine arrive auprès des disciples et leur annonce^ qu'elle a vu le Seigneur et quil lui a dit ces paroles. » — Si l'on se met au point de vue où nous ont placés les ch. XIV-XVl, la pa-
* H B D It**'*i. retranchent [xo*^ après na-gpa, et K D {jloj après
• K ajoute i8ou devant ava^aivo).
' N A B I X : 9^t'k\o'<j(Jx pour airotyyEXXouaa.
role du v. 17 ne présente point les grandes difficultés qu'on y a trouvées. Jésus avait dit: t Vous me verrez^ parce que je m en vois à mon Pèrei^ (XVI, 16), ce qui signifiait que ce ne serait qu'après son ascension et du sein de sa gloire divine qu'il renouerait le lien que sa mort allait briser. Ses apparitions comme ressuscité n'avaient donc pas pour but de rétablir le nouvel état de communion entre eui et lai, mais de le préparer, de le rendre possible en fondant la foi à sa glorification dans le cœur des siens. C'est cette pensée qui explique les mots: Pie me touche pas. ^Airreaôai désigne un toucher destiné, non à retenir l'objet (xparciv), maisi le posséder, à en jouir : saltacher à. c Ce n'est pas encore le moment de s'attacher à moi, comme si ma promesse de revenir h vous était déjà accomplie. » Luc XXIV, Jésus, dans l'une de ses apparitions, emploie cette expression remarquable : < Lorsque fêtais encore 'avec votis. i II n'est plus avec eux, il ne fait que leur apparaître ; mais bientôt il sera en eux. Alors ils le posséderont de nouveau. Le régime u.o'j, me, est placé avant le verbe, avec un certain accent: f Moi, tel que je suis là devant toi, dans mon individualité humaine. D Dans ce sens, le motif allégué par Jésus: « Car je ne suis pas encore monté..., ^ se comprend facilement: «Je ne suis point encore parvenu à Tétat au moyen duquel je pourrai vivre avec vous dans la communion que je vous ai promise. » Jésus n'emploie pas l'aor. «xvs^r.v. qui signifierait : « Je n'ai pas encore fait Carte de monter. » Il ne s'agit pas de l'acte, mais de l'état. De là le parfait <xva[i£{ir,îta : «Je ne suis pas encore dans l'état d'un être qui est monté ; je n'ai pas encore acquis cette position suprême qui est la condition de notre revoir mutuel. » On voit par cette dénégation de Jésus que les disciples se représentaient sa mort comme ayant déjà réalisé la promesse de remonter au Père qu'il leur avait laite. Ainsi disparais-
sait la résurrection ; car la mort devenait l'ascension elleméme ; et s'il venait à reparaître, ce devait être, non comme le ressuscité, mais comme le glorifié descendant du sein du Père. A la notion de la résurrection se substituait celle d'une Parousie. Tel était sans doute le sens figuré que les disciples avaient instinctivem^t donné aux promesses de résurrection, rapportées par les synoptiques. La surprise que leur causa la résurrection de Jésus est donc parfaitement compatible avec la réalité historique de ces promesses. En opposition à toutes ces idées, Jésus déclare qu'iï n*esi point encore montée mais que maintenant seulement il va monter. La résurrection est le premier degré de sa glorification, de son retour au Père qui, bien loin d'être consommé, commence en ce jour même (présentée monte). Comme avec l'instant de sa mort a commencé sa résurrection (XIX, 34), ainsi du moment de la résurrection date le commencement de son ascension. Au lieu donc de savourer ce moment de possession, comme si Jésus lui était véritablement rendu, Marie doit se lever et aller annoncer aux disciples ce qui se passe. € Mais va.,.. i^ est opposé à l'acte de s'arrêter à jouir de ce qui va lui être ôté (comme aux deux d'Emmaûs). Le message dont Jésus la chaîne pour les siens signifie donc: < Dès que je serai dans mon état de gloire, je vous y associerai, et alors rien ne vous séparera plus de moi. » De là les expressions: mes frères, et mon Père et votre Père,.. Elles font ressortir l'indissoiable solidarité qui existera entre eux et lui dans l'état nouveau où il entre présentement. Ils seront vis-à-vis de Dieu exactement dans la même position que lui-même. Calvin et Hengstenberg rappellent ici Ps. XXII, 33, oh le Messie, arraché à sa souffrance, s'écrie: tf annoncerai ton nom à mes frèresi^; comp. aussi Matth. XXVIII, 10: «Allez; annoncez h mes frères.^ Il va \eur préparer le
lieu (XIV, 2. 3), faire du cœur de son Père et de son Dieu le cœur de leur Père et de leur Dieu. Col. III, 3: < Vous êtes moriSj et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. » Jésus ne dit pas: ;io/re PèrCy notre Dieu, parce que Dieo n'est pas leur Père, leur Dieu, dans le sens dans lequel il est le sien. Le mol Père caractérise rinlimité filiale; le mol Dieu la dépendance complèle. Ces deux traits qui onl signalé Tadoralion de Jésus et sa vie entière, tout en conservant chez lui un caractère exclusif, se refléteront désormais dans la vie des siens. Comp. Gai. IV, 6: c Parce que vous ét4?s fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils qui dit : Abba, Père ! »
L'explication que nous venons de xlonner est à peu près celle de Calvin * et se rapproche beaucoup de celle de de Welle, Gerlach, Luthardl. Les principales explications diverpenles sont: 1® Celle de Bèze, Bengel, Hofmann: «Ae (attarde pas à me loucher, mais hâte-toi d'aller anooncer...D Mais les mois suivanls: €Je ne suis pas encore monté, » ne présenlenl absolument aucun sens. 2* Celle de Liu'ko, llilîienfeld: «Ne m'adore p^s; car je ne suis pas rentré oncore dans ma gloire divine (a:rrecôai dans le sens classique de a:7Tec3ai iroàwv, yovaTwv). j» Mais huit jours après Jésus acce[>le l'adoration de Thomas. 3^ Celle de Néander: «Ne me retiens pas ainsi; je ne suis pas prêta Vôchapper. » Il laudrail icpaxei plutôt que i'-nTO'j, et le motif: a Je ne suis pas encore monté, » ne présente pas un sens clair. /t'U^ellede Paulus, Schicicrmacher, Olshausen : «Mon corps est encore souffrant de ses plaies, j> ou t esl encoi'e
' « Le sens de ces paroles est que la condition de sa rcsurreclion m* seni |K)inl pleine ni parfaite du tout, jusqu'à ce qu'il soit assis à la droite (ie son l'ère, et par ainsi (|uc ces femmes font mal en ce que. se contentant seulement de la moiti(* de sa résurrection, elles dt^ircnl l'aNoir pn'sent au monde. »
en élat de transformation; ne le touche pas. » Mais, le soir même, Jésus invite ses disciples à le toucher (Luc XXIV, 39). 5® Celle de Meyer: c Ne me touche pas ainsi pour Rassurer que je suis corporellement présent; je ne suis point encore rentré dans Tétat d'esprit pur. » Mais Jésus glorifié, dans rintuition biblique, ne devient point pur esprit. 6® Celle de Baur : « Ne me retiens pas ; car en ce moment même je m'élève à mon Père. > Baur pense que d'après notre évangile, l'ascension doit se placer en ce jour même, tellement que l'apparition suivante v. 19-23 serait postérieure à cet événement. Mais il n'y avait aucune raison dans ce sens à commencer par dire: Je ne suis pas monté. Il jfallait dire immédiatement: Car je monte. Et comment l'ascension aurait-elle lieu dans cette journée même, puisque dans l'apparition du soir, et dans celle qui eut lieu huit jours après, Jésus convainc ses disciples de sa présence sensible au milieu d'eux? Quand le Seigneur glorifié apparaît à Paul, il ne lui dit pas: Touche-moi! Jésus veut donc élever les regards de Marie et de ses disciples de ce revoir passager, qui n'est qu'un moyen, à la communion spirituelle permanente qui est le but et dont son élévation parfaite au Père est la condition non encore parfaitement remplie. Cet avertissement s'applique à toutes les visites qui suivront et doit consoler les' siens des disparitions qui y mettent fin.
Le prés, elle arrive (v. 18) exprime, dans toute sa viva- ' cité, la surprise produite chez tous les disciples par l'arrivée et par le message de Marie. — L'identité de cette apparition avec celle que raconte Matthieu, ressort des mots: iVe me touche point, comparés avec ceux-ci : < Elks lui embrassèrent les pieds. . . ; » Va, et dis à mes frères, comp. avec ceuxci: ^ Allez, et dites à mes frères. i> Mais quel homme non prévenu pourrait admettre avec quelques-uns de nos criti-
ques 1 que la scène de Jean est une amplification poétique 4u court récit de Matthieu doublée de quelques détails de Marc et de Luc? Ne sent-on pas au contraire que le récit de Matthieu n^est qu'un vague et imparfait sommaire delà tradition, tandis que le tableau de Jean reproduit cette ^cène dans toute sa fraîcheur et sa vivacité primitives?
m. — La première apparition aux disciples: v. 19-2â.
Le Seigneur avance par degrés dans sa révélation. L'apparition à Marie-Madeleine, préparée par celle des anges, prépare h son tour, par le message qui lui est confié pour les disciples, l'apparition de Jésus au milieu d'eux. Trois manifestations du Ressuscité eurent lieu dans la seconde moitié de ce jour, l'apparition aux deux disciples d'Rnimaùs, celle qui fut accordée à saint Pierre (Luc XXIV, 13- 52. 34; Marc XVI, 12-13), et celle dont nous allons étudier le récit. Celle-ci doit être identique à celles que raconlcDl Luc (XXIV, m et suiv.) et Marc (XVI, 14] ; elle a eu lieu le soir craprès tous les récits.
V. 19 et 20. « I/* soir donc étant vetw, en ce jnéme premier jour lie la semaine, les portes du lieu où étaient^ lei disciples étant fermées^ à cause de la crainte qu'ils avaient des JuifSy Jéstis vint et se présenta au milieu d'eux et leur dit: La paix soit avec vous. 20 Et, après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté^. Les disciples se réjouirent d(mc en voyant le Seigneur, » — L'expression: les portes étant fermées, ne peut être destinée qu'à sijtnaler le mode miraculeux de l'entrée de Jésus. Strauss va
* Keim, par ex., IIl, j). 558 : « L'<$vano;ëliste de la mystique chrétienne emprunte à Matthieu la visite de Marie-Madeleine au sépulcre et le inessaj^e aux disciples...»
* T R. ajoute Tjvrjfxsvot omis dans N* A B D I V 6 Mnn. II-*''*! Syr. ' N A B I) I : Tot; y,^'p^% xat Tr,v TZhz-jpaiv ouiotç ; A B : xai Taç //'pa;.
jusqu'à déclarer, contre Schleiermacher, qu'il faut un vraî endurcissement contre le sens réel du texte évangélique pour soutenir le contraire. Calvin et M. de Pressensé supposent que les portes s'ouvrirent miraculeusement (comp. Act. XII, 10). Cependant le sens naturel de l'expression est que les portes étaient et restèrent fermées, et que Jésus apparut plutôt qu'il n'entra. A la vérité, le corps de Jésus était encore celui qui lui avait servi d'organe pendant sa vie (v. 20); mais, comme le prouve sa m<irche sur les eaux,. avant sa mort ce corps était déjà soumis à la puissance de l'Esprit (VI, 16-!21); et maintenant il était bien plus rapproché encore de la nature du corps spirituel ou glorifié (i Cor. XV, 44). Or le caractère de celui-ci est d'être soumis à la libre disposition de l'Esprit. I)e là l'expression ecTT qui se retrouve aussi dans le récit de Luc : // se tint là, sans que personne l'eût vu entrer. On comprend l'effroi des disciples et leur supposition : c'est un esprit (Luc XXIV^ 37). A ce mode d'apparition correspondent les subites disparitions (Luc XXIV, 31 : açovroç iy^vero). — La salutation de Jésus est la même chez Luc et chez Jean : La paix soit avec vous. C'est la formule juive ordinaire, mais servant ici à exprimer une pensée toute nouvelle. Jésus invite ses disciples à ouvrir leur cœur à la paix qu'il vient de leur procurer par son œuvre rédemptrice et qu*il leur apporte en ressuscitant. Toutes les émotions douloureuses par lesquelles ils ont passée la crainte qu'ils éprouvent encore, tout ce trouble ancien et présent doit faire place à la sérénité complète, dans la certitude que Dieu est pour eux ; comp. Eph. Il, 17: € Etant venu, il a annoncé la paix. > — Lesmots: Ayant dit cela (\. 20), sont destinés à faire sentir la relation entre ce vœu et l'acte suivant. Les convaincre de la réalité corporelle de son apparition, c'est leur donner^ par le plus grand des miracles, la preuve éclatante de la
bienveillance divine envers leur Maître et envers eux-mêmes. Aussi, dès qu'ils ont constaté Tidentité de sa personne, leur frayeur se transforme-t-elle non seulement en paii, mais en joie.
V. 21-23. < Jésus* leur dit donc de nouveau: Lapais soit avec vous. Conune le Père m'a envoyé, je vous envûie^ aussi. 22 Et, ayant dit cela^ il souffla sur eux et leur dit: Recevez [le] Saint-Esprit. 23-4 quiconque^ vous aurez remis ses pécliés, ils seront remis^: à quiconque vous les rttiendrez, ils demeurent retenus. m — Ce n'est pas seulement en vue de leur passé et comme à des croyants que Jésus veut leur communiquer la paix; c'est aussi en vue de leur avenir et de leur vocation apostolique qu'il la leur assure. De là la répétition de ce vœu : La paix soit avec vous. Ils <)oivent marcher au-devant de leur ministère avec cette paix de la réconciliation qu'ils ont à prêcher au monde {2 Cor. V, 20). Sur le fondement de l'œuvre accomplie par lui, Jésus leur confère la charge (v. 21 **), puis leur communique le don du ministère, dans la mesure où il peut le faire dans sa position actuelle v. 22) ; il leur révèle enfin la ^M'andeur de l'œuvre qu'ils ont à accomplir (v. 2S).
Il n'y a proprement qu'une seule mission du ciel à la terre, celle de Jésus. Il est Vapntre (llcbr. 111, 1 ). Celle des disciples est comprise dans la sienne et achève de la réaliser. De là vient que Jésus, en parlant de lui-même, emploie le terme le plus solennel aTÉGTaXxe : c'est une ambassade: tandis qu'en passant à eux, il se sert du terme plus simple rejxroi: c'est un envoi.
* T. H. lit l^.îojî, (k'sant naXtv, (luomcUent N D L O X ItP'«"q"' Vj. Cop.
* Au lion de -;;inr.>, N : r.vi'^t,). D L 0 : «;roT:sX/.fo. ' Au lieu de Tivfov, B lt***'<i : nvo;.
* Les Mss. se partaj^ent entre a^'Evra». dans T. R. avec H Mjj. E(Helc. et aïcfovTat ADLOX.
Gomme il n*y a qu'une mission, celle de Jésus, il n'y a qu'une force^ celle du Sainl-Esprit que communique Jésus. Les mois : Ayant dit cela, servent, comme v. 20, à rattacher étroitement l'acte suivant à la parole précédente. Apres avoir conféré la charge, Jésus transmet le don. 11 y a deux opinions extrêmes sur la valeur de l'acte décrit dans ce versel. Selon Chrysostome, Grotius, Tholuck, ce serait uniquement un symbole, une promesse. Mais ce sens est-il compatible avec l'impér. >.à,5eT£, recevez? Il faudrait: Vous recevrez. Cette expression suppose une communication actuelle. D'autre part, Baur prétend que c'est ici la Pentecôte elle-même, telle que la reconnaît l'évangéliste. Mais l'absence d'article devant TcveOjjLa àytov ne s'expliquerait pas bien dans ce sens. Le- sens naturel de la parole de Jésus •est : (Recevez une effusion de l'Esprit. » Ge n'est pas une simple promesse, mais ce n'est pas non plus la plénitude de l'Esprit, que Jésus leur donne; c'est une arrhe. Elevé lui-même à un degré de vie supérieur, il se Ihlte de les y associer autant que cela se peut faire. Cette communication est à la résurrection ce que la Penlecote sera à l'ascension. Gomme, par la Pentecôte, il les initiera à son ascension, ainsi, en soufflant aujourd'hui sur eux, il les associe à sa vie de ressuscité. Plusieurs commentateurs, M. Reuss par exemple, voient ici une allusion k Gen. 11, 7: « LElernel souffla dam ses narines un souffle de vie. » Jésus se poserait ainsi comme l'auteur de la nouvelle création spirituelle qui doit sanctifier et consommer la création naturelle. Mais peut-être sa pensée se rapporte-t-elle plutôt à l'avenir qu'au passé et veut-il dire : t Quand viendra le jour annoncé où vous sentirez le souffle mystérieux, vous reconnaîtrez dans ce vent de l'Esprit le don de votre Maître glorifié. i> Quel a été le fruit immédiat de cette communication préalable, de cette Pentecôte anticipée? Luc nous
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rapprend quand il dit (XXIV, 45): € Alors il leur ouvrit Cesprit pour comprendre les Ecritures. » Le sens de toate Tœuvre et de toute la parole théocratique leur fut dévoilé. On pourrait dire que l'évangile de saint Matthieu est le Truil de cette première inspiration.
La charge et le don tendent à une œuvre à réaliser. Cette œuvre est présentée au v. iS dans toute sa grandeur: c'est le salut ou, sinon, la condamnation de Thumanilé. Il ne s'agira plus désormais, comme dans l'ancienne alliaoce,. d'un pardon provisoire ou d'une réjection révocable. Avec la Pentecôte, le monde entre dans le domaine des réalités absolues, immuables. On a voulu réduire le sens des expressions qu'emploie Jésus dans ce verset à Coffre ou k h déclaration du pardon, ainsi qu'à la menace de la damnation, par la prédication de l'Evangile. Hais les termes dont il se sert impliquent une action positive, une efficacité réelle. Il faut seulement se rappeler que le ministère de la Parole (v. :21) s'exerce avec la puissance de l'Esprit (v. 22). C'est cette force divine qui, par son organe humain, délie ou to, enlève ou scelle l<; |)éché. Pierre et Paul n'ont pas seulement parlé au inonde de salut ou de damnation. Ils ont consoinmé la double couvre "Uu salut des païens et de la réjection (lesJnil's et ont ainsi offert à l'Eglise le plus grand «.'xeniplc tie riiccomplissemenl de cette parole. Comp. .\ct. X, o4 et suiv.; XIII, io et suiv. ; XXVIII, 25 et suiv. Le prés. à^tevTat (liltér. se pardonnent) indique un efl'et actuel; le parf. a<^e(ovTai, chez plusieurs alexandrins, signilierail: « sont et demeurent pardonnes. » Ce parfait a probablement été amené par la symétrie de celle proposition avec la suivante (x£)cpaT/;vTa'.) . Les co()istes n'ont pas compris que, dans la première, il s'agit d'un fait qui s'accomplit à Tinstant où l'action divine affranchit le croyant, tandis que, dans la seconde, Jésus parle d'un état qui résulte de Tin-
crédotité elle-même et qui demeure. L'ordre des deux propositions indique que le premier de ces deux eflets est le vrai but de la mission et que le second ne doit se réaliser que dans les cas où le premier vient à échouer.