II. — J^u$ avec Pierre et Jean : v
Jésus et Pierre :* v. 15-19*.
Gomme la scène précédente renfermail la confinnalioo idu ministère apostolique par Jésus ressuscité, ainsi ^entr^ tien suivant est une réinstallation de saint Pierre dans h fonction de directeur de l'apostolat. Sans doute, Jésus lai avait déjà pardonné sa faute dans l'apparition toute privée qu'il lui avait accordée (Luc XXIV, Si; i Cor. XV, 5). Mais il ne lui avait pas encore rendu sa position, soit d\ipôtre, soit de chef de Tapostolat. C'est ce qu*il fait dans la première partie de renlrelien suivant (v. 15-17).
V. 15. c Quand ils eurent déjeuné^ Jésus dit à Simon Pierre : Simon ^ fils de Jona >, ni aimes-tu plus que ne font ceuohcif II lui dit : Oui, Seigneur^ lu sais que je t'aime. Il lui dit: Pais mes agneaux*.^ — Il y a un rapport remarquable entre la situation actuelle et celle des deux scènes de la vie précédente de Pierre avec lesquelles celle-ci est en relation. Il avait été appelé au ministère par Jésus à la suite d^uoe pêche miraculeuse; c'est à la suite d'une pèche semblable
* BCDL Itpif'riqiie lisent Icuavvou au lieu do Icova. k omet ce mot.
* (^ D : 'po^aTs au lieu de spvta.
que le minislère lui est rendu. Il avait perdu sa charge par son reniement auprès d'un brasier; c*est auprès d'un brasier qu'il la recouvre. — L'expression : Simoriy fik de Jwia, ou plutôt, comme il faut lire probablement d'après les alex.: Simon, fik de Jean, n'est pas opposée sans intention à celle de Simon Pierre, dont se sert Tévangéliste dans ce verset même. Elle rappelle à Pierre son état naturel, d'où l'appel de Jésus l'avait tiré, dans lequel il s'était replacé par sa chute et qui sert maintenant de point de départ à son relèvement. L'allusion au triple reniement de l'apôtre dans les trois questions suivantes n'est pas douteuse , quoi qu'en puisse penser Hengslenberg. La triple profession de son amour pour Jésus doit effacer en quelque sorte la triple flétrissure qu'il s'est lui-même infligée. C'est l'occasion d'accomplir cette noble tâche que Jésus se plait à lui fournir. En ajoutant: plus queue font ceux-ci, Jésus Iqi rappelle certainement la supériorité présomptueuse qu'il s'était attribuée quand il avait dit, Matth. XXVI, 33, Marc XIV, 29 : « Quand tous les autres se scandaliseraient en toi, je ne serais point scandalisé. » Sans doute, Jean n'a pas mentionné cette parole ; mais n'avons-nous pas trouvé son récit en rapport constant avec celui des synoptiques? On ne cite que pour mémoire l'interprétation qui rapporte ceuxci aux engins de pèche ou aux poissons : c M'aimes-tu plus que tu n'aimes ton ancienne profession?» Pierre, avec une humilité commandée par le souvenir de sa chute, retranche d'abord dans sa réponse ces derniers* mots: plus que ceux-ci; puis il substitue au terme ayarov, aimer dans le sens de la vénération, de l'amour complet, profond, éternel, le terme çi7.eîv, aimer dans le sens de l'amitié, du simple attachement personnel, de l'affection dévouée. Il croit pouvoir s'attribuer ce dernier sentiment, et pourtant il ne le fait pas sans exprimer une certaine défiance de lui-même
fUi APPSMDICB.
et sans chercher la garuitie da lémoignage de ion oœor dans la connaissance profonde el infaillible da coenr des hommes, qu'il attribue à son Maître. Il ne s*agit pas id de la toute-science dans le sens absolu du mol. Corop. H, S4. 95. Cet appel adoucit, comme dit LuthardI, ce qu'un simple OUI aurait eu de trop décidé.
Sur cette réponse, Jésus lui rend le soin da son tronpsas. ff II confie ceux qu'il aime à celui qui l'aime, s dit LuthardL Cette expression: les agneaux^ ne désigne pas une dssie particulière des membres de l'Eglise, les enfants et les laïques, par exemple, mais le troupeau tout entier au point de vue des soins individuels et des tendres ménagemenli dont tous ses membres ont besoin de la part de celui qui est auprès d'eux l'agent du souverain pasteur. Ce teme à'ùgneau est bmilier à l'auteur de TApocaljfpse. Naturelle» ment il a une application d'autant plus intense que ceei qu'il désigne ont davantage le caractère de la faiblesse. Le terme fMttre^ P^gxiiv, désigne la sympathie intime qui procède de l'amour, la direction tendre et Tassistance ferme.
V. 1 6 et 1 7. c Jésus lui dit encore pour la seconde fois ' : Simon, fils deJona*, m'aimes-tuf 11 lui dit: Oui\ Seignetv, tu sais que je t'aime. Il lui dit : Conduis mes brebis*. 17 II lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jona\ ni aimes-tu f Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : ffaimes-tu T Et il lui dit • : Seigneur, lu sais toutes choses, tu connais que je t'aime. Jésus lui dit:
* K omet SijTipov.
• Encore ici nBCD Iipi^^T'e lisent lojavvou au lieu de I»ova. ' N omet vat.
* BC lisent n^o^aria an lieu de -co^ata que lisent tous les autrts. ' N B D Iipi'Hq'»* : l».»avvoj au lieu de Iwva.
• M A D X : Xfifîi au lieu d'etnsv.
Pais mes brebis K ^ — Comme le : plus que ceux-ci^ avait atteint son but, Jésus en fait maintenant grâce à l'apôtre; mais il persiste dans l'emploi du terme le plus élevé pour désigner l'amour, ôyairâcv. Pierre, de son côté, ne s'enhardit pas a s'appliquer un pareil terme ; mais il affirmé d'autant plus énergiquement son amour dans le sens simple du mot 9i>^rv, et de nouveau en en appelant au regard scrutateur du Seigneur. A cette condition, Jésus lui confie de nouveau son troupeau, mais avec deux différences caractéristiques. Au mot ^<nc£iv, patlre^ qui se rapportait aux soins les plus personnels, il substitue ipoifiiatvecv, conduire comme un berger. Ce terme désigne la direction de l'Eglise dans son ensemble. D'après les deux manuscrits du Vatican et d'Ephrem^ il emploie en outre ici le terme de irpo^oÉTia, proprement petites brebis^ au lieu de Tcpd^ara, brebiSy que lisent tous les autres. Et cette leçon pourrait bien être la vraie ; car, tout en exprimant un sentiment de tendresse, ce mot désigne déjà un état plus fort et plus avancé que celui à'agneauy et forme la transition à celui de brebiSj icpopaTa.
Enfin la troisième question ne laisse plus de doute à Pierre sur le fait humiliant que le Seigneur veut lui rappeler, et il est d'autant plus douloureusement affecté que Jésus substitue cette fois, comme l'avait fait Pierre lui-même dès le commencement, au terme oêyotirav celui de 9i>^Tv, par où il seml)le mettre en doute même cet attachement d'ordre inférieur que s'était attribué l'apôtre. Pierre sent la pointe du poignard pénétrer jusqu'au vif de son être; il rassemble toute sa force pour une suprême affirmation ; il en appelle expressément au savoir le plus pénétrant du Seigneur : Tu sais toutes choses^ et sous ce regard de la toute-science il dit : Vois si je ne t'aime pas I Troisanciens manuscrits (ABC)
* ABC: 7:po^Tia au lieu de ::po^Ta. %
614 APPBHDICB.
lisent ici (oomme plus but deux d*eatre eux) «po^cm; maîi n'esiril pas probable que les eopisles, ne saisisiaiit pas les noanoes, ont répété à tort oe dimimlîf et qne Jésai a dît oetta fois «ps^omc, mes éreéû , qui désigne encore une fois le troupeau complet, mais an point de too de tso état normal. Jésus reprend ici le terme de jMtfIre, par oà il fait entendre à Pierre que le gonvememenl général de FEglise ne doit pu empêcher le pasteur de s'occuper individuellement de chacun des membres du troupeau. Aet. XX, 31 montre bien que c'est ainsi que les apétres ont compris leur mandat. Le passage i Pierre V, i-4 semble être ansa un écho de ces paroles de Jésus à l'apôtve. — On s'est demandé si Pierre était simplepient réhabilité, par cette seconde installation, dans l'apostolat qui lui était commua avec ses collègues, ou si les paroles de Jésus renfisnneBt l'idée d'une primauté de Pierre i l'égard des autres apôtres. Meyer me parait bien répondre à cette question quand il dit que Pierre est rétabli dans son ancienne positicm, et, par conséquent, que ce rétablissement comprend la prééminence de Pierre dans la mesure où elle appartenait déjà à son apostolat précédent.
Après avoir rendu à Pierre son apostolat, dans la première partie de l'entretien, Jésus lui annonce dans la seconde, V. 18-19', quel sera le terme de ce ministère. La liaison entre cette nouvelle idée et le dialogue précédent est facile à saisir. Pierre venait d'eiïacer, par sa. protestation d'amour pour Jésus, son reniement; mais le Seigneur lui promet qu'il accomplira un jour cette même tâche mieux qu'en paroles, qu'il l'accomplira en acte, par le martyre. On peut voir une liaison d'idées semblable Aet. IX, 15-16.
V. 18 et 19*. En vériié^ m vérité, je te dû : qtuind tu étais plusjeuney tu te ceignais toi-même ^ et tu (Mais ou tu voulais: mais, quand tu seras devenu vieux, tu étendras
tes mains y et un autre te ceindra > et te mènera ou* tune voudras pas. 19^ En parlant ainsi j il faisait entendre de quelle mort il devait glorifier Dieu. » — La forme «pv, àpLYiv, en véritéy en vérité^ est exclusivement propre à Jean. Il y a dans la parole suivante correspondance entre les trois membres de phrase des deux propositions. A : tu étais plus jeuney répond : tu seras devenu vieux. Pierre était marié et devait avoir atteint l'âge mûr. U devait donc être actuellement dans l'âge intermédiaire entre la Jeunesse et la vieillesse. On pourrait cependant aussi appliquer l'exprès* sion plus jeune au moment actuel en opposition à l'époque de sa vieillesse où Jésus se transporte en pensée. A ces mots : tu te ceignais toi-même^ correspondent ceux-ci : tu étendras tes mains, et un autre te ceindra. Cette corrélation prouve que l'idée à' étendre les mains n'a pas de valeur en elle-même et n'est que la condition «pour l'accomplissement de l'acte d'être ceint par un autre. Celui qui doit être lié étend les mains, soit en signe de complet abandon et pour les livrer aux chaînes, soit afin que les bras ne soient pas attachés avec le corps. Il est donc impossible de rapporter ces mots, comme l'ont fait tant d'interprètes et encore Bâumlein, au crucifiement, dans lequel les bras sont étendus sur l'instrument de supplice. Ce sens est d'ailleurs exclu par ce qui suit: un autre te conduira où tu ne voudras pas. L'idée du supplice ne se ti*ouve que dans cette dernière proposition ; les mots précédents n'en indiquent que la préparation. Si l'on voulait appliquer l'idée d'étendre les bras au crucifiement, il faudrait appliquer le mot ceindre, qui suit, à l'acte d'attacher le supplicié à la croix, ou y voir une allusion au subligaculum dans ce supplice; deux sens peu naturels et qui sont d'ailleurs exclus
* M D n : aXXot Co^^ouoty.
* K : 7:otr^9ou9i 9ot 09a au lieu de oivei otcou.
par rantilhèse : lu le ceignais toi-mênie, dans la proposition précédenle ; puis il faudrail appliquer les mois : un autre le conduira (litlér. le portera) ou lu ne voudras pas, à l'élévation du supplicié à la hauleur de la croix, après quo les mains ont été clouées, à terre, sur le bois transversal. Or ce sens est forcé et ne convient guères à l'antithèse : et lu allais où lu voulais. — On a vu dans cette parole Topposition entre la propre volonté, qui était le trait saillant du caractère naturel de Tapôtre, et la passivité soumise, qui devait devenir celui de sa vie spirituelle. Mais cette dernière disposition ne commenccra-t-elle donc pour lui qu*au moment de sa vieillesse? Jésus oppose simplement la pleine liberlé de mouvements de Tlionime qui dispose encr>re de lui-même, à la passivité de celui que l'on conduit enchaîné. Ou lu ne voudrais pas^ est dit au point de vue du sentiment naturel. Par un autre, Bleek entend Jésus lui-même. Cette explication ne serait admissible que si l'on donnait h la pensée le sens moral que nous venons d'écarter. — Le terme: de quelle mort se rapporte h la mort du martyre en {général, et non spécialeuienl au supplice du crucifiement, comme nous venons dn le constater. Cette expression est simplement opposée à l'iilée de la mort naturelle. L'auteur parle ici de la mort de Pierre comme d'un fait bien connu des lecteurs. Ce récit a donc été rédij'é après cet événement, qui eut lieu selon la plupart en juillet 04, selon d'autres une ou deux années plus tard. L'expression de (jlorifier Dieu pour désij^mer le martyre est entrée dans la terminologie ecclésiastique postérieure. Ici nous la trouvons encore dans sa fraîcheur originale. La locution toOto ^è i\r.vi Gvîjxatvojv est spécialement johannique, aussi bien que le TTouo 5avaT(o (|ui suit; conip. XII, âJJ.
Jésus et Jean : v. 19b-21.
Cet entretien se rapporte à l'avenir du ministère de Jean, comme le précédent à l'avenir de celui de Pierre,
V. 19^-21. f Après avoir aitisi parlé, il lui dit: Smismoi. 20 El Pierre^ s étant retourné^ voit le disciple que Jésus aimait (celui qui s'était penché, dans le souper, sur le sein d?, Jésus, ft avait dit^: Seigneur*, qui est celui qui te trahit f) qui les suit*. 21 Pierre, l'ayant^ vu, dit à Jésus: Seigneur, et celui-ci, que deviendra-t-il? » — On a donné des sens très-divers à cel ordre : Suis-moi, Paulus Ta compris dans le sens le plus littéral : c Suis-moi dans l'endroit où je vais te conduire pour m'cnlretenir seul avec toi. » Chrysostome et Bâumiein: «Suis-moi dans l'œuvre active du ministère apostolique. > Meyer: c Suis-moi sur la voie du martyre où mon exemple le conduit.» Lutliardt: « Suismoi dans ce monde invisible où je suis déjà rentré et où t'élèvera le martyre. > Nous ne voulons point contester la gravité et la solennité de cette parole ; mais il nous est absolument impossible de croire que quand le texte ajoute : f Pierre, s*étant retourné, i il n'y ait pas là l'indication d'un départ de Jésus, Pieire le suivant au sens littéral; ce qui parle décidément en faveur du sens de Paulus. Ce sens est conGrmé par les mots suivants : c 11 voit le disciple, qui les suivait » (obco^oriOoijvTa) ; cette identité de termes ne peut être accidentelle, comme le veut Meyer. Après avoir annoncé à Pierre son martyœ, Jésus s'est donc mis en marche pour s'éloigner et a ordonné à Pierre de le suivre dans le sens propre ; et Jean les a suivis, sans y avoir été expressément invité. Résulte-t-il de là que le sens de l'ordre : Suis-moi, soit ainsi épuisé? Nullement; car ce pas que Pierre faisait à la suite de Jésus était le premier pas sur la voie d'obéissance qui devait le conduire au dernier, le mar-
* H : Xe^ei au lieu d*£»:sv. N C D ajoutent : auTcu.
^ K C omettent xupis.
^ N omet «xoAouOouvra o;.
< K B C D IlP»'''*<i"« Vj». Cop. Or. ajoutent ouv après toutov.
tyre. G*est ainsi que le sens supérieur se lie naturellement à l'inférieur. Meyer a heau se raidir contre ce symbolisme; il fait le fond de Tévangile de Jean tout entier ; il s'est imposé à nous dès le premier mot de Tévangile dans ce suàmoi, adressé par Jésus à Philippe I, M (suis-moi enGdilée et de \h sur la voie de la foi), et nous le retrouvons ici au terme d'une manière non moins évidente. — Quel pouvait être l'objet de cet entrelien que Jésus désirait avoir avec Pierre? Peut-être s'agissait-il de lui donner les instructions nécessaires pour la convocation de ces quelques centaines de croyants galiléens auxquels Jésus voulait se n)anifester personnellement avant de retirer entièremeoli la terre sa présence visible (1 Gor. XV, 6). Nous apprenoos par Matthieu XXVUl, 16 que Jésus lui-même désigna dans ce but une certaine montagne de Galilée. Ge fut sans doute par Pierre qu'il fit connaître sa volonté aux siens sur ce point; et peut-être voulait-il la lui communiquer en ce moment. G'était donc ici le premier acte de cette fonction (le conducteur du troupeau (roijjiaivciv), que Jésus venait (le lui rendre. Avec le: stUant retourné, sTricTpa^ci;, coinp. \X, 14 el Hi; c'est une forme absolument johannique, Jean suivait Jésus et Pierre; car l'intimité de Jésus à la- (|uelle il avait été admis pendant sa vie terrestre, rautorisait à le faire; et c'est précisément là ce qu'expriment les deux épitliéles : Celui que Jésus aimaity et : Celui qui amii
été appuyé sur le sein de Jésus et qui lui avait dit
Jean était certain qu'entre Jésus et Pierre il ne pouvait rien se passer qui dut rester secret pour lui. C'est là la vraie raison pour laquelle ce trait de suprême confiance dont il avait été Tohjet dans le dernier repas, est ici rappelé (Xlll. :25). Il ne contredit donc pas Toripine johannique du récit. Le xai, après o;, « lequel aussi (ou en conséquence), > indique que cette intimité exceptionnelle était précisément en rapport avec sa qualité de disciple bien-aimé.
Quel est le motif de la question de Pierre, v. 21 ? Ce n'est pas seulement l'école de Tubingue, ce sont des hommes tels que Olshausen, Lûcke, Meyer, Baumiéin, qui attribuent à cet apôtre un sentiment de jalousie à Tégard de Jean. 11 se demanderait si Jésus ne réserve pas à ce disciple privilégié un avenir moins douloureux que celui qu'il vient de lui annoncer à lui-même. Un tel sentiment nous parait incompatible avec la disposition d'dme dans laquelle l'entretien précédent avait dû placer Pierre. L*amour qu'il venait, de témoigner à Jésus et le souvenir de son reniement, si vivement réveillé, ne devaient-ils pas lui faire envisager le martyre plutôt comme une faveur que comme un malheur? Pierre et Jean d'ailleurs étaient étroitement liés et s'aimaient véritablement (v. 7). Le premier, avec sa nature virile, avait compris le caractère tendre et sensible du second; et c'est la sympathie envers un être plus faible qui lui inspire cette question pleine d'intérêt: Et celui-ci, que lui adviendra-i'ilf Si l'on pense à l'émotion profonde que venait de produire dans l'àme de Pierre l'annonce de sa fm tragique, rien ne paraîtra plus simple que cette question.
V. 22 et 23. c Jésus lui dit : Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce' qu£ je vienne, que C importe f Toi, suis-moi\ 23 Le bruit se répandit donc parmi les frères que ce dis-ciple ne mourrait point; mais Jésus ne lui avait pas dit* qu'il ne mourrait point, mais: Si je veux qu'il demeurejusqu'à ce que je vienne *. * — La question de Pierre, quoique dictée par un sentiment aiïectueux, avait quelque chosed'indiscret ; c'est ce que le Seigneur lui fait sentir par les mots: Que t'importe? — La venue du Seù/neur, dans le
» KABCD Iipicrique Vg, Qr^ placcTit fxot (levant oxoXowOsi. ' kBC Or. : o'jx £i«v oe, au lieu de xat oux «ncv. ' Nous retranchons ici les motSTi npoç « (qtte t'importe f) qu'omet— lent K quelques Mnn. It«'»n.
<]uatrième évangile (ch. XIV-XVl), dési^rne sa venue en Esprit dés la Pentecôte. Ce sens n*esl pas applicable ici, puisque Pierre a assisté à cet événement. La venue de Jésus dans le passage XIV, 3 se rapporte en même temps i la mort des apôtres; et ce sens a été essayé ici. Jésus prédirait à Jean une mort naturelle, comme terme d'une longue activité apostolique, en opposition au martyre de Pierre. C'est l«^, ou h peu près, le sens de Grotius, OIshausen, Weitzel, Ewald. Mais il suivrait de là que le Seigneur ne vient que pour chercher ceux des siens qui meurent de mort naturelle, et non ceux qui périssent par le martyre; ce qui serait «'ibsurde et ce que contredit le récit du martyre d'Etienne. La venue de Jésus désigne encore dans quelques passages son retour invisible pour le jurjernent de Jéruxalem et (car on peut joindre ici cette idée corrélative) pour rétablissement de son règne et le triomphe de sa cause dans le monde païen (Matth. X, !2d; XVI, 38, comp. avec Marc IX, 1 et Luc IX, 27; Matth. XXIV, 33. 34, etc.) Celte époque importante du rè^ne de Dieu, dés Tan 70 à la lin du I*'' siècle, n'a pas élé contemplée par Pierre; mais Jean y a assisté et y a pris une part prépondérante jusqu'à la fin (le sa carrière. VA c'est à celle diflérence entre les deux principaux disciples que Baumgarlen-Crusius, Lulhardtel d'auhTs rapporlcnt la promesse de Jésus dans ce verst^l. Celte explication est ccrtainemenl préférable aux précédentes ; c'est, je pense, C(îlle qui s'applique à Marc IX, 1 et parall. Klle est donc aussi possible ici. Enfin la venue du S(M<xneur désigne le plus souvent son avènement glorieux au terme de l'économie présente (comp. chez Jean 1'*^ Kp. Il, :J8; 111, ^). Meyer et d'autres appliquent ici ce sens: « Si je veux que celui-ci demeure y/z-sv/i/'a ma Paronsie.» Il parait bien que c'était ainsi que les contemporains de Jean interprétaient celle parole, puisqu'ils en avaient conclu
que Jean ne mourrait pas, mais que, conservé jusqu'à la Parousie, il serait transmué avec les fidèles alors vivants (i Thess. iV, 17; 1 Cor. XV, 51 et 52). Ce sens de l'expression : jusqu'à ce que je vienne, est certainement le plus naturel. Mais il fait naître ce problème : Jean est-il réellement mort, oui ou non? Dans le premier cas, que devient la promesse implicitement renfermée dans la parole de Jésus? Dans le second, comment concevoir un fait aussi extraordinaire que celui qui nous serait révélé ici: Jean demeurant vivant pendant toute l'économie présente? Meyer croit pouvoir échapper à la difficulté, au moyen de la forme dubitative: si je veux, et en appuyant spécialement sur la conjonction èov, employée ici préférablement à et. La difTérence de sens entre èov et ei ne prouve rien; car qu'importe que Jésus dise : Si je veux (ei), ou : S'il arrive que je veuille (eâv)? Quant à la forme dubitative en elle-même, elle n'éloigne pas la vraie difficulté. En disant : Si je veux, Jésus devait en tout cas se représenter quelque chose de précis» de raisonnable, de possible. La forme hypothétique ne portait que sur la réalisation ou la non-réalisation de l'idée. Mais en parlant ainsi, le Seigneur devait penser quelque chose; et c'est ce quelque chose qui confond rinlelligence. Car admettre qu'il a jeté à Pierre comme possible une supposition qu'il envisagerait comme impossible, c'est faire injure au sérieux de son caractère. Malgré le si, le problème reste donc entier. On peut, coinme Meyer, appeler étrange l'idée que j'ai émise (l'^édit.): que le Seigneur a énoncé ici la possibilité de maintenir Jean, ce dernier survivant de l'apostolat, en relation constante avec la marche de l'Eglise jusqu'à la fin, sous une forme mystérieuse et impénétrable pour nous (qui ne connaissons au fond la nature ni de la vie, ni de la mort) : — on sera aisément conduit, cependant,, si l'on ne veut pas faire un jeu de cette suprême parole du
sa APPENDICE.
Seigneur dans noire évangile, à lui donner ce sens on quelque sens analogue. Et un fait de cette nature, si inconcevable qu'il paraisse, n'est pas sans précédent biblique. L'époque primitive de Thumanilé a eu son Hénoch qui n'a pas connu la mort ; Tépoquc théocratique a eu son Elie qai a été également aflranchi de ce pouvoir; et l'époque chrétienne ne peut-erie pas avoir aussi son affranchi de la mort? Mais je comprends que l'on se refuse «^ donner ce sens à la parole du Seigneur. Dans ce cas il ne reste plus qu'à se réfugier dans l'explication précédente. Car personne, sans ^oute, ne se résoudra à accepter, soit l'explication de Paolus : c Si je veux qu'il demeure ici à nous attendre jusqu'à i^e que je revienne avec loi, » soit celle de BengeU Ebrard, Hengstenl»erg : cSi je veux que Jean demeure en vie jusqu'au jour où il recevra la révélation apocalyptique *. t
Ici se dérouvre à nous l'unité de tout ce chapitre. Comme ^ur le fond de la pèche miraculeuse, qui figure l'avenir de tous les apolres, se détache le rôle particulier des deux principaux d'entre eux, celui de Pieire qui quitte subitement la barque pour s'élancera travers les eaux jusqu'aux pieds (le Jésus, el celui de Jean qui reste patiemment sur la barque pour raocom|)a<i:ner jusqu'à la fin de la pèche, ainsi, dans l'avenir de l'oeuvre apostolique en général, se déta- -clieronl, comme d(Mix formes opposées el particulièrement saillantes, h; ininislère de Pierre, de l'apôtre qui sera enlevé (le rE^îlise par un prompt martyre, et Tapostolal de Jean, de l'apôtre qui restera actif dans le sein de l'Eglise jusqu'à rélahlissemenl du règne de Dieu sur la terre.
' L'idée oxpriinée \y,\r lloltzinann art. Johtnvtcs\ dans le ^iMicxirnx dr Scli(»nk('l , (juc ccllc parolo de Jésus nest qu'une application à Jean de la promesse «^ém^rale Matlh. XVI. iH ; Mare IX. t ; Iaw I\, il . est ingénieuse, mais ne ré|>ond pas à la situation >i j»réeise dans lacpielle la place notre appendice.
cnAP. xxr, 22. 23. 628
Encore ici nous ne nous laissons point ébranler par l*épithèle d'étrange (wunderlich), par laquelle Meyer et Luthardt caractérisent ce rapprochement. La question n*esl pas de savoir si la corrélation que nous signalons entre les faits de la pèche et le sens de l'entretien, est ou n*est pas étrange, mais si elle est ou n'est pas dans la pensée de l'auteur du récit. Et, quant à nous, la réponse n'est pas douteuse. Après cela, nous accepterons volontiers Tidée de Luthardt, que dans ces deux formes principales de l'apostolat sont représentés les deux types permanents du ministère chrétien^ le témoignage du sang, par le martyre, et celui de la parole, par une activité johannique et sacerdotale. — Après cette parole relative à Jean, Jésus invile de nouveau Pierre à le suivre pour recevoir ses ordres actuels ei pour rentrer ainsi immédiatement dans le service actif de son apostolat momentanément interrompu (v. 1). Le ou, loi\ que Jésus détache ici expressément de l'idée verbale ^en opposition à la forme v. 19), est en rapport avec le ri -rcpoç ai (f que l'importe >) : c Voici ce qui ^'importe, à loi. » — Les alex. placent le pi, me, à moi, avant le verbe : « C'est à moiy et à nul autre, que tu dois regarder; car c'est sur mes pas que lu dois marcher. »
L'auteur ne donne pas, v. 23, l'interprétation de la parole de Jésus. 11 se contente de rectifier le malentendu éventuel qui s'y était rattaché, en en reproduisant la teneur «exacte. Les derniers mots: que t'importe? n'étant pas nécessaires dans ce but, il est probable que la leçon du 5/noiiticus, qui les omet, est la vraie. — Le présent âroÔvTicxgi, il ne meurt pas, n'est pas celui du fait, mais celui de l'idée. Ce qu'on veut dire, ce n'est pas que Jean ne meurt pas au moment où on parle, mais qu'absolument parlant il ne meurt pas. Si l'on se représente ce >.oyoç, ce di>e-là, d'une manière vivante, on sent bien que l'auteur le reproduit tel
634 APnHDiCB.
qa*il renteod r^lar dans TE^ise aa momenl mèoe. L*ûilérét de celte recUficatioD d'aiUeure ne te conçoil bien qo'i ce moment-li, c*e8l-à-dire immédiileiiieni après oa ntee pea af aot la mort de Tapâire, dans le bui d'eflaœr oa de prévenir le scandale causé par la oontradicUoo entre celle nx>rt et la parole atlriboée i Jésus ; et il esl probable qat Ton aura plutôt cherché i prévenir qu*à réparer (voir as V. 34). Keim (I, p. 137) et Mangold (EmL de Bleek, »»éd., p. 358), qui placent la composition de cet appendice vef> la un du second siècle, sont par oonséqaeal obligés de chercher un tout' autre but à œtle rectificalioo. Il s'agirMt selon eux de concilier la tendance de TEgliae de eetle èpih que à s'établir commodément ici-bas avec les déclaratioBi de Jésus sur la proximité de sa Parousie (comp. 3 Pier. III, 4 et suiv.). Mais dans ce sens la remarque du v. 3i ae concilierait rien; au contraire, puisqu'il reaeorl de la teneur exactement consistée de hi parole de Jésus qu'il est possible que Jean assiste vivant à la Parousie. Et i quoi bon d'ailleurs exhumer de l'oubli, à la fin du second siècle, une parole perdue, pour la rectifier, tandis que les évan- (riles eu renfermaient un si grand nombre d*aulres parfaitement connues, h l'égard desquelles la difTiculté demeurait entière ? Il résulte donc bien de ce passage que, comme le pensent Bleek, Meyer, Ewald, Bâumiein, cet appendice date nécessairement des dernièi*es années de la vie de l'apôtre, ou du temps qui a immédiatement suivi sa mort.— Le xai adversalif, el pourkml, avant oùx eî::cv, rappelle une des particularités les plus constantes du style de Tévangélisteil, 8; Y, .19; M, 36: XV, 44, etc.).
(Vest ici la fin de la narration, contenue dans l'appendice. Ouel en peut être le buif L^école de Uaur suppose encore ici une ignoble manœuvre. Il s'agirait d*élever Jean, l'apiV tre de IWsie-Mineure, au-dessus de Pierre, le patron de
CIIAP. XXI, '13. 025
l'église romaine. Klrange moyen pour cela que la triple installation de Pierre dans sa position apostolique (non sans ridée d'une primauté sur ses collèg^ues), et la promesse faite à cet apolre de la mort la plus glorieuse! Sans compter que, d'après Haur et son école, tout l'évangile avait pour but de douner raison à Home contre l'Asie-Mineure dans la dispute de la Pàque; ce qui établit une contradiction flagrante entre le but de l'appendice et celui de l'évangile. Aussi Kœsllin et Volkmar en sont-ils venus à supposer une intention toute contraire. Cet appendice serait, au gré du premier, une flatterie à l'adresse de l'évéque de Rome, en faveur de sa suprématie, et, selon le second, une tentative de rétablir l'autorité de Pierre qu'avait niinée le reste de l'évangile. On cite encore ces fantaisies, on ne les réfute plus. lUeek, Meyer et d'autres voient, plus simplement, le but de ce récit dans la réfutation du faux bruit relatif à Jean, v. 22 et 23. Mais pour cela eùt-il été nécessaire de reproduire loule la scène de la pêche^ du repas et de la réinstallation de Pierre? Cette intention d'ailleurs nous paraît se heurler à la parenthèse du v. 14-, qui sépare le chapitre en deux et donne ainsi une valeur propre à la première partie du récit. Même objection contre le but, beaucoup trop particulier aussi, que suppose M. Reuss (Gesch. der lieil. Schrifl. des i\\ r., § 289), celui de rétablir la considération de Pierre compromise par son reniement. — Nous avons vu que l'unité des différents morceaux dont se compose cet appendice ne ressort clairement que si on l'envisage comme destiné à jeter un coup d'oeil sur ravenir du ministère apostolique en général — c'est le sens du premier tableau, V. 1-Ii — et sur celui du ministère des deux principaux apôtres en particulier — c'est le but des deux entretiens, V. 15-23. C'est à ce point de vue également que se découvre la relation entre l'appendice et le livre entier. Linge, Schaff,
3e Vol. 40
620 APPENDICF.
Hœlemann, ont vu dans ce chapitre le pendant du prologue, et nous avons déjà reconnu que cette idée est iosoutenable. 11 ne s'agit point ici de Tactivilé céleste de Jésus, comme pendant de son activité divine antérieure à rincarnation. C'est un peu moins haut qu'il faut remonter dans Tévangile pour y trouver le pendant de notre appendice. La seconde moitié du cli. I nous raconte le premier appel des apôtres et en particulier celui de Pierre et de Jean. Ce que Jésus avait fait alors provisoirement, à l'origine de la formation de la foi, il le confirme définitivement sur le fondement de la foi acquise. L'appel à Téducalion pour la mission est sanctionné par l'appel à la mission elle-même. Voilà ce que décrit l'appendice. Comme ne rentrant pas dans le tableau du développement de la foi apostolique, ce trait ne pouvait faire partie intégrante de l'évangile. Mais comme coup d'œil jeté sur l'avenir du ministère apostolique, il en était le complément naturel; car le couronnement de la foi, c'est la mission.
A (fui athihuer la rédaclion de ce récit? Le type jolianni(|ue, pour le fond et pour le style, y est empreint d'une inaniiMe si profonde et si manifeste qu'on ne peut faire sur ce point cpie deux suppositions: Ou bien Jean lui-nuMne a ré(li;;é ce récit un certain temps après avoir achevé l'évangile; ou bien nous avons là l'œuvre de ce cercle d'ainis et (le (lisci|)les qui entouraient Tapùlre à Ephèse, qui lui avaient souvent entendu raconter les faits ici renfermés et qui los ont r^îpioduits en son propre langage. Entre ces deux sup[)ositions le choix est de peu d'importance. Cependant nous (levons dire que la première alternative nous paraît devoir être préférée : 1** Les disciples de Jean auraient-ils, dans rémunération du v. 2, placé leur maître au dernier rang |)armi les apôtres proprement dits? 2« Auraient-ils pu conserver d'une manière aussi délicate les moindres nuan-
ces de l'entretien entre Jésus et Pierre? 3® Qui, d'ailleurs, plus que Jean lui-même, devait tenir à rectifier l'erreur possible résultant de la parole prononcée par Jésus à son sujet? 4" Enfin le v. 24, pour peu qu'on attache quelque valeur au témoignage qu'il renferme, tranche la question dans ce sens.
Conclusion de V appendice: v. 24. 25.
V. 24 et 25. t C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui lésa écrites^: j^t nous savons que son* témoignage est véritable. 25 // est encore beaucoup d'autres choses que^ Jésus a faites ; et si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le inonde même pût contenir * les livres * qu'on en écrirait, i^ — De quelle plume émanent ces deux derniers versets? Il existe sur ce point des opinions assez diverses. Les uns (Hengslenberg, Lange, Weilzel, Hilgenfeld, Hœlemann, etc.) les envisagent comme appartenant tous deux à l'auteur de l'appendice tout entier. D'autres (tels que Meyer, Tischendorf, etc.) attribuent le v. 24 à cet auteur et le v. 25 è un interpolateur postérieur. Des troi- ' siènies enfin (Tholuck, Luthardt) les envisagent comme ijoutés tous deux à l'appendice par une ou plusieurs personnes différentes de l'auteur. Entre ces trois manières de k'oir, l'étude de détail pourra seule décider. — Le rédacteur de ces lignes déclare, dans la première partie du v. 24,
^ Au lieu de xat ypa^i, B D Gop. lisent xat o ypa^ et N" et quelques Hnn. : o x«i ypaij^aç.
* B C D placent auiou avant T^ jiapijpta.
» Au lieu de om, que lit T. R. avec 43 Mjj. (AD, etc.), nBCX lisent a.
* kBC Cop. : yo)jîr,<j6tv au lieu de ytopT,gai.
* N ABC D plusieurs Mnn. Itpieriq.u- Vg, Syr. Cop. Sah. Or. omettent »p.ijv après pipXia. — Tout ce v. Î5 manque dans M (non dans Cod. 63, :omme on le disait par erreur depuis Mill, Wetstein, Griosbach ; voir rischendorf, Ville éd.).
que celui qui a, non seulement raconté (ptap-rjpwv, f/wi /emoigne), mais aussi rédigé (ypaij/a;, quia écrit) ces choses, est le disciple bien-aimé, dont il vient d'être parlé v. ^2J. Avant tout de quelles choses (to-jtwv) s'agit-il? Une telle attestation porterait elle uniquement sur le contenu de l'appendice? Cela est difficile à croire. Ce récit n'avait point une importance assez grande pour motiver cette déclaralion solennelle sur son auteur. Le rédacteur du v. 24 pense donc, non seulement <^ l'appendice, mais à l'évangile tout entier. La conclusion X\. 30 et 31 avait clos l'évangile. Cette conclusion nouvelle, imitation de la précédente, est destinée h clore à la fois et l'évangile et l'appendice, en les reliant en un seul tout. Peut-elle provenir de la main de l'évangélisle? Sans doute nous avons entendu XIX, 35 Jean se déclarer lui-même le témoin sur l'autorité duquel un fait particulier doit être cru dans l'Eglise. Mais ici le rédacteur va plus loin; il attribue h Je.in, non seulement l'autorité du témoignage, mais le fait de la rédaction. Cetle déclaration est donc probablement ajoutée par un personnage autre (|ne Tapotre, et que des circonstances particulières anloristMit vis-à-vis de Th^lise à émettre une semblable attestation. Le oïrîaaev, twiis sarons, qui suit, confirme Tidêe que le rodacteiir de cette note n'est nullement Tauteiir de rappendiciî et de révangile; car celui-ci ne parle jamais «le lui-mènïo au pluriel, et il est impossible de recourir à Texpédienl de (Ibrysostome, qui divisait ce verbe en deux mots: rj'Aoi a£v, or je sais. Il n'est pas moins impossible d'accepter l'explication de Meyer, qui attribue ces mots à l'auleur de révanjzile, et qui jjense qu'il les a écrits comme expression, non seulement de son propre sentiment, mais de celui de tous les lidèles qui l'entourent. Dans ce cas, où il s'agit d'un fait concernant personnellement l'auteur, il est absolument impossible de réunir en un même uous sarons l'ex-
cnAP. XXI, ni. 2r». 629
pression de son senlimenl et de celui des personnes qui l'onlourenl. La position morale de celui-là et de ceux-ci, à regard de ce fait de conscience, est trop différente. Cette déclaration provient donc bien évidemment d'une pluralité d'individus. Nous ne pouvons sans doute désigner sûrement ceux qui en faisaient partie. Mais le passage connu du Fragment de Muratori [Introd. 1. 1, p. 302) met en scène à cette occasion Tapôtre André et d'autres apôtres (tels que Philippe) vivant en Asie à ce moment-là, aussi bien que les évêques d'Epbése ' ; le passage fameux de Papias* peut faire penser aussi à Aristion, au presbylre Jean et à Papias luimême. En tous cas, il s'agit certainement ici de ceux entre les mains desquels l'apôtre avait déposé son écrit, qui s'étaient chargés de le publier en temps convenable et qui, en s'acquitlant de cette commission, croient devoir accompagner un ouvrage de cette importance de ce certificat en quelque sorte officiel. — Meyer fait avec raison ressortir le contraste entre le part. prés. 6 p-ap-Pipcàv, celui qui témoigne^ et le part, passé ypa^l^a;, celui qui a écrit. Il ressort de là en effet qu'au moment où cette attestation fut rédigée, à son témoignage écrit déjà terminé Jean ajoutait encore celui de sa parole vivante. — Le terme ypa^J^a;, quia écrite n'exclut évidemment pas le procédé de dictée alors généralement employé. On peut dire que Paul a écrit l'épitre aux Romains, malgré Rom. XVI, 22. — Le contenu de ce verset est donc non seulement que Jean est l'auteur de l'évangile, mais qu'il vit encore au moment où cette déclaration est rendue. Mais pourquoi est-il nécessaire d'ajouter à un récit rédigé par Jean lui-même une attestation comme celle-ci : Et nous savons que son témoigna/fe est véritable? Si cette
* « Jean, le disciple, exliortë par ses condisciples et les ëvéqiies, dit... ; dans cette même nuit il fut révélé à André, Tun des apôtres...» « Introd, t. I, p. 60.
déclaration émane des collègues de Jean dans Taposlolat, elle cerlilie simplement que le souvenir qu'ils ont des faits est conforme à celui de Jean, ce qui assurément n'a rien de blessant pour son caractère. N'est-il pas rapporté dans le Fragment de Muratori qu'il fut décidé que Jean écrirait tout en son propre nom et que les autres contrôleraient son récit (recognosœntibus cunciis) ? Si elle procède des presbytres d'Kphèse, elle signifie que ceux-ci, connaissant personnellement Tapôtre et l'ayant trouvé véridique et saint dans toute sa conduite, sont parfaitement assurés de la vérité de son témoignage dans la narration évangélique qu'il a laissée. Rien n'empêche que ces deux sens ne puissent être appliqués ici simultcinément. Il n'y a donc rien dans cette parole qui soit opposé, comme l'a prétendu M. Nicolas {Revue germanique^ avril 1863), à la dignité apostolique de celui qui a écrit l'évangile.
Le V. 25 procède-t-il de la même pluralité de témoins que le v. 24? Trois indices nous en font douter. D'abord la forme grammaticale et synlactique de ce verset. Le v. 24 portait encore l'empreinte de la simplicité johannique. La construction du v. 25 est plus compliquée. Puis le verbe au singulier ol[;.ai, je pense, qui fait contraste avec le pluriel otÀa|7.Êv, 710US savons, v. 24. Enfin l'exagération non exempte d'emphase qui caractérise ce verset. On se sent déjà un peu en dehors de la gravité simple et de la sobriété apostolique. Mais faut-il conclure de là que ce verset ail été interpolé postérieurement à la publication, comme le pensent Mcyer et Tischendorf? H serait impossible de comprendre dans ce cas qu'il ne se fût pas répandu dans l'Eglise un grand nombre d'exemplaires exempts de cette adjonction. A la vérité le Sinafticus l'omet, mais il est seul dans ce cas, et nul manuscrit plus que celui-là ne se rend coupable d'omissions et de négligences. Puis on peut ici
CHAP. XXI, 2i. 25. 03i
supposer avec vraisemblance un relrancliement intentionnel, par relTel des indices mêmes que nous venons de signaler. Comme ce v. ne manque du reste nulle part, pas pliis que le v. 24, il est vraisemblable qu'il a accompagné l'évangile dès le moment de sa publication et qu'il provient par conséquent de la plume de l'un des membres de celte collectivité de qui procède l'attestation du v. 24. Le ton de ce verset n'est pas sans quelque rapport avec celui des descriptions de Papias dans ses amplificalions bien connues relatives au règne de mille ans; et comme ce Père doit avoir été contemporain d'Aristion, du presbytre Jean et iTicme de Papotre Jean (Introd. t. l, p. 60-66), il n'est pas impossible que le sujet du ^^vh^ je pense soit Papias luimême, ce qui expliquerait cette étrange notice retrouvée par Tischendorf dans un manuscrit du Vatican, d'après laquelle Papias aurait été le secrétaire auquel Jean a dicté son évangile >. — En tous cas, le sens de ce verset est que, si cet écrit est la vérité (v. 24), il n'est pas toute la vérité; car, dit l'auteur, la tâche de la narration évangélique, si on voulait la comprendre dans ce sens qu'elle doit fournir une histoire complète de la vie de Jésus, serait irréalisable ; non seulement parce que jamais une telle vie ne pourrait passer complètement dans les livres, mais encore (où^e, pan même) parce que l'univers tout entier serait trop petit pour comprendre les livres qui rempliraient cette condition. Le sens de cette hyperbole qui, prise a la lettre, serait ridicule, môme atténuée, comme elle l'est, par le mot je pense, est évidemment celui-ci : L'inlini ne saurait se laisser enfermer complètement dans le fini ; ou : la catégorie de l'esprit est et reste supérieure à celle de Vespax^e. On pourrait ajouter sans fin écrits à écrits pour décrire la
* Wann tcurden unsere Evangclicn verfasstf p. 119.
d'di APPENDICK.
gloire ilii Kils unique, pleine de la grâce et de la vérité de Dieu... Celle série indéfinie d'écrils irépuiserail jamais un |el sujel.
De celte étude détaillée nous concluons : I'* ijai- le récit V. \'i:\ provient de la nuiin de révangélisto. 2<* Que le v. ii est une Héclaration émanant des amis de Jean, qui avaient pn»\oqué la coinposilion de son évangile et auxquels il Tavail confié après Tavoir terminé (comp. ce qui esl dil île Marc remellant son évangile à ses amis de Téglise romaine qui le lui avaient ilemandé). 3" Que le v. 25 est écrit par Tun trenlre eux qui élail resté le dépositaire de Touvraj^'c et qui a cru devoir le couronner ainsi, à la gloire, non de Tailleur, mais de Tobjel du récit. C'est par ces derniers mots que Tunivre entière esl devenue un tout. Après cela il ne reste plus i\\\ii admettre : ou que Jean est Fauteur de notre évangile, ou que Tauleur est un faussaire, qui I^* s'est présenté au monde avec tous les caractères de Tapolre ; qui i"* a poussé limpudcnce jusqu'à se faire délivrer, par un con'.[dic< d»' <a fraude, un certificat d'identité avec la jKrsor.'>^ k\'' l'Mîi: L»u qui. plus simplement encore, pour s*»- [•ai^ihM : \- :îc .!o tr«-uver un confrère en fausseté, s'est virliM' .1 'ii-i;..-ii;'* c»* loriilKiit S'»us le nom d'un autre ou .il' p!;isi.'vir< auLi»'<. Kt cr/lui qui a eu recours à de tels pr* it .i > >>-»•;»:: l'auieur viun écrit où le mensonge est llétri ci^îi'.îii.^ r.iiiMc du duiiio ^Vlll, i~i . et la vérité glorilioe cvîvr.: !';i:i :^'s dru\ liails essentiels du (araclère divin! Si *ju \.|:i' .:: \-'r.t lî i:''' un»- telle histoire.... cju'il la rroio
V L.r ::. :. j^; s^iis I;' nî\a\ d'.* pouvoir dire que l'éluile iv; i\-^ . ^ ;■» c-, : ^i i it i::ii.nlal.le a fait briller à mes vt^iix la voi:..i: i: n.h autl»' îIu. ité avec une clarté toujours j ■ii> ::î' >:- . .^ K!'.-: î:;-^ L-vUait r»^>s»rtir surtout de la Iniîîiiu\;n- : :>; r.;:;v. .Ur- ..i uw ■•• >\ révèle la conscience
ciiAP. XXI, r*. ^2:>. (>33
que -Christ avait de lui-mêino. Vie divine huniaineinent vécue, Jésus s'offre au monde cumiiie le pain de vie, descendu du ciel, afin que quiconque en mange, réalise par Lui cette sublime destination de noire race : L'Iwmme en Dieu, Dieu dans l'homme. Cette conception porte en elle la marque de son origine.