SON CARACTÈRE
Caractéristique de Jean.
Ardeur d'afTection, richesse d'intuition, tels paraissent a?oir été, au point de vue du sentiment et à celui de Tintelligence, les deux traits marquants de la nature de Jean. Et quelle alliance étroite que celle qui dut se former, en cfae de Jésus, entre ces deux tendances de son caractère ! Tout en aimant^ il contemplait; et plus il contemplait, plus il aimait. 11 s'absorbait dans cette vue de l'amour et il y puisait sa vie intime. Aussi plus tard n'analysera-t-il point Tobjet de sa foi, comme saint Paul. € Jean ne discute pas, il affirme, > dit M. de Pressensé. Il se contentera de poser la vérité pour que quiconque l'aime^ la reçoive comme il Ta reçue lui-même, par voie d'intuition, non de démonstration. On peut appliquer au plus haut degré àl'apôtre Jean ce que M. Renan a dit du Sémite : « il procède par intuition, non par déduction. > D'un bond^ le cœur de Jean s'était élevé au brillant sommet où trône la foi. Dès lors la victoire lui apparut consommée, absolue : « Celui qui est né de Dieu ne pèche point. » Il posa l'idéal comme la vraie réalité, parce qu'il le voyait réalisé en celui qu'il aimait et possédait. Ce fut saint Paul qui reçut la liche d'étudier et de tracer le chemin par lequel la plupart ont à gravir pas à pas la pente qui conduit à ce sommet. Aux yeux de Jean, ce n'est pas à l'absolu, que saisit la foi, à descendre au niveau des misères de l'expérience. C'est à celle-ci à s'élever, en chaque moment, à la hauteur de l'absolu, intérieurement contemplé.
Pierre se distingua par Tiniliativc pratique, peu compatible avec la tendre réceptivité. Paul unit à l'énergie et au savoir-faire pratique la vigueur pénétrante d'une dialectique sans égale. Car, quoique Sémite, il avait passe ses premières années dans l'un des centres les plus brillants de la culture hellénique, et là il s'était approprié les formes déliées de l'esprit occidental. Jean différa compilélement de Tun et de l'autre. Il n'eût jamais fondé, comme Pierre, l'œuvre chrétienne; il n'eût jamais, comme Paul, lutté de (inesse dialectique avec le judaïsme et composé une épitrc aux Galatcs ou aux Romains. Mais dans les derniers temps du siècle apostolique, ce fut lui qui célébra le triomphe de l'Eglise fondée par Pierre et émancipée par Paul. Ce fui lui, qui légua au monde, dans ses trois écrits, le triple tableau de la vie en Dieu : en la personne de Christ (l'évangile), chez le chrétien (l'épître), et dans l'Eglise (l'Apocalypse). Il a anticipé plus parfaitement que loul autre la fêle de la Vie éternelle.