‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 16 sur 91 · SA MORT · texte numérisé non relu

SA MORT

élé plus loin et Ton a prétendu qu'il avait été enlevé au ciel, comme Enoch et Elie ^

Un fait plus important serait celui qui est rapporté dans un fragment de la chronique de Georges Hamartôlos (IX^ siècle), publié par Nolte •. « Après Domilien régna pendant un an Nerva, qui, ayant rappelé Jean de Tile, lui permit de demeurer à Ephèse {iizCkoGi'^ oùaîv èv 'Erpecw). Resté seul survivant d'entre les douze disciples, après avoir composé son évangile, il fut jugé digne du martyre; car Papias, évêque de Hiérapolis, qui fut témoin du fait (aÙTorTriÇ TO'jTou Ycvojuvoç), raconte dans le second livre des discours du Seigneur qu'il fut tué par les Juifs (oti \mo 'louSatwv xvT.pe&r.}, accomplissant ainsi, aussi bien que son frère, la parole que le Christ avait prononcée sur lui : Vous boirez la coupe que je dois boire^ Et le savant Origène aussi, dans son explication de Matthieu, affirme que Jean a ainsi subi le martyre. ^

Keim et Holtzmann, envisageant aussitôt ce fait comme avéré et le plaçant sans hésitation en Palestine, parce qu'il s'agit des Juifs^ en ont tiré une preuve sans réplique conire le séjour de Jean en Asie-Mineure ^. Ce procédé ne prouve qu'une chose : combien la science elle-même est crédule à l'égard de ce qu'elle désire. Et d'abord, n'y avaitil donc pas à Ephèse aussi des Juifs capables de tuer l'apôtre*? Puis le fragment lui-même ne place-t-il pas la scène

» liilgenfeld cite en preuve Pseudo-IIippolyle, Eplirern dAntioche et les Acla Johannis dans le recueil d'Actes apocryphes publié par Ti^chendorf, 1851.

« TheoL Quartalschrift, 1862.

* Keim. Geschichte Jesu, 3* éd., t. I, p. 42 : « Un témoignage, nouvellement découvert, qui met fin h toutes les illusions. n

* Ceux qui ont visité à Smyrne le tombeau de Polycarpe et qui ont reçu des mains des enfants juifs une grêle de pierres en passant dans le quartier Israélite, savent quelque chose du fanatisme des Juifs d'Asie encore à cette heure. Qu'était-ce alors!

en Asie : c Nerva permit à Jean de retourner à Ephèse. i Bien plus, c'est comme ayant été témoin de la scène que Papias doit l'avoir racontée. Papias vivait-il en Palestine! Enfin supposez que cette notice déplût à nos critiques et contredit leur système, ils sauraient bien demander, dans ce cas, comment, si l'écrit de Papias renfermait réellementce passage, aucun des Pères qui avaient eu cet écrit entre les mains, n'avait eu connaissance de ce prétendu martyre de Jean et n'en avait fait mention? Ils nous diraient que la citation qu'Hamartôlos fait d'Origène est complètement fausse, que ce Père rapporte bien l'exil à Patmos, mais rien de plus, etc., etc. Et leur critique serait fondée dans ce cas. Tous les savants non prévenus ont admis en effet que le chroniste a eu un faux Papias, ou un Papias interpolé, entre les mains. Mais en tout cas, si l'on accepte ce trait du récit : tué par les Juifs, il ne serait que logique de voir dans le témoignage rendu à ce fait par Papias comme témoin oculaire, une preuve sans réplique de la relation personnelle qui avait existé entre Papias et l'apôlrc en Asie-Mineure. Et MM. Keim et Holtzmann trouvent moyen d'y voir le contraire!

Concluons: A supposer que Jean eut 20-25 ans, lorsqu'il fut appelé par Jésus, vers l'an 30, il en avait 90-95 vers l'an 100 : il n'y a rien là d'improbable. Il a donc pu être en relations personnelles avec les Polycarpe, les Papias, nés vers l'an 70, et avec beaucoup, d'autres presbytres plus jeunes encore, qui, comme dit Irénée, Font vu face à face, pendant qu'il vivait en Asie jusqu'au règne de Trajan.

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