CHAPITRE PREMIER
Analyse.
Nous ne voulons pas discuter ici les ditTérents plans de la narration johannique, proposés par les commentateurs. Nous indiquerons seulement celui qui s'est dégagé pour nous de l'étude attentive du livre lui-même.
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I. La narration est précédée d'un préambule qui, comme le reconnaît la prcsqu' unanimité des interprètes, comprend les dix-huit premiers versets du premier chapitre. L'auteur expose dans cette introduction la grandeur et Timportance suprêmes du fait qu'il va retracer. Ce fait n'est rien moins que l'apparition du parfait révélateur de Dieu et la communication de la vie éternelle à l'humanité. Repousser la Parole faite chair, c'est le crime et le malheur suprêmes, comme on le voit par l'exemple des Juifs; raccueillir, c'est connaître et posséder Dieu, comme le prouve l'expérience unanime des croyants juifs et païens. Trois faces du fait évangélique ressortcnt donc dans ce prologue : i" La Parole créatrice et révélatrice , qui est l'agent de l'œuvre divine; 2^ le rejet de cette Parole, par l'acte intérieur de l'incrédulité; 3** son acceptation par l'acte moral de la foi. La première de ces trois idées domine dans v. i-5; la seconde dans v. 6-11 ; la troisième dans v. 12-18.
Ce sont là évidemment, dans la pensée de l'auteur, les trois aspects sous lesquels sera présentée l'histoire qui va suivre. Il ne faut pouilant pas les envisager comme élanl d'importance égale. Le fait primordial et permanent, dans celte histoire, est l'œuvre de la Parole. Sur ce fond apparaissent et se détachent les deux faits humains, l'incrédulité et la foi, dont les manifestations alternent et déterminent les phases du récit.
II. La narration commence par le récit de trois jours, I, 19-42, qui ont joué une rôle décisif dans l'œuvre du Fils de Dieu sur la terre, aussi bien que dans la vie de l'évangéliste, s'il est vrai, comme Tadmettent la plupart des interprètes, que le compagnon anonyme d'André^ v. 35 et suiv., ne soit autre que l'auteur lui-même.
Au premier jour, Jean-Baptiste proclame devant une députation officielle du Sanhédrin le fait émouvant de la pré-
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«nce actuelle du Messie au milieu du peuple. Jean luinéu)e le connait déjà : c II est au milieu de vous, celui que wus ne connaissez pas > (v. 26). Le jour suivant, il le dé- ;igne en la personne de Jésus à deux de ses disciples ; et e troisième jour enfin, il insiste sur cette déclaration de Me sorte que les deux disciples se décident à suivre Jésus. Us reconnaissent dès ce jour sa dignité messianique. André amène à Jésus Simon son frère, et un léger indice 1, 42 (voir l'exégèse) semble indiquer que l'autre disciple amena également son frère (Jacques, le frère de Jean). Voilà le premier noyau de la société des croyants formé. Il va désormais grandir d'instants en instants.
Suivent de nouveau trois jours (I, 43 — II, 11) dont le premier et le dernier ont pour résultat d'ajouter, Fun, deux nouveaux croyants aux trois ou quatre précédents, Philippe et Nathanaël ; l'autre, celui des noces de Cana, d'affermir la foi naissante de tous. Ainsi la foi, née du témoignage du précurseur et du contact de Jésus avec les premiers arrivés, puis étendue par le témoignage de ceux-ci, s'affermit par le spectacle de la fjloire de Jésus (II, 11), c'esl-àdirc de sa puissance au service de sa charité.
Le retour de Jésus en Galilée, mentionné dans ce morceau (I, 45 ; II, 1), est suivi d'un fait important : le déplacement du domicile galiléen de Jésus (II, 12); avec toute sa famille (sa mère et ses frères) il quitte Nazareth et s'étabht a Cnpernaum. Sans doute les disciples rentrent aussi au sein de leurs familles et reprennent leurs occupations antérieures.
Mais la fête de Pâques approche. Le moment est venu pour Jésus de faire une première tentative pour fonder son œuvre messianique dans la résidence théocratique, à Jérusalem, II, 13-22. Ses disciples l'accompagnent dès maintenant d'une manière constante (v. 17). Par la purification
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(lu temple, il adresse un appel significatif à la conscience Israélite ; il invite le peuple et ses chefs à entreprendre avec lui le relèvement spirituel de la théocratie . Si le peuple eût répondu à ce signal, tout était gagné. Mais au lieu de se livrer à l'appel divin, il reste froid. C'est l'indice d'une hostilité secrète. La victoire de l'incrédulité est comme décidée en Israël. Jésus discerne et révèle toute la gravité de ce moment (v. 19).
Cependant quelques symptômes de foi éclatent en face de cette opposition naissante (II, 23 — III, 21); mais cette foi est mêlée d'un alliage charnel. C'est comme faiseur de miracles que Jésus attire l'attention. L'exemple le plus remarquable de cette foi qui n'est pas la foi, est présenté en la personne de Nicodéme, un pharisien, membre du Sanhédrin. Avec plusieurs de ses collègues, il reconnaît, comme tous les autres croyants de la capitale, la mission divine de Jésus, attestée par ses œuvres miraculeuses (111, 2). Jésus cherche à l'élever à une intelligence plus pure de la personne et de l'œuvre du Messie, que celle qu'il a puisée dans l'enseignement pharisaïque. Il le congédie par cet adieu plein de promesses (v.21) : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière. > La suite du récit répondra à cette parole d'affectueux encouragement (comp. VII, 50 et suiv. ; XIX, 39 et suiv.) t.
Néanmoins ces quelques vestiges de foi ne contrebalancent pas le grand fait de l'incrédulité nationale qui s'accentue. Et ce fait tragique est le sujet d'un dernier discours de Jean-Baptiste (111, 22-36). Jésus baptise en Judée, dans le voisinage de son précurseur. Celui-ci profite de cette proximité pour le proclamer l'époux d'Israël — tandis que
^ On voit combien IlUgenfeld se trompe en voyant dans Nicodéme le représentant de l'impuissance de la conscience juive à s'élever à la conception chrétienne !