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lui n'est que l'ami de l'époux. Puis, en face de l'indifférence générale du peuple et des chefs envers ce Messie, Jean prononce une suprême menace ; c'est l'écho des tonnerres du Sinaï, le dernier mot de l'Ancien Testament, V. 36 : € Celui qui refuse obéissance au Fils ne verra point la vie; mais la colère de Dieu demeure sur lui. »
A l'occasion de cette simultanéité momentanée des deux ministères, l'évangéliste fait une remarque qui étonne : € Car Jean, dit-il v. 24, n'avait pas encore été mis en prison. 1 Rien absolument, dans la narration précédente, n'avait pu faire naître l'idée que Jean fût déjà arrêté. Pourquoi donc cet éclaircissement non motivé? Evidemment (auteur veut rectifier une erreur provenant de quelqu'aulre récit qu'il suppose connu de ses lecteurs; comp. Matth. IV, 12; Marc I, W.
Avec cette incrédulité qui commence à se déclarer dans la masse de la nation, et avec cette foi si défectueuse de quelques-uns, contraste le spectacle réjouissant d'une ville entière devenue croyante, et cela presque sans le secours d'aucune manifestation surnaturelle. Mais cette ville se Irouve en Saraarie, hors du territoire d'Israël (IV, 1-42). l^'est comme un prélude de la conversion future des Gentils.
Jésus revient pour la seconde fois en Galilée (IV, 4dii). Il y reçoit sans doute de ses compatriotes un accueil )l{is fiivorable que celui qui lui a été fait en Judée, car ils ie sentent honorés de l'effet que leur concitoyen a produit lans la capitale. Mais c'est toujours l'opérateur de miracles, e thauma(ur(/e, qu'ils saluent en lui. Comme échantillon, îsl racontée la guérison du lîls d'un personnage venu de
' «Jésus, ayant appris que Joan avait été livré, se retira en Galilée. » « .\prcs que Jeau eut clé livré, Jésus vint en Galilée.»
Capernaûm à Cana, au premier bruit de Tarrivée de Jésus.
Encore ici, dans la remarque finale, v. 54, ressort l'intention de comballrc une fausse notion que la narration précédente n avait pas pu occasionner. C'est la confusion de ce second retour en Galilée avec celui qui avait été raconté précédemment. L'auteur fait ressortir la différence de ces deux arrivées par la distinction des deux miracles, tous deux accomplis à Cana, qui les ont signalées. D'où provenait la confusion qu'il travaille à rectifier dans Tesprit de ses lecteurs? La réponse est aisée : de nos trois synoptiques; comp., outre les passages déjà cités, Luc IV, 14 (avec tout le contexte qui précède et qui suit).
Jusqu'ici l'œuvre de Jésus s'est étendue successivement à toutes les parties de la Terre-Sainte, et cette œuvre a provoque des manifestations variées soit de véritable foi, ayant un caractère spirituel, comme cliez les disciples et chez les habitants de Sychar, soit de foi mêlée d'un alliage charnel, comme chez les croyants de Jérusalem et de Galilée, soit enfin d'indifférence et d'incrédulité, comme à Jérusalem et en Judée, c'est-à-dire dans la nation proprement dite et chez ses chefs. Nous croyons qu'il est conforme à la pensée de l'évangéliste de placer ici, à la fin du quatrième chapitre, un point d'arrêt dans la narration. Sous l'influence croissante de l'œuvre de Jésus, ont surgi diverses manifestations de foi et d'incréduhté, mais sans caractère bien déterminé et dont le résultat n'est point encore définitif. C'est une époque de préparation où tous les phénomènes moraux, provoqués par la présence du représentant divin, s'annoncent sans s'accentuer nettement. Un changement s'opère dès le ch. V. Le mouvement général se.prononce, surtout à Jérusalem, dans le sens de Tincréduhté. 11 atteint son terme provisoire à la fin du ch. XII, où l'auteur, jetant un regard en arrière, en recherche les causes
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et en signale la tragique gravité. Ce sera donc la troisième partie du livre, la seconde du récit.
III. Le développement de l'incrédulité nationale (ch. V- XII). — Déjà au commencement du ch. IV, il avait été fait mention d'un rapport parvenu aux pharisiens sur l'activité de Jésus qui éclipsait même celle de Jean-Baptiste. C'était ce rapport, conçu dans un esprit évidemment malveillant, et dont l'écho était revenu à Jésus, qui avait déterminé son second retour en Galilée, a Lorsque Jésus eut entendu que les pharisiens avaient appris..., il quitta la Judée...! (IV, i. 3).
Néanmoins, dès le ch. V, nous retrouvons Jésus à Jérusalem. Il avait voulu faire dans cette capitale une nouvelle tentative. Il avait proGté pour cela d'une des fêtes nationales, prohablement celle de Purim, un mois avant la Pûque, et peut-être sa pensée était-elle de prolonger son séjour, si possible, jusqu'à cette dernière fête. Mais la guérison de l'impotent en un jour de sabbat fournit à la haine latente l'occasion d'éclater; et quand Jésus se justifie en alléguant Tœuvre de salut qu'accomplit son Père et qui n'est point encore parvenue à son terme, à laquelle, par conséquent, il doit incessamment travailler, l'indignation ne connaît plus de bornes; il est accusé de blasphème pour s'être fait égal à Dieu. Jésus se défend en montrant que cette prétention i l'égalité avec Dieu qu'on lui reproche, revient simplement à la plus profonde dépendance de sa part vis-à-vis du Père. Puis il cite à l'appui du témoignage qu'il se rend ainsi à lui-même, non seulement celui de Jean-Baptiste, mais surtout celui du Père, d'abord dans les œuvres miraculeuses qu'il lui donne d'accomplir, puis dans les Kcritures, en particulier dans les écrits de ce Moïse, au nom duquel on l'accuse. Par cette apologie, que le miracle accompli rendait sans réplique, il échappe au danger immédiat ;
mais il est Torcé de quitter de nouveau la Judée,«qui pour un long temps va lui rester fermée.
Au ch. VI nous le retrouvons donc en Galilée.
La Pâque est proche (v. A), Jésus ne peut aller la célébrer à Jérusalem. Mais Dieu lui a rései^vé, ainsi qu'àses disciples, un équivalent en Galilée. Avec eux il se rend dans un lieu désert; les foules l'y suivent, et après les avoir miséricordieusement accueillies, il leur improvise un divin banquet (la multiplication des pains). Le peuple s'exalte; mais quel enthousiasme ! Ce n'est pas la faim et la soif de la justice, c'est l'attente des jouissances et des grandeurs du règne messianique; ils veulent le faire roi (VI, 15). Jésus voit le danger que cette tournure politique prépare à son œuvre. Sachant bien que ses apôtres ne sont pas à l'abri de cet esprit charnel, et môme que le foyer de ce mouvement peut se trouver chez tel d'entr'eux, il se hâte de les isoler, en leur faisant repasser la mer. Lui-même reste seul avec les foules pour les calmer, et après avoir recommandé tout de nouveau son œuvre au Père, il rejoint, en marchant sur les eaux, ses disciples qui luttent contre le vent; et le lendemain, dans la synagogue de Capernaûm, où le rejoignent les foules, il parle de manière à leur faire comprendre qu'il n'est nullement le Messie qu'ils recherchent, mais c le pain céleste » destiné à nourrir les Ames spirituellement affamées. Il pousse l'opposition aux idées vulgai res jusqu'au point où la presque totalité de ses adhérents, galiléens rompt avec lui ; et non content de celte épuration, il veut même la faire pénétrer jusque dans le cercle des Douze, et leur déclare qu'ils sont libres de se retirer. C'était à Judas, le représentant du faux principe messianique au milieu des Douze, que Jésus, plein de pitié, ouvrait ainsi la porte, comme le fait observer l'évangéliste en terminant cet incomparable récit (v. 70-71).
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L'été se passe; la fête des Tabernacles approche. Jésus s'entretient avec ses frères, qui s'étonnent de ce qu'ayant déjà négligé les deux fêtes de Pâques et de Pentecôte, il ne pense point à se rendre à celle-ci. Il leur répond que le moment de sa manifestation publique, comme Messie, n'est pas encore venu. Ce moment sera infailliblement celui de sa mort; or son œuvre n'est pas encore achevée. Néanmoins il se rend à Jérusalem, comme en cachette et vers le milieu de la fête, afin de surprendre les autorités et de ne pas leur donner le temps de prendre des mesures contre lui. Le dernier et grand jour de la fête, il déclare qu'il est lui-ménie la réalité du rocher typique dont les eaux désaltéraient au désert le peuple haletant. De vives discussions s'engagent à son sujet entre ses auditeurs. A chaque mot qu'il prononce, en quelque sorte, il est interrompu par ses adversaires, et tandis qu'une partie de ses auditeurs reconnaissent en lui un prophète, que quelques-uns même le déclarent le Christ, il reproche aux autres d'agir sous l'inspiration de celui qui est menteur et meurtrier dès le commencement. Tous ces discours, qui remplissent les cli. Vil et Vni, se résument, comme il le dit lui-même, dans ces deux mots : ju(/ement et témoignaye; jugement sur l'état moral du peuple, témoignage rendu à son propre caractère messianique et divin. Une première mesure juri (lique est prise contre lui. Des huissiers sont envoyés pour le saisir (Vil, 32). Mais î\rrêtés par la puissance de sa parole sur leur conscience et par celle du sentiment public encore trop favorable à Jésus, ils reviennent sans avoir mis la main sur lui (v. 45). Les chefs font alors un pas décisif. Us déclarent exclu de la synagogue quiconque reconnaît Jésus pour le Messie (comp. IX, 22). A la suite d'une de ses paroles qui paraît blasphématoire : « Avant qu'Abraham lut, je suis » (VlU, 58), a lieu une première tentative de le lapider.
Le cliapitre IX appartient encore à ce séjour à la fête des Tabernacles. Un nouveau miracle sabbatique, la guérison de Taveugle-né, exaspère les chefs. Au nom du statut sabbatique, ce miracle ne peut, ne doit pas être. L'aveugle fait le raisonnement inverse : le miracle est; donc le sabbat n'a pas été violé. Ce conflit sans issue se termine par l'expulsion violente de l'aveugle. Jésus ouvre le regard de celle Ame à la foi en son caractère divin, et tout en proclamant le triage qui s'opère actuellement entre les ignorants humbles, les aveufjleSy qui deviennent voyants, et les savants orgueilleux, les voyantSy qui deviennent aveugles, il recueille l'aveugle, doublement guéri, dans son bercail. Là dessus, ch. X, il se dépeint lui-même comme le berger divin qui tire de l'ancien bercail théocratique ses propres brebis pour leur donner la vie, tandis que la masse du troupeau est conduite à la boucherie par ceux qui se sont emparés de l'autorité sur lui. Puis il annonce l'incorporation dans son troupeau de nouvelles brebis arrivant d'auti'cs bergeries (v. 10). A l'ouio de ces discours, scission toujours plus marquée dans le peuple entre ses adversaires et ses partisans (v. 19-21).
Trois mois s'écoulent; Tévangclisle ne parle pas de leur emploi. Il est inadmissible qu'au point où en étaient les choses, Jésus ait passé tout ce temps à Jérusalem ou même en Judée, lui qui, avant toutes ces scènes, ne pouvait i^ paraître à Jérusalem que par surprise. A latin de décembre, Jésus se rend à la fête de la Dédicace (X, 22-39). Les Juifs l'entourent, résolus à lui arracher le grand mot : c Disnous si tu es le Christ ? » Jésus, comme toujours, affirme la chose en évitant le mot. Il accentue sa parfaite unité avec le Père, qui implique nécessairement son caractère messianique. Les adversaires soulèvent déjà les pierres pour le lapider. Jésus les fait tomber de leurs mains par
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cette question (v. 32) : « Je vous ai montré de la part de mon Père plusieurs belles œuvres. Pour laquelle me lapidez-vous ?» Il savait bien que c'étaient ses deux miracles précédents (ch. V et IX), qui avaient fait déborder leur haine. Puis il en appelle, contre l'accusation de blasphème, au caractère divin attribué par l'Ancien Testament luimême aux autorités Ihéocratiques, ce qui aurait dû mettre Israël sur la voie de la foi à la divinité de l'envoyé suprême, du Messie.
De Jérusalem^ Jésus se rend en Pérée, dans les contrées oii Jean avait baptisé, et y accomplit son œuvre dans cette contrée qui en avait été le berceau (X, 40-42).
C'est là que l'atteint (ch. XI) l'appel des sœurs de Lazare. L'on est surpris de voir(v.i) Béthanie désignée comme le bourg de Marie et de Marthe, Ces deux personnages n ayant point été nommés encore dans le récit, comment peuvent-ils servir à orienter le lecteur? H faut bien admettre, ici encore, que l'auteur fait allusion à d'autres narrations qu'il suppose connues des lecteurs (comp. Luc X, 38- 12; puis aussi Jean XI, 2, avec Matth. XXVL 0-13 et Marc XIV, 3-11). Le miracle de la résurrection de Lazare consomme ce qu'avaient préparé les deux précédents. H amène à maturité les plans des ennemis de Jésus. Sur la proposition de Caïphe (XI, 49-50), le Sanhédrin décide de se défaire de l'imposteur. Et tandis que Jésus se retire vers le nord, dans le voisinage du hameau isolé d'Ephrem, les chefs prennent enfin la première mesure publique contre lui. Ils publient un ordre donné à tout Israélite de déclarer le lieu où Jésus se trouve (v. 57). Alors peut-être germa dans le cœur de Judas la première pensée de la trahison. Peu après, en effet, six jours avant la Paque, Jésus prit le chemin de Jérusalem, et s'arrêta à Béthanie. Là, dans un banquet qui lui fut oflert par ses amis, éclata, pour Toreille de Jésus, la haine secrète de Judas (Xll, v. 4 et 5).
Le lendemain, Tentréë royale de Jésus dans la capitale réalisa le désir que, six mois auparavant, exprimaient ses frères. Le jour était arrivé. La résurrection de Lazare avait excité au plus haut degré Tenlhousiasme des pèlerins venus à la fête; les chefs étaient comme paralysés et laissaient faire. Ainsi s'accomplit cet acte messianique par lequel, une fois au moins, Jésus dit publiquement à Israël : « Voici ton roi, if mais par lequel aussi fut poussée à bout la rage de ses adversaires (XII, 9-19). La résurrection de Lazare et riiommage public qu'elle provoqua, tels furent les deux causes prochaines de la catastrophe dès longtemps préparée.
Jésus n'ignorait point ce qui se passait; il n'y était pas indiflcrent. L'occasion lui fut fournie d'exprimer dans le temple même ce qui se passait dans son cœur, en ces jours où il voyait le dénouement approcher. Des Grecs demandèrent à lui parler (v. :20). Semblable à un instrument dont les cordes fortement tendues deviennent sonores au premier contact de l'archet, son àme retentit à cet appel. Les Grecs ? Oui, le monde des Gentils va s'ouvrir, et le pouvoir (le Satan faire place, dans ce vaste domaine, à celui du monarque divin. Mais la parole ne suffira pas pour cette grande œuvre ; il laudra la mort. C'est du haut de l'instrument de supplice que Jésus attirera tous les hommes à lui. Kt (|uelle angoisse ne lui cause pas cette perspective ! Son àme en est émue, troublée même. Jean seul nous a conservé le récit de cette heure exceptionnelle. Ce fut la clôture de son ministère public. Après avoir invité encore une fois les Juifs à la foi en la lumière qui allait se voiler, c il s'en alla et se cacha d'eux » (v. 36^.
Arrivé à ce moment, l'évangéliste jette un regard en arrière sur le chemin parcouru, le ministère de Jésus en Israël. L'incrédulité des Juifs a résisté à tous les mira-
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des, si grands el si nombreux qu'Usaient été (v. 37), à tous les enseignements, si solennels el si positifs qu'ils aient pu être (v. 44-58) K
Cependant au milieu de cet aveuglement général, la lumière divine avait pénétré dans bien des cœurs, même parmi les membres du Sanhédrin, et la crainte seule des pharisiens les empêchait dé confesser leur foi (v. 42). Et en effet, l'élément de la foi ne manque point entièrement dans cette partie consacrée à retracer le^ développement de l'incrédulité. Nous suivons dans tout le récit la trace d'un développement parallèle de la foi : dans la confession de Pierre, ch. VI; dans le triage qui s'opère à Jérusalem, ch. VII el VIII; chez l'aveugle-né, au ch. IX, et chez ces brebis du ch. X qui, à l'appel du berger, le suivent hors du bercail Ihéocratique ; enfin chez ses nombreux adhérents de Bélhanie, et dans les foules du jour des Rameaux. Voilà les cœui^s qui formeront l'Eglise de la Pentecôte.
IV. Si depuis le ch. V nous avons vu dominerle courant de l'incrédulité, dès le ch. XIll c'est la foi, dans la personne des disciples, qui devient l'élément prépondérant du récit, el cela jusqu'à ce que celte foi soit arrivée à sa perfection relative et que Jésus puisse rendre grâces de l'œuvre accomplie (ch. XVll). Ce développement s'opère par des manifestations non plus de puissance, mais d'amour el de sagesse. C'est d'abord le lavement des pieds, destiné à leur faire comprendre que la vraie gloire est de servir, et à ex-
* nilgenfeld, envisugeaut, comme tant d'a^ilres, le discours XII, 44-50 comme un discours donné pour réel, quoique purement fictif, tire de ce fait un argument contre le caracl^re historique des autres discours; comme s'il ne ressortait pas de la situation ellemême que ce discours n'est donné que comme un résume de tous les enseignements de Jésus, parallèle au résumé de ses miracles donné v. 37, tout cela dans le but de faire ressortir le caractère incurable de Tendurcissement des Juifs.
tirper de leur cœur le faux idéal messianique qui leur voilait encore la pensée divine réalisée en Jésus. Ce sont ensuite les discours dans lesquels il leur explique en paroles ce qu'il vient de leur révéler en acte. Il les tranquillise avant tout au sujet de la prochaine séparation (XIII, 31 — XIV, 31) ; elle sera suivie d'un prochain revoir^ son retour en esprit. Car la mort est pour lui le chemin de la gloire, et s'ils ne peuvent le suivre maintenant dans la communion parfaite du Père, ils pourront le hive plus tard sur le chemin qu'il va leur frayer. En attendant, par la force qu'il leur communiquera, ils feront à sa place ce qu'il n'a pu faire lui-même ici-has. S'ils l'aiment, qu'ils se réjouissent donc, au lieu de s'attrister, et qu'ils reçoivent sa paix comme dernier adieu. Après cela, Jésus les transporte en pensée au moment où ils vivront en lui et lui en eiix de la même manière que le sarment vit uni au cep (XV, 1 — XVI, 15). Il leur indique d'ahord le devoir unique de cette position nouvelle : demeurer en lui par l'obéissance à sa volonté. Puis il leur décrit en toute franchise la relation d'hostilité qui se formera entre eux et le monde; mais il leur révèle aussi la force qui combattra par eux et par laquelle ils vaincront : l'Esprit qui le glorifiera en eux, Eniin, en terminant (XVI, 16-33), il revient à cette séparation imminente qui les préoccupe si douloureusement. Il leur en dépeint vivement et la brièveté, et les effets magnifiques. Et en résumant l'objet de leur foi dans ces quatre propositions qui s'entre-répondent (v. 28) : « Je suis issu du Père, et je suis venu dans le monde; et maintenant je quitte le monde et je m'en vais au Père,ï> il les illumine d'une si vive clarté que le jour promis, celui du Saint-Esprit, leur semble arrivé et qu'ils s'écrient : « Nous croyons que tu es issu de Dieu. » Jésus leur répond : « Enfin vous croyez! » Et sur cette profession de leur foi, il appose, dans le ch. XVII, le sceau
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lie l'action de grâce et de la prière. Il demande au Père la réintégration dans son état de gloire qui lui est indispensable pour donner la vie éternelle à ses croyants sur la terre. Il rend grâces pour le gain de ces onze hommes et prie pour leur conservation et leur consécration parfaite â Tœuvre qu'il leur confie. Il intercède enfin pour le monde à qui leur parole doit apporter le salut. Cette prière du ch. XVII correspond au résumé du ch. XII. C'est Jésus qui récapitule lui-même, sous la forme la plus solennelle, Tœuvre accomplie chez ses disciples ; de même que la fin du ch. XII était le résumé, fait par révangéliste, du développement de l'incrédulité dans la nation et chez ses chefs. Cependant l'élément de l'incrédulité ne manque pas entièrement dans ce tableau du développement de la foi. Il est représenté dans le cercle intime de ses disciples par le traître Judas, dont la présence est fréquemment rappelée, surtout dans le cours du ch. XIII. La sortie de Judas (v. 30) indique le moment où cet élément impur cède enfin la place à l'esprit de Jésus.
Il y a dans l'histoire de Jésus plus que la révélation du caractère de Dieu et les impressions de foi et d'incrédulité que réveille celte révélation. Il y a une œuvre de réconciliation qui s'accomplit et qui prépare la communication de la vie de Dieu lui-même aux croyants. L'objet de la foi n'apparaît complet que quand il s'est ainsi déployé jusqu'au bout. Voilà pourquoi l'histoire de Jésus comprend, outre le tableau de son ministère d'enseignement, le récit de sa mort et de sa résurrection*. C'est par ces derniers faits que la foi possède son objet parfait, et peut parvenir
* Il est facile d'observer rembarras de ceux cnii, commo Reuss, Hil^onfeld, etc.. font de l'idée de la révélation du Logos le fond du récit de noire évangile. Ils ne peuvent rendre compte des parties suivantes.
à sa pleine maturité , comme c'est par eux aussi que se consomme le refus qui constitue rincrédulilé.
V. Le récit de la Passion dans les ch. XVIII et XIX est raconté au point de vue de l'incrédulité juive qui se consomme par le meurtre du Messie. Cette partie se rattache à Favantprécédente où était retracé le développement de cette incrédulité (V-XIl). Dès le premier pas, nous remarquons ici l'omission complète de la scène de Gethsémané ; mais d'après les nombreuses allusions aux récits synoptiques que nous avons déjà constatés, ces mots : c Ayant dit cela, il s'en alla avec ses disciples au-delà du torrent du Cédron dans tm jardin ou il entra avec ses discipleSy » ne peuvent être envisagés que comme le renvoi au récit de cette lutte connu par les écrits antérieurs ^ Suit la délivrance des disciples sous l'impression de ce mot : d C'est moi !> A l'occasion du coup d'épée sont nommément désignés dans cet évangile seul Pierre et Malchus. Le récit du jugement de Jésus ne mentionne que l'enquête préliminaire qui eut lieu chez Anne. Mais en désignant expressément cette comparution comme la première (v. 13 : e chez Anne premièrement i), lors même qu'une seconde n'est point racontée, et en indiquant l'envoi de Jésus chez Caïphe (v. 24 : c Anne renvoya Jésus lié à Caïphe, le grand sacrificateur»), l'évangéliste fait entendre ici encore, aussi clairement que possible, qu'il suppose connus d'autres récits qui complètent ce qui est omis dans le sien. Les trois reniements de saint Pierre ne sont point racontés de suite ; mais ils sont, ainsi que cela a dû être dans la réalité, entrelacés avec les phases du jugement de Jésus (XVlll, 15-27). Le tableau de la comparution devant Pilale (XVIII, 28 à XIX^ 40) dévoile avec une
^ Il est inconcevable qu'on puisse voir dans cette omissiOD une intention dogmatique, après la scène XII, 23 et suiv., rapportée par Jean et par Jean seul.
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admirable précision la tactique à la fois audacieuse et rusée des Juifs. L'instinct de la vérité et le respect peut-être un peu superstitieux pour la personne mystérieuse de Jésus, qui retiennent Pilate jusqu'à ce quil cède enfin aux exigences de l'intérêt personnel ; l'astuce des Juifs qui pas- ^nt sans pudeur d'un grief à un autre , et qui finissent par arracher à Pilate par la crainte ce qu'ils désespèrent d'obtenir de lui au nom de la justice, mais qui ne remportent celte honteuse victoire qu'au prix du reniement de leur plus chère espérance et de l'inféodation à l'empire prononcée par leur propre bouche (XIX, 1 5 : « Nous n'avons pas d'autre roi que César »), tout cela est décrit avec une incomparable connaissance de la situation. C*est pentêtre ici le chef-d'œuvre de la narration johannique.
Un trait de ce récit doit être particulièrement remarqué. XVIII, 28, les Juifs ne veulent pas entrci dans le palais de Pilate t pour ne pas se souiller, afin de pouvoir manger la Pàque. » Le repas pascal n'était donc pas encore célébré au jour de la mort de Christ, diaprés notre évangile ; il ne devait l'être que le soir. On était donc au 14 nisan, jour de In préparation de la Pàque. (^tte circonstance est relevée d'une manière si intentionnelle dans plusieurs passaj;es encore (Xlll, 1. 29; XIX, ti\ ; etc.) qu'on est amené à penser à d'autres narrations qui auraient placé la mort de i^ihrist au lendemain seulement, 15 nisan, et après le repas pascal. Or c'est bien ce que paraît faire le récit synoptique. Nouvelle preuve de la relation constante entre les deux narrations.
Dans le tableau du supplice, le personnage qui avait déjà joué un rôle dans la dernière soirée, seul d'entre les disciples se trouve près de la croix. Jésus lui confie sa mère. C'est lui encore qui voit l'eau et le sang couler du coté
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percé de Jésus, et qui constate dans ce fait Taccomplissement simultané de deux prophéties.
VI. Le récit de la résurrection (ch. XX) comprend le tableau de trois apparitions qui ont lieu en Judée : celle qui fut accordée près du sépulcre à Marie-Madeleine ; celle qui le soir eut lieu en présence de tous les disciples et dans laquelle Jésus renouvela aux apôtres leur mandai et leur communiqua les prémices de la Pentecôte; celle enfin qui eut lieu huit jours après, et dans laquelle fut vaincue Tincrédulité de Thomas. Nous voyons par là que, de même que l'élément de la foi n'a pas entièrement manqué dans les scènes de la Passion (il suffit de rappeler les rôles variés du disciple que Jésus aimait, des femmes, de Joseph d'Arimalhée, de Nicodème), de même l'élément de Tincrédulité ne manque pas non plus dans la partie qui décrit le triomphe de la foi. L'exclamation d'adoration de Thomas : c Mon Seigneur et mon Dieu ! » dans laquelle la foi du plus incrédule des disciples prend subitement le vol le plus hardi et atteint à la hauteur de son objet, tel qu'il est annoncé dans le prologue, forme la clôture du récit. C'est ainsi que la fin se rehe au point de départ.
Le Fils de Dieu, l'incrédulité juive, la foi de l'Eglise: ces trois aspects indiqués déjà dans le prologue sont complètement traites; le sujet est donc épuisé.
VII. Les deux derniers versets du ch. XX sont la clôture du livre *. L'auteur y déclare le but qu'il s'est proposé. Ce n'est point une histoire complète qu'il a voulu raconter; c'est, comme nous l'avons constaté nous-mêmes, un choix
^ llilgenfeld croit pouvoir soulf^nir, avec quelques autres, que le récit continue jusqu'à la fin du chap. XXI. Mais c'est se heurter à l'évidence. M. Renan dit sans hésitation : « Avec tous les critiques, je finis la rédaction première du IV« évangile au chap. XX » (p. 534).
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! certains traits destinés à produire chez les lecteurs la i en la messianité et en la divinité de Jésus, foi dans laiielle ils trouveront la vie comme il l'y a trouvée lui-même. VIII. Le chapitre XXI , en conséquence de ce qui pré- ^e, est un supplément. Est-il de la main de l'auteur? On )utient encore le pour et le contre. Assez peu importe ; ïr, même s'il est d'une autre main que celle de l'évangéste, cette main-là ne fait que rédiger un récit fréquemlent sorti de sa bouche. Ainsi s'explique naturellement la onformité du style et du mode de narration entre cet apendice et le livre lui-même. Cet appendice doit avoir été jouté de fort bonne heure et avant la publication de l'écrit, luisqu'il ne manque dans aucun manuscrit et dans au- ;une version. Il complète le récit des apparitions de Jésus m en racontant une qui eut lieu en Galilée. Jésus donne iux disciples, par un fait symbolique qui se rattache à leur )rofession terrestre, le gage des succès magnifiques de leur ipostolat futur (XXI, 1-14). Puis il réhabiUte Pierre et le •eplace à la tête du troupeau des croyants et du collège des ipotres; enfin il lui annonce son martyre, par lequel il achèera «reflacer la tache de son reniement. L'auteur profite le cette occasion pour rétablir la teneur exacte d'une pao\(i que Jésus avait prononcée en cette circonstance au ;ujet (lu disciple qu'il aimait. On avait conclu à tort de .^etle {»arole mal répétée qu'il ne mourrait pas. Jésus n'avait )as dit cela. Cet appendice doit naturellement avoir été réligé, soit au moment où l'on voyait approcher la mort de •e disciple, soit immédiatement après cet événement^ dans e but de prévenir ou de dissiper le scandale qu'allait faire laître ou qu'avait déjà produit la contradiction entre ce ail et la promesse du Seigneur».
• M. Kennn reconnaît dans ce chapitre « une addition presque onleniporaine de l'auteur lui-même ou di» ses disciples » (p. 534).
Dans cet appendice on remarque un manque de cohésion étranger au reste de l'évangile. C'est une narration à bâtons rompus et dont on ne peut établir l'unité que d'une manière factice. On ne peut y voir qu'un amalgame de souvenirs incohérents qui n'ont point passé par l'élaboration d'un travail écrit et qui sont sortis occasionnellement de la bouche du narrateur ».
Les versets M et 25, qui terminent cet appendice, sont sans contredit d'une main autre que celle de l'auteur de l'évangile. « Nous savons d est-il dit au nom de plusieurs. Le singulier revient au v. 25 : € Je pense, » Celui qui parle ici en son propre nom est sans doute le membre le plus influent de la collectivité précédente (v. 24), celui qui tient la plume au nom de tous. Ces deux versets attestent que le disciple particulièrement aimé de Jésus est celui « qui témoigne de ces choses et qui les a écrites. :» De l'opposition entre le présent témoigne et le passé a écrites, il parait résulter que les auteurs de ces lignes les ont ajoutées entre le moment où fut terminé Touvrage et celui de la mort de l'auteur, tandis qu'il témoignait encore de bouche des choses qu'il avait vues et entendues. C'étaient eux qui, déposiuûres de Touvrage, devaient, quand le moment serait venu , poui'voir à sa publication.
Le livre entier se compose donc de Iniit parties, dont cinfj forment 1(î corps du récit ou la narration proprement dite; uw* le préambule; une la conclusion; la huitième est un supplément.
Sur le fond permanent de toute l'histoire, la révélation de la personne et l'œuvre du Fils de Dieu, se dessinent, d'abord confusément (I^ 19-lV) , puis d'une manière de
' «Cette fin ressemble, dit M. Renan, a une suite de nettes intimes, qui n ont de sens que pour celui qui les a écrites ou pour les initiés » (p. 535;.