‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 104 sur 278 · N ajoute atwvrov · texte numérisé non relu

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dans une seconde allégorie, ce qu'il sera pour le troupeau qui se réunit à son appel, le bonheur et la sécurité dont il le fera jouir, en opposition à la ruine dont sont menacées les âmes qui demeurent dans l’ancien bercail et restent ainsi sans défense sous lempire de ces intrus qui sy sont établis en maîtres. Ce n’est donc point ici la continuation de la parabole précédente; c'en est une toute nouvelle, comme le montre le mot xœkv (comp. Matth. XIIT, 44. 45. 47). Ce second tableau forme le pendant du précédent et le complète au moyen d’une image différente, quoique empruntée à la même sphère. Le précédent décrivait la formation et la sortie du troupeau; c'était une scène de matin. Celuici dépeint la vie des brebis, une fois réunies, pendant le cours de la journée; nous les contemplons rentrant à volonté dans l’enclos, quand elles cherchent un asile, et en sortant non moins librement, dès que la faim se fait sentir et les pousse au pâturage: car la porte en est constamment ouverte pour elles; et par ce moyen elles possèdent à la fois sûreté et abondance, les deux biens essentiels pour des brebis. L'image est donc changée : le personnage du berger a disparu; c’est maintenant la porte qui joue le rôle essentiel. Par conséquent, dans l'application, l’enclos ne représente plus la théocratie ancienne; la bergerie désigne ici le salut messianique, le bonheur complet dont jouissent les croyants. Cependant, il est aisé de trouver le lien rationnel entre ces deux manières de peindre les choses. Dans la première allégorie, la porte était la charge messianique en tant qu’envisagée comme antérieure à l'apparition du Messie et distincte de sa personne; dans la seconde, la porte, c’est la charge messianique complètement identifiée avec Jésus qui la remplit.

Ceux qui appliquent la première similitude aux pasteurs de la nouvelle alliance, entendent les mots: «Je suis la

porte des brebis,» dans ce sens peu naturel: «Je suis la porte par laquelle on entre auprès des brebis.» Il faut alors donner à l’expression : C{{ h'ouvera de la pâture» (v. 9), un sens non moins forcé : «Le serviteur de Jésus trouvera toujours de quoi nourrir les brebis qui lui sont confiées.» Dans notre explication ces expédients ne sont nullement nécessaires. La porte des brebis désigne simplement la porte par laquelle les brebis elles-mêmes entrent et sortent à volonté, comme cela est développé au v. 9; c’est Jésus, en qui elles possèdent incessamment nourriture et sécurité, force et quiétude.

Il est évident que, dans le v. 8, Jésus a en vue les mêmes intrus qu'au v. À, les pharisiens. Cela ressort du contexte en général et spécialement des épithètes larrons et brigands qui se trouvent identiquement les mêmes dans les deux versets. La seule différence est que au v. 1 Jésus se compare à eux en tant que berger, et ici en tant que porte; ce qui se rattache à ce qu’au v. 1 c’est l'origine illégale de leur autorité que Jésus a voulu signaler, tandis qu'ici il veut caractériser l'usage détestable et pernicieux qu'ils en font, leur rôle comme faux médiateurs et antimessies. Nonseulement, en effet, cette caste audacieuse avait pris au sein de la théocratie d’inconcevables allures de despotisme, mais elle s’interposait même entre les âmes et Dieu comme le seul intermédiaire par lequel on pût arriver à lui, ces gens-là s'étaient emparés de la «clef de la science» (Luc XI, 92), du monopole de l'intelligence scripturaire. C'étaient eux qui distribuaient sans appel les brevets d’orthodoxie et de salut; on recourait même à leur intercession (Matth. XXIIE, 13). Ils disposaient souverainement du royaume des cieux en Israël (XXII, 14). S'ils sont de nouveau appelés ici larrons el brigands, ce n’est donc plus par rapport à la manière dont 1ls se sont emparés des brebis; c’est par rap-

DEUXIÈME CYCLE. — CIAP. X, 7-10. 285

port au but de cette usurpation, et en vue du terme fatal auquél ils ne manqueront pas de conduire ceux qui se hvrent à eux. — De ce sens général du v. 8 résulte l’explication de cette expression particulière, si diversement interprétée: «Tous ceux qui sont venus avant moi.» Jésus ne pourrait certainement parler ainsi ni des prophètes ni d'aucune espèce d'autorité théocratique. Le mot ÿhov, sont venus, se détermine de lui-même, par l'opposition au v. 7 et au v. 9, dans ce sens: Venus comme porle, comme se posant en intermédiaires entre Dieu et les âmes. Le Messie est le seul intermédiaire obligé entre Dieu et l'homme (XIV, 6). Tous ceux qui avant Jésus ont osé essayer de jouer ce rôle en Israël, méritent bien les noms que Jésus emploie ici. Sans doute, l'image de venir ne convient pas à celle de porte. Mais, au v. 10, Jésus s'exprime exactement de la même manière, par rapport à lui-même. Il use très-librement des images; cette liberté se justifie par la différence entre l'allégorie et la parabole.

Cette explication des premiers mots du v. 8 est celle qui ressort naturellement du contexte. Nous pouvons donc écarter, sans longue discussion, les interprétations plus ou moins forcées qu’on a proposées : Celle de Camerarius, qui prend 923 uoÿ dans un sens local: « En passant devant la porte et au delà... » Celle de Wolfet d'Olshausen, qui donnent à too le sens de xwpte: «En se séparant de moi, la vraie porte.» Celles de Lange, qui entend xod dans le sens de avti: (A ma place, » et de Calov, qui fait signifier à l’expression avant moi: « Avant que je les eusse envoyés.» Celle de Gerlach : «Avant que la porte füt ouverte en ma personne. » Aussi bien que celle de Jérôme, Augustin, Mélanchthon, Luthardt, qui donnent à sont venus un sens tout spécial: «Venus de leur chef, sans être envoyés.» Celle enfin de Chrysostome et d’autres: «Venus comme faux Messies. »

(On ne peut prouver l'apparition d'aucun faux Messie avant Jésus-Christ.) Il n’est pas besoin non plus de renoncer avec Tholuck et de Wette à une solution satisfaisante, et de déclarer, avec le second, que cette parole ne répond pas à la douceur et à la modération ordinaires de Jésus. Les variantes ne sont que des essais de supprimer la difficulté.

Le prés. eioi, sont, montre bien que la classe de personnes que Jésus veut désigner a ses représentants présents au moment même où il parle; et les derniers mots: « Les brebis ne les ont point écoutés, » rappellent le mécontentement profond que laissait, dans le cœur d’une foule d'Israélites, le ministère pharisaïque. Matth. XI, 28-30: « Venez à moi, vous tous qui éles travaillés el chargés; laissez-vous enseigner par moi; car je suis doux et humble de cœur; mon joug est aisé, et mon fardeau léger.»

En opposition à ces prétendus sauveurs, qui se trouveront n'être en réalité que des bourreaux, Jésus renouvelle son affirmation (v. 9): «Je suis la porte,» et la développe. Lorsqu'il dit: QSi quelqu'un entre par moi,» il pense à l’entrée dans l’état de réconciliation, à la participation au salut messianique par la foi; mais, lorsqu'il parle ensuite d'entrer et sortir, 1l est clair qu'il ne veut point dire que la brebis sort du salut pour y rentrer de nouveau. Entrer et sorkr est une expression fréquemment employée dans l'Écriture pour désigner le libre usage d’une demeure, dans laquelle on. entre et d’où l’on sort sans gêne, ce qui suppose qu’on est de la maison, qu’on y est chez soi (Deut. XXVIIE, 6; XXXI, 9; Jér. XXXVII, 4; Act. [, 21). Par l'entrée Jésus veut désigner ici la satisfaction du besoin de repos, la possession d’un asile sûr; par la sortie, la satisfaction du besom de nourriture, la jouissance d’un riche pâturage (Ps. XXII). Aussi l'expression sortira est-elle immédiatement suivie de ces mots : et trouvera de la pâture. Gette idée de pâture est

précisée, au v. 10, par celle de vie. Jésus y ajoute même l'idée de surabondance, de superflu. Par là, il ne désigne certainement pas, comme l’a cru Chrysostome, quelque chose de plus excellent que la vie, la gloire par exemple; mais 1l veut dire que le pâturage spirituel renfermera toujours plus de nourriture que ce dont la brebis pourra user: VI, 12. 13. Voilà l'avenir bienheureux du troupeau messianique, tandis que la masse du peuple, qui reste sous la conduite des pharisiens, après avoir servi à la satisfaction de leur orgueil, de leur ambition et de leur cupidité, finira par périr sous leur conduite. Il semble que les trois verbes expriment une gradation : xXébyn se rapporte au monopole exercé sur ces âmes; Juon, à la corruption morale qui en résulte ; et arohéon, à leur perdition finale.

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