‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 103 sur 278 · Gomp. K. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, 1° éd. p · texte numérisé non relu

Gomp. K. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, 1° éd. p

même? Après avoir en vain cherché à rassembler Israël, il renonçait à le sauver, et, abandonnant aux pharisiens la domination du gros du troupeau, il se bornait à emmener hors de cette bergerie les quelques pauvres brebis qui, comme cet aveugle, avaient regardé à lui. Il est presque impossible de supposer que Jésus n’ait pas eu le tableau de Zacharie devant les yeux, en prononçant les paroles suivantes.

Lücke observe, avec raison, que les mots dury œunv ne commencent jamais quelque chose de tout nouveau. Cette formule rattache toujours très-étroitement ce qui suit à ce qui précède, soit comme confirmation, soit comme réplique. — Une bergerie n’est pas, en Orient, un bâtiment couvert, comme nos éfables; c’est un simple enclos, entouré d’une palissade ou d’un mur. L'on y fait rentrer, le soir, les brebis. Plusieurs troupeaux sont ordinairement réunis dans une telle enceinte. Les bergers, après les avoir remis aux soms d’un gardien commun, le portier, qui, pendant la nuit, est chargé de veiller à leur sûreté, s’en retournent chez eux; au matin, ils reviennent, heurtent à la porte de lenclos solidement verrouillée; le gardien louvre. Ils séparent alors chacun leurs propres brebis, en les appelant à eux, et, après avoir formé leur troupeau , le conduisent au pâturage. Quant aux voleurs, c’est en escaladant le mur d'enceinte, qu'ils cherchent à pénétrer dans la bergerie. Rappeler ces usages, qu’a constatés Bochart, dans-son Hiérozoicon, et que confirment les voyageurs modernes, c’est presque avoir expliqué notre allégorie. — La bergerie désigne la théocratie. L'intrusion par le moyen de la ruse (le larron) ou de la violence (le brigand) représente l'hypocrisie et l'audace avec lesquelles les pharisiens étaient parvenus à établir leur autorité dans l'enceinte sacrée. Rien, en effet, dans la loi, ne justifiait la mission que ce parti s'était

arrogée en Israël, et le pouvoir despotique qu'il y exerçait. — En opposition à ce ministère sans vocation, l'image de la porte désigne naturellement l'entrée légitime, la charge divinement instituée, et spécialement, dans le contexte, la fonction messianique annoncée et préfigurée dans tout l'Ancien Testament par Dieu même. Le berger est le vrai Messie, en vue duquel cette entrée normale a été préparée. Ilourivy sans article est adjectif et désigne la qualité, non l'individu : 1l entre comme berger, non comme brigand. La preuve de sa vocation résulte du mode de son entrée: il n’a besoin de recourir ni à l’astuce ni à la violence. Le portier lui ouvre. Quel est ce portier? Selon Bengel, Hengstenberg : Dieu lui-même, en tant que c’est le Père qui attire les âmes au Fils. Mais Dieu, le propriétaire du troupeau, pourrait-il être décemment représenté par ce serviteur d'un ordre tout à fait inférieur ? Selon Stier, Lange: le Saint-Esprit. Même objection. D'ailleurs, Jésus doit désigner par cette image un emploi historique, un ministère aussi positif que celui du berger lui-même. D’après Chrysostome : Moïse, puisque la loi conduit à Christ. C’est bien recherché. Les modernes (Lücke, de Wette, Meyer) pensent que ce personnage n’est qu'un ornement dans le tableau. Mais son rôle n'est-il pas trop expressément signalé pour cela? Lampe entend par le portier ceux qui attendaient Christ en Israël et spécialement Jean-Baptiste. Tout le commencement de notre évangile prouve que c’est à ce dernier, et à ce dernier seul, que pense Jésus. C'était lui que Dieu avait suscité expressément en [Israël pour signaler le Messie et l'introduire dans la théocratie : «Afin que tous crussent par lui» (1, 7). Son témoignage, revêtu d’une divine autorilé, eût dû ouvrir immédiatement à Jésus la porte des cœurs.

= Ce n’est pas seulement la manière d’entrer qui distingue

Je berger du voleur; c’est aussi la manière dont il réunit le troupeau. Le voleur entraîne de force les brebis; il suffit au berger de faire entendre sa voix: elles la reconnaissent, se démêlent spontanément d'avec les brebis appartenant à d’autres bergers, et se rassemblent autour de lui. Le peuple théocratique n'était pas tout entier le troupeau du Messie; Jésus le voyait bien. Un triage devait donc s’opérer. Jésus n’a pas besoin d'agir, pour cela; il lui suffit de parler; car il y a une harmonie préétablie entre le cœur des brebis et le timbre de sa voix. N’est-il pas Jéhovah, ce berger dont la voix est déjà connue des vraies brebis? Quand il se présente à Israël, ne vient-1l pas comme chez les siens? Les expressions ot tôvot, ta toux ([, 11) sont réellement empruntées à ces discours (v. 5 et 4). Dès que Jésus paraît, il fait sur le cœur de tout vrai Israélite l'effet d’un être déjà connu et aimé. — Plusieurs interprètes appliquent l’expression les brebis (v. 2 et 3 a) aux membres de la théocratie en général, en opposition au terme ses propres brebis (v. 3b et 4) qui désignerait uniquement les croyants. Cette distinction est insoutenable; elle forcerait à donner à l’expression entendre sa voix un sens tout à fait extérieur, ce qui est contraire au parallèle v. 27 et au contexte. Le terme les brebis ne désigne que les Israélites moralement prédisposés à croire au Messie, et l’expression suivante : ses propres brebis, se rapporte à ces mêmes fsraélites, une fois qu'ils sont réellement venus à lui et qu'ils sont devenus complètement siens par la foi. Alors il les regarde avec une tendresse toute nouvelle; il prononce le nom particulier de chacune — c’est sans doute le sens de la leçon owvyei — ou il les invite à le suivre en les appelant par leur nom — c’est ce que signifie la leçon xast. Dans les deux cas, il ne s’agit plus seulement de l'appel général indiqué par le mot sa voix. Le nom est, dans l’Écriture, comme le dit Hengstenberg,

l'expression de la personnalité. Et cette dénomination spéciale donnée à chaque brebis est la preuve de la connaissance la plus individuelle et de la tendresse la plus intime. Comp. le nom de Pierre, donné à Simon (1, 43) et XX, 16 où Jésus résume dans le nom de Marie tout ce qu’elle est pour lui, tout ce qu'il est pour elle. Qu'on se rappelle aussi le : «Toi, crois-tu?» adressé à l’aveugle guéri IX, 35. Jusqu'à Lange, si nous ne nous trompons, l’exégèse n’avait point saisi la portée de ces mots: «Et ol les conduit dehors.» Pour les comprendre, il fallait avoir pénétré plus profondément dans la pensée et dans le plan de notre évangile qu'on ne l'avait fait jusqu’à ces derniers temps. Ce n’est pas seulement ici une description banale du berger conduisant son troupeau au pâturage ; Jésus caractérise par ces mots une situation historique déterminée. Le moment est venu pour lui d'emmener son propre troupeau hors de la théocratie, dévouée à la rume. Il a reconnu le signal de cette rupture inévitable dans l’expulsion de l'aveugle-né (IX, 34), dans le décret d’excommunication qui le frappe lui-même avec tous ses adhérents (IX, 22), et en général dans l'hostilité violente dont il se voit l'objet (ch. VIT et VHD. Le terme énergique éxBæxn (v. 4) reproduit avee plus de force encore cette idée capitale. Il désigne un acte énergique et presque brusque par lequel le berger aide la brebis, qui hésite encore, à rompre avec le bercail dans lequel elle avait élé gardée jusqu'alors et à se livrer sans crainte aux chances de la nouvelle existence que l'appel du berger ouvre devant elle. Le reste du verset décrit la vie du troupeau messianique, ainsi formé, dans les pâturages spirituels où l'introduit son divin conducteur, puis la fidélité persévérante des brebis, dont celle de l’aveugle vient de donner un exemple, et enfin l'intime relation qui existé entre les brebis et le berger. Otôaor, elles connaissent, est bien plus

fort qu'axovsr, elles entendent (v. 3); ce mot se rapporte à la pleine connaissance qui résulte de la relation journalière.

Sur le chemin que suivent les brebis, se font entendre, à droite et à gauche, des voix étrangères, qui cherchent à les détourner des pas du berger; ce sont celles des voleurs qui, mosant jouer en plein jour le rôle de brigands, essayent de celui de séducteurs. Peut-être Jésus fait-11 allusion à l'invitation hypocrite des pharisiens IX, 24: «Donne gloire à Dieu,» et à leurs sarcasmes (IX, 40). Mais la séduction ne réussit pas plus à briser le lien que la violence n'a pu l'empêcher de se former. La brebis est désormais familiarisée avec la voix du berger, de sorte que toute voix qui n'est pas la sienne, produit sur elle un effet étrange et repoussant.

Plusieurs interprètes modernes, et des meilleurs, Lücke, Meyer, Lange lui-même, ont appliqué l'image du berger, dans cette parabole, non à Jésus, mais aux pasteurs de da nouvelle alliance. Gette interprétation n’a pas le momdre point d'appui dans da situation donnée. L’unique raison qu'on puisse alléguer en sa faveur, est le mot de Jésus au v. 7: «de suis lu porte,» d’où l'on conclut que le berger, dans le premier tableau, ne peut être Jésus lui-même et doit désigner des serviteurs auxquels il ouvre l'entrée des cœurs par sa parole. Mais cette raison n’a aucune valeur; car les deux tableaux sont absolument différents, comme nous le verrons et comme le prouve la séparation complète qu’établit entre eux le v. 6. Et cette interprétation force à donner de tous les traits du tableau v. 1-5 des explications fort peu

1. On connaît le trait de ce voyageur écossais qui, ayant rencontré sous les murs de Jérusalem un berger ramenant son troupeau, changea de vêtements avec lui, et, ainsi déguisé, se mit à appeler à lui les brebis. Celles-ci restèrent immobiles. Le vrai berger fit alors entendre sa voix. Toutes accoururent, en dépit de son nouveau costume.

naturelles. Dans ce passage ressort de nouveau, très-clairement, l'idée de l’unité organique de l'ancienne et de la nouvelle alliance, que l’on prétend ne pas se trouver dans le quatrième évangile.

V. 6. «Jésus leur dit cette similitude; mais eux ne comprirent point ce que signifiait ce qu'il leur disait.» — Le mot raçoruia désigne proprement un sentier à côté du chemin, de là un discours figuré; ce mot et celui de rxoañor sont employés indifféremment par les LXX pour rendre DU. — L'expression énergique tiva v vient de

ce que l’essence d’une image, c’est son sens.

JL.

La porte : v. 7-10.

V. 7-10. «Jésus leur parla donc de nouveau, disant: En vérité, en vérité, je vous dis que c’est moi qui suis la porte des brebis. 8 Tous’ ceux qui sont venus avant moi”, sont des larrons et des brigands; maïs les brebis ne les ont point écoutés. 9 Je suis la porte; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; et il entrera et sortira et trouvera de la pâture. 10 Le larron ne vient que pour dérober, pour tuer et pour détruire; moi, je suis venu afin qu’elles aient la vie et qu’elles aient le superflu.» — Jésus, après avoir décrit la manière simple et normale dont le Messie forme son troupeau, en opposition aux procédés arbitraires et tyranniques par lesquels les pharisiens avaient réussi à établir leur autorité dans la théocratie, dépeint,

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