‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 143 sur 278 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Les faits.

1° Le lavement des pieds: v. 1-20; 2° L’éloignement de Judas : v. 21-50.

Le laveinent des pieds : v. 1-90.

Cette section comprend trois morceaux : le préambule (v. 1-3), le fait (v. 4-11) et l'explication du fait (v. 12-90).

4° V. 1-3 : préambule.

Nous avons déjà trouvé au commencement de quelques récits de courts prologues destinés à résumer la situation morale sous l'empire de laquelle le fait raconté ensuite s’est passé : ainsi, I, 23-25; IV, 1-9; 48-45. Ces préambules sont, par rapport au morceau qui suit, ce que le prologue est par rapport à l’évangile en général; celui qui va nous occuper est composé de la même mamière que le prologue: le contenu en est emprunté tout entier aux paroles pronon-

cées par Jésus dans le cours du récit auquel il sert d’introduction.

V. 1. «Avant la fête de Pâques, Jésus, sachant que son heure était venue‘, où il devait quitter ce monde pour aller au Père, après avoir aimé les siens* qui étaient dans le monde, acheva de leur témoigner tout son amour.» — Les mots: «Avant la féte de Pâques, » se rattachent évidemment à la ‘détermination précédente (XII, 1): «Six jours avant la Päâque,» et, dans cette relation, ne peuvent guère signifier autre chose que la veille de la fête. Comp. v. 29: « Achète ce dont nous avons besoin pour la féle.» Les mterprètes qui prétendent ramener le sens de la narration johannique à celui de la narration synoptique, quant au jour du dernier repas de Jésus, donnent ici à l’expression : la féle de Päques, le sens le plus étroit et lappliquent au repas pascal uniquement. «Avant la fêle de Pdques» signifierait: (Au commencement du souper, avant que le repas pascal proprement dit eût commencé.» On sent aisément combien ce sens est peu naturel; il devrait au moins y avoir : xpù Toù dalrvov Toù Taoyx, avant le repas de la Pâque. La suite confirmera la première explication. — Sur quel verbe porte cette détermination chronologique ? Évidemment sur vyarnoev, il aima. Mais, comme ce verbe exprime un sentiment permanent dans le cœur de Jésus, plusieurs interprètes ont rejeté ce rapport; Jean pourrait-il dire : (Avant la fête, Jésus aima...»? Les uns envisagent donc les mots sis téhos MyaTnos) adtous comme une parenthèse, ce qui est forcé. Les autres tiennent la phrase suspendue jusqu'au vrai verbe principal, qui serait, selon eux, éyetpetar, il se lève (v. 4), et auquel se rapporterait le

1. Le T. R. avec les byzantins lit exnlu@ev, les alexandrins n)0ev. 2. N: tous loudarouc (les Juifs !).

circonstanciel de temps : « Avant la fête» (de Wette, Lücke). Cette construction est forcée; et une détermination générale, comme celle-ci: (Avant la fête de Päques,» ne saurait s'appliquer à un fait aussi spécial que celui-ci: «1 se lève de table.» On a essayé aussi de rapporter ces mots aux participes stdoç (Luthardt), &yarñoas (Wieseler). Mais, placés comme ils le sont avant ces participes et en tête de tout le morceau, 1ls ne peuvent se rapporter qu'au verbe principal, à nyarnos, 1 aima. Cette relation la plus simple est aussi celle qui offre le meilleur sens. Le verbe &yaxäy, aimer, comme le prouve déjà l’aoriste, ne désigne pas seulement 1c1 le sentiment, mais comprend aussi les manifestations extérieures; et Jean veut dire, non que Jésus aima les siens avant la fête, ce qui serait absurde, mais que ce fut en ce moment suprême qu'il acheva de faire éclater envers eux tout son amour, qu'il se surpassa en quelque sorte luimême dans les témoignages de son amour.

A cette donnée chronologique, Jean rattache une détermination de nature morale: «Jésus, sachant que.» Ges mots décrivent le sentiment intime sous l'empire duquel eurent lieu ces dernières manifestations de l'amour de Christ: il savait que son départ était proche. Hengstenberg et d’autres paraphrasent le participe «sachant» dans ce sens : (Quoiqu'il sût..,» comme si Jean voulait dire que la perspective de sa grandeur prochaine ne l’empêcha pas de témoigner aux siens son amour jusqu'au bout. Mais ce sentiment ne s’entend-il pas de lui-même? Jean ne veut-1l pas dire plutôt que Jésus, parce qu'il voyait approcher le moment de la séparation, redoubla de tendresse envers ceux qu'il avait aimés? N'est-ce pas à ce sens que conduit la correspondance des mots : « De ce monde,» et: «Les siens qui étaient dans te monde,» aussi bien que l'opposition de ceux-ci: (De ce monde,» et: « Au Père»? Le contraste de

l'état dans lequel 1l les laisse et de celui dont 1l va jouir est précisément ce qui fait déborder en ce moment son amour.

Enfin, Jean ajoute une troisième détermination: « Ayant aimé les siens...» Ge qui signifie non : «Comme il les avait ‘aimés, il continua à le faire,» mais: (Si, jusqu'à maintenant, il les avait amés, ce fut en ce moment surtout: qu’on put dre qu'il les aima.» — L'expression tods tôlous, les siens, exprime tout le prix que son cœur attachait à ces êtres dont le Père lui avait fait don et qu'il laissait seuls dans une position si critique. — Ets téhos ne paraît pas avoir en grec le sens : jusqu’à la fin. Du moins, Passow ne le mentionne pas, et le Nouveau Testament n’en offre pas d'exemple. Dans les deux passages Luc XVIIT, 5 et 1 Thess. I, 16, il faut traduire: à la fin, sens qui se trouve aussi dans le grec profane (Passow). Mais, appliquée ici, cette signification est fade. Le sens ordinaire de etç téhos, dans le bon grec, est: au plus haut degré; et c’est aussi celui qui convient le mieux ici. En ce dernier moment, les manifestations de sa tendresse atteignirent un degré de vivacité qu’elles n'avaient pas eu jusqu'alors; elles épuisèrent, en quelque sorte, le sentiment qui les produisait.

Comme nous trouvons au v. 2 une nouvelle introduction, qui se rapporte plus spécialement aux faits du lavement des pieds et du départ de Judas, racontés dans ce chapitre, le v. À doit être envisagé comme formant le préambule non de ces récits en particulier, mais de toute cette partie de Pévangile, ch. XII-XVIL Cest, en effet, dans les discours, ch. XIV-XVI, et dans la prière, ch. XVII, bien plutôt que dans le ch. XII, que se font jour les préoccupations de Jésus que Jean résume dans ce v. 4, et qu'éclata cet amour suprême qu'il rappelle ici. Comp. XIV, 15 : «Je m'en vais à mon Pére.» XV, 18: «Si le monde vous hait, sachez... » XVI, 28 : «Je quite le monde et je m'en vais à mon Père.»

XVI, 38 : « Vous aurez de l'angoisse dans le monde.» XVI, 11 : «Je ne suis plus dans le monde; mais eux sont dans le monde, et je vais à toi.» Comp. encore XV, 9. 41. 14; XVI, 23*P4N00 Etc

V.2 et 3. QEt un repas ayant eu lieu‘, alors que le diable avait déjà mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, de le trahir?, 3 Jésus, sachant que le Père avait remis * toutes choses entre ses mains, et qu’il était venu de Dieu, et qu'il s’en allait à Dieu...» — Comme le premier, ce second préambule, qui se rapporte uniquement à la scène suivante, comprend trois détermimations, propres à mettre dans son plein Jour l'acte de Jésus.

Et d’abord, une détermination temporelle : « Un repas ayant eu lieu.» Cest amsi que nous paraissent devoir être traduits les mots detrvov yevouévou. Pour que l’on püt traduire, comme le font plusieurs interprètes : (Le repas étant achevé, » 1l faudrait ou qu'il y eût l’article devant Ôeirvov, ou que le contexte indiquât clairement qu'il s'agit 1c1 du repas par excellence, le repas pascal, tandis que les premiers mots du v. 1: (Avant la fête de Pâques,» étaient bien plutôt propres à faire naître l’idée contraire. D’après la leçon alexandrine (ytwonévou), le sens serait: «Au moment où commençait un repas» ou «le repas.» Quoique approuvée par Tischendorf et Meyer, cette leçon pourrait bien être une correction destinée à placer, comme cela paraissait naturel, le lavement des pieds au commencement du repas.

1. On lit yvouevou dans N (yetvon.) BL X Or. (4 fois), au lieu de yevouevou que lit T. R. avec tous les autres Mjj. tous les Mnn. et Vss. Or. (1 fois).

2. NBLMX Iteia Vo. Or. (7 fois) lisent tou draf. nn fBefanx. ec tv. x0pÔ. tva Tapadw autoy Toudas À. IcxaptwTrnc. T. R avec 11 Mjj. les Mnn. Jtplerique Syr. Or. (3 fois) lit tou Otaf. nÔn Befñanx. exc t. xap0. louda 2. ToxaprwoTou ya autov Tapadu.

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