Les alexandrins, Or. : edwxey au lieu de dedwxev
La seconde détermination : «Alors que le diable avait déjà.…..,» n'indique pas uniquement la suggestion diabolique. Le v. 27 suppose que la trahison était déjà consommée, ce qui est conforme aux Synoptiques, d'après lesquels l'accord avec le sanhédrin était antérieur d’un jour au moins à ce dernier repas. Le but de cette indication serait-il de dire que Jésus ne se laissa point arrêter par là dans laccomplissement de l'acte d'humilité auquel il allait se livrer, ou de faire ressortir que Jésus devait se hâter parce que le temps pressait (Lücke, Meyer)? Ces suppositions n’ont aucun point d'appui dans le récit suivant. Il est plus simple d'admettre qu'en mettant le lecteur au fait de l'état des choses, à cet égard, Jean veut lui faire comprendre les allusions que va faire Jésus à la trahison de Judas et la lutte qu'il va engager avec lui pour le forcer à s’en aller. Comp. v. 10. 18. 921. 26. 27. 30, auxquels cette indication est évidemment empruntée. — La variante alexandrine ne peut guêre avoir d'autre sens que celui que lui donne Meyer : «Be diable ayant déjà arrêté dans son cœur que Judas trahirait Jésus.» Mais ce sens est intolérable. Où est-il parlé, dans l’Écriture, du cœur du diable? Et depuis quand le diable dispose-t-il des hommes de telle sorte qu'il lui suffise de se proposer de faire un traître de l’un d’entre eux, pour qu'il le devienne? Gette leçon n’est donc pas admissible.
Le tableau de la situation, extérieure et morale, est complété par une troisième indication qui nous fait pénétrer dans le sentiment intime de Jésus et nous dévoile le vrai
core 1c1, l’on paraphrase ordinairement: (Quoique sachant. » Mais c’est là, selon nous, méconnaître entièrement la pensée de l’évangéliste et celle de Jésus lui-même. Ce n’est point malgré sa grandeur divine, c’est à cause de cette
grandeur que Jésus shumilie comme il va le faire. C’est précisément parce qu'il est le plus grand qu'il se sent appelé à jouer le rôle du plus petit, afin que les siens apprennent, par cet exemple, en quoi consiste la vraie grandeur dans le royaume messianique. C’est comme Maître, et non quoique Maitre, que Jésus remplit ici l'office d’esclave. Jean emprunte cette idée de son préambule au discours suivant de Jésus (v.13.14): « Vous m'appelez Maitre et Seigneur... Si donc...» On comprend parfaitement, dans ce sens, l’accumulation des propositions qui expriment la grandeur souveraine et divine de Jésus. Sa position est suprême : tout lui est remis; son origine et son but sont divins : il vient de Dieu et il retourne à Dieu. (Remarquez la répétition des mots tœrne et Geoç.) Et c’est la conscience même qu'il a de cette grandeur incomparable qui le pousse à s’abaisser comme nul autre. L'exemple n’en sera que plus frappant et plus décisif.
29 V, 4-11: le fait.
V. 4 et 5. «[Jésus| se lève de table et dépose ses vêtements; et, ayant pris un linge, il s’en ceignit; 9 puis il verse de l’eau dans le bassin; et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.» — Le v. 3 nous a initiés au vrai sens du lavement des pieds dans la pensée de Jésus. Se sentant le plus grand, il a compris que e’était à lui qu'il appartenait de montrer en quoi consiste la véritable grandeur. Au besoin, cela pourrait suffire pour expliquer lacte de Jésus v. 4 et suiv. Aussi Meyer et Ewald n’en cherchent point l'occasion dans quelque circonstance extérieure. Cependant, Jésus n’agit pas, en général, par la simple impulsion du dedans; il obéit à un signe de la volonté du Père. Plusieurs commentateurs modernes (Lange, Hengstenberg, etc.) admettent que l’ablution des pieds n’avait pas eu lieu, comme cela aurait dû se faire, au commencement du repas, parce
qu'il ne se trouvait pas là d’esclave pour accomplir cet office, et qu'aucun des disciples ne s’était offert volontairement à jouer ce rôle. Hengstenberg suppose que Pierre ou quelque autre avait lavé les pieds de Jésus, et qu'ensuite il avait pris place, avec ses principaux collègues, attendant que lun des disciples d'un rang inférieur leur rendit le même service. (est ce qui aurait provoqué la dispute dont parle sant Luc, et qu'il place à la fin du repas, sur la question de savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Jésus aurait mis fin à cette situation pénible, en se levant lui-même et en remplissant l'office de l’esclave, méprisé par ses disciples. Naturellement, tout cela se serait passé avant le commencement du repas. Les expressions ôsimvou yevopévou, Qun repas ayant eu lieu» (v. 2) et «il se lève de table » (proprement : « du repas»), sans contredire positivement cette explication, n’y sont pourtant pas favorables; elles portent plutôt à penser que le repas avait déjà commencé et qu'il était même près de sa fin. D'ailleurs, si c’eüt été là l’occasion de la dispute rapportée par Luc, le sujet de la discussion eût été, non : Qui est le plus grand? mais: Qui est le plus petit? Quel est celui qui doit se charger envers tous les autres du plus humble office? [l ne nous paraît pas douteux que la dispute dont parle saint Luc à été l’occasion du lavement des pieds; cela ressort presque nécessairement des paroles de Jésus dans saint Luc : «Les rois des nations dominent sur elles.…; qu'il n’en soit pas ainsi parmi vous. Car quel est le plus grand, celui qui est assis à table ou celui qui sert? Me voici au milieu de vous comme celui qui sert.» Mais, dans ce cas, cet acte doit être placé, comme la dispute elle-même, d’après saint Luc, à la fin du repas; et c’est aussi le sens naturel du texte de Jean. D'un autre côté, Schweizer observe avec raison que, si les
pieds des convives eussent déjà été lavés une fois, au com- IF. À
mencement du repas, l'acte de Jésus, ne répondant plus à aucun besoin, aurait un caractère artificiel; et Weisse n’aurait pas tort de l'appeler théâtral. Nous sommes ainsi amenés à penser que le lavement des pieds avait été totalement omis au commencement du repas, parce que ce m'était point une astriction légale (Luc VIE, 44), et qu'aucun des disciples ne s'était offert volontairement à remplir cet office envers son Maître et envers ses frères. Jésus avait d'abord laissé passer sans mot dire ce manque d'égards (comme Luc VIT); mais lorsque, dans le cours du repas, une discussion affligeante pour son cœur fait sortir au grand jour les pensées charnelles dont sont encore dommés ses disciples, alors il profite de l’omission de lablution pour leur donner, en comblant après coup cette lacune, la leçon dont ils ont besoin. — Jésus prend le costume d’esclave : Nihil ministerii omittit, dit Grotius. Ghaque trait fait tableau. ‘Tuæarra : ici, la robe de dessus; Jésus ne garde que la tunique. Il se ceint du linge, parce qu'il doit porter le bassin avec les deux mains. Nirrñox, avec l’article : le bassin qui se trouvait là; ce vase appartenait à l’ameublement de la salle. | V. 6-11. «Il vient donc à Simon Pierre, et celui-ci lui dit : Seigneur’, toi, tu me laverais les pieds? 7 Jésus répondit et lui dit : Ge que” je fais, tu ne le comprends pas pour le moment, mais tu le comprendras bientôt. 8 Pierre lui dit: Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’as point de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit: Seigneur”, non pas les pieds seulement, mais aussi les pieds et la tête. 10 Jésus lui dit : Celui qui est baigné n’a pas besoin d'autre chose
. N retranche exetvos xupue, et B b Or. exetvos seulement. . N lit « au lieu de o.
. N retranche xupre.
Ééo ?29 =
que de se laver les pieds’; mais il est net tout entier : et vous, vous êtes nets, mais non pas tous. 11 Car il connaissait celui qui le trahissait ; c'est pourquoi il dit: Vous n'êtes pas tous nets.» — Cet entretien avec saint Pierre est, dans cet acte, un épisode tout à fait inattendu. Ov, donc (v. 6) : en allant de Jun à l’autre d’après l'ordre dans lequel ils étaient assis. La conséquence naturelle à tirer de là est que Pierre n’était pas à côté de Jésus (comp. v. 24). — Le sentiment de vénération qui provoque cette résistance de Pierre, s'exprime dans l’antithèse des pron. ov et mou et dans le titre : Seigneur. Ici, comme Matth. XVI, 22, c’est le respect qui produit dans la conduite de cet apôtre le manque de respect. — L’antithèse de yo... ov (v. 7) répond à celle de 01... mov (v. 6). — Meta taïra, que nous avons rendu par bientôt, est rapporté par Chrysostome au ministère futur de saint Pierre (Ostervald : dans la suile; Crampon : plus tard). Mais le rapport entre yvosn, lu comprendras, et'yvooxete, comprenez-vous (v. 14), montre que Jésus pénse à l'explication qu'il va donner, après avoir achevé l'acte commencé.
La douceur de Jésus enhardit Pierre ; il n'avait qu'interrogé (v. 6); maintenant, il refuse positivement, et pour toujours. Jésus lui répond sur le même ton catégorique, et il y à certainement un écho du «pour jamais» de Pierre, dans ces mots: (point de part.» Comment s'expliquer cette menace ? Faut-il voir, avec Hengstenberg, dans le lavement des pieds un symbole du pardon des péchés par le sang de Christ? Rien, dans la circonstance qui avait donné heu à cet acte, non plus que dans lexplication qu’en donne Jésus, v. 12 et suiv., ne conduit à y donner ce sens. Faudrait-il
1. BCDL 10 Mnn. lisent e un au lieu de n. E** FH Mnn. re: ";, et N Veris Or. (6 fois) omettent n tous toû as.
admettre qu’en face de la résistance de Pierre, Jésus donne à cet acte une portée supérieure à celle qu'il lui avait donnée d'abord? Cest peu probable. Mais n'est-il pas tout simple de penser que Jésus envisage le refus de Pierre d'accepter le service qu'il veut lui rendre comme un refus de sa part d'entrer en plein dans l'esprit de son œuvre et comme un acte de persévérance opiniâtre dans l'amour de la grandeur charnelle dont Jésus voulait précisément purifier ses disciples en leur donnant en sa personne cet exemple d’humilité? En repoussant l’humiliation de son Maître, Pierre voulait, au fond, éloigner la sienne propre. Ainsi comprise, cette parole reproduit, avec une force nouvelle, la vérité que Jésus avait exprimée sous une autre forme et à l’occasion d’une discussion toute semblable entre les disciples, en disant: QSi vous ne changez et ne devenez comme des enfants, non-seulement ni l’un ni l’autre d’entre vous ne sera le plus grand dans le royaume des cieux, mais vous n’y entrerez pas du tout» (Matth. XVIIT, 1-4). — Méooc éxetv oùy, avoir part avec, est une expression fréquente dans : Ancien Testament pour indiquer la participation de l’inférieur à la richesse et à la gloire de son chef (Jos. XXIT, 24-95 ; 2 Sam. XX, 1).
Le v. 9 nous présente, chez Pierre, un de ces revirements d'impression subits que nous observons souvent chez lui, dans les Synoptiques. C’est bien ici le Pierre qui s’élance sur les eaux, et qui crie, linstant d'après: Je péris! qui frappe de l'épée, et qui prend la fuite; qui pénètre chez le grand sacrificateur, et qui renie. La concordance parfaite de ces traits disséminés et l’image pleme de vie qui en résulte, prouvent admirablement, dans ce cas comme dans tous les autres, ainsi que l’a si bien développé Luthardt, la pleme réalité de l’histoire biblique. — Au fond, ce que demandait Pierre en parlant ainsi, c’était une répétition de son baptême;
car cette cérémonie se célébrait très-probablement alors de cette mamière : le baptisé entrait dans l’eau jusqu'aux genoux et recevait sur la tête l’aspersion des mains de Pofficiant. C'est là ce qui donne la clef de la réponse de Jésus. Cette réponse est à double entente. «Une fois qu'on s’est baigné, on s’envisage comme net, et l'on ne répète pas cet acte au moment du repas; on se contente de se laver les pieds, en rentrant du dehors. Tout de même, s’il s’agit de ta pureté devant Dieu, le baptême complet que tu me demandes est superflu : vous possédez déjà le pardon des péchés en vertu du baptême que vous avez reçu au commencement, de l’attachement à ma personne et de la docilité à mon enseignement qui l’ont suivi. Comme celui qui s’est baigné , vous êtes nets. Ce que je fais maintenant avec vous, a un tout autre sens: j'enlève, par l'exemple d'humilité que je vous donne, une dernière souillure que j'observe en vous, cette fausse notion de la grandeur et de la domination terrestre, avec laquelle on ne saurait travailler à mon œuvre et avoir place, un jour, à ma table.» D’après cela, chaque chrétien doit appliquer cette parole à sa purification journalière par l’exemple, la parole et l'Esprit de Jésus. — Le leçon si pn, chez quelques alexandrins, est une correction du , qui est légèrement irrégulier. Le retranchement de # ou de tods rodœs, dans quelques autres, change complètement le sens: «Celui qui est baigné n'a plus besoin de se laver,» ou «de se laver les pieds.» Cest aussi une correction, provoquée sans doute par la difficulté du passage et particulièrement par les mots suivants : « Mais il est entièrement net.» Cette dernière parole doit s’expliquer ainsi : (Mais, bien loin d’avoir à se baigner une seconde fois, il a tout le corps net (sauf les pieds, qu'il faut toujours de nouveau laver).» — Les plus anciens apôtres avaient été baptisés par Jean-Baptiste (ch. 1), les autres, par
le même ou par leurs condisciples (IV, 1-2). — Mais ils ne sont pas tous dans cet heureux état de réconciliation que Jésus vient de leur attribuer. L’un d'eux, malgré son baptême, n’a jamais reçu le pardon, ou il en est déchu par son infidélité. Ce serait lui qui devrait accomplir réellement l'acte de conversion radicale dont Pierre venait, sans y penser, de redemander le symbole extérieur. C’est ici la première indication de la trahison de Judas, dans le cours de ce repas. En exprimant la douleur que lui fait éprouver ce crime, Jésus fait un dernier effort pour amener Judas à la repentance. S'il n’y réussit pas, il montrera du moins à ses disciples qu’il n’a pas été la dupe de son JP (v. 19). 3° V. 12-90: l'explication.
V. 19-17. «Lors donc qu’il leur eut lavé les pieds, et‘ qu’il eut repris ses vêtements, s'étant remis à table”, il leur dit: Comprenez-vous ce que je vous ai fait? 13 Vous m'appelez Maître et Seigneur”, et vous dites vrai; car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître”, vous devez aussi‘ vous laver les pieds les uns aux autres. 15 Car je vous ai donné un exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi. 16 En vérité, en vérité, je vous dis que le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. 17 Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux, pourvu que vous les fassiez.» — L’explication que nous venons de donner de l’entretien de Jésus avec Pierre ne prêtant point au lavement