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de passer le torrent de Cédron. En ce moment décisif, il se recueille et prie. — Il élève les yeux au ciel. C’est là un mouvement instinctif, un effort naturel de l’âme pour échapper à la prison du corps, une aspiration à la contemplation du Dieu vivant, dont la gloire resplendit dans la majesté des cieux. Les mots : « Et il dit, » signalent le moment où, au travers de ce ciel visible, son cœur a trouvé la face de Dieu et dans Le Dieu de l'univers reconnu son Père. Dans ce nom de Pére, qu'il lui donne, se concentre l'esprit de toute la prière qui va suivre. L'accent qui la distingue, est celui de la confiance filiale. Le mot NAN, Abba, que Jésus em-
ployait d'ordinaire en priant et qui avait exprimé les plus saintes émotions de son cœur, devint sacré pour les chrétiens et passa tel quel de l’araméen dans le grec du Nouveau Testament (Rom. VIIE, 15; Gal. IV, 6). — Cette heure dont Jean et Jésus lui-même avaient dit plusieurs fois dans le cours de l'Évangile, qu’elle n’était pas encore venue, avait sonné maintenant. C'était celle de la mort, comme transition à la gloire. Mais pour qu’elle aboutit à ce résultat, 1l fallait l'intervention du Père, la grande manifestation de son bras dans la glorification du Fils. Plusieurs entendent ici par la glorification de Jésus la perfection morale qu'avec le secours divin il fera briller dans ses souffrances; sa prière aurait ce sens : (Soutiens-moi, afin que je t’honore dans la lutte qui m'attend.» D’autres, comme M. Reuss, pensent plutôt à la puissance d’attraction que Jésus exercera désormais sur les hommes et à sa gloire spirituelle dans leurs cœurs. : Ces explications sont incompatibles avec le v. 5, qui montre que Jésus pense à sa réintégration personnelle dans l'état divin qu'il possédait avant son incarnation. Cette gloire de Jésus ne doit point être restreinte, comme le disent en général les interprètes orthodoxes, à la jouissance de la béatitude et de la splendeur divines. De son élévation ainsi
TROISIÈME CYCLE. — CHAP. XVII, 1. 2. 041 comprise, il ne résulterait point qu'il püt glorifier le Père à l'avenir mieux qu'il ne peut le faire à cette heure; et c’est pourtant là le but de sa prière : « Afin que ton Fils te glorifie. » C'est un accroissement de puissance personnelle, ce sont de nouveaux moyens d'action qu'il réclame. La réintégration dans la possession de la toute-présence, de la toutescience et de la toute-puissance divines, la participation de son humanité à la moon @coù (Phil. IE, 6), voilà ce qu'il lui faut désormais pour continuer à glorifier Dieu et consommer l'œuvre commencée. Il demande donc un changement trèsréel dans son état personnel. — Il parle de lui-même à la troisième personne : fon Fils. C’est ce que nous faisons toutes les fois que nous voulons attirer l'attention de celui à qui nous nous adressons, sur ce que nous sommes pour lui. Il n’y a donc rien de suspect dans cette troisième personne que Jean met dans la bouche de Jésus. Elle est d’ailleurs conforme à la manière ordinaire dont il parle de lui dans les Synoptiques où il se désigne habituellement comme le Fils de l’homme. Ce qui serait suspect à plus juste titre, ce serait cette expression que présente la leçon des alexandrins : « Afin que Le Fils te glorifie. » Car cette leçon a une temte évidemment dogmatique. Mais elle n’est pas plus vraisemblable que celle des mêmes Mss. I, 18 : le Dieu Fils unique. — La particule xat après {vx doit être conservée avec soin dans le texte, en dépit des mêmes documents. Ce petit mot fait bien ressortir le sentiment filial qui inspire cette demande : « Glorifie-moi, afin qu'à mon tour je te glorifie. »
Le v. 2 est une annexe explicative du v. 1. Dans la première proposition, Jésus rappelle ce qui lui donne le droit de dire au Père : « Glorifie-moi. » En priant ainsi, il ne demande que ce qui est conforme au décret de Dieu lui-même. « Selon que tu lui as donné...» Ce décret est celui par
lequel Dieu a attribué la souveraineté sur l’humanité tout entière, toule chair, à la Parole, au moment où elle s’est elle-même faite chair; comp. Éph. [, 10. — La seconde proposition est parallèle à la seconde du v. 1; elle exprime la même idée que celle-ci sous une autre face. Le vrai moyen de glorifier Dieu (v. 1), n'est-il pas de répandre la vie éternelle (v. 2)? Par là, Jésus motive donc d’une manière plus pressante encore sa demande : «Glorifie-moi, afin que je te glorifie à mon tour, en donnant, selon ton décret, la vie éternelle aux croyants. » C'est exactement comme s’il eût dit : «Accorde-moi l’Ascension, afin que je puisse opérer la Pentecôte. » — Ilay est un accusatif, et non, comme on le dit ordinairement, un nominatif absolu ; en commençant linversion, l'écrivain avait la conscience de laction qui doit être exercée sur ce rav: de là l’accusatif; seulement, lorsque plus tard le verbe arrive, il se trouve que ce verbe requiert le datif (aivoic). Comp. VI, 39. — Les mots « fout ce que tu lui as donné» ne renferment point, comme l'expression {oute chair, la totalité de l'humanité. Si Jésus glorifié à puissance sur le monde entier, c’est afin d'opérer le salut des croyants; comp. Éph. I, 22 : « I l'a donné, comme chef sur toutes choses, à l'Église qui est son corps.»
V. 3..« Or c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » — Jésus s'arrête à contempler cette vie éternelle dont il est appelé à faire part à l'humanité, et il en décrit avec un sentiment d'adoration la nature sublime. — La vie éternelle est une connaissance. Cette connaissance n’est pas uniquement verbale, rationnelle. L'Écriture prend toujours le mot connaître dans un sens plus profond. Quand il s'agit du rapport de deux personnes, ce mot désigne la parfaite intuition que chacune a de l'être moral de l'autre, leur rencontre dans le même milieu lumineux. Jésus a dé-
crit XIV, 21. 93 l'acte de révélation intime par lequel nous obtenons une telle connaissance de Dieu. C'est l’œuvre du Saint-Esprit. — L’apposition «le seul vrai Dieu» caractérise l'être auquel Jésus parle comme celui qui seul réalise l’idée exprimée par le mot Dieu (&\ntuwov), et cela en opposition aux créatures ou aux êtres imaginaires qu'il a plu aux hommes d’honorer de ce titre; selon ce que dit saint Paul : € 1! y en a plusieurs qui sont appelés Dieux au cel et sur la terre » (1 Cor. VIE, 5). Ge n’est donc point à l'exclusion de Jésus que Dieu est appelé le seul vrai Dieu. Serait-il une simple créature, celui dont la connaissance est, avec celle de Dieu, le principe de la vie éternelle ? Dans le prologue, v. 1, le Logos est, de la même manière, Juxtaposé à Dieu; et cependant, immédiatement après, il est dit : « Et la Parole élait Dieu. »
Si Jésus n’eût prié qu'en vue de lui-même, 1l se fût borné à ces premiers mots : « C’est ici la vie éternelle, qu'ils te connaissent, loi, le seul vrai Dieu!» Mais il prie à haute voix, par conséquent aussi en vue de ceux qui l'entourent. Et, tout en rendant hommage devant eux à Dieu, comme à la source de la vie éternelle, il a la conscience d’être le seul canal par lequel ils peuvent avoir accès à cette source (comp. v. 26). La jouissance de la vie éternelle, pour tout ce qui s’appelle homme, s’'identifie donc à ses yeux avec cette double connaissance : celle de Dieu, source de la vie, et celle de Jésus, intermédiaire entre Dieu et l’homme; et dans un sentiment de profonde reconnaissance envers l’auteur d’une telle grâce pour les hommes, il célébre le nouveau chemin de la vie, que sa venue leur ouvre, en se désignant au point de vue de ce qu’il est pour eux : «Jésus Christ (Jésus Messie),» comme il s'était désigné au v. 1 au point de vue de ce qu'il est pour Dieu : « Ton Fils.» Cette forme, tant critiquée depuis Bretschneider, s'explique par la situation
actuelle. Jésus avait constamment évité de se donner devant le peuple le titre de Christ. Plutôt que d'employer ce terme équivoque, lorsque la dénomination ordinaire de Fils de l’homme ne suffisait plus, il avait eu recours aux plus étranges circonlocutions (VITE, 24; X, 24 et suiv.). Il en avait agi de même dans le cercle de ses disciples (XIE, 43. 19). Une fois seulement ct par exception, en Samarie, sur une terre non juive, il prend expressément ce titre (IV, 26). Dans les Synoptiques, 1l se conduit de la même manière, Ainsi, Matth. XVI, 20, tout en acceptant la profession de saint Pierre, il en prend pourtant occasion d'interdire aux apôtres de le proclamer publiquement le Christ. Mais le nouveau mot d'ordre de l'humanité, le nom glorieux formé par la réunion des deux mots : Jésus, Christ, ne pouvait être proclamé par les apôtres sans qu'ils leussent entendu sortir, une fois au moins, de sa propre bouche. Eussent-ils pu le répéter avec une foi triomphante, jusqu'au bout du monde, ce symbole de la foi nouvelle, si jusqu’à la fin leur Maître eût persisté à tenir séparés les deux éléments qui le composaient ? Et dans quelle circonstance plus favorable, sous quelle forme plus digne et plus solennelle Jésus pouvait-il le proclamer, qu'en ce moment, dans ce dernier entretien avec son Père, en lui rendant hommage, en leur présence, de ce qu'il allait désormais, sous ce nom de Jésus-Christ, devenir pour eux et pour le monde? Jean n’a donc point commis une inadvertance. Il a fidèlement reproduit le moment inexprimablement grave et saisissant où 1l entendit enfin Jésus lui-même consacrer d’une manière imeffaçable, par cette profession explicite, la conviction qui n'avait cessé de se développer chez lui depuis le jour où 1l s'était approché de lui pour la première fois ([, 42). Plüt à Dieu que toutes les confessions de foi, dans l'Église, eussent toujours été aussi sobres que celle-ci et se fussent toujours,
comme elle, produites sous la forme de l’adoration! — Il ne faut pas traduire : (Qu'ils reconnaissent Jésus, que tu as envoyé, comme le Christ,» en faisant de dv areor. I. l'objet et de Xototév l’attribut, pas plus qu'il ne faudrait traduire dans le premier membre, contrairement au texte : « Qu'ils te connaissent comme le seul vrai Dieu. » Cette construction force à donner au mot connaître un sens trop intellectuel. L'objet est « celui que tu as envoyé, » pendant de cé dans la première proposition; et «Jésus Christ » est une apposition parallèle à «le seul vrai Dieu.» —"Tva est mis au lieu de 6, parce que la connaissance est présentée comme un but à attemdre. Après cet épanchement, Jésus revient à la prière du v. 1 ; il rappelle à Dieu (v. 4) ce qu'il a déjà fait, lui, Jésus, pour fonder sur la terre cette double connaissance dans laquelle consiste pour l’homme la vie éternelle, et 1l répète la prière du v. 1 en redemandant son état divin, dans lequel il pourra consommer l’œuvre commencée (v. 9).
V. 4 et 5. « Je t’ai glorifié sur la terre; j'ai accompli! l'œuvre que tu m'as donné à faire. 5 Et maintenant, glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que je possédais, avant que le monde fût, auprès de toi.» — Jésus veut dire : «Ce que je pouvais faire icibas, dans ma condition terrestre (rt ris yñs), pour te glorifier, je l'ai fait. Pour continuer et achever, il me faut désormais des moyens d'action plus efficaces. » Le v. 4 exprime, avec une candeur sublime, le sentiment d’une conscience parfaitement pure. Jésus n’aperçoit dans sa vie, en ce moment suprême, aucun mal commis, et même aucun bien négligé. Le devoir de chaque heure à été plemement rempli. Il n’y a eu, dans cette vie d'homme qu’il a mainte-
1. RABCL 4 Mnn. Iidiæ Syr. Cop. : Ttehetwouç au lieu d’eteletwoo. Il. 90
nant derrière lui, ni tache, ni lacune. — La leçon teketooac a le même sens que le T. R., mais elle vise trop à l'élégance.
Ces moyens d’action plus puissants, il ne peut les obtenir qu'en recouvrant son état primordial. C’est là le but pour lequel il le redemande; et il n’y à pas de témérité de sa part à adresser à Dieu une telle prière, puisque cette gloire divine est son essence et qu'il y a volontairement renoncé pour servir Dieu ici-bas. — Par les mots : « Auprès de toimême, » Jésus oppose la sphère divine à celle dans laquelle il vit présentement (sur la terre, v. 4); XIIL, 39. — L’expression «la gloire que je possédais » est opposée à une autre gloire qu'il a maintenant (1, 14). — M. Reuss pense que ce verset n'implique point la préexistence absolue, l’éternité, mais uniquement une certaine antériorité par rapport au monde. Mais au point de vue biblique, le monde embrasse tout ce qui appartient à la sphère du devenir, et au-dessus de cette sphère il n’y a que l’étre, l'éternité. Comp. l'opposition de yivechar et de etvar I, 1. 3; VIE, 58; et Ps. XG, 2. — Ilxpo oo1, auprès detoi, ne peut avoir le sens purement idéal qu'ont donné à ce mot les Sociniens. Comp: VILE, 98. — De ce que Jésus dit : « Avant que le monde füt, » et non: «Avant que je vinsse dans le monde, » Schelling concluait "que l’abaissement du Logos avait commencé avec la création, et non point seulement au moment de l’incarnation. Cette conclusion n’est point fondée exégétiquement. Jésus veut simplement par là opposer cette gloire à une gloire qui aurait eu un commencement,
V. 6-19 : Jésus prie pour ses apôtres et demande le mainten et le perfectionnement de leur consécration à l'œuvre divine.
Cest en vue de l’œuvre de Dieu que Jésus a redemandé