XVIII, 12-XIX
Le procès de Jésus.
4° Le procès religieux : XVII, 19-27 ; 2° Le procès civil : XVIIE, 28-XIX, 16.
Le procés religieux : XVIIE, 12-27.
Le morceau suivant contient le récit d’une comparution de Jésus chez Anne, ex-grand-sacrificateur, récit qui se trouve comme entrelacé avec celui du reniement de saint Pierre. Cette comparution n’est point mentionnée dans les Synoptiques. En échange, ceux-ci racontent une séance du sanhédrin chez Caïphe dans laquelle Jésus fut condamné à mort. Cette séance n’est pas racontée par Jean. Comment : expliquer ce rapport entre les deux formes principales de la narration évangélique? Jean aurait-il à tort placé chez Anne la comparution qui, d’après les Synoptiques, a eu
lieu chez Caïphe? C’est ce que croient les uns. Ou bien les Synoptiques ont-ils fait par erreur de la maison de Caïphe le théâtre de la scène qui s’est réellement passée chez Anne? Cest ce que prétendent les autres.
Remarquons, d'abord, qu’en disant, au v. 13, que la troupe conduisit Jésus chez Anne, Jean ajoute : teôrov, premiérement, par où 1il fait entendre positivement qu'il y a eu une autre séance subséquente. Cette séance ne peut être la comparution devant Pilate (v. 28). Car il est dit expressément, au v. 24: «Anne envoya donc Jésus lié à Caïphe, le souverain sacrificateur,» et, au v. 28 : « Is conduisent donc Jésus de (la demeure de) Caïphe au préloire.» Jean ne saurait attester plus clairement que par ces expressions le fait d’une séance chez Caïphe, lors même qu'il en omet le récit. D’ailleurs, le procès de Jésus devant Pilate suppose nécessairement qu'il avait été condamné à mort par le sanhédrin (v. 31; XIX, 7. 11. 16). Or, dans la séance qui eut lieu chez Anne, il ne s’est, d’après le récit de Jean, rien passé de semblable. L’interrogatoire que subit Jésus a le caractère d’une enquête et nullement d’un jugement. Le récit de Jean bien compris n'exclut donc pas, mais suppose le jugement de Jésus chez Caïphe, tel que le racontent les Synoptiques.
Le rapport entre les deux narrations est donc celui - ci: Les Synoptiques n’avaient raconté que la scène principale, celle de la comparution de Jésus devant le sanhédrin chez Caïphe, et avaient omis, comme le faisait sans doute l’évangélisation orale, la scène moins importante de l’interrogatoire qui avait eu lieu chez Anne. Jean comble cette lacune et omet en échange la séance officielle du sanhédrin, comme suffisamment connue. Autant il est inadmissible que la condamnation de Jésus n’ait pas été prononcée comme le rapportent les Synoptiques, autant il l’est que ce jugement n’ait
DEUXIÈME SECTION. — CHAP. XVIII, 12-14. 979 pas été précédé d’une enquête propre à lui donner une apparence de légalité, amsi que le raconte Jean.
Strauss, suivant les indications de Baur, ne voit dans la comparution chez Anne qu’une fiction du pseudo-Jean, qui tient à faire condamner Jésus par deux grands-prêtres juifs, Anne et Caïphe, comme Luc l'avait fait déclarer innocent par deux souverains terrestres, Pilate et Hérode. Quant à la comparution chez Caïphe, Jean l’omettrait parce qu’il ne lui restait plus rien à raconter sur ce point. Le rapport des deux faux témoins avait déjà été exploité par lui dans le récit II, 19; la déclaration de Jésus: « Dès ce moment vous verres le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel,» l'avait été pareïllement dans sa réponse à Nathanaël 1, 52; il avait anticipé le récit de la condamnation, dans le tableau de la séance du sanhédrin XI, 49; et enfin quant à la déclaration de Jésus qu’il est Le Christ, le Fils de Dieu (Matth. XXVI, 64), le quatrième évangéliste voulait bien se garder de lui faire dire qu’il füt le Messie juif'.— Voilà à quelles misérables subtilités est poussée la critique, une fois qu’elle met la fraude à la base des compositions évangéliques. Si une telle supposition était fondée, pourquoi l’habile romancier ne se serait-il pas abstenu de toute allusion à cette séance chez Caïphe qui l’embarrassait tellement? Et n’était-ce pas précisément pour lui le moment de présenter les deux témoins exploitant devant le sanhédrin la parole qu’il avait prêtée à Jésus II, 19?
V.12-14. «La cohorte et le tribun et les huissiers des Juifs se saisirent donc de Jésus et le lièrent, 13 et ils le conduisirent * d’abord à Anne ; car il était beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur de cette année-là. 14 Caïphe était celui qui avait donné aux