‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 20 sur 278 · Revue germanique, 1% décembre 1863, p. 110, note · texte numérisé non relu

Revue germanique, 1% décembre 1863, p. 110, note

par conséquent, sept mois consécutifs. Nous avons déjà dit que c’est dans cet espace de temps que doit se placer la majeure’ partie des événements du ministère galiléen raconté par les Synoptiques. Gette supposition naturelle est confirmée par le récit qui va nous occuper. Le double miracle de la multiplication des pains et de l’apaisement de la tempête, le seul fait que Jean excepte du silence général dans lequel 1l laisse enveloppée toute cette période du ministère de Jésus, est aussi le seul événement qui, dans le tableau de l’activité publique de Jésus avant la Passion, soit commun au quatrième évangile et aux trois Synoptiques. C'est ici un point saillant qui établit expressément le synchronisme entre les quatre narrations évangéliques.

Une circonstance qui rend plus frappant l'éloignement où Jésus se tient de Jérusalem pendant tout ce temps, c’est que c'était précisément l’époque de l’année sur laquelle tombaiïent les deux grandes fêtes de Pâques et de Pentecôte. La conduite de Jésus avait donc besoin d’une explication. Nous la trouvons VII, 1 : CET Jésus séjournait en Galilée; car il ne voulait pas séjourner en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir.» On peut donc dire que le ch. VI est réellement la continuation du ch. V, en ce sens que le séjour suivi en Galilée, dont le ch. VI décrit le moment le plus saillant, était le résultat de l’animosité qu’avaient excitée contre Jésus à Jérusalem le miracle et le discours rapportés au ch. V. Au point de vue moral le fil du récit n’est donc point brisé.

Mais pourquoi de toute la multitude des faits qui ont rempli le ministère de Jésus en Galilée, Jean raconte-t-Il celui-ci, et celui-ci seul? Le miracle de la multiplication des pains fait éclater la gloire de Jésus; cela est certain. Mais cette raison ne suffit pas; car elle s’appliquerait aussi bien à d'autres événements, à la Transfiguration, par

exemple. Le discours qui suit le miracle est d’une importance capitale, assurément. Mais est-il tellement exceptionnel, quant à sa valeur intrmsèque, que seul il ait paru à Jean digne d’être rapporté, tandis que cet évangéliste omettait tous les autres discours que Jésus avait prononcés en Galilée pendant presque toute une année? Non; pour nous expliquer cette exception remarquable, 1l faut nécessairement remonter jusqu'à l’idée première de cette partie de l’évangile, le développement de l’incrédulité nationale. La fin du chapitre fera voir que le moment ici décrit fut la crise décisive de la foi en Galilée. Cest le parallèle de ce qui se passe en Judée aux ch. VIT et XIL. Seulement il y a cette différence , qu'à Jérusalem, où régnait une jalousie haineuse, le courant de l’incrédulité était violent, agressif, et devait aboutir au meurtre, tandis qu'en Galilée, où, après un moment d'enthousiasme, le peuple ne trouvait plus en Jésus la réponse à ses aspirations charnelles, l’on se retirait déçu, et le Seigneur restait à peu près seul avec ses Douze. L’incrédulité revêt ici le caractère de l'indifférence et du dédain ; on ne tue pas, mais on s’en va (v. 66. 67).

Cest donc bien la gloire de Jésus qui éclate dans les deux miracles de ce chapitre ; c’est l'aliment le plus substantiel de la foi qu'offre Jésus dans le discours qui les suit; mais tout cela n’est destiné qu’à faire ressortir le déplorable résultat auquel aboutissent de si grandes grâces, la catastrophe de la foi dans cette province de Galilée où la foi en Jésus avait paru un moment devenir nationale et sa qualité de Messie juif pouvoir se concilier avec sa mission de Sauveur du monde.

Saint Jean seul a compris la portée de ce moment décisif dans le ministère de Jésus, comme seul aussi il l’a présenté sous son Jour complètement vrai (voir l’exégèse). Et voilà pourquoi 1l à reproduit tout ce récit, quoiqu'il se trou-

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