‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 227 sur 278 · Strauss, Das Leben Jesu, p · texte numérisé non relu

Strauss, Das Leben Jesu, p

plication d’une locution proverbiale et de certaines expressions seripturaires (ibid., p. 316). Quant au corps de Jésus, il avait tout simplement été jeté à la voirie avec ceux des deux autres malfaiteurs , et lorsque, plus tard, à la Pentecôte , Pierre proclama pour la première fois en public la Résurrection , il ne fut plus possible de le produire afin de dissiper l'illusion des disciples et d’anéantir l'effet de leur témoignage (4bid., p. 312). Telle est l'explication de Strauss, adoptée, dans ses traits principaux , par Baur et M. Renan.

Que le fait de la Résurrection n’ait pas eu de témoins, cela est certain ; mais cela ne peut rien prouver contre sa réalité, si les apparitions du Ressuscité sont suffisamment constatées. Or il est faux qu’elles ne soient constatées par aucun écrit apostolique. L’Apocalypse , que Strauss reconnait être de saint Jean, atteste, quoi qu'il en dise, la Résurrection : «J'ai élé mort, el maintenant je suis vivant. de tiens les clefs de la mort et du sépulcre» (1, 18). QVoici ce que dit celui qui a élé mort et qui a revécu » (I, 8). L'auteur n’emploie pas d’autres expressions quand il parle de la résurrection des fidèles (XX, 4) et de la résurrection universelle (XX, 9), faits qu’il envisage assurément comme corporels. L'idée d’une vie purement spirituelle que Strauss tente de substituer dans ces paroles à celle d’une résurrection proprement dite ne correspondrait point à celle de mort, à laquelle elle est opposée. Toute la vision du ch. V enfin, où Jean représente Jésus glorifié semblable à un agneau immolé et assis sur le trône, repose sur l'intuition de la résurrection corporelle de Jésus-Christ. Mais quand il n’existerait aucun écrit apostolique attestant la Résurrection, qu’importerait, puisque Strauss admet lui-même que la prédication apostolique qui a fondé l’Église impliquait la foi à la Résurrection ? — Les principales divergences entre les récits disparaissent dès qu’on reconnaît la nature sommaire du récit de Matthieu, conforme au caractère de tout son évangile, et dont nous venons de voir un exemple dans la manière dont il généralise l’apparition à Marie-Madeleine en l’appliquant indistinctement à toutes les femmes. L'apparition qu’il place en Galilée, la seule qu’il raconte après celle-là , résume toutes celles qui ont eu lieu dans cette contrée; car l’évangéliste veut uniquement constater qu'avant de quitter le monde, Jésus s’est proclamé le

Messie non-seulement des Juifs, mais de tous les peuples, et a laissé à ses apôtres la tâche de lui soumettre le monde avec la promesse de les soutenir dans cette conquête. Comme en général dans tous les discours rapportés dans cet évangile, la situation historique est entièrement subordonnée au fond. Le récit de Luc a également un caractère sommaire, comme le montrent les: QÆ£ ol leur dit, » plusieurs fois répétés, sans indication de situation historique; les détails étaient réservés à la seconde partie de l'ouvrage, au livre des Actes. En tous cas, plus les récits évangéliques diffèrent, quant aux détails, plus ressort leur unanimité, quant au fait capital. — Les contradictions que Strauss fait ressortir dans le récit biblique quant à la nature du corps ressuscité de Jésus, tombent avec la notion du corps spirituel qui, d’un côté, est encore en relation avec le corps naturel et, de l’autre, appartient à un nouvel ordre de choses. L'état de Jésus ressuscité est mixte : il tient à la fois de la terre et du ciel ; c’est un état de transition : «Je monte » (XX , 17). — L'apparition à Marie - Madeleine, telle qu’elle est décrite par Jean, ne peut être une simple hallueination; car Marie ne pense qu’à Jésus mort; c’est son cadavre qu’elle cherche ; or une hallucination ne pourrait s'expliquer que par la surexcitation de l’attente. Quant à la supposition que tout ce récit n’est qu’une fiction du pseudo-Jean, on ne la rendra jamais probable aux yeux de quiconque possède , en quelque mesure, le tact qui discerne le réel de l’artificiel. La même réflexion s'applique aux deux apparitions de Jésus aux apôtres rapportées dans le ch. XX. — Ces apparitions, ainsi que celles que décrivent les Synoptiques et celles qu'énumère saint Paul (1 Cor. XV), sont dues à l’hallucination. Mais comment admettre une hallucination simultanée et identique chez onze et même chez cinq cents personnes (1 Cor. XV, 6)? C’est ici une hypothèse qui dépasse toutes les bornes non-seulement du vraisemblable, mais même du possible. — Le voyageur anonyme et l’ami inconnu auxquels Strauss a recours pour expliquer les deux scènes d’'Emmaüs et du lac de Tibériade rentrent dans le genre bien connu des expédients à La Paulus, dont Strauss lui-même a tant de fois fait justice. — Ce qui embarrasse évidemment le plus Strauss, c’est la question de savoir ce qu’est devenu le cadavre. Si, comme cela

ressort des récits évangéliques , il est resté entre les mains des amis de Jésus, comment toutes leurs visions et toutes leurs hallucinations ne se sont-elles pas évanouies en face de ce corps? Aussi Strauss , à limitation de Volkmar, renvoie-t-il dans le domaine du mythe la cession du corps de Jésus par Pilate à Joseph d’Arimathée. Le corps serait, selon lui, resté entre les mains des ennemis du Seigneur. Mais alors, comment ne s’en sont-ils pas servis pour désabuser ces pauvres gens trompés par leur imagination? Qu’y avait-il de plus aisé que de les mettre en face de cette pièce de conviction ? Strauss prétend que la nouvelle de la Résurrection ne s’est répandue qu'à la Pentecôte, par la prédication de saint Pierre; il ne voit dans ce troisième jour, mentionné dans tous nos récits , qu’une expression légendaire. Sans doute, ce n’est qu’à la Pentecôte que la Résurrection a été publiquement et officiellement proclamée par les apôtres; mais, si le bruit n’en eût pas été répandu auparavant, quelle créance aurait trouvée cette nouvelle tombant des nues si longtemps après l'événement? L'effet puissant, instantanément produit par le discours de saint Pierre à la Pentecôte, suppose la connaissance du fait de la Résurrection déjà répandue chez les habitants de Jérusalem et en général dans le peuple juif. Seulement on cherchait à se l’expliquer par une fraude des disciples, et le discours de Pierre dissipa ce soupçon chez ceux qui étaient accessibles à de saintes impressions. En un mot, ou le corps est resté entre les mains des Juifs, et il eût suffi de le montrer pour détromper les apôtres; ou il est resté entre celles des apôtres, et toute illusion de leur part était impossible. — Pour que le retour des apôtres en Galilée, dans les lieux où ils avaient vécu avec Jésus, ait pu développer chez eux tous ensemble un élat d’exaltalion capable de produire les visions et les hallucinations supposées, ne faudrait-il pas en tous cas que Christ eüt été, pendant sa vie, un tout autre Christ que celui qu'admet Strauss ? Le prédicateur du Sermon sur la montagne, le Socrate juif, n’aurait certes jamais été revu, même par ses disciples les plus fervents, après sa mort. Un tel effet est hors de toute proportion avec la cause supposée. — L’exaltation maladive et fiévreuse dont on doit admettre, à ce point de vue, que les disciples étaient atteints, est incompatible avec le caractère calme, humble, pratique, persé-

vérant , sain et saint, de la vie chrélienne telle que l’a produite la foi à la Résurrection chez les apôtres, chez saint Paul et chez les vrais chrétiens de tous les temps.

Strauss a le bon sens d’accorder que sans la foi des apôtres à la Résurrection l’Église ne serait jamais née; le bon sens de l'humanité ajoute et ajoutera toujours que sans le fait de la Résurrection la foi à la Résurrection chez les apôtres et chez les premiers chrétiens est inexplicable.

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