Das Leben Jesu, 1864, p
quente, c’est uniquement la foi à la Résurrection',» (Tout historien, dit Strauss, doit posséder assez de philosophie pour savoir nier le miracle ici comme ailleurs. »
Il existe trois manières de se défaire du miracle de la résurrection de Jésus-Christ :
Le moyen le plus ancien et le plus simple est de supposer une fraude de la part des apôtres, qui auraient, d’une manière quelconque, fait disparaître le corps de Jésus (Matth. XXVIII, 12-1 0). C’est celui auquel ont eu recours, à la suite des Juifs qui l’avaient imaginé, Celse, les Fragments de Wolfenbüttel, et d’autres. Il est positivement rejeté par Strauss. Une tromperie préméditée est, en effet, incompatible avec le découragement dans lequel étaient plongés les disciples après la mort de Jésus et avec la foi triomphante qu’ils puisèrent, pendant tout leur ministère , dans la conviction de la résurrection de leur Maître.
Le second moyen consiste à admettre que Jésus n’était pas complètement mort quand il fut déposé dans le sépulcre , et que la force vitale se réveilla sous l’influence des aromates et de la fraîcheur du sépulcre. Paulus et Schleiermacher sont les principaux défenseurs de cette hypothèse. A ce point de vue, les apparitions de Jésus sont des faits réels, mais naturels. Strauss a fait aussi justice de cette hypothèse. Comment, en effet, Jésus apparaïîtrait-il dans une chambre dont les portes sont fermées ? Comment, après un supplice comme celui de la croix, ferait-il, avec les disciples d’'Emmaüs, un long chemin à pied, pour disparaître ensuite de table subitement? Comment, quelques jours plus tard, entreprendrait-il le voyage de Galilée ? Mais surtout, comment un être à demi mort, qui se serait misérablement traîné hors de la tombe, qui ne devrait la vie qu’à toutes sortes de soins et de ménagements, et qui, au bout de quelque temps, aurait fini par succomber à ses souffrances, eût-il pu produire sur ses disciples l’impression d’un vainqueur de la mort et du sépulcre, d’un Prince de la vie? Comment cette vue eût-elle transformé leur tristesse en enthousiasme , leur confiance en adoration ? Voilà ce qu’un historien sérieux ne pourra jamais expliquer.
1. Das Christ. u. die christl. K. der drei ersten Jahrh. ?° éd. p. 39-40.
Reste un troisième moyen, le plus moderne et le plus hardi. C'est de reconnaitre que les disciples ont cru à la Résurrection , que, sans cette foi, la fondation de l’Église chrétienne serait une impossibilité ‘, mais d'expliquer cette foi par un phénomène mental, une illusion des saintes femmes et des disciples. Personne, dit Strauss , de l’aveu de tous les récits, n’a été témoin du fait. Bien plus, aucun témoignage ne provient de l’un des témoins de la vie de Jésus, car Paul n’était pas apôtre; les trois évangiles synoptiques ne sont pas des œuvres apostoliques, et le quatrième évangile est inauthentique. D’ailleurs les récits se contredisent sur plusieurs points. Enfin l’idée même du corps ressuscité de Jésus, telle que la présentent les récits, renferme des données inconciliables : un corps de chair et d’os qui digère du miel et du poisson, ne saurait passer à travers les planches d’un appartement (Strauss, ébid., p. 295). Il faut donc admettre qu’il se développa chez Marie - Madeleine, par l'effet de son attachement pour Jésus et d’une disposition maladive, chez les apôtres, par la nécessité d'accorder la mort de leur Maître avec l’idée du règne éternel du Messie et par l’étude des prophéties mal comprises, un état d’exaltation tel que, de retour en Galilée, dans les lieux où ils avaient autrefois vécu avec Jésus, son souvenir se réveilla avec une vivacité extraordinaire et se transforma chez eux en vision. Ils crurent le voir, l’entendre, le toucher, et cette illusion opéra chez eux ce complet changement que l’Église chrétienne a toujours cru devoir attribuer à l'influence du fait réel. Il en fut de même chez Paul, à la suite de ses luttes intérieures. Quant au voyage d'Emmaüs, Strauss pense qu’on peut supposer la présence d’un croyant inconnu qui parla du Messie avec enthousiasme aux deux disciples et qu’ils s’imaginèrent, après coup, avoir été Jésus lui-même. Et pour la scène de la pêche miraculeuse sur les bords du lac de Tibériade (Jean XXI) ; il suppose également un ami anonyme dont le conseil fut suivi d’un si magnifique résultat que les disciples le prirent pour le Seigneur (ibid., p.308). La date du troisième jour que tous les récits assignent au fait de la Résurrection, n’aurait naturellement rien d'historique : ce serait une mauvaise ap-