XXI
Les v. 30 et 31 du ch. XX sont évidemment la conclusion de l'ouvrage («ce livre-ci»); et c’est en vain que Hengstenberg prétend en faire uniquement la clôture de la partie historique de l’évangile [, 19-XX, 29. L'auteur a la conscience d’avoir accompli le programme qu'il s'était tracé. Afin de faire rentrer le ch. XXI dans l'organisme de l’évangile, Lange à fait une supposition ingénieuse : le prologue avait dépeint la gloire de Christ avant son incarnation; l’épilogue ch. XXI serait destiné à nous faire contempler un trait de sa gloire à la suite de son existence terrestre. Le ch. XXI serait ainsi le pendant du ch. I et la clôture normale de l’évangile. Mais la conclusion placée à la fin du ch. XX s’oppose à cette explication; et d’ailleurs la pensée dominante du ch. XXI n’est point celle de la gloire de Christ ressuscité, c’est plutôt celle de l’activité future des apôtres et du sort des deux principaux d’entre eux. Le ch. XXI, par son contenu, forme la transition à l’histoire des Actes plutôt que la conclusion de l’évangile. C’est l’Apocalypse qui, parmi les écrits Johanniques, joue réellement le rôle que Lange voudrait attribuer à ce dernier chapitre. Weitzel” fait remarquer que les trois évangiles synoptiques se terminent par un morceau qui a pour objet l’activité des apôtres
1. Das Selbstzeugniss des vierten Evangelisten über seine Person, dans les Stud. u. Krit. 1849, p. 578 et suiv.
après le départ de leur Maître. Il croit pouvoir conclure de là que le ch. XXI fait, au même ütre, partie du quatrième évangile. Cette observation est juste; maïs la conclusion qu'il en tire est fausse. L'insertion d’une conclusion générale, telle que celle des v. 30. 31 du ch. XX, entre les apparitions précédentes et celle que retrace le ch. XXI, reste inexpliquée.
Il faut donc reconnaître que ce chapitre ne faisait pas primitivement partie de l’ouvrage : c’est un appendice ajouté après coup. Faut-il pour cela parler de «retouches successives» qu'aurait eu à subir notre évangile? Nullement. Ce chapitre, ne manquant dans aucun des documents critiques sans exception, doit certainement avoir été ajouté à l’évangile avant sa publication. Il ne résulte donc de ce fait aucun préjugé défavorable à l'intégrité de l’écrit.
La seule question est de savoir si cet appendice provient de l’auteur ou de l'éditeur. Les savants sont partagés sur ce point. La plupart (Bleek, Lücke, Wieseler, de Wette, Credner, Schweizer, Baur) pensent, à l'exemple de Grotius, que ce morceau n’est pas de l’auteur de l’évangile, soit à cause de certaines expressions non johanniques et de l’obscurité de certains détails (Lücke), soit parce qu'il ferait tort à l’unité grandiose de cet écrit (Baur). Mais il est constaté que le style n’offre aucun motif de doute suffisant; c’est ce qu'a reconnu de Wette lui-même. La difficulté de certains détails provient tout naturellement de l’étrangeté de la situation dans laquelle se passe la scène ici décrite. L’unité de l'écrit, enfin, n’est nullement compromise, dès que ce morceau est envisagé comme un appendice.
Cest dans les v. 24 et 25 seulement que se rencontrent des indices positifs d’une autre main que celle de l’auteur de l’évangile, comme nous le verrons dans l’exégèse. Aussi plusieurs interprètes (Olshausen, Tholuck, Meyer), tout en
admettant la composition de ce chapitre par l’auteur de l'évangile, atiribuent-ils à un autre écrivain celle des v. 24 et 25 ou du v. 25 seulement (Meyer). L’omission de ce der-nier verset dans le Cod. 63 et très-probablement dans le Sinait. donnerait quelque poids à l'opinion de Meyer. Cependant la presque unanimité des Mss. parle en faveur du second comme du premier de ces versets. Quant aux motifs qui portent à admettre ici l'intervention d’une autre main que celle de l’auteur, 1ls sont communs aux deux versets, comme nous le verrons.
Ce morceau comprend : 1° Le récit d’une pêche et d’un repas miraculeux: v. 1-14; 2° La réinstallation de saint Pierre dans l’apostolat: v. 15-17; 3° Une prophétie de Jésus sur le sort futur de Pierre et de Jean: v. 18-23; 4° Une conclusion : v. 24 et 25. Il est difficile de ramener ces différents morceaux à une unité. Ils paraissent au premier coup d'œil n’avoir d'autre lien que celui de leur connexion historique. Peut-être une relation plus mtime des trois premiers morceaux ressortira-t-elle de l’exégèse. Quant au but de cet appendice, la plupart des interprètes pensent que c’est uniquement de rectifier la fausse interprétation donnée de la parole de Christ v. 23. Mais le premier morceau v. 1-14 ne s'explique point par là. Baur prétend que l’auteur a inventé ce récit afin de montrer la supériorité de Jean, l’apôtre des églises d’Asie-Mineure, sur Pierre, l’apôtre de l’église romaine. Bleek répond avec raison que, dans ce cas, il n’eût point fait ressortir d’une manière si saillante la fonction conférée à Pierre de paître les brebis et les agneaux du Seigneur. Cela est si vrai que M. Reuss envisage même comme l’un des buts principaux de ce récit, «de rétablir, par une déclaration solennelle du Seigneur, la considération de Pierre, compromise par son reniement» (Gesch. der heil. Schr. N. T. $ 239). Nous ne pourrons nous prononcer