CHAPITRE III
La crédibilité des discours.
Le degré de créance qu'il est permis d'accorder aux discours rapportés dans notre évangile dépend, sans doute, avant tout, de la manière dont on résout la question d’authenticité. Mais les deux questions ne sont pourtant pas entièrement connexes : témoin l’opmion de M: Reuss qui, tout en admettant l'authenticité, nie à peu près complètement le caractère historique des discours.
Chacun a lu et relu, dans les ouvrages récents, l'exposé du contraste qu’une étude plus attentive fait ressortir entre l'enseignement de Jésus dans les Synoptiques et les discours que lui fait tenir le quatrième évangile. Là, variété
de sujets, vivacité pleine d’à-propos; il, retour continuel sur lui- même et sur sa mission. Là, un langage vraiment populaire, un style en rapport avec celui des docteurs juifs de ce temps, l'emploi des termes généralement reçus de royaume des cieux, de justice, de repentance, etc.; ici, un langage métaphysique, rempli de termes imusités en Israël, tels que ceux-ci: la vie éternelle, le Père et le Fils, etc. Là, toutes les vues eschatologiques reçues dans les écoles rabbiniques ; ici, l’éther de la spiritualité la plus pure. Si nous ajoutons à ces traits la circonstance remarquable que, dans le quatrième évangile, la manière de penser et de s'exprimer de Jésus a la plus grande ressemblance avec le style de l’auteur lui-même dans ses autres écrits, l'impression produite par ces faits ne pourra pas être très - favorable à la fidélité de l’évangéliste, du moins quant à la partie de son récit qui nous occupe.
Nous reconnaissons jusqu'à un certain point la réalité du contraste signalé, et nous pensons que tout défenseur sérieux de la crédibilité du quatrième évangile a pour tâche d'en rendre compte. Mais, comme on se plaît souvent à l'exagérer, nous devons commencer par le ramener à ses justes limites.
Nous avons déjà démontré (t. 1, p. 242-245) que, dans les Synoptiques aussi, le point central des enseignements de Jésus, c’est sa personne. «Il ne fallait qu'une seule chose, s'attacher à lui, l'aimer ,» dit M. Renan avec un sentiment très-juste du vrai sens des Synoptiques *. Il s’appelle le Fils dans un sens absolu, comme dans le quatrième évangile; et l’on a cité cent fois, dans ces écrits, des passages d’une teinte complètement johannique, comme aussi on rencontre chez Jean un grand nombre de paroles qui