CHAP. V. — LA CONSERVATION DU TEXTE
de quelques-uns de ces documents ne permettent guère de douter que cette forme du texte ne tire son origine d’une révision réfléchie.
La négligence des copistes est bien moins redoutable pour un texte que l'arbitraire d’un correcteur, quel qu'il soit. C'est ce qui nous explique sans doute la supériorité du texte byzantin, qui ne paraît avoir subi aucun travail de révision et qui pèche surtout par quelques adjonctions liturgiques ou harmonistiques dont il est toujours aisé de faire Justice.
Entre ces deux textes opposés oscillent deux ou trois formes intermédiaires. La plus rapprochée des alexandrins, mais qui se range pourtant assez souvent du côté des byzantms, est celle de N It. Syr° Cop. Dans les cas où N se rallie à l’un des deux textes principaux, il se trouve 3 fois sur 4 du côté des alexandrins ; mais très-souvent il marche tout à fait isolé, à tel point qu'il porte seul la responsabilité de près d’un tiers de la somme totale des variantes (214 sur 660). De toutes ces leçons qui lui sont propres, il ny en à pas une qui ait droit à réclamer entrée dans le texte; et nous ne pensons pas exagérer en déclarant ce Ms. le plus fautif de tous ceux que nous connaissons. Il fourmille de changements arbitraires, de fautes dues à la négligence, surtout d’omissions par suite d’homoïotéleuton. Son importance est surtout dans l'appui qu'il prête, dans un assez grand nombre de cas, au T. R. contre le texte alexandrin.
Une seconde forme intermédiaire est celle qui se présente dans À D Syrstb. À, à l'inverse de N, marche dans notre évangile 3 fois sur 4 avec les byzantins, contre les alexandrins, et D 3 fois sur 5°.
1. Il faut rectifier, d'après ces données plus exactes dues à une étude détaillée des différents textes, l'appréciation générale que nous avions faite de ces deux Mss., dans l'introduction, p. 135.
Enfin, les Mss. K MU A A forment une troisième classe intermédiaire dont 1l est impossible de caractériser nettement le texte.
De cette revue rapide il nous paraît ressortir que, si nous ne possédions que les documents alexandrins et semialexandrins, nous nous trouverions, pour la constitution du texte, dans un embarras très-grand. Car, avec leur tendance commune à diverger plus ou moins du texte byzantin, ils offrent cependant entre eux des différences si fréquentes et si considérables qu'ils s’accusent mutuellement tout autant qu'ils accusent le T. R.; et c’est dans ce dernier que, en définitive , la critique trouve le point fixe propre à servir de base à son travail.
TABLE DES MATIÈRES