N: nX0ov au lieu de n@ehov
évangiles. Chrysostome croit devoir conclure de cette différence que Jean raconte un autre événement que celui dont parlent Matthieu et Marc. La relation étroite entre ce miracle et la multiplication des pains dans les trois évangiles, ainsi que l’analogie générale des trois récits, ne permettent pas d'accepter cette solution. J.-D. Michaélis avait conjecturé qu’au lieu de ñéehov, il fallait lire f\9ov, ce qui résoudrait la difficulté : is vinrent, ils s'approchèrent de lui pour le recevoir. Et, chose singulière, le Sinait. présente précisément la leçon proposée par ce savant. Mais elle a trop l'air d’une correction pour mériter confiance. D’ailleurs, Jésus se mouvait trop facilement sur les eaux pour que la barque eût besoin de s'approcher de lui. Cette leçon n'aurait vraiment de sens que si l’on expliquait les mots reptmarobyra ért ts Saxaoons dans le sens de «marcher au bord de la mer, sur le rivage.» Bèze et beaucoup d’exégètes, après lui, pensent que le verbe 6éew ajoute simplement à l'acte de recevoir exprimé par l’infin. afeiv la notion d’empressement, comme Luc XX, 46. Tholuck a donné une plus grande probabilité à ce sens en faisant ressortir l'opposition entre nfeov ainsi compris et époBnônoav, ils eurent peur. Ils avaient craint au premier moment, mais maintenant ils le reçurent volontiers. Une seule chose s’oppose à cette explication : c’est que Jean a écrit l’'imparf. is voulaient, qui indique l’action inachevée, et non l’aor. üs voulurent, qui indiquerait l’acte accompli (1, 44). D'autre part, Jean ne peut avoir voulu dire, en contradiction avec les Synoptiques, que Jésus n’entra pas réellement dans la barque (Meyer). Car, dans ce cas, au lieu de xat sdoéws (et à l’instant même) dans la phrase suivante, il devrait y avoir GX edtéws (mais à l’instant), puisque le sens de la phrase serait que la prompte arrivée empêcha l'entrée de Jésus dans la barque. La relation entre les deux propositions du v. 21 juxtaposées nous pa-
-raît être de la même nature que celle que nous avons déjà observée ailleurs chez Jean (V, 17), et que nous ne pouvons rendre qu'au moyen d’une conjonction : «Au moment même où ils s’empressaient de laccueillir, la barque aborda.» Jésus entra bien dans la barque, mais il n’eut pas même le temps de s’y asseoir : l’arrivée au rivage eut lieu simultanément avec cette entrée. Et comment se représenter en effet qu'après un acte de puissance aussi magnifique, aussi royal, que la marche sur les eaux, Jésus se fût établi et assis dans le bateau et que le voyage eût continué péniblement à coups de rame? Au moment où Jésus posa Île pied dans la barque, il Jui communiqua, comme il venait de le faire à la personne de Pierre, la force, victorieuse de la pesanteur et de l’espace, qui venait d'éclater si majestueusement en sa personne. Les mots xat edtéuwc, et à l’instant, comparés avec la distance de dix à quinze stades (30 à 45 minutes) qui les séparait encore du rivage, ne permettent pas une autre interprétation.
Voilà la souveraineté réelle que Jésus oppose à cette vaine royauté terrestre que l’Israël charnel prétendait} lui imposer. Îl se donne aux siens comme celui qui domme sur toutes les forces de la nature et qui peut s'affranchir luimême et les affranchir avec lui du poids de ce corps mortel. Et si, dans la multiplication des pains, il leur a donné un prélude de l’offrande qu'il fera de sa chair pour la nourriture du monde, si, dans cette nuit terrible d’obscurité, de tempête et de séparation, il a permis qu'ils ressentissent les avant-coûts de la séparation plus douloureuse et plus réelle qui suivra sa mort, dans ce retour inattendu et triomphant au travers des flots soulevés il préfigure sa réapparition consolante, ét même son ascension glorieuse à laquelle 1l associera l’Église, en l’entraînant avec lui, par le souffle de son Esprit, jusqu'aux lieux célestes.
Les discours qui vont. suivre prouveront que le caractère symbolique que nous venons d'attribuer à ces miracles était présent: à l’esprit de Jean et à celui de Jésus lui-même.
Quand on pense que chaque mouvement volontaire qu’accomplit notre corps est, non point sans doute une abolition de la loi de la pesanteur, mais une victoire sur celte loi par l'intervention d’une force supérieure, celle. de. la. volonté, on comprend, au moyen de cette analogie, que la matière, étant l’œuvre de la volonté, reste en tout temps ouverte à ce pouvoir essentiellement surnaturel; et rien n'empêche plus d'admettre que le souffle divin ne puisse, dans un moment déterminé, affranchir un corps humain, et même des objets matériels, de cette puissance de la pesanteur.