‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 3 sur 278 · Le miracle, occasion de la lutte: v. 1-16; 2. Le dis · texte numérisé non relu

Le miracle, occasion de la lutte: v. 1-16; 2. Le dis

cours de Jésus, commentaire et apologie de cette œuvre : v. 17-47.

Le miracle : v. 1-16.

V. 4. «Après ces choses, il y avait une fête’ des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem.» — La liaison indéterminée peta Tabta, après ces choses, n'indique pas nécessairement une succession immédiate, comme le ferait era tobto; et en effet, à quelque fête que l’on rapporte l'événement qui va suivre, 1l doit avoir été séparé du précédent par un imtervalle assez long. Jésus était rentré en Galilée au mois de décembre (IV, 35. 43). La fête juive la plus rapprochée, si nous exceptons celle de la Dédicace , à la fin de décembre, dont 1l ne peut être question ici, était celle de Purim, en mars. 51 nous lisons l’art. n devant opt, le choix entre les différentes fêtes juives n’est pas douteux ; il s’agit ie1 de celle de Pâques, l’article servant à la désigner soit comme

1. Le T. R. lit eoptn (we fête) avec À B D GK U V A Mnn. Or. Chrys. et Tisch. (éd. 1859); l’art. n devant eoptn (a fête) se lit dans NCEFHLMA 50 Mon. Cop. Sah. quelques Pères et Tisch. (éd. 1849). Les documents alexandrins et byzantins sont ici mêlés dans les deux camps.

celle que Jean a déjà nommée IF, 13, soit comme la principale d’entre les fêtes et la plus connue des lecteurs grecs (VE, 4). Mais ne s’explique-t-on pas bien plus aisément comment l’article a pu être ajouté que retranché ? L'on voulait préciser l'expression indétermmée, et on l'a fait d’après IE, 13 et VI, 4. Si l’on part de la leçon qui retranche le mot ñ, non-seulement rien ne prouve plus en faveur de la Pâque, mais cette fête est même positivement exclue, et cela par l'absence même de l’article (malgré tous les efforts de Hengstenberg pour essayer de prouver le contraire). Puis, si c'était la Pâque que Jean voulait désigner, pourquoi ne la nommerait-1l pas, comme 1l le fait aux ch. Il, VI et XIT? De plus, immédiatement après (VI, 4) nous trouvons l’indication d’une Pâque pendant laquelle Jésus reste en Galilée. Il faudrait donc supposer entre les ch. V et VI espace de toute une année dont Jean ne dirait pas un seul mot, supposition fort invraisemblable. Enfin, pendant un si long espace de temps, le conflit engagé au ch. V aurait eu le temps de s’apaiser complètement, tandis que VIT, 19-24 Jésus travaille encore à jusüfier la guérison rapportée au ch. V: parlerait-1l ainsi à un an et demi de distance ?

D’un côté, nous avons vu au ch. IV que le retour de Jésus en Galilée avait eu lieu au mois de décembre; de l'autre, le ch. VI nous place au mois d'avril (par la mention de la Pâque, v. 4). Cela ne nous conduit-il pas tout naturellement à rapporter V, 1 à la fête de Purim qui se célébrait en mars? Cette fête était d'institution relativement récente : elle rappelait la délivrance des Juifs par la reine Esther. Elle ne pouvait donc être mise sur le même rang que les trois grandes fêtes légales. L'expression indéterminée çune féte» s'explique très-bien par cette raison. Elle était d'ailleurs beaucoup moins connue que les autres, en dehors du peuple juif; et, comme elle était de nature essentiellement poli-

tique, son importance était tout à fait tombée pour l'Église, par la ruine dé Jérusalem. Hengstenberg et d’autres objectent : 1° L'absence d’une ordonnance légale relative à cette fête. — Mais, au ch. X, Jésus se rend à la fête de la Dédicace, qui n'était pas non plus d'institution mosaïque. 2° Le caractère de réjouissance mondaine qui s’attachait à cette fête et l'inutilité de ce séjour à Jérusalem en comparaison des avantages que devait offrir un séjour à la fête de Pâques. — Mais, en se rendant à Jérusalem au mois de mars, Jésus avait peut-être l'intention de rester en Judée jusqu’à la fête de Pâques qui suivait de si près ; et ce fut le conflit survenu à l’occasion de la guérison de l’impotent qui le força à revenir immédiatement en Galilée. Le caractère mondain de la fête ne s’opposait point à ce plan: il était plus digne de Jésus, le vrai patriote, de sanctifier la grande fête nationale et politique que de la fuir. Lors même donc que de Wette prononce son verdict en déclarant «qu'il n'y a pas une seule bonne raison à alléguer pour la fête de Purim,» il me paraît au contraire que tout parle en faveur de cette interprétation, qui a été adoptée par Hug , Olshausen, Wieseler, Néander , Meyer , Lange, etc. Luther, Grotius , Hengstenberg, se sont décidés en faveur de la Pâque; Calvin et Bengel donnent la préférence à Ja Pentecôte. Mais l'absence d'article ne s'explique point aussi naturellement, s'il s’agit d’une des trois fêtes les plus connues; et même si l’on opte pour la Pentecôte, le ch. VI (comp. V, 4: «La Pâque était proche») se trouverait toujours séparé du ch. V par presque toute une année sur laquelle Jean garderait un complet silence. Ebrard, Ewald, Lichtenstein et Riggenbach (avec doute) se décident pour la fête des Tabernacles. Cest la supposition la plus improbable ; car cette fête est expressément nommée VIF, 2 : ñ éootn Tov Lovdatov, n oxnvoxnyia. Pourquoi Jean ne l’au-

rait-1] pas nommée ici, aussi bien que là? Lücke , de Wette, Luthardt, considèrent la détermination comme impossible.

Cette question a plus d'importance qu'il ne le paraît au premier coup d'œil. Si l’on applique, comme nous, V, 1 à la fête de Purim qui suivit le mois de décembre indiqué IV, 39 et qui précéda immédiatement la Pâque VI, 4, le cadre de l’histoire de Jésus se resserre : deux ans et demi suffisent pour en renfermer toutes les dates. Si au contraire V, 1 désigne une fête de Pâques ou l’une de celles qui la suivaient dans l’année juive , nous sommes forcément conduits à fixer à trois ans et demi la durée du ministère de Jésus.

V. 2. « Or il y a à Jérusalem, à‘ la porte des brebis”, un réservoir d'eau, surnommé® en hébreu Béthesda*, ayant cinq portiques.» — Les deux variantes (note 2), dont l’une fait de roofBatixy l'adjectif de xolvuBniox, et l'autre retranche les mots êrt tn tooBarixf, sont trop faiblement appuyées pour pouvoir être prises en considération. On sous-entend ordinairement, comme substantif de l’'adj. rooBarixÿ, ruAnN, porte; quelques-uns : &yop&, marché. Plusieurs passages du livre de Néhémie , où est mentionnée une porle des brebis (UE, 1. 32; XIF, 39), parlent en faveur de la première explication ; IE, 3 il est aussi fait mention d'une porte des poissons qui devait être voisine de la précédente , et 1l est vraisemblable que ces deux portes tiraient leur nom du genre de marchés qui y étaient attenants. La porte des brebis devait être située du côté de la vallée de

. Au lieu dé ext À D G L lisent ev.

2. N It? Vgslis quelques Man. retranchent ext tn (un étang aux brebis surnommé). Syrer Syrsb [lt Cyrille omettent ext tn moofattxn (ur étang sSurnommé.…..).

3. Au lieu de n exthsyouevn K lit to keyomevov et D V quelques Mnn. Tr Àeyomeyn.

4. Au lieu de Bn@eoda, N 1 Mn. lisent Bn06aûa, B It: Vg. Brûsada, D Beléeda, It? Eusèbe Bnéa@u, etc.

Josaphat , à lorient de la ville. Comme le dit M. Bovet, «le petit bétail qui entrait à Jérusalem y arrivait certainement par l’est; car c’est de ce côté-là que se trouvent les immenses pâturages du désert de Juda» (Voyage en Terre- Sainte, 1° éd. p. 189). Cette porte, comme le fait observer Hengstenberg d’après Néh. XII, 39. 40, devait être assez rapprochée du Temple; car c’est de la porte des brebis que, dans la cérémonie de l’mauguration des murailles, le cortége des prêtres passe immédiatement dans lenceinte sacrée. La porte dite aujourd’hui de Saint-Étienne, à l'angle nord-est du Haram ou enceinte du Temple, répond bien à toutes ces données. M. de Saulcy (Voyage autour de la mer Morte, t. I, p. 367 et 368) admet, d'après quelques passages de saint Jérôme et d'auteurs du moyen âge, quäl y avait en cet endroit deux étangs voisins, et, sous-entendant xchupBmtoæ, explique : (Auprès de l’étang probatique, à y a l'étang surnommé Béthesda.» Malgré le ton triomphant* avec lequel cette explication est proposée ; elle est inadmissible. L’évangéliste ne pourrait s'exprimer de la sorte qu'en supposant ses lecteurs parfaitement au fait de la topographie de Jérusalem, spécialement de l'existence et de la position de ce prétendu élang probatique , complètement inconnu dans l’Ancien Testament, dont il se servirait pour déterminer la position de l'autre piscine. Or pas un des lecteurs paiens de Jean ne remplissait cette condition”. — Ben-

!. Voici ses expressions : «Il est fort curieux de voir que les commentateurs aient fait des efforts incroyables pour comprendre ce verset... Ils ont été aussi heureux les uns que les autres, dans leurs suppositions: c'était le mot xokuuBnôpa qu'il fallait sous-entendre, et tout devenait Clair.» — M. de Saulcy admet que le second étang était situé à l’ouest du premier ; le passage de Brocardus, sur lequel il s'appuie, prouve qu'il devait étre au nord. À

2. Si, malgré cela, on voulait admettre cette explication, il vaut en tous cas mieux faire de xokuufBn0oc qui est dans le texte un datif et sousentendre ce mot au nominatif, que l'inverse.

gel, Lange, ont conclu du prés. éox, à y a, que l’évangile avait été écrit avant la ruine de Jérusalem. Mais un étang est quelque chose de permanent et qui appartient à la nature même du lieu. Et d’ailleurs ce présent pouvait être mspiré à l’évangéliste par la vivacité du souvenir. — Hengstenberg conclut de éxt dans éxtleyouéyn, que l'étang portait - encore un autre nom. Il est plus simple de penser que Jean envisage le terme xohvuBmtox comme le nom naturel et Bytsodx comme le surnom. — Le terme “Efpaïoti désigne laraméen, qui était devenu la langue populaire depuis le retour de la captivité. — L’étymologie la plus naturelle du mot Bélhesda est certainement KTOM M2, lieu de misé-

ricorde. Olshausen a pensé que ce nom faisait allusion à la munificence de quelque Juif pieux qui avait fait construire ces portiques pour mettre à couvert les malades. Mais le mot $V2 ne désigne point spécialement l'édifice, mais toute la localité; et l'essentiel ici n’était pas le bâtiment, mais l'étang. C'est donc la bonté de Dieu, à laquelle on devait cette source bienfaisante, que l’on voulait célébrer par ce nom-là. Toutes les variantes de ce nom dans les alexandrins ne sont évidemment que de grossières corruptions. — On pourrait supposer que ces portiques étaient cinq édifices isolés , disposés en cercle autour de l'étang. Mais 1l est plus naturel de se représenter un édifice unique, formant un portique pentagone ou circulaire , à cinq arches, au centre duquel se trouvait le réservoir. On connaît encore aujourd'hui, à lorient de la ville de Jérusalem, quelques sources d'eaux minérales; entre autres, à l’ouest de l'enceinte du Temple, dans le quartier mahométan, les bains de Ain-es- Schefa (Ritter, 16° partie, p. 387. Plan de Jérusalem, n° 29); Tobler a prouvé que cette source est alimentée par la grande chambre d’eau située sous la mosquée qui a remplacé le Temple. Une autre source plus connue se trouve sur

le versant sud-est de Morija; elle se nomme source de la Vierge. Nous possédons sur cette piscine deux rapports principaux, ceux de Tobler et de Robinson. Gette source est remarquable par son intermittence. Elle est quelquefois tout à fait à sec; puis on voit l’eau jaillir entre les pierres. Le 21 janvier 1845 , Tobler vit l’eau monter de 4 ‘, pouces avec une légère ondulation. Le 14 mars elle monta pendant plus de 22 minutes jusqu'à 6 ou 7 pouces et en 2 minutes redescendit à son niveau précédent. Robinson vit l’eau monter d’un pied en minutes. Une femme l’assura que ce mouvement se répète dans certains temps deux à trois fois par Jour, mais qu’en été on ne le remarque souvent qu’une fois en deux ou trois jours. Ces phénomènes présentent une grande analogie avec ce qui est raconté de la source de Béthesda. Eusèbe parle aussi de sources, existant dans cette localité, dont l’eau était rougeâtre. Cette couleur , qui provient évidemment d'éléments minéraux, était, selon lui, due à l'infiltration du sang des victimes. La tradition a placé l'étang de Béthesda dans un grand enfoncement carré entouré de murs et situé au nord du Haram en dedans du mur de la ville, au sud de la rue qui part de la porte Saint- Étienne. Il sc nomme Birkel-Israil ; il a environ 21 mètres de profondeur, 40 de largeur, plus du double de longueur. Le fond est à sec, remph d'herbes et d’arbrisseaux. Robinson a supposé que ce fossé n’était point un réservoir, mais avait appartenu aux fortifications de la citadelle Antonia. Plusieurs hommes compétents n’ont point admis cette supposition. Quoi qu'il en soit, Béthesda devait se trouver dans cette localité ; la porte des brchis peut difficilement être cherchée plus au nord ou plus au sud. Comme il est impossible d'identifier la piscine de Béthesda avec lune des sources thermales dont nous venons de parler, elle a donc disparu , comme 1l arrive si souvent des fontaines intermit-

s PREMIER CYCLE. — CHAP. V, 2-4. 49

tentes ; et celles que l’on trouve aujourd’hui ne font que prouver combien le sol est favorable à ce genre de phénomênes.

V. 3 et 4 «Sous ces portiques étaient couchés un grand nombre de malades, aveugles, boiteux, perclus", attendant le mouvement de l'eau *. [4 Car un ange descendait de temps en temps dans le réservoir et troublait l’eau ; celui donc qui y entrait le premier après l’agitation de l’eau, guérissait, de quelque maladie qu'il fût atteint. |» — Le spectacle que présentait ce portique entourant la piscme, est reproduit en quelque sorte de visu par M. Bovet, décrivant les thermes d'Ibrahim près de Tibériade. «La salle où se trouve la source est entourée de plusieurs portiques , dans lesquels nous voyons une foule de gens entassés les uns sur les autres, couchés sur des grabats ou roulés dans des couvertures, avec de lamentables expressions de misère et de souffrance... La piscme est en marbre blanc, de forme circulaire et couverte d’une coupole soutenue par des colonnes; le bassin est entouré intérieurement d’un gradin où l’on peut s'asseoir » (p. 418 et 419). À Béthesda on ne descendait sans doute dans le réservoir que par un étroit escalier (v. 7). Emoot désigne proprement ceux qui ont quelque membre atrophié, ou atteint, selon l'expression vulgaire, de décroit. La fin du v. Setlev.4, qui manquent dans la plupart des Mss. alexan-

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