‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 83 sur 278 · L'esclavage d'Israël : v · texte numérisé non relu

L'esclavage d'Israël : v

V. 30-32. «Comme Jésus prononçait ces paroles, plusieurs crurent en lui. 31 Jésus dit donc à ces Juifs devenus croyants: Si vous demeurez fermes dans ma parole, vous serez réellement mes disciples ; 39 et vous connaî-

trez la vérité, et la vérité vous affranchira.» — Le terme

«crurent» désigne sans doute ici la disposition, hautement.

exprimée, à reconnaître Jésus comme le Messie. Dans ce nombre assez considérable de croyants se trouvaient peutêtre des membres du sanhédrin. XII, 42 : « Plusieurs des chefs crurent en lui.» Ils sentaient bien que, dans les paroles que Jésus venait de prononcer, 1l y avait autre chose qu'une vaine jactance. Mais Jésus n’est pas plus éblour par ce succès apparent qu'il ne l'avait été par la profession de Nicodème (IE, 4. 2) et par l’enthousiasme de la multitude galiléenne (VI, 14. 15), et, au lieu de traiter en convertis ces nouveaux croyants , 1l les met immédiatement à l'épreuve en leur adressant une promesse qui, malgré sa grandeur, avait un côté profondément humiliant. C'est ainsi qu’en agit toujours Jésus. En face d’un hommage, 1l proclame le culte en esprit et en vérité. Celui dont la foi n’est que superlicielle, tombe; celui dans la conscience duquel elle a jeté ses racines, tient bon et pénètre dans l’essence des choses. — La particule donc, au v. 31, renferme toute la liaison d'idées que nous venons d'indiquer.

Cette nouvelle scène ne peut guère avoir eu lieu le même jour que les précédentes. Le v. 31 s'explique de la manière la plus naturelle, en admettant que ceux des pêlerms étrangers qui avaient cru, repartirent le lendemain de la fête et que, dès ce moment, Jésus ne se trouva plus entouré que des auditeurs croyants qui avaient appartenu jusqu'alors au parti juif. On s'étonne, au premier coup d'œil, de rencontrer dans cet évangile une alliance de mots telle que celleci: des Juifs croyants. Mais cette contradichio in adjecto est intentionnelle de la part de l’auteur; elle est la clef du morceau suivant. C’étaient bien toujours, au fond, des Juifs ; ils continuaient à partager les aspirations messianiques de la nation; ils étaient seulement disposés à reconnaître en Jésus

Pen. ”

l’homme qui avait mission de les satisfaire. Cest à peu près la situation d'âme de la foule galiléenne, au ch. VI; et la crise violente qui va suivre, reproduit de tous points, en Judée, le sévère triage exercé précédemment par Jésus parmi ses adhérents galléens. Quel chef de parti, quel homme poussé par un mobile personnel en eût jamais agi de la sorte? — Nous n'avons pas rendu, dans la traduction, le pron. «dr, désirant plutôt rendre le sens du partic. parf. TETLOTEUHÔTEC.

La nature de la promesse faite par Jésus v. 31 et 39 est admirablement appropriée au but qu'il se propose. Il sait que l’affranchissement du joug romain est la grande œuvre que l’on attend du Messie; il spiritualise cette espérance et la présente, sous cette forme supérieure, aux nouveaux croyants. — ‘Ypeis, vous, vous autres, en opposition à la foule. — Par l'expression persévérez, Jésus fait entendre qu'il y aura des obstacles sur ce chemin, que sa parole pour-rait bien rencontrer encore dans leur cœur des préjugés enracinés contre lesquels sa force échouera, qu’ainsi leur foi naissante court encore le danger de redevenir incrédulité. — Par la forme demeurer dans, Jésus compare sa parole à un sol fécond dans lequel la vraie foi s’enracine toujours plus profondément. — Kai (v. 32) : et à cette condilion; c’est ici une promesse d’une portée plus éloignée que celle du v. 81 : ils sont disciples dès ce moment, s'ils persévérent (prés. éoté, «vous éles »); et sur cette voie, ils arriveront un jour à une illumination supérieure qui consommera leur affranchissement. Jésus fait allusion au don de l'Esprit. — La vérité est la pleine révélation de la sainteté, c’est-à-dire de lessence réelle des choses; elle est contenue tout entière dans-la parole de Jésus, et elle se dévoilera à eux, lorsqu'une lumière supérieure leur expliquera le vrai sens de cette parole. Et par là elle les affranchira du péché,

dont la puissance repose sur l'illusion et le mensonge, comme Jésus va le développer e1-après. Vorlà la vraïe délivrance messianique. S'il y en a une autre, elle ne peut être en tout cas que le corollaire de celle-là.

V. 33 et 34. «Ils lui répliquèrent : Nous sommes la postérité d'Abraham, et nous n'avons jamais été esclaves de personne; comment dis-tu : Vous deviendrez libres? 94 Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui fait le péché, est esclave du péché’.» — Qui sont, dès ce moment, les interlocuteurs de Jésus? Selon la plupart des mterprètes modernes, ce ne peuvent être les Juifs croyants du v. 30. Comment Jésus leur reprocherait-il, au v. 37, de chercher à le faire mourir et les appellerait-il plus loin enfants du diable? Lüeke envisage donc les v. 30- 32 comme une parenthèse et rattache le v. 33 à Pentretien précédent. Luthardt cherche un moyen terme. Il pense qu’au milieu du groupe de gens bien disposés qui entourait Jésus, se trouvaient aussi des adversaires, qu'ils se pressèrent en ce moment au premier rang et prirent la parole; c’est à eux que s’adresserait spécialement Jésus depuis le v. 37. Mais, dans les deux cas, 1l faut reconnaître que le récit de Jean serait sngulièrement incorrect. Il est impossible, en lisant e v. 33, de penser à un autre sujet que les croyants des v. 30-32; et nous verrons que les derniers mots du v. 37 ne permettent pas non plus une autre explication. Ge n’est pas pour rien que l’évangéliste avait traité ces gens de ’Iovdaior, Juifs. IL y avait chez eux deux hommes: le croyant: naissant — c'était à celui-là que Jésus avait adressé sa promesse (v. 31 et 32) — et le vieux Juif : c’est celui-ci qui va répondre (v. 33). Is retombent ainsi dans la solidarité avee leur peuple, dont ils ne s'étaient que momentanément

Page 1