‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 84 sur 278 · Bb omettent t'as amapteac · texte numérisé non relu

Bb omettent t'as amapteac

PREMIER CYCLE. — CHAP. VIII, 32-34. 299 et superficiellement séparés. Pour que la promesse de Jésus fit vibrer une corde chez eux, ou qu'ils en entrevissent seulement le sens, il eût fallu quelques expériences semblables à celles que saint Paul décrit Rom. VIE, les souffrances d’une lutte sérieuse, mais impuissante , avec le péché. Mas ils n’ont jamais rien éprouvé de semblable, et, par conséquent, leur foi ne sera pas de longue durée. Jésus l'avait bien prévu, quand il leur disait: «Si vous demeurez fermes ;» et: « Vous serez véritablement mes disciples.» Comp. IL, 24: «Il ne se confiail point en eux.» Bien loin donc qu'il y ait de la confusion dans la narration de Jean, 51 faut plutôt reconnaître l’'admirable délicatesse de son récit.

L’asservissement que nient les auditeurs de Jésus ne saurait être de nature politique. Leurs pères m’avaient-ils pas été esclaves au pays d'Égypte, asservis, du temps des Juges, à toutes sortes de peuples, puis soumis à la dommation des Chaldéens et des Perses? N'étaient-ils pas eux-mêmes, en ce moment, sous de joug des Romains? Impossible de Les supposer aveuglés par l’orgueil au point d'oublier ces faits patents, comme l’admettent de Wette, Meyer. L’explication de Hengstenberg, qui rapporte cette parole à la prééminence spariluelle que les Juifs s’attribuaient sur tous les autres peuples, est encore plus forcée. Les v. 35 et 36 prouvent avec évidence que des Juifs ne pensent nullement ici à leur indépendance ou à leur supériorité nationale, mais uniquement à da hberté civile, individuelle, dont ils jouissaient tous. Ainsi s’explique facilement la relation entre les deux assertions du v. 33: « Nous sommes la postérité d’'Abraham , et nous ne fümes jamais esclaves.» T était fort rare qu'un israëlite fût réduit à l'état d’esclave. La dignité d'homme hbre brillait au front de tout ce qui s'appelait enfant d'Abraham. Ces Juifs avaient bien compris que la délivrance promise par Jésus n’était pas l’affranchissement de

la puissance romaine. L’expression: « La vérité vous affranchira,» ne pouvait désigner qu'une délivrance spirituelle et par conséquent aussi individuelle. Or, comme, à côté de la dépendance nationale, ils ne connaissaient d'autre asservissement que l'esclavage personnel, ils se récrient, prétendant que Jésus les apostrophe comme des esclaves. Ils changent ainsi en outrage la plus magnifique promesse; «et les voilà déjà au bout de leur foi,» comme dit Stier. On voit si Jésus avait eu tort de ne pas se fier à eux.

S'il eût voulu donner à sa réponse une forme strictement logique, Jésus eût retranché, comme le font deux documents, le complém. ts auaotiac, du péché, et dit simplement : Cest esclave,» réellement esclave. Mais 1l ajoute ce complément, parce qu'il veut parler, non pas seulement à l'intelligence, mais à la conscience: Celui qui fait le péché a un maître, et un maître qui s'appelle le péché. Le péché entraine en effet le pécheur là où bien souvent il ne voudrait pas aller, et finit même par confisquer entièrement sa ‘ volonté. Comment ne pas se rappeler ici Rom. VI, 16-18 qui semble tiré de cette parole de Jésus? — Le partic. prés. © moto réunit les deux notions d'état et d'acte; et le gén. rs Guaptias, à la fin de la phrase, fait ressortir avec énergie le caractère dégradant de cette dépendance.

V. 35 et 36. «L'esclave ne demeure pas à toujours dans la maison; le Fils y demeure à toujours’. 36 Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres.» — La transition du v. 34 au v. 35 ne peut se comprendre qu’en admettant une transformation dans‘l’application de l'idée d’esclave. Tandis qu'au v. 84, le maître, c’est le péché, dans les v. 35 et 36, c’est Dieu ou Christ agissant comme

1. N omet les mots o vtos mever ets Toy atwva (confusion des deux ets TOY ŒUDya).

son représentant. Mais cette modification s'explique par l'idée qui est aussi à la base des épîtres de saint Paul, c’est que l’esclave du péché est par là même esclave par rapport à Dieu. Füût-1l même dans la maison de Dieu, la théocratie, il y occupe une position servile; dominé par un maître dont la volonté est contraire à celle du maître de la maison, il ne rend à ce dernier qu’une obéissance forcée. Aovhsvw oo, je le sers, dit le fils aîné à son père dans la parabole de l'enfant prodigue (Luc XV, 29). Un tel homme a beau avoir le titre d'enfant; en réalité il est esclave. Or un tel état moral ne saurait lui assurer un domicile permanent dans la maison; car il n’est pomt membre réel de la famille, et celle-ci seule est indissolublement attachée à la maison. En opposition à l’esclave, le terme de fils parait, au premier coup d'œil, désigner, non l’individu , mais le genre, tout ce qui à la qualité de fils. Mais Jésus tire évidemment son image d’une maison où il ny a qu'un fils; et c’est ainsi que le terme le fils prend le caractère d’un titre personnel et ne s'applique, en réalité, qu'à Jésus seul. Le passage Gal. IV, 21-51 semble n'être que lamphfication de cette parole du Maître.

Le Juif, tant qu'il est asservi au péché, ne fait donc partie de la théocratie qu’à titre d’esclave. Il faut, par conséquent, comme Jésus l’a déclaré au v. 32, qu'il reçoive l’affranchissement pour qu'il y soit définitivement incorporé. Le v. 96 exprime cette conclusion et achève la démonstration de la parole de Jésus v. 31 et 32. — C'est au fils, comme représentant de la famille et héritier du bien patrimonial, qu'il appartient de prononcer l’affranchissement de l’esclave “et d’en faire ainsi un membre de la famille. Jésus s'applique ici à lui-même ce qu'il a dit de la vérité: «Elle vous affranchira.» C'est que la vérité n'existe pour l’homme que dans la parole de Jésus. Cette parole est donc pour le croyant ce

que la formule de manumissio était pour l’esclave. Elle l'élève à l’état d'homme libre en l’affranchissant du mensonge par lequel règne le péché. — Le mot réellement fait allusion à la fausse prétention des Juifs v. 33. — Cette promesse est presque littéralement reproduite par saint Paul Rom. VIE, 2: «La loi de d'Esprit de vie qui est en Jésus- Christ, m'a affranchi (\evtépwcé me) de la loi du péché cet de la mort.»

Jésus a répondu à la seconde assertion du v. 33: «Nous ne fümes jamais esclaves.» Il attaque maintenant da première, qui en était le point d'appui: «Nous sommes la postérilé d'Abraham,» et il démontre la véritable origme, la filiation morale du peuple qu'il a devant lui. Cest le sujet du second morceau.

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