Commentaire sur l'Évangile de Saint Luc
Une année et demie s'est écoulée depuis la publication de ce Commentaire — et dans quel moment ! — et déjà une seconde édition est devenue nécessaire. Je bénis le Seigneur de l'accueil que cet ouvrage a trouvé dans les églises de la Suisse romande et de la France , et je reconnais là un symptôme de ce réveil des études exégétiquejs qui m'a toujours paru être l'un de leurs plus pressants besoins. Je remercie bien particulièrement les auteurs des comptes-rendus bienveillants qui ont efficacement concouru à ce résultat.
Presque toutes les pages de cette seconde édition portent les traces des corrections de forme qu'a subies mon premier travail ; mais le fond exégétique et critique est resté le même. L'interprétation d'un seul passage ou plutôt d'un seul terme [second-premier, VI, 1) a été modifiée. Outre cela j'ai fait un certain nombre d'adjonctions occasionnées par la publication de deux ouvrages dont j'ai assez fréquemment cité l'un et combattu l'autre : le livre de M. Gess sur la personne et l'œuvre de Christ (1rc partie), et la Vie de Jésus de M. Keim (les deux derniers volumes .
Dans un article récent de la Protestantische Kirchenzeitung , M. Holtzman a accusé mon point de
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vue critique d'être au service d'une préoccupation dogmatique. Mais a-t-il donc oublié quel parti a tiré Strauss dans sa première Vie de Jésus de l'hypothèse de Gieseler que j'ai défendue? Le lecteur jugera piè- ■ii mains. Il verra lui-même si l'on parvient à expliquer d'unr manière naturelle et rationnelle l'origine des trois textes synoptiques au moyen de sources écrites communes. 11 est surtout un fait qui attend encore une explication : ce sont les araméismes de Luc. Ces araméismes se rencontrent non seulement dans les passages qui appartiennent exclusivement à cet écrivain hellène d'origine, mais aussi dans ceux qui lui sont communs avec les autres synoptiques, ces écrivains d'origine juive , dans les passages parallèles desquels on ne remarque rien d'analogue ! Ce fait reste là comme un écueil contre lequel viennent se briser les hypothèses diverses que j'ai combattues , en tout premier lieu celle de Holtzmann. Le soupçon peu bienveillant du professeur d'Heidelberg, dont personne d'ailleurs n'admire plus que moi le sérieux travail, ne lui aurait-il point été inspiré par un léger sentiment d'amour-propre froissé? Et, maintenant, que ce Commentaire recommence sa course avec la bénédiction du Seigneur au service duquel il est consacré ; et que son second voyage soit aussi heureux et aussi court que le premier !
N- ii-liàtel, Août 1872.