‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 2 sur 63 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Dieu seul soit, loué ot glorifié de toutes clioses par son Fils bien-aimé et par sa très-sainte Mère, la divine Marie !

Dans le temps que j'étais à Rome, je vivais trèsretiré et n'avais rien à faire. Pour ne pas rester ainsi inactif, j'ai tâché d'avoir une occupation pieuse qui put être utile au salut de mon àme et 5 son avancement spirituel, ce dont elle a grand besoin. J'ai cru ne pouvoir mieux choisir que la parole divine, que je me proposai de méditer, en mettant mes réflexions

par écrit.

Comme ce qui me touche le plus dans toute l'Ëci iture, c'est la parole de Noire-Seigneur Jésus- Christ dans son saint Évangile, j'ai choisi le saint Évangile,

(1) Celle diV.l ara lion porle dans le niannserll le litr.' suivant: Sote importante aviint de lire ces cahiers.

et j'ai prérr'ré celui <ie sninl Jean, qui \ua loiijoura fort touclié, parce que notre divin Maître y parle presque toujours, cl nous y instruit des vérités les plus profondes, les plus intérieures et les plus capables de toucher une âme. (I)

'\) Dans une note séparéo le R. P. Lilierniaiin explique, romme il suit, 1.1 différence entre TÉvangile de S. Jean et celui des trdis autres évangélisies :

S. Jean diffère des autres évangélistes, en ce que son Évangile est rhisloire du Fils de Dieu parlant et agissant dans le Fils de Marie, au lieu que les autres évangélistcs représentent le Fils de Marie parlant et agissant par la vertu du Fils de Dieu, quni([u'ils reconnaissent, comme S. Jean, que la nature humaine est byposlatiquemcnt unir au Verbe, de manière à ne former qu'uno seule et même iin-sonne, qui est la personne du Fils de Dieu.

Les autres évangélistes monircnt la gloriticalion de riiumanité sainte dans la divinité, et le bonheur communiqué par i-Ue à la terre ; S. Jean fait connaître l'abaissement miséricordieux de la divinité dans riiumanité sainte, et la sanctification du monde par e'.le. Les autres évangélisies font voir riiumanité sainte répandant dans le monde les dons de Dieu vivant en elle ; S. Jean montre la divinité descendant substantiellement dans Thumanité sainte, et, par elle, inondant le monde des torrents de ses lumières et de ses miséricordes.

Voilà pourquoi S. Jean, dont Tesprit était attaché à la divinité s'nnissantà l'iiumanilé et agissant en elle, commence son histoire par le principe éternel du Fils de Dieu dans le sein de son Père, et rapporte généralement les paroles et les actions de son Mailre, en faisant sentir ce principe comme leur point de départ ; les autres évangélistes commoncent leur histoire par la conception ou la naissance de Thumanité sainte, en faisant ressortir son union avec le Fds de Dieu : ils relatent les paroles et les actions du Fils de riiomme, en y faisant sentir la sagesse et la vortu loute-puissanle du Fils de Dieu.

S. Jean prend l'àme chrétienne qui lit son Évangile, cl, dan.^ un élan

]/,\ niMni» rc <lo!il je n\ y |ir<'iiiU [mhh' liiv Ci'lfe sninle et adorable parole est de chercher à pénétrer dans le' fond le plus intime et en même temps le plus simple de notre divin Sauveur. Je ne prends jamais un sens détourné, mais je tâche d'aller droit là oii notre Seigneur a voulu en venir directement. Je m'efforce de me rendre compte de tout, et de pénétrer dans son adorable intérieur, pour y voir plutôt sa divine pensée que le sens unique et strict de ses paroles. J'ai cru que je retirerais plus de profit en faisant de cette manière.

Mon dessein était d'écrire ainsi mes réflexions, pour en profiter d'abord dans le moment même, puis pour pouvoir les relire un jour avec fruit, pensant les brûler ensuite à la première maladie qui pourrait venir, afin que ces cahiers ne tombassent pas en des mains étrangères ; car je sentais en moi un orgueil beaucoup trop grand pour oser montrer ces choses à d'autres, et j'aurais craint d'avoir des pensées d'amour-propre au moment terrible de la mort, si ces cahiers étaient restés. Mais, ayant parlé de cela par circonstance à mon confesseur, il m'a dit qu'il ne fallait pas penser à brûler cet écrit, ni maintenant ni

contemplatif ploin de luiiiiôrc et d'amour, la transporte dans le sein de Dieu ; et là, il lui montre le principe do toute sa rég(^néralion, et Torigine avissi bien que la fin première de toute sa religion, dans le Verbe de Dieu.

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dons iinf mnlnr]i(' ; et il njouta qu'on sa (jualitr <le (liroctonr. ii mp (Irfenclait de m'on délaire, à moins qiK? plus tard un autre confesseur ne rne le permît. îl faut donc conserver ces cahiers jusqu'à nouvel ordre.

Voilà pourquoi je préviens ici tous ceux entre les mains desquels ils pourraient tomber, de se défier beaucoup des explications et de la doctrine qui y sont renfermées. Celui qui a écrit ces choses n'a fait qu'un peu de théologie élémentaire, telle qu'on la voit dans les séminaires de France ; encore a-t-il étudié faiblement , et il n'a pas ouvert de livre de théologie depuis environ dix ans. (I) Aussi a-t-il oublié totalement ce qu'il a vu dans son cours. De plus, il n'a presque jamais lu l'Écriture sainte avec commentaires, et le peu qu'il a lu dans les commentaires, il l'a lu si rapidement, et il y a tellement longtemps, qu'il ne peut plus en avoir le moindre souvenir.

Dans le moment où il écrit ces réflexions, il n'a pas non plus de commentaire, de manière qu'il ne fait que méditer les paroles de Notre-Seigneur dans un petit Novum Testamentum latin, car il ne sait pas le grec. Tout cela doit faire voir que ce n'est pas un homme bien savant dans la science de la théologie; il s'en faut bien qu'il le soit. C'est pourquoi, en lisant ces choses,

(<)Onsaiiquc la maladie épilepliquc dont M. Libcmiann (Haii alors alloiiii. lui avait fait intordiro par los mcdocins tout travail sérieux.

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