‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 31 sur 63 · Dixit ergo Jésus ad duodecim · texte numérisé non relu

Dixit ergo Jésus ad duodecim

Numquid et vos vultis arbirc?

68. Jésns donc dit aux douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller?

Notre Seigneur connaissait bien ceux qu'il avait

(tlioisis; il ne leur dil cela (jue pour les é|)rouvei', afin (le leiM' (loimer lien de produire nn acU^ de loi plus fervent, el d'aiign^enler j)ar là, leur foi el leur amour.

69. Hespondilergo eis Simon IV- [ 69. Mais Simoii-l*ierrc lui répon- Irus : Domine, ad quemibimus? ver- I dil: Seignenr, à qui irions-nous.^ ba viitB a3terna3 habes. Vou.'^ avf/ (lo< |)aroles de vie éler-

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Toute l'église était done rcnl'erniée dans ces douze, les autres s'en étant allés. Notre Seigneur demande compte à colle petite église de ses sentiments envers lui, el c'est le chef qui répond pour toute l'église. Dans ces circonstances où les Apôlres doivent faire une profession de foi, c'est toujours Pierre (pii répond, c'est Pierre qui doit répondre de la foi de l'église (jui lui est confiée; aussi a-t-il le dépôt assuré de la foi en partage.

Les paroles de Pierre sont remarquables et montrent la ferveur de sa foi el son attachement ardent et iri-évocable à son ÎMaître; ad quem ibimus? S'il eût fallu (juitler Notre Seignevir, il ne savait plus où aller; ceux qui venaient de quitter savaient bien où aller; ils s'en retournaient dans le monde. Mais Pierre avait quitté avec tant de générosité el de ferveur ce misérable monde, qu'il l'avait entièrement oublié et n'aurait plus su où aller, s'il eût fallu quitter Notre Seigneur; son esprit l'avait entièrement perdu de vue, et son cœur avait toutes ses affections en son IMaître, et dans les divines paroles qu'il leur disait sans cesse. Pierre n'a qinlté qu'un fdel, mais avec une disposition si parfaite, qu'avec ce filet il a quitté le monde entier, et il ne veut plus en entendre parler.

« A qui irons-nous? Vous avez les paroles de la vie « éternelle. Notre unique désir est en vous, noire sou-

« verain Maîlre, nous ne voulons penser qu'à vous, « nous n'avons plus d'amour que pour vous, et noire « unique joie et notre unique bonheur est dans les part rôles divines, si pleines de grâces, qui sorlent de « votre bouche adorable, et qui nous pénètrent d'a- « mour et de suavité. Ces paroles sont des .paroles de « vie et de la vie éternelle; elles nous la donnent cette « vie pour laquelle vous êtes venu, et nous ne voulons « d'autre vie que celle-là. Et pourquoi donc, mon bien « cher Maître, nous demandez-vous, si nous voulons « vous quitter aussi? Oh non, nous ne voulons pas « vous quitter, mais nous voulons nous atlacher de « plus en plus à vous, car, personne autre que vous « n'a cette parole de vie qui nous réjouit tant et qui « nous vivifie ad quem ibimiis?» Toute âme fidèle doit tenir ce discours à son bien-aimé. C'est le premier chef de l'Eglise qui l'a dit en son nom, aussi bien qu'au nom de ceux qui étaient alors avec lui.

70. Et nos credidimns, et cogno- i 70. Pour nous nous avons cru, et vimus, quia tu es ChristiisFilius Dei. nous avons connu que vous êtes le

I Christ, le Fils de Dieu.

« Et nous, nous ne sommes pas comme ces infidèles « qui ne croyaient pas, nous croyons, et sommes bien « sûrs que vous êtes le Christ, F'ils de Dieu. » Saint Pierre ne comprenait pas, non plus que les autres, le sens des paroles de Notre Seigneur, paroles qui les scandalisaient tous. L'Apôtre trouvait cependant que c'étaient des paroles de vie, et il en dit la raison ici. Parce qu'il avait une foi vive et éclairée sur la divinité de Notre Seigneur et sur sa Mission, et, étant animé de cetle foi vivante, il était de plus en plus docile à cette grâce divine, qui le portait à se soumettre et à s'allacher en tout et au-dessus de tout à Notre Seigneur. Jamais la

inuiiulic disposition de lésislance en son esprit, mais an (.onliaire nne grande disposition de sonplesse et de docilité à son Maître et à toutes ses paroles; et de plus, jamais de murmures, ni d'aigreur ou mécontentement dans sou cœur, mais au contraire un amour tendre, alïectueux et toujours croissant pour son Maitrc. Et, par un eOet de la même grâce divine, Saint Pierie, ainsi toujours souj)le et docile à la grâce qui le conduisait, était toujours disposé à écouter son Maître, et à recevoir les grâces et les lumières renfermées dans ses paroles divines; voilà pourquoi, sans qu'il les comprit, elles lui faisaient toujours le même effet.

71. Respondil eis Jésus; Nonne ego \os diiodecim cligi? el ex vobis unus diabolus esl.

72. Dicebat aulem Judam Simonis Iscariotem ; liuic enim eral Iradilurus euiii, cuni essel unus ex duodecim.

7 1 . Jésus leur répondit : N'est-ce pas moi qui vous ai choisis tous les douze? Cependant l'un de vous esl un démon.

7'2. Il parlait de Judas Iscariole, fils de Simon : car c'était lui qui devait le trahir, quoiqu'il fut l'un des douze.

Saint Pierre repond hardiment pour tous, parce qu'il se liait dans le choix de son Maître, par un eil'et de la même foi. Jésus en avait choisi douze, pour juger les douze tribus d'Israël ; Saint Pierre se tenait par là assuré que tous étaient dans les mêmes sentiments que lui, parce que son 3Iaîlre connaissait bien ceux qu'il choisissait. C'est pourquoi Notre Seigneur lui répond ; « n'en ai-je pas choisi douze et cependant il y a même « encore parmi ces douze un diable. » Il dit diable, terme qui annonce une malice excessive. Il disait cela de Judas Iscariole, mais les Apôtres, ne sachant pas lequel d'entre eux serait ce diable, ont dû se tenir dans la déliance d'eux-mêmes. Notre Seigneur pourra leur avoir dit cela pour que celte belle confession n'enfla»

pas leur cœur et ne leur donnai pas trop île confiance en leurs l'orces.

Par ces paroles, on peut voii- cpie Judas a éle mauvais, même pendant prestpie tout le temps qu'il a été à la suite de Noire Seigneur, et que ce n'est pas par luie tentation subite qu'il est tombé, puisque, dès ce moment. Notre Seigneur lui donne le nom de diable qui indique dès lors une malice extraordinaire.

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