Est. scriptum irt prophetis
El erunl omnes docibiles Dei. Omnis qui audivil a Paire, el didicil.
4o. il esl écrit dans fes prophètes :
Ils seront ions enseignés de Dieu.
Quiconque a entendu la voix du
■venil ad me. j Père el a appris, vient à moi
« 11 est dit dans le prophète que, du temps où la « consolation d'Israël paraîtrait au milieu du peuple de « Dieu, tous les enfants d'Israël seront instruits de Dieu, « ou au moins pourront être instruits de Dieu.» S'ils veulent, docibiles, tous entendront la voix de Dieu qui leur parle et veut les toucher plus ou moins ; et Notre Seigneur ajoute : «Ceux qui ont entendu cette voix de « mon Père qui leur a parlé ainsi et les a voulu toucher, « et qui, après avoir ainsi entendu , ont appris réel- « lement, ont reçu les instructions qui ont donné l'im- « pulsion véritable à leurs âmes.»
Entendre, représente le Père communiquant cette grâce : car cela veut dire que l'oreille est frappée par la parole que le Père nous fait adresser; on entend sans acte de la volonté et par le seul acte de celui qui nous parle; ses paroles viennent frapper nos oreilles; par conséquent, \ovsque j'entends, cela veut dire qu'on m'a parlé. Ainsi donc, quand N. S. dit : Qui audivit a Pâtre, il ne veut pas tant dire que son oieille a été frappée, mais que le Père lui a parlé et fait entendre sa voix.
Apprendre est la recevoir cette parole par la volonté et la goûter. Venit ad me ; ceux-là viennent à moi. Par le mot didicii Notre Seigneur fait assez compiendre le consentement de la volonté à cette attraction de son Père.
11 appelle cela entendre et apprendre, parce que la grâce de la vue procède toujours, et la giâce d'attrac-
lion de la volonlé vient apiès, pour entraîner la volonté après la chose que l'intelligence voit.
46. Non quia Palrem vidit qui?- j 46. Non que per>onne ;iit \ii le quam, nisi is qui est a Deo, hic \i- I Père, si ce n'esl celui qui est de dit l'alrem. j Di.eu ; car celui-là a vu le l'cre
Notre Seigneur ajoute : « Si je dis que le Père attire, « cela ne veut pas dire que quelqu'un soit en rapport « avec le Père pour recevoir directement quelque grâce « personne ne voit le Père, c'est-à-dire personne n'est en « rapport direct avec le Père, excepté le Fils qui est « sorti (lu Père. Et par conséquent, ces grâces que le « Père donne, cette attraction, c'est par le Fils même « qu'ils la reçoivent. Le Père attire par le Fils même « tous ceux qui doivent aller au Fils». C'est le Père qui, par sa volonlé éternelle, donne cette grâce d'attraction, et c'est le Fils incarné qui exécute et attire par cette même volonté. Voilà pourquoi Notre Seigneur dit ailleurs : « Ctim eaaltatiis fuero omnia traham ad me ipsiim». C'est donc le Fils qui attire et non le Père C'est le Père qui attire son Fils, c'est le Père qui ordonne, et le Fils, par les mérites de sa Passion, nous communique cette grâce.
47. Amen, amen dico vobis : Qui crédit in me, habet vitani ailernam.
47. En vérité, en vérité, je vous le dis : Qui croit en moi, a la vie éternelle.
Dans les versets précédents, Notre Seigneur a répondu à ceux qui murmuraient contre les murmurateurs; dans celui-ci il parle aux murmurateurs mêmes, et leur dit : « Vous nmrmurez, parce que je dis que je suis le « pain descendu du ciel pour donner la vie; cepen- « daol, en vérité, en vérité, je vous dis que celui qui « croit en moi a la vie éternelle. Faites y attention, « celui qui me rejette, rejette la vie éternelle ». Ht, après
l(Mir avoir montré par là qu'il est le pain de \ ie, |)ar la foi de ceux qui croient en lui, il passe de cette inanducation de la pure toi à une nianducation plus réelle et plus en rapport encore avec la manducation ordinaire. Et il reprend les mêmes termes qu'il a dits v. 55) en commençant a donner le développement de cette manducation de ta foi, afin d'achever de i-épondre à ce que les Juifs lui objectaient de la manne, avant [ce développement d'une nouvelle grâce et des effets qu'elle produit en nos âmes, c'est-à-dire de la manducation eucharistique,
48. Ego sum panis vit.Te. i 18. C'est moi qui suis le pain -de
I vie.
f'Jgo sum panis viuv : « Celui tpii croit en moi, dit « Notre Seigneur, a la vie éternelle; c'esl moi qui « suis le pain de la vie. Toute la vie du monde est en (( moi, et elle est en moi comme dans une nourriture. « Celui qui ne prend pas de nourriture, ne peut pas « vivre ; de même celui qui ne s'approche pas de moi « n'a pas de vie, il faut qu'on se nourrisse de moi, « pour recevoir la vie qui est en moi ».
49. Patres veslri manducave- • 49. Vos pères ont mangé la nianrunt manna ia deserto, et mortui I ne dans le désert et sont morts, sunt. i
50. Hic est panis de cœlo des- j 50. Voici le pain qui descend du cendens : ut si quis ex ipso mandu- | ciel, afin que si quelqu'un en mange, caverit, non moriatur. i il ne meure point.
k-i il s'agit encore de la mîinducalioii delà foi, parce que dit Notre Seigneur dans ce verset 50, ex ipso. Or, dansl'Euchanstie, ce n'est pas ex ipso, mais ipsum lotitm; tandis que, par la foi, ce n'est pas une participation esntière; les uns y participent plus, les autres moins, selon la divine volonté du Père. Et par conséquent 3e lermc ex ipso est jvarfaitemenl employé poiu- la foi:
ce qui ne sérail pas e\acl poiir la sainte Eucharistie, connue de la manne, personne ne reçoit et ne mange plus que l'autri;.
Une autre raison encore pour ce sens c'est que, dans cette manducation de la toi, l'objet de la manducation n'est pas Notre Seigneui- lui-même. Il demeure en nous par la toi comme le chef dans ses membres, et nous communique sa vie et son esprit dans cette union, par les grâces qui sortent de son intérieur, et entrent dans nos âmes pour les nourrir. C'est là la nourriture qui nous vient de Notre Seigneur par la foi, et à cette nourriture convient parfaitement le terme ex ipso, tandis que, dans la sainte Eucharistie, l'objet de la manducation est Notre Seigneur lui-même, auteur de toute grâce et consonunaleur de toute notre vie et de notre sainteté.
Dans le verset 32, Notre Seigneur a dit aux Juifs que la manne n'était pas le véritable pain du ciel, mais que lui l'était, et dans tout le reste du discours il leur dévelop[)e comment il est le pain de vie descendu du ciel. Dans ces deux versets, il se met en parallèle avec la manne , [)our montrer et faire toucher au doigt que la manne n'était pas le vrai pain du ciel , mais que c'était lui. Voilà pourquoi il reprend, au verset 48 : ego mm paiiis vitœ. « (y est moi qui suis ce pain de vie et non la manne» et au verset 49 il l'explique : « Vos pères ont mangé la « manne dans le désert et cependant ils sont morts, par ft conséquent la manne est une nourriture comme les « antres et non le pain de vie , c'est-à-dire le pain du « ciel, le pain qui donne la vie éternelle. Tandis que le « pain que le Père vous donne maintenant est un pain « qui est descendu du ciel. Dans le ciel , c'est de ce pain « (juc tout vit, parce ()u'il a la vie en lui ; cl il est des-
et cendii du ciel, atiii que si quelqu'un en nicinge, il ne « meure plus. Il est descendu pour que ceux qui en « mangent ne meurent plus; et s'il y en a parmi ceux « qui en ont mangé qui meurent, c'est qu'ils ne l'ont « pas conservé dans leurs âmes; ils l'ont rejeté; s'ils le « conservent, ils ne mourront plus. »
il. Ego siim psnis viv.is qp.i de cœlo descendi.
o2. Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in aelernum ; et panis qiiem ego dabo, caro raea est pro nuindi vila.
01. Je suit; le pain ^'ivaiit, moi qui suis descendu du ciel.
02. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellemenl ; et le pain que je donnerai c'est nia chair pour la \ie du monde.
« Non seulement je suis le pain qui donne hi vie, ce « qui est exprimé par le terme punis vitœ ; mais je suis « un, pain vivant. Je ne suis pas comme votre pain « matériel qui nourrit votre corps, qui est un pain « mort ; mais je suis un pain vivant. Je possède en moi « l'essence de la vie que je communique, et je vis moia même de la vie que je communique. Cette vie que j'ai « en moi, je l'ai dans le ciel au sein de mon Père, de «( toute éternité; je l'ai en moi, et je la donne à tous « les anges, et je suis descendu du ciel pour la commu- « niquerà la terre comme au ciel.»
Ici Notre Seigneur commence à passer de la manducation de la foi à la manducatian eucharistique : « Je suis « le pain vivcmt qui possède la vie en moi, d'une manière « vivante ; mon essence est la vie ; c'est pourquoi celui •« qui mange de ce pain par la foi a la vie éternelle ; mais « j'ai à donner ce pain d'une manière plus substantielle « et plus nourrissante que par la foi, et ce pain c'est ma « chair même.»
Ceux qui mangent par la foi participent au pain de la vie et non au pain vivant ; car dans ta manducatiou de la foi, Notre Seigneur na réside pas personnellemenl «Ml nous, pour y être notre nourriture, jnais il y résida*
1)nr son lilspiil-Sainl , (jiii nous imil a lui cl nous coniiiniiHqiie la vie. (^est tout de même le pain du ciel o\ (le la vie, parée qu'en celle nourriture nous avons la uième \ ie du eiel el la substance qui vient de la même source.
Seulement pour les élus du ciel, ce pain est un pain vivant, parce qu'ils le ])0ssèdenl en eux, vivante! comnuuiiquant la vie; et c'est ainsi (jue nous l'avons dans la sainte Eucharistie. C'est l'auteur de la vie essentielle, (pii vient personncllomfMit en nous, pour devenir en nous un pain vivant.
On conçoit une différence immense entre l'union à Notre Seigneur j)ar la foi de toutes les puissances de notre àme, par laquelle nous recevons de lui la vie, et l'union eucharistique, où, il y a encore, outre l'union de la loi, une union personnelle et substantielle du Verbe incarné dans notre âme, qui y vit et y étend sa vie substantiellement. Voilà la diflerence entre panin vitœ etpanis TÙnis.
Dans le ciel les élus ont le |)ain vivant 'en eux dans la perfection, et sur la terre nous l'avons aussi dans la sainte Eucharistie de la même façon, de la manière la plus rapprochante dont nous soyons capables <lans notre chair de péché.
Voilà pourquoi Notre Seigneur dit : PauLs, (jnem erjo (hiho. Le Père nous a donné à tous le pain de vie; cela veut dire qu'il Ta donné à la teire, pour qu'il donnât la vie au monde. Mn'is ici Notr^, Seigneur donne le pain, à chacun de ceux qui le reçoivent dans la sainte Eucharistie, pour êtiT la vie du monde, non pour donner mais pour être la vie du monde, pro mundi nta: et ce pain qu'il donne est sa chair que chacun doit manger; 'Ot en possédant sa chair adorable, il possède toui
Jésus-Chrisl, l'auleur el la source de la vie, la vie mênie.
Mais pourquoi XoUe Seigneui- dil-il qu'il donne sa cliaii- pour la vie du monde? VA pourquoi donne-(-il sa eliaii' pour pain eucharistique?
On peut en concevoir trois raisons : la première est que notie divin 3Iaitre a voulu faire de cet adorable sacienient un sacrifice de pacification, par lequel il a voulu unir parfaitement la créature au Créateur, en ujéme lenqjs qu'il a voulu obtenir les différentes fins d'un véritable sacrifice. C'est la même victime qui est offei'te au Père pour la vie du monde, et qui est mangée par les créatures pour les unir au Père el leur communiquer sa vie.
Comme sacrifice, il fallait que ce lut la chair, pour former un véritable sacrifice; et comme le sacrifice pacifique doit faire participer les hommes à la table de Dieu, pour les unir parfaitement avec Lui et leur communiquer sa paix el sa vie, il a fallu que les liommes mangeassent la victime, qui est le pain de Dieu même. De manière que cette victime est en même temps en Dieu pour les hommes, afin de leur obtenir grâce el miséricorde, et de Lui rendre les devoirs dûs j)ar les liommes. Ces devoirs sont tous renfermés dans le sacrifice; car le sacrifice renferme tous les devoirs de religion de la créature envers son Créateur.
Et pour mieux concevoir la perfection admirable des * devoirs que Notre Seigneur rend pour nous à son Père dans le sacrifice eucliaristique, et la raison pour laquelle il fallait que ce sacrifice se fît sur sa chair, il faut savoir que le sacrifice eucharistique est un avec celui de la cioix, qui est un sacrifice parfait, qui s'est opéré sur la chaii et qui avait toutes les intentions et toutes les fins (h\ sacrifice le plus parfait.
Ainsi, (Vun cùlé. par ee saciilite de la Sainle Ku- *:ljarislie. Nuire Seigneur nous transporte dans le sein de son Père et nous rendons au Père tout ce que nous Lui devons par son Fils l)ien-ainié, et de cette layon la divine viclinie est pour nous en Dieu aux lins marquées tout-à-l'heure; et, en même temps, cette môme victime, qui est ainsi pour nous en Dieu, et aussi pour Dieu en nous, pour nous rendre participants de la vie (Fo Dieu et pour nous communiquer les biens qu'elle a obtenus de Dieu et c'est pour cela que la consominalion de cet iidorable sacriiice se fait par la mandut'ation.
Par là on |)e\it lacilenient comprendre que c'est en la chair de NiDtre Seigneur que devait lésider diiectement le sacrement de la sainle Eucharistie, parce que xNotre Seigneur y est victime pour être sacriliee, ce qui s'acconqjlit directement en sa chair. De plus Pl^^ucliaristie étant le sacriiice du Calvaire, il a fallu que ce iTil la chair qui s'y trouvât parce qu'au Calvaire ce fut la cliair aussi qui fui immolée. Et il faut que celte chair soit donnée à manger, parce que la consommation du sacriiice doit nécessairemet avoir lieu de cette façon. De cette manière Notre Seigneur dit : «Le pain « (jui' je donne, je le donne pour la vie du monde, « dans le sacriiice que j'otfrirai sans cesse pour lui ol> « tenir la vie et pour la lui communiquer, pour la « devenir en ceux qui me reçoivent; et ce pain que « j'ofl'rirai |)our la vie du monde, c'est ma chair».
Le sacriiice dé la sainte Eucharistie est si parfait qu'il a fallu tous les sacritices de l'ancienne loi pour la figurer. Le sacrifice oflèrt pour le péché a été parfaitement accompli par Noire Seigneur dans le sacriiice de la cniix, et par suite dans le sacrifice eucha-
rislique, puisque par ce seul sacrifice sont reniis tous les péchés de tout le monde entier.
Le sacrifice de l'holocauste représente les devoirs de la créature envers le Créateur par son anéantissement, et il a été accompli sur la croix et dans la sainte Eucharistie.
Et le sacrifice pacifique, dont une partie seulement était offerte à l'autel et l'autre mangée par le prêtre, et une autre par celui qui l'oiTre se retrouve également. Mais ici, dans la sainte Eucharistie, cela est infiniment plus parfait; toute la \ictime est offerte et consommée en Dieu, la même est toute entière mangée par le prêtre, et la même toute entière mangée par le peuple; ce qui fait cette union pacifique bien plus parfaite. Dans l'ancienne loi, cela ne pouvait pas s'accompiii- de la sorte; alors on l'a figuré par les parties de chaque victime, qui représentaient le tout.
Ea deuxième raison est celle-ci. Notre très-aimable et très-aimant Seigneur Jésus, dans un excès d'amour incompréhensible pour nous pécheurs et criminels, et par un désir extrême de s'unir à nous de la manière la plus parfaite et de communiquer l'admirable et incompréhensible sainteté qu'il a en lui-même, a établi cet adorable sacrement, qui est le sacrement de son amour par excellence. 11 a vouhi, par un effet de cet i\mour immense, dont aucune créature ne peut concevoir les profondeurs, même dans l'éternité, il a voulu' nous rendre participants de la manière la plus parfaite à toutes les opérations divines et ineffables du Verbe dans son Huuianité sainte, pour notre salut et notre sanctification.
C'est pourquoi il a voulu nous donner cette aimable lU adorable huuuinité pour'nouriiture substantielle, alin
de l'incorporer merveilleusement en nous, pour ([u'elie ne lasso plus qu'une seule et même chose avec nous; utin que toutes les opérations de sainteté, que le Veibe V a opérées pour nous, soient [)ar lu opérées en nousmêmes selon notre capacité et nos dispositions.
Toutes ces divines opérations de sainteté ont cti' faites dans les différents mystères que le Fils de Dieu il opérés sur la tei-re. Or, tous ces mystères ont été opérés en la chair de Notre Seigneur; c'est pourquoi Notre Seigneur nous donne sa chair dans la sainte Eucharistie; et à cette chair est unie I ame et la divinité du Verbe, afin que par là nous recevions, par cette union parfaite, comme dans notre propre chair et àme, toutes les célestes opérations du Verbe dans tous les mystères, pour noti-e plus grande sanctification. Et la miséricorde et l'amour incompréhensible de Notre Sei-, gneur paraissent d'autant plus dans cet adorable sacrement, qu'il nous y donne à la fois tous les fruits de tous les mystères qu'il a oi)érés pour nous sanctifier, et il nous les donne de la manière la plus parfaite; car, dans la sainte Eucharistie, Notre Seigneur est parfait, c'est-à-dire api-ès avoii' passé par tous ses mystères, tel qu'il est assis à la droite de son Pèie.
Ainsi, nous avons en nous toutes les grâces renfermées dans l'Incarnation, dans la Naissance, dans la vie cachée, dans la vie conversante, dans la Croix, dans la Résurrection, dans l'Ascension et dans la glorification éternelle de notre adorable Chef. Et comme tous ces mystères se sont opérés dans sa chair sacjée, il nous donne cette chair pour que leurs fruits coulent comme de source dans nos âmes, ainsi que les fruits de tous ses autres mystères et autres actions, qui tous sont des trésors abondaiils d'adoialion et de devoirs
rendus à son Père, et de gràccis, de l)cn(kliclion?; , de <ainlcté et de vie pour nous.
Il a établi la mandncation comme aclion sacramentelle, qui doit produire et signilier les admirables effels^ de ce sacrement adorable, parce que la nourriture représente l'union, l'identilé et la transformation parfaite qui s'opère dans ce sacrement entre nous et le Fils de Dieu par sa chair.
C'est pourquoi Notre Seigneur dit : « le pain que je « donne est pour la vie du monde » parce que non seulement il le délivre du péclié, mais lui donne la vie renfermée dans les divins mystères pour cela je donne ma chair dans laquelle tous les mystères ont été opérés sans exception.
La troisième raison est que Notre Seigneur nous a donné ce grand Sacrement, non seulement pour opérer en nos âmes toutes les grâces de ses mystères et établir en elles la perfection de sa vie, mais encore pour être dans notre chair un germe de résurrection. Il nous en donne un gage certain en nous associant à sa propre chair ressuscitée; c'est pour cela que ce sacrement est celui de sa chair particulièrement.
De plus, il y opère un autre bien, même déjà dans ce monde : il diminue la concupiscence de notre chair, y aiïaiblif tous les effets du péché, et rend notre âme forte, contre notre chair njauvaise et pervertie. Une vertu sort de sa chair pure et sainte, identifiée avec la nôlie qui est corrompue et mauvaise, pour y amoitir tous les effets du péché qui y réside. Voilà pourquoi Notre Seigneur nous donne à manger sa chair, afin qu'elle donne la vie au monde, double vie : vie dans l'âme, et vie dans le corps, et cette dernière^ encore double : vie, germe de la résurrection future.
el vil' i\[\\ s'oppuso à la inoil, liicjuelle l'ail su <leineiii(' dans notre cliair, et qui est détniile par la communicalion de cette vie divine.
53. Liti2;abanl ergo .liidx'i ad inviceni, tJicenles : Quomodo potesl liic nobis carnem suam darc ad manducandiim ?
;)3. Los Juifs donc disputaient entre eux, disant : (loniment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger!'
Quand une âme commence à être infidèle à la grâce et cela par malice, son mal va toujours croissant. Au commencement les Juifs murmuraient et n'osaient s'cmporler. maintenant ils disputent, cela devient plus sérieux. D'ailleurs, on voit déjà là-dedans une malice plus d(heloppée. Notre Seigneur leur a dit une foule do choses qu'ils ne comprenaient point; ils auraient pu el dû naturellement ranger ses paroles au nombre de celles qui étaient obscures pour eux, et non pas se récrier dès la première fois qu'il leur parlait de cette nouvelle nourriture.
Dans la suite de ce discours, les paroles de Notre Seigneur deviennent si claires qu'elles ne laissent plus aucun lieu au doute et à l'ohscurité; toutefois, ses premières paroles pouvaient et devaient paraître obscures à des gens, habitués souvent à ne pas comprendre les divines instructions, et qui d'ailleurs ne pouvaient se former aucune idée de cette nouvelle nourriture. Mais ils étaient mécontents et ils étaient bien aises de trouver à redire dans les saints discours du Fils de Dieu. Ayant saisi ces paroles, qui exprimaient dans un sens bien clair une chose qui leur paraissait obscure et insoutenable, ils s'écrièrent, en disputant les uns contre les autres, comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? Ils ne comprennent pas, j)arce qu'ils ne connaissent pas le tout-puissant amour de Notre^
Seigneur pour les siens. C'est précisément ce (jue Noire Seigneur développe dans la suite de ce discours. [Js s'imaginent que c'est une manducation protanc et ordinaire, ne connaissant pas le doigt de Dieu et ses opérations dans les divins sacrements, et surtout (Unis celui de son incompréhensible amour.
54. Uixit ergo ois Jésus: Amen, ! o4. Et Jésus leur dit : En vérité, amen dico vobis, iiisi inanducave- | en vérit,<^, je vous le dis ; Si vous l'itis carnem l'ilii houiinis, et bibe- i ne mangez la chair du Fils de l'homnlis ejus sanguinem, non habebitis I me, et ne buvez son sang, vous vitani in vobis. n'aurez point la vie en vous.
oo. Qui nuinducal meam carnem' oo. Qui mange ma chair et boit et bibit menm sanguinem, habet i mon sang a la vie éternelle; et moi, vilam teternam ; et ego resuscita- i je le ressusciterai au dernier jour, bo eam in novissimo die. |
56. Caro enim mea vere est ci- i 50. Car ma chair est vraiment bus; et sanguis meus vere est po-\ nourriture et mon sang est vraiment tus. breuvage.
S'ils avaient eu de la foi et qti'ils eussent demandé une explication avec de bons sentiments. Notre Seigneur leur aurait si\rement expliqué comment la chose devait se faire; mais, avec les mauvaises dispositions qu'ils avaient. Notre Seigneur se contenta de leur expliquer les etïets admirables qui résultaient de cette nourriture, et de leur donner de plus en plus la certitude de la chose, atin qu'il ne pût rester aucun doute sur le sens de cette manducation et de cette chair qu'on devait manger, et il ne leur expliqua pas comment cela se ferait, si c'était sacramentellemeut ou naturellement. Il exige d'abord de la foi, et quand une lois on croit, alors il éclaire rame sur l'objet de sa foi. Il avait assez manifesté la divinité de sa mission pour que ces Juifs mauvais dussent croire à ses divines paroles; bienheureux, s'ils s'étaient rendus aux sollicilaliuns de la grâce divine: ils eussent bicntôl \u plus '•lair. .
Notre Seigneur loin* ilil : « Vous criez, iiiurmii- « lez, dispuiez et ne voulez pas eioiie, vous résistez « à cette parole divine. Je vous dis cependant la vé- « rite; si, par un effet de celte mauvaise volonté, et « de ce défaut de loi, vous méprisez cette nourriture, « et tant que vous vous scandaliserez ainsi et que vous « vous abstiendrez de mander la chair et de boire le « san<^- du tils de l'homme, vous n'aurez pas la vie en « vous. » La preuve que c'est le sens des paroles de Notre Seigneur, c'est que, plus haut, il dit de la foi : « que celui qui l'a a la vie» et par conséquent il n'est pas nécessaire de nécessité absolue qu'on mange la sainte Eucharistie. D'ailleurs, en disant ces paroles, il s'adresse directement aux Juifs; ce qui montre qu'il parle de leur obstination à ne pas croire et à ne pas vouloir s approcher de ce .sacrement adorable. Il dit : Nisi manducaveritis , et non pas nisi quU manducaverit , tandis que, dans le verset suivant il dit : qui manducat etc. sans l'adresser aux Juifs à qui il parlait, mais le disant en général de tous les hommes.
« Mais si quelqu'un, moins incrédule et moins mali- « cieux que vous, s'approche et mange cette chair et « boit ce sang du fils de l'homme avec foi ( et les dispo- « sitions convenables sans doute), celui-là a la vie « éternelle». 11 l'a déjà par la foi , si elle a été assez piufaite avant la manducation , et, dans ce cas , cette manducalion augmente et perfectionne en lui cette vie éternelle. D'ailleurs on peut dire que cette vie se donne réellement toute entière , parce que cette manducation nous donne l'auteur et la source de cette vie , et la vie même qui devient noire propre vie ; de manière que toute la vie que nous acquérons par la foi et par les différents sacrements, est toute renfermée par excellence? dans la sainte Eucharistie.
Et ego rpsuscitaho etc. Par là Notre Seigneur nionlre que dans cette chair sainte que nous mangeons', nous trouverons le germe de la résurrection de la nôtre ; c'est le Verbe , le Fils de Dieu , qui nous ressuscitera , en nous communiquant la grâce de la résurrection de sa propre chair.
On peut dire aussi que la vie éternelle, ici veut signifier seulement la vie du ciel ; et Notre Seigneur nous dit que dans la sainte Eucharistie il nous donne une force toute particulière pour la persévé''ance , et par là la sainte Eucharistie opère plus directement la vie éternelle. Et Notre Seigneur ajoute : « Et erjo rcsus- « citaho, outre cette vie des bienheiu-eux dont vous jou^ « irez de suite en entrant dans la sainte éternité, plus « lard je vous rendrai encore vos corps , par la même «grâce renfermée dans ma chair que vous mangez, « pour leur donner part à celte même vie éternelle.»
Après que Notre Seigneur a affirmé aux Juifs incrédules et rebelles à son divin mvstère, que s'ils ne mangent cette nourriture et ne boivent cette boisson mystérieuse, par suite de cette incrédulité et de cette opposition, ils n'auront pas la vie, et qu'au contraire ceux qui mangeront sa chair avec foi auront la vie, il ajoute, pour les convaincre qu'il en est ainsi : « que ce n'est pas une « parabole qu'il leur dit, que sa chair est véritablement « une nourriture et son sang véritablement un breuvage. » Il les donne réellement aux hommes et par conséquent il faut les prendre comme telles. Ce n'est pas un pain ou une nourriture spirituelle, que l'âme doit prendre sans participation du corps, comme celle dont il a parlé plus haut en parlant de ceux qui viennent à lui par la foi ; mais c'est un pain, c'est-à-dire une véritable nourriture et son corps est véritablement mangé et son sangvéri-% lablemenl bu.
.H ^^)iii mandiicat moam carnem, 'j7. Qui mango ma chair ei boii et bibil meiim sangiiiiiem, in me mon sang demeure en moi et moi en mauel, et ego in illo. | lui.
Notre Seigneur vient de parler de la vie qu'il donne aux âmes qui mangent en réalité son corps et qui boivent en réalité son sang. Dans ce verset et le suivant, il montre la perfection de cette vie. La perfection d'une âme consiste à avoir en elle la vie de Notre Seigneur, et plus cette vie est parfaite dans uneânie, plus cette âme est élevée en sainteté, (>ette vie a plusieurs degrés; la perfection de cette vie est la transformation de notie âme en Notre Seigneur, qui est l'union la plus parfaite où nous puissions être avec Notre Seigneur et que nous puissions posséder dans ce monde tout en conservant l'usage et la liberté de nos j)uissances. Car, il ne s'agit pas ici de ces grâces extraordinaires qu'il plaît à Notre Seigneur d'accorder à des âmes privilégiées, inais d'un état permanent , qu'il veut opérer en toutes celles qui approchent de lui et qui niangent sa chair et bo'vent son sang avec les dispositions préalables et requises pour qu'il puisse agir, dans ce sacrement, selon toute l'étendue des vues qu'il a eues dans son institution. C'est de cette transformation que Notre Seigneur parle ici , si l'on prend ce verset dans toute la profondeur de son sens.
Klle consiste en deux choses : la première est que notre âme soit comme environnée et comme enfermée spirituellement de Notre Seigneur et en Notre Seigneur, de telle manière que notre esprit ne voit plus et que notre cœur n'aime plus que Notre Seigneur; que toute créature soit tellement oubliée , que la pensée n'en vienne plus et que l'on ne s'en occupe plus ; que tous les goûts, toutes les vues, tous les désirs et toutes les nfliections soient uniquement en Notre Seigneur. I/âme
en cet élaU a tellement toutes ses puissances en Notre Seigneur, que dans tous les actes soit intérieurs soit extérieurs, elle reste toujours absorbée en lui, n'a d'autre tendance, d'autre attention ou vue , ni d'autre satisl'aelion, atl'ection, ni désir qu'en Notre Seigneur et par Notre Seigneur dans lequel elle a tout son repos et toute son existence.
C'est le vrai effet direct et immédiat que notre divin Maître produit dans l'union eucharistique : « qui mandu- « cat meam carnem et bibit meum sanguinem, in me manel.» Par ce sacrement il attire l'âme en lui-même et l'y retient ; car il faut remarquer ces mots in me manel. Pour que cette transformation soit réelle et parfaite, il ne suffit pas que l'âme soit en Notre Seigneur, c'est-à-dire qu'elle ait d'une manière active et vivante toute la vie, tout le mouvement , et toute l'exiatence de l'être en Notre Seigneur, mais encore que Notre Seigneur soit en elle.
Mettez du plomb dans un vase d'or, le plomb restera toujours plomb, seulement il se trouvera tlans un vase précieux. C'est ce que notre âme eut été, à peu près, s'il n'y avait eu que notre être en Jésus-Christ; nos actions eussent été précieuses, non par elles-mêmes, mais parce qu'elles auraient été dans ce vase précieux. Mettez de l'or pur dans un vîJse de plomb, le vase restera toujours plomb, et n'aura pas grand prix en lui-même, c'est à peu près ce que la vie de Jésus eut été en nous.
Mais fondez le plomb, et mêlez-le si parfaitement dans l'or (|ue chaque particule de plomb soit entre mêlée avec l'or, voilà ce qui rendra ce plomb tout autre qu'il n'était à part. Il participe autant qu'il en est susceptible de la beauté et du prix de l'or; de vase d'ignominie et d'ordure (|u'il aurait été auparavant, il est devenu un vase
<!o gloire (|iii scr( trorncmcnt à la table du Roi. (^esl là l'image tic l'union de Noire Seigneur avec nos âmes dans son sacrement adorable ; il est en nous et nous en lui, et, par cette fusion admirable, nous sommes identiliés avec lui de la manière la |)lus parfaite qu'il est possil)Ie sur la terre à, des créatures pécheresses.
(^ette existence de Notre Seigneur en nous, est une existence vivante et vivifiante, puisqu'il y est pain de \'\Q et pain vivant. Il remplit toutes les puissances de nos âmes, mieux sans comparaison que l'eau de la même remplit une éponge qui y est plongée. Il y est principe et âme de notre vie et de toutes nos œuvres. Il fond el répand en nous tout ce qu'il est, et toutes ses perfections, tous ses penchants purs et saints, tout son amour pour son Père et toute sa haine contre tout ce qui y 3st opposé; et il établit en nous sa vie, dans tous les états et mystères par lesquels il a passé et (pi'il accomplit maintenant dans le sein éternel de son Père.
Il répand toutes les vertus el toutes les grâces sur nos œuvres, étant au fond de nos âmes comme une source féconde, intaiissable , (jui prend son origine <lans le sein infini de son Père. Il devient ainsi le principe, la source, le modérateur et le directeur de tous les mouvements de notre âmi; dans toutes ses œuvres, et l'âme et la vie de ces mêmes œuvres; de "manière que tout en nous n'est plus nous, mais Jésus-Christ, qui demeure en nous.
Bienheureuse l'âme fidèle, qui, bien disposée pour une si grande action, se livre à corps perdu entre les mains de son adorable Maître et est docile à toutes les impressions et à tous les mouvements qu'il veut lui donner, en venant substantiellement en elle dans cet adorable sacrement de son amour et de sa perfection!
Il laiit lemarqiier que Notre Seigneur dil manel, ce qui aaiionce non un moment passager, mais un étal (le vie; il veut opérer les grandes merveilles de sainteté en nous, non pour un moment, comme cela arrive à certaines âmes absorbées en Notre Seigneur immédiatement apiès la sainte communion, et qui ensuite retournent à leur état de vie ordinaire, en se laissant aller de nouveau à une vie en partie naturelle et imparfaite.
Le divin Sauveur veut que nous persévérions dans cette luiion; non pas qu'il demande que notie esprit soit toujours dans cette sensible absorption ^cela n'esl pas l'essence de cette transfusion de notre âme en notre divin amour qui vient habiter en nous,) mais que cette union persévérante existe en réalité. Cela est excessivement rare dans l'Église. On ne ivtire presque jamais tout le fruit de cette sainte communion, mais chacun en retire selon ses dispositions. ]ci PSolre Seigneur parle de toute l'étendue de sa miséricorde dans cet adorable sacrement de sou amour.
S8. Sicut misil me viveiis Paler, i 58. Comme mon Père qui est viet ego \ivo propler t'alrem ; et qui vant m'a envoyé, et que moi je vis maiiducat me el ipse vivel propler par mon Père, ainsi celui qui me me. I mange \ivra aussi par moi.
Notre adoiable 3Iaître explique davantage cette union eucliaiistique, et les admirables effets qui y sont l'enfermés; il développe de plus en plus les grandeurs, les richesses et la gloire qui nous y sont communiquées. « Connue mon Père m'a envoyé, c'est-à-dire m'a « uni à mon humanité, par suite de celle union de mon « Incarnation, et comme je vis uniquement ])our mon « Père, tout en mon humanité, aussi bien qu'en ma di- « vinité. aboutit à se raj)porter à mon Père. Quoique
« ce uc soil pas* lu Père qui s'est incarne, mais le Fils; « cependant tout, en mon humanité qui l'a reçu en elle, « vit uniquement i)Our le Père et tend en tout vers Lui, « parce ([ue, dans le Fils, elle a reçu toute la vie du « i*ère tpji, vi\ant en son Fils, l'a engendrée en elle. »
« L)e même, celui qui [ne mange vit pour moi, toute t( sa vie et toute son action aboutiront à moi, [)ar suite « de cette union parfaite que j'établis en lui par cette « manducation et par ma vie qu'il y reçoit. Car, quoi- «1 (ju'il ne mange que ma chair et qu'il ne reçoive dite rectemenl et innuédiaiement que ma chair pour nour- « liturc, ce[)endant l'union parfaite entre moi et ma « chair, fait que ma vie est parfaitement et entièrement t( contenue dans ma chair, et par là il recuit ma vie « el par conséquent il vivra pour moi de la même fa- « çon que nion humanité vit pour mon Père. Elle vit « pour mon Père, parce qu'elle a la vie de mon Père <( par la vie du Verbe qui lui appartient et qui tend « sans cesse vers son Père; de même celui qui mange <( la chair du Fils de Dieu vit pour le Fils de Dieu, « parce qu'il a en lui la vie du Fils de Dieu, qui est « dans l'humanité sainte à laquelle il est si intimement ■ii uni, et par cette nième vie de l'humanité sainte qu'il « possède et qui, en tout, tend vers le Verbe. »
Les vérités qui sont renfermées dans ces divines paroles sont bien grandes et bien gloiieuses pour les enfants de Dieu, qui ont le bonheur de manger la chair et de boire le Sang adorable du Fils de Dieu :
1" Notre Seigneur nous dit par là, qu'il est en nous d'une manière vivante et vi\ifi{inte et que nous y avons la vie du Verbe en nous, puisqu'il j)Ose pour terme de comparaison ces mots : Vivais Pater; comme son Père vivant lui a dunné cette mission, el |)ar là c'est
'une mission vivante et vivifiante, de même la mission <le riiumanitc sainte qui vient en nous, par le pouvoir <ln Verbe, est aussi vivante et viviliante.
2° Il compare la vie qu'il a en nous, à la vie de son Père en lui, sicut misit me virena Paler-; et son union sacramentale à nos âmes, à l'union du Verbe avec l'hunianité sainte, puisqu'il met un rapport de comparaison entre la mission du Verbe avec notre manducation, sicul misH me vivens Pain, et, qui manducat me. De là, quelle perfection dans l'union de notre adorable Seigneur avec nos pauvres âmes! Il nous fait assez comprendre qu'il nous rend participants, d'une manière extrêmement excellente, à son grand mystère de l'Incarnation. Il y a ici quelque chose de plus excellent encore, c'est que Notre Seigneur vient en nous après avoir accompli en sa personne tous les mystères de sanctification, et par là nous rend participants à tous ces mystères, à toutes les grâces et à toute la sainteté qu'ils contiennent, dans le même degré de perfection de l'union et de la participation qu'il nous donne ^ son Incarnation, c'est-à-dire à l'union de sou humanité sainte avec sa divinité.
Enfin, notre vie par rapport à lui, est semblable à la sienne par rapport à son Père; .sù«/ — ego vivo propler Patrem, cl ipse vivetpropter me.Qui peut compi'endrc toute la perfection, toute la beauté admirable de la vie de Jésus pour son Père? Eh bien, loutc cette vie si riche, si magnifique et si glorieuse, il veut l'établir en nous, pour Lui, et par Lui pour son Père; car c'est là <pu' tout aboutit. Quelle miséricorde incompréhensible.' quel amour! quelle douceur! quelle complaisance Jésus met-il dans une créature pécheresse! Qu'on s'éprouve et qu'on se prépare bien à tant de grâces et à tant de sainteté que Jésus veut établir en nous.
3" Jésus nous iiioulre que celle vie que nous devons mener poui* Lui seul, n'esl pas du nôlie fou de nous) mais précisémenl de ce qu'il esl lui-même nuire vie. Le principe cl la lin doivent toujours être de même nalurc, et les ell'els doivent leur ressembler. La vie naturelle et terrestre, c'est-k-dire les penchanls proi)res étant principe de la vie de l'homme, ce principe ne l)eul conduire qu'à soi-même, à la satisfaction de ces mêmes penchanls; et les ellels de ce principe 'seront des actions naturelles ou de la chair. A combien plus forte raison, (ou plutôt c'est au-dessus de toute comparaison) si Dieu est le piincipe de notre vie, si la vie de Dieu est la vie de notre vie et l'àme de tout mouvement en nous, à combien plus forte raison toute notre vie ne devra-t-elle tendre qu'à lui-même et tous les etl'els de ce piincipe divin seront-ils des ^elï'ets divins, d'aujour, de sainteté et renfermant toutes les perfections.
59. Hic esl paiiTs qui de eœlo descendil. Non sicul inanducaveriiiil paires ve^lri umiiiia el inortui sunl ; qui inaiiducal liunc paiierii, vi\el in ijuleinuin. *
(jO. \lixic dixil in synagoga docens, in Capliarnauni.
59. Voici le pain qui esl descendu du ciel. Ce n'est pas comme vos pores, qui ont mangé la manne el sont morls. Celui qui mange ce pain vivra élernellemenl.
60. 11 dil ces choses, enseignanl dans la synagogue, à Capharnaum.
Noire Seigneur, après avoir montré la seconde réalité signiliée i)ar la manne, qui annonçait par ligure le pain eucharistique, résume ce qu'il a dit plus haut, versets 48, 41), 50, pour montrer aux Juifs qu'ils reçoivent ici plus que leurs ancêtres n'avaienl reçu dans la manne.
Vwei in œlenium; « ceux qui ont mangé la manne « auraient bien voulu conserver la vie de leiu- corps. « et si la manne avait véritablement une substance de
« vie oa elle, toiunic le tloit iivoir le pain du ciel, les <( Juifs du désert auraient bien su conserver cette subs- « lance de vie, pour vivre et entrer dans la terre de « promesse; mais la manne n'était cpi'une tigure el « n'avait pas en réalité la vie, elle n'était pas un vrai « pain du ciel, et par conséquent ne pouvait pas com- « muniquer la vie qu'elle n'avait pas. Mais, ici, vous « avez un pain véiitablement descendu du ciel, qui a « la vie, et celui qui le mange n'a qu'à conserver « cette vie qu'il mange dans ce pain, et il l'aura pen- « dant toute l'éternité. Cela dépend de sa volonté. «S'il y en a qui meurent tout de même après l'avoir « mangé, c'est parce qu'ils ont rejeté cette vie qui est « dans ce pain, mais ce n'est pas par le défaut de vie « dans ce pain adorable. »
11 faut ren: arquer que Notre Seigneui- dit : Qui manducat hune panem, et non, ex hoc pane; parce qu'on ne peut en manger sans le manger tout entier; le corps du Seigneur est tout dans chaque particule.
Gi. Multi ergo audienles ex discipulis ejus, dixerunl ■. Durus est hic sermo, et quis poiest eum audire ?
61. Mais bjeaucoiip de ses disciples l'ayant entendu, dirent : Ces paroles sont dures et qui peut les écouter?
Tous ceux qui suivaient Notre Seigneur, et qui étaient ses disciples, n'étaient pas tous également bien disposés. Il y en avait beaucoup qui ne le suivaient pas par un elFet véritable de la grâce, mais partie par intérêt, espérant que bientôt il allait paraître dans sa grandeur, selon les fausses idées qu'ils avaient du Messie, et alors il leur reviendrait une grande gloire et un grand bien d'être ses disciples. De plus, ils lui voyaient faire tant de miracles, et ils se faisaient gloire ■«l'appartenir à ce grand i'roj)lièle, ou Messie, et (Têlre
«•oiiiiJles au uoinbre de ses disciples. Va\ outre, ils élaienl louches par la paiole de la grâce ((ui sortait de sa bou- C'Ije, et que personne ue pouvait écouler sans éprouver une louclie de la grâce.
La grâce agissait bien un peu s\u' eux, mais la [lalure était plus forte et étouffait la grâce, de nianièie ((ue, tant qu'ils éprouvaient ces satisfactions dans ses paroles, ils le suivaient, mais, n';iyant pas la véritable foi en euK, ou l'ayant très-faible, et n'étant pas animes par cette grâce forte qui les aurait attachés invariablement à Noire Seigneur, ils murmuraient lorsque sa parole divine ne produisait pas en eux cette suavité, et cela par un effet de leur peu de foi et de la dureté de leur cœur, parce que ses divines paroles étaient iiiconqjréhensibles pour eux.
C'est ce qui leur arriva en cette circonstance. Ils croyaient, comme les Juifs, que Notre Seigneur voulait parler de sa chair vivante qu'il donnerait à manger, ou plutôt ils ne comprenaient pas de quelle manière il la donnerait à manger, mais leurs âmes, vides de foi et de grâces et pleines d'elles-mêmes, se révoltaient aussitôt à une chose si étrange. Ils ne demandaient pas d'explication, mais entraient dans le murnuire et le mécontentement, tandis que lésâmes bonnes, pleines de foi, attachées à leur Maître et dociles à ses instructions, étaient portées par la grâce à croire ce qu'elles ne comprenaient pas, étant bien sûres que tout ce que leur IVIaîlre disait serait exécuté, sans savuu comment cela se pouvait, mais persuadées qu'il était assez puissant poui- exécuter ce qu'il promettait. El ses paroles, si incompréhensibles, portaient cependant Ja douceur et la suavité dans leurs âmes, au lieu de la raideur et de l'endurcissement qu'elles causèrent dans
les âmes des autres, qui les écoulaient avec de mauvaises dispositions et qui résistaient.
Durus est hic sermOr disent-ils. 3Ion Dieu ! ce n'étaiÉ pas votre parole qui était dure, car au contraire elle est pleine de suavité et d'^amour et porte la joie et la consolation dans les âmes qui vous aiment, mais c'étaient ces gens-là qui étaient durs; ils avaient un esprit de fer et un cœur de marbre, et résistaient à votre aimable parole. Et c'est ce qui les endurcit davantage, parce que votre divine grâce se faisait moins sentir, à cause de cette infidélité et de cette dureté de leur esprit et de leur cœur; ils l'attribuaient, cette dureté, à votre divine parole ; ces aveugles auraient dû être plus dociles et ils l'auraient trouvée bien autrement douce que toutes les douceurs de la terre.
0 Jésus, faites que mon esprit et mon cœur ne soient jamais si durs et si infidèles, mais qu'ils soient toujours disposés à vous écouter et à recevoir avec joie et avec amour toutes vos divines paroles, afin qu'elles soient la vie de mon âme !
El quis potest eum audire? Ces malheureux, il faut qu'ils comprennent, autrement ils ne croient pas. Cela prouve bien combien la grâce de Dieu était faible en eux, et combien l'esprit propre dominait. Qu'en résulte-t-il? Le plus grand malheur: ils finissent par abandonner la seule source d'eau vive.
62. Scions aulem Jesas apud semelipsum,quia nuirniurarenl de hoc discipuli ejus, dixil eis : Hoc vos scandalizal P
63. Si ergo viderilis Filium lioniinis asccndenlem ubi erat prius?
62. Or Jésus sachant en lui-même que ses disciples en murmuraient, leur dil : Cela vous scandalise?
63. El si vous ^oyez lo P'ils de l'homme monlant où il était auparavant?
Ces disciples avaient peu de loi cl par là même peu
Je Cv^nnaissance de Notre Seig-neiir, et de plus jugeaieiil <le tout ce qu'il disait selon leurs sens et les impressions que cela faisait à leurs sens. (Vest pour({uoi ils ne concevaient pas comment Notre Seigneur pouvait donner sa chair a manger, cela révoltait leurs sens, ni comment celte chair, qu'il disait être le pain qu'il donnerait à manger, pouvait être descendu du ciel. Et outre l'opposition des sens à cette idée qu'il donnerait sa chair à manger, ils ne comprenaient pas que Notre Seigneur pût être assez puissant pour donner sa chair a manger selon les paroles des Juifs: Quomodo polesl hic dare carnem etc. Comment peut-il? Par quelle puissance?
Notre Seigneur, connaissant tout ce qui se passait en eux, leur dit: « Les choses que je vous dis vous scan- « dajisent. Vous vous éloignez de moi, parce que vous « ne voulez pas croire que cette chair vous sera donnée « comme un pain descendu du ciel? Mais si vous voyiez « le Fils de l'homme monter à la droite de son Père, « pour rentrer dans son sein éternel, dont le Verbe est « descendu pour s'unir à cette chair et pour vous la « donner, qu'en diriez- vous alors? Penseriez-vous en- « core que cette chair n'est pas le pain descendu du (( ciel? Il est cependant certain qu'elle ne pourrait pas « monter sans être descendue par Je Verbe de Dieu, qui « est éternellement dans le sein de son Père, et à l'union « duquel elle {participe parfaitement. Vos sens seraient- « ils encore révoltés de ce que je dis que je vous don- <r nerai ma chair à manger? Ne verriez-vous pas alors « que cette manducalion n'est pas une manducation <( charnelle et pour les sens grossiers, comme il en est « de la chair des bêtes que vous mangez ; mais une « manducation spirituelle et glorieuse? Vous verriez <i alors que la nature de mon corps sera toute changée
« et qu'il aura d'aulres propriétés qu'un coips morh?!, M puis(|uelout sera gtorieux et divin en lui. Et par là « même, sans comprendre précisément comment je vous « le donnerai, vous conc(^vriez assez qu'il ne faut pas « juger de cette manducation par les sens grossiers, « comme des autres nourritures. Vous ne douteriez plus « non plus de ma puissance, quand vous me verriez re- « vêtu de celle de mon Père.»
64. Spiriliis est qui vivifical; ca ro non prodesi qiiidquam ; verba quae ego loculu.i snm vobis, spiri-
64. r/e.«l l'espril qui vivifie; la chair ne sert de rien : or les paroles que je vous ai dites sont esprit, et
lus et vita snnt. i vie.
« Vous qui êtes des hommes de chair, qui jugez de « tout pai vos sens et ne croyez possible que ce qui est « conforme à vos sens, sachez que ce n'est pas ainsi qu'il « faut juger C'est l'Esprit Saint qui vivilie l'âme. Il faut « juger des choses divines d'après les grâces et les lu- « mières de ce divin Esprit. Comme toute vie vient de « l'Esprit, ce n'est que ce même Esprit divin qui peut les « connaître, et par conséquent ce n'est qu'en ce divin « Esprit et en ses lumières qu'il faut les exammer. Les « sens ne peuvent pas connaître et examiner ces choses, « parce qu'ils ne connaissent et ne possèdent pas la vie ; « et comme ce n'est que l'Esprit divin qui peut donner « la vie, ce n'est qu'en lui et par lui qu'on peut l'acqué- « rir, mais le travail des sens ne peut servir de rien « pour cela : Spiritus est gui vivifical. C'est l'Esprit quivi- « vifie, c'est en lui qu'il faut examiner et chercher tout « ce qui est esprit et vie; caro non prodest quidquam, la « chair n'est bonne et utile à rien en cela ; c'est-à-dire, « vos sens humains et charnels ne peuvent vous servir « à rien dans la considération de ces choses, ce n'est pas « d'après eux que vous pourrez les comprendre et les
« ponst'ik'i . Les |jaroles (jue j ' vous ai dites, les choses « que je viens de vous aiinoiuer el (jui vous scandali- « senl laiit» Spiritus et viia mnt, soni précisément dans « ce nombre de choses divines, qu'il ne faut examiner « et concevoir qu'en l'Esprit-Saint, par la grâce divine « el non par les sens. Et alors, parce que ce sont des « grâces de l"Espril-Sainl, elles sont esprit même et « laites pour pénétrer dans le tond de l'âme d'une ma- « nière surnaturelle el divine: et si on les reçoit dans « l'Esprit-Sainl» alors elles donnent la vie, elles en-- « trenl dans l'àme et la vivifient, parce qu'elles sont « vie. IMais si on les examine par (es sens purement «charnels, elles ne peuvent pas entrer dans l'âme. « parce que la chair est incapable de cela, myn prodesi *t guidquam, et alois,* au lieu de la vie^ il eu. résulle « le scandale. >»
El cela est assez expliqué par ce que dit Saint Paul : que l'esprit combat contre la chair, et la chair contre l'esprit. L'âme, ne voulant prendre les choses que par les sens et la chair, résiste nécessairement, et Tesprit lui-même au lieu d*enlrer la heurte et la repousse. Bienheureux donc ceux qui prennent ces paroles dans Tesprit de grâces" et dans la vraie foi, ils recevront la vie en eux; et malheur à ceux qui restent toujoui^: dans les vues de leurs sens et de leur chair, et qui ne veulent croire que ce qu'ils sentent, ceux-là n'auront pas ces ()aroles en eux. et par conséquent n'auront poî; la vie.
65. Sertstint quidam ex vobis qui! 65. Mais û en e?t parmi vons non credunt. Sciebat enim abinitio que!qne<-uns qni ne croient point. Jesas qui essent non credento?, et Car Jésus savait, dt-s le commencequis traditarns esset enn>. ment, qui étaient ceux qui ne croy-
I aient pas, et celui qui devait le trahir.
<r Mais ces pnroles de vie ne prennent pas sin' vons « tous, car, "quoiqu'il en soit ainsi, il y en a quelques « uns parmi vous qui ne croient pas, et c'est ce qui « fait que* ces paroles ne sont pas, pour eux des paro- «Jles de vie. » L'évangéliste ajoute que Jésus savait quels étaient ceux qui ne croyaient pas, avant qu'ils ne • se déclarassent et ne s'en allassent, et même celui qui devait le livrer plus tard. Cependant, ce divin Seigneur a eu la bonté de traiter ces disciples infidèles avec la même douceur que les autres, et le traître avec la même familiarité que ses Apôtres.
fifi. Et (licebat ; propterea dixi vobis quia nemo potest. venire ad me, nisi fiierit ei daliim a Pâtre nieo.
06. Et il disait : C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir a moi, s'il ne lui est donné par mon Père.
Notre Seigneur continue de parler à ces disciples infidèles «Je sais qu'il y en a qui ne croient pas. « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut « venir à moi sans qu'il lui soit donné de mon Père « de venir. Ce n'est pas par des vues humaines, ni « même par la satisfaction et l'attraction du plaisir- « qu'on éprouve, par les douceurs et suavités sensi- « blés que donnent aux âmes mes paroles et les véri- « tés que j'annonce, qu'on vient à moi. » Car, ceuxlà ne viennent pas à Notre Seigneur, ce n'est qu'à eux-mêmes qu'ils vont, parce qu'en s'approchant du divin Sauveur c'est eux-mêmes qu'ils cherchent. D'ailleurs, ces âmes ne restent pas; tôt ou tard elles quittent et rentrent dans les voies ordinaires de la perdition. C'est maintenant encore la même chose, et on saurait bien souvent discerner les âmes qui ne persévéreront pas, parce que très-souvent on voit clairement la mauvaise disposition avec laquelle elles viennent.
Ici, est renfermc'O iino g;rando inslniclion pour les directeurs des âmes, qui regardent souvent beaucoup trop les caractères des personnes et leur naturel, et ne font pas assez attention à la grâce divine. Une âme vient, ils ne font pas attention au degré de grâce qu'on voit en elle, mais si elle est de nature à persévérer. Ce n'est pas la nature qui donne la persévérance, mais la grâce. Notre divin Maître, prévoyant que cesgenslâ ne persévéreront pas, ne leur dit pas : «Ceux qui «ont le caractère trop léger ne persévéreront pas» mais il leur dit : «.\emo vcnit ad me, nisi Pater traxerit « eum. » Il fait dépendre tout de la grâce, et veut fixer toute la force de notre attention là-dedans. Les caractères fermes semblent quelquefois persévérer, ils persévèrent réellement parce qu'ils tiennent à une chose résolue une bonne fois, mais ce n'est pas à Notre Seigneur qu'ils vont, mais à eux-mêmes, à moins que la grâce ne les y tienne enchaînés par les douces chaînes d'amour et de suavité.
Tl est bien vrai que plus In malice du péché, qui gâte tout, est en nous, plus nous avons besoin d'une plus grande grâce; et ceux dont le caractère a plus d'opposition à un bien, ont besoin aussi d'une plus grande grâce; mais il ne faut pas trop s'arrêter à cela. II faut que le directeur l'observe, autrement il ne peut pas guider ces âmes; mais il faut que sa grande et principale attention soit fixée sur l'action de la grâce dans les âmes.
II faut qu'il fasse travailler ses enfants spirituels à combattre fortement les vices et défauts, mais il doit fixer davantage leur attention et leur soin du côté de la grâce divine, pour l'augmenter, la fortifier, la faire désirer ardemment et la faire estimer par-dessus toutes
— 'Mm —
choses, |jliilôl qiu: do li>;cr leur es|)iif presque uniquement vers ce combat contre leurs vices, comme sur un combat qu'ils auraient corps à corps. Ce combat est au contraire entre l'Esprit-Saint et leur chair; le travail de l'àme, en cela, doil-être plus ou nioins fort, selon le plus ou le moins de combat que l'on voit entre l'Esprit-Saint et la chair, c'est-à-dire selon le plus ou moins que l'on voit que la grâce agit contre. Si TEsprit-Sainl travaille pour l'âme, elle n'a plus besoin de travailler tant, et la besogne sera mieux faite. Dans tous les cas, lui faire toujours voir toute la force dans la grâce et non en elle, à l'exemple du grand Maître des âmes.
67. Ex hoc multi discipiilonim I 67. Dès lors, beiiuconpde ses disejus abierunt reiro ; et jam non cum ciples se retirèrent, et ils n'allaient illo ambulabant. [ plus avec lui.
Un grand nombre de ses disciples, qui étaient ceux dont parlait Notre Seigneur, se voyant découverts et étant dégoûtés entièrement, cessèrent dès ce moment de le suivre, et s'en retournèrent en arrière, c'est-àdire se retirèrent de la voie de perfection que Notre Seigneur enseignait, et retournèrent dans leur première vie de la chair et du sang. Cela signifie encore qu'étant avec Notre Seigneur, quoique sans une foi pure^ et véritable, ils étaient rapprochés de Dieu ; et lorsqu'ils se retirèrent de Notre Seigneur, ils retournèrent en arrière en s'éloignant de Dieu; car, s'éloigner de Dieu, c'est se retirer en arrière, parce que nous devons toujours aboutir vers Lui.