Or approchait la fête des Juifs, la Scénopégie
La fête des tabernacles approchait, et Jésus, au lieu de se diriger vers Jérusalem pour y passer les jouis précédents, alin de se préparer à la fête, alla au contraire dans la (jalilée. La fêle était très-proche et il était temps de se rendre à Jérusalem pour y aiiiver à tenq)s; et par conséquent la Coule était à Jérusalem et nalurellernent Jésus devait y aller pour prêcher. Mais la volonté du Père n'était pas qu'il y allât encore attendu que les Juifs cherchaient à le mettre à mort, parce qu'il avait enfieint la loi du sabbat, et pai-ce qu'il se donnait pour Fils de Dieu égal à son Père. i-,es aveugles regardaient cela comme un mensonge, et voulaient le traiter comnie un faux, prophète.
— :îii —
L'évan{j;elisle dil que Jésus ne vouluil pus inont(M-; mais, (ra|)iès ce que Noire Sciiiiieur a dit plus haut, il ne taisait jamais sa volonté, niais celle dv son Père, d'où l'on peut conclure qu'il ne le voulait pas, parce <jue ce n'élail pas la volonté de son Père. H n'avait pas à craindre la persécution des Juifs, sachant que son lenqjs de mourrir pour les péchés des hommes n'était pas venu , et que par conséquent les Juifs ne pouvaient rien sur lui, comme il le dit lui-même dans un autre endroit; mais il entrait dans les volonlés secrètes de son Père, qui étaient qu'il ne s'exposât pas encore k leurs poursuites, et qu'il attendît le jour même de la fête; et alors il saurait bien se tirer de leurs mains et les empêcher de le saisir ou de lui faire le moindre mal.
3. Dixerunl aulem ad eum fratres I 3. Ses frères donc lui dirent: ejus : Tryiisi hinc, et vade in Ju- Pars d'ici et va en Judée, afin que dueam, ut el discipuii lui videanl i tes disciples voient, eux aussi, les opéra tua quae facis. : œuvres que tu fais.
î. Nemo quippe in occullo (|uid I i. Car personne n'agit en secret, facit, et quœril ipse in palam esse ; lorsc|u'il cherche lui- même a pasi liaBC facis , manifesta teipsuni ; raltre en public ; puisi|ue lu fais de jDundo telles choses, manifeste- loi au
'. monde.
o. Necjue euim frai res ejus cre- j o. Car ses frères mêmes ne croydebant in eum. 1 aient pas en lui.
Les parents de Noire Seigneur ne connaissaient pas les mystères ([ui s'étaient opérés dans son Incarnation et sa Naissance; ils le croyaient aussi, comme les autres Juifs, fds de Joseph, et n'avaient pas plus de foi que le grand nombre. Ils savaient qu'il s'était fait ime haute réputation et s'était acquis un grand nombre de disciples, j)ar la puissance extraordinaire de ses oeuvres et de sa doctrine. Ils ne pouvaient ignorer la inullilufle innombrable de ses miracles qui retentis-
saieQt par toute la Judée et la Galilée, et ne pouvaient manquer de reconnaître la vérité de ces faits si extraordinaires et de la grande autorité qu'il avait acquise sur tous les peuples; mais, de cela à la foi il y avait encore beaucoup de chemin à faire, et ils n'en avaient pas plus que le très-grand nombre. Ils en avaient même moins, parce que, étant parents, les vues temporelles étaient de plus grands obstacles pour eux.
Us croyaient que Notre Seigneur faisait toutes ces choses pour s'acquérir un nom et pour attirer le monde à lui; voilà pourquoi ils lui dirent : «Tous ceux qui « cherchent à avoir une renommée paraissent en public « et ne font pas leurs œuvres en cachette. Voilà tout « le peuple à Jérusalem; manifestez-vous au monde si « vous faites ces grandes choses, afin que vos disci- « pies vous voient agir de la sorte et vous suivent. » Us raisonnaient bien selon l'esprit qui les animait, l'es- ])rit du monde; et ils prêtaient les mêmes sentiments à Notre Seigneur, et ne croyaient pas que toute sa conduite était divine et en la plus grande opposition avec toutes les maximes du monde par lesquelles ils voulaient le faire agir.
G. Dixil eri;o ois Jésus : Te m pu s 1 C. Mais Jésus leur dit: Mon lenips nieum iiondum advcnit ; lempus n'est pas eiicore venu mais \olrc auleni veslrum semper esl |)araluin. temps est toujours [)rèl.
11 est probable que les parents de Notre Seigneur étaient sur le point de partir pour se rendre à Jéiusalem (cela parait par la suite de tout ce passage,) et ils engagèrent Notre Seigneur de partir avec eux. Ces ]nots : transi hinc disent : venez ici avec nous. Ils désilaient cela probablement par une suite de leur vanité, ahn que tout le monde vit (jue ce grand prophète élail
— 3ia —
des leurs. Voilà [)uiirqtioi Nolie Seif;iH'ur lepoucl : « Je ne veux pas aller avec vous, parce que uiou temps « d'y aller n'est pas encore venu. Le vôtre est toujours « prêt parce que vous faites en tout votre propre \o- « lonlé, vous ne suivez que vos goûts et vos satistac- « tions. De plus, personne ne vous empêche d'aller à «Jérusalem; mais il n'en est pas ainsi de moi, c'est « mon Père qui décide de toutes mes démarches et de <( toutes les circonstances dans lesquelles elles doivent « s'exécuter, et cette divine volonté n'a pas déclaié « que je dois y aller avec vous. »
7. Nonpolcst mundiis odisse vos; i 7. Lc3 monde ne poul pas vous me ciulem odil, quia lestimonium haïr : i)Oiir moi il nie liait, |)arce que perhibeo de illo, quod opéra ejus je rends de lui ce téinoignage (jue inala sunt. 1 ses œuvres sont mauvaises.
Notre Seigneur continue : « Vous n'avez rien à ris- « quer de monter à Jérusalem, le monde ne peut pas « vous haïr, parce que vous lui appartenez, vous « professez toutes ses maximes et vous vous soumettez « à toutes ses lois de perversion, et le monde ne peut « pas se haïr lui-même. Mais il n'en est pas ainsi de « moi ; le monde me hait, parce que je rends témoi- « gnage contre lui et contre ses œuvres. Je le con- « damne par tout ce qui est en moi et par toute ma « conduite, je m'oppose de toute ma puissance à tout « ce qui est en lui et à toutes ses œuvres, parce qu'elles « sont mauvaises; de là résulte que le monde m'a en « haine; il s'établit un choc entre le monde et moi, « parce qu'il ne trouve pas en moi ce qui lui appartient « mais ce qui le juge, le condamne et le détruit. »
8. Vos ascendile ad diem feslum hune, ego aulem non ascendo ad diem feslum islnm, quia meum lempu? nniidum iniplelum esl.
S. Allez vous, à ceUe iète : pour moi je n'y vais point, parce que mou temps n'est pas encore accompli.
9. llaic cuiii dixissel , i[Jï-t' maii- j 9. Ce qu'iiyiml dil, il demeura en sii in Galilaea. | Galilée.
« C'est pourquoi vous montez à ce jour de l'été, vous « n'avez rien à risquer, personne ne cherche à vous « faire du mal; mais moi je ne monterai pas encore à « ce jour de fête qui approche, parce que mon temps « n'est pas encore rempli. Quand mon Père me dira « de monter, je monterai; maintenanl qu'il ne me le « dit pas pour ce moment, je ne monterai pas avec « vous. » Et eu disant cela, il les laissa partir seuls et resta dans la Galilée.
10. Ut autem ascenderunt fratres j 10. Mais lorsque ses frères turent ejus, lune et ipse ascendil ad dieni partis, il alla aussi lui-même à la festum non manifeste, sed quasi in I fête, non publiquement, mais comme occullo. I en caclielle.
Quand ses parents furent partis. .Jésus y monta aussi, lorsque son temps fut venu. Son Père voulait qu'il ne parut, ce jour de fêle, que tout-à-coup qunnd tout le peuple serait réuni, et qu'avant ce temps personne ne sut qu'il était à .lérusalem. Voilà pourquoi il ne partit que lorsque tout le monde était déjà parti, afin de ne rencontrer personne en route, pour être ignoré de tout le monde.
Quoique Notre Seigneur eut dit à ses parents qu'il ne monterait pas pour cette fête, il n'avait pas voulu dire qu'il ne monterait pas du tout ; mais il s'agissait de partir avec eux, et il ne parlait que de cela quand il leur dit qu'il n'irait pas. Et ses parents avaient dû même avoir compris ainsi, puisqu'il leur avait dit qu'il n'y allait pas, parce que son temps n'était pas encore accompli ; seulement comme il ne leur avait pas fait connaître qu'il viendrait plus tard, ils durent être dans l'incertitude s'il viendrait ou non ; mais il ne faut pas croiro qii'il ait
voulu les induire en erreur en leur disant des paroles équivoques, car il n'y avait pas en lui Esl et Non.
11. Judtei ergo qiicerebani eum j 11. Les Juifs donc le cherchaient in riie feslo, et fiicobant ; Tbi esl ! jjendant la fêle ot disaient : Où esl -il? ille":' J
Les Juifs s'attendaient à le voir arriver h la fête, selon sa coutume, et, ne le voyant pas, ils le cherchèrent paitout, et se disaient mutuellement : «Où est-il ce grand « prophète? cet homme si merveilleux? Mais il paraît « plutôt que ceux qui le cherchaient étaient les chefs du « peuple, et cela pour le faire mourir, et ils disaient : où « est ce séducteur, ce faux prophète? »
12. Et mnrmur imilluni eral in turba de eo. Quidam enim dicebanl :
Quia bonus esl. Alii aulem dicebanl : Non, sed seducil lurbas.
12. El il y avail une grande rumeur dans le peuple a son sujet.
Les uns disaienl : En etiel c'esl un homme de bien : mais d'autres disaienl : Non, car il séduit la foule.
Le peuple voyant qu'on le cherchait ainsi pour lui faire du mal, ils murmuraient les uns avec les autres: et quelques-uns voyant que les princes le persécutaient, murmuraient et disaienl qu'il était bon et un véritable prophète; d'autres au contraire, séduits par le sentiment des Juifs , disaient qu'il n'était pas bon, mais qu'il séduisait la foule. Les pharisiens savaient si bien cacher leur jalousie et leur haine, que plusieurs parmi le peuple croyaient réellement que c'était par un zèle pur de la loi, qu'ils faisaient ces persécutions contre Notre Seigneur ; et ces pauvres gens prenaient leur parti, croyant que celui qui était venu s'immoler pour les péchés des hommes, et pour les délivrer de la séduction des démons et de la chair, était lui-même un séducteur.
13. Nemo lamen palam ioqueba- 13. (Cependant personne ne parlur de illo, propter metiim .ludfpo- ! lait de lui ouvertement par rrainle ru m. des Juifs.
On n'osait cependant pas trop manifester les sentiments en sa faveur, par la crainte qu'on avait des Juifs; parce que dès lors ils étainl disposée à persécuter ceux qui étaient pour Notre Seigneur aus&i bien que Notre Seigneur lui-même.
i4. Jam aulena die feslo médian- ] fi. Or, vers fe mifiea de la fêle, le, ascendil Jésus in teroplum, el Jésus monta au temple, el il eiKcidocebot. • I gnait.
Après que Jésus nous a donné Texeraple pour les précautions ordinaires qu'il faut prendre dans les choses divines, quoiqu'on soit sûr du secours de Dieu, il monte au temple vers le milieu du jour de fêle, sans lien craindre, car il savait que son heure n'était pas encore venue. Il ne voulait pas monter dès le commencement du jour, il savait que les Juis l'attendaient en ce moment pour se saisir de lui, et il n'était pas de la volonté de son Père qu'il manifestât sa puissance dans cette circonstance; c'est pourquoi il laissa passer le premier moment de la vigilance des pharisiens, et il se présenta ensuite pour annoncer sa doctrine. Il parla donc du royaume de Dieu au milieu du temple, et cela toujours avec sa puissance et ses grâces ordinaires.
15. Et mirabanlur Judaei, dicentes : Quomodo hic iilleras scit, cum non didicerit?
45. Et les Juifs s'étonnaient, disant : Comment celui-ci sait-il les Écritures, puisqu'il ne les a point
Les Juifs qui le persécutaient, l'entendant parler d'une manière si admirable, étaient étonnés de cela, et se disaient : « comment cet homme peut-il si bien parler, « n'ayant jamais été instruit? » Ces hommes s'occupaient sans cesse de la science de la loi, et estimaient la science au-dessus de tout, s'imaginant qu'ils étaient les seuls maîtres, aprè.^ tous les travaux el les peines qu'ils sr
— Ml —
«lonnaienl dans l'éUide de leur scuiiee ; el voyant rSulre Seigneur parlersi fijcilenieni, et ayant des paroles pleines de grâces qui touehaienl toul le monde, ils étaient étonnés de cela, sachant qu'il n'avait pas étudié comme eux; car il paraît qu'ils avaient pris des informations sur lui et sur sa première jeimesse. Ils ne pouvaient s'expli- (pier cette merveille, el n'ayant pas de foi, ils ne pensaient et ne jugeaient pas que celte doctrine venait d'en haut , mais ils croyaient qu'il Tavait inventée de son propre fonds comme les philosophes.
1 6. Rospoiidil eis Jesu?, cl (iixil :
Mca docirina non esl niea, sed ejus qui raisil me.
Uî. Jésus leur répondit et dit :
Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé.
Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : « ma doctrine « que vous entendez et que vous admirez tant, n'est « pas la mienne, ce n'est pas une invention comme vous « le croyez. Ce n'est pas des hommes que je l'ai apprise. « et ce n'est pas de moi que je l'ai inventée. Mais elle « est de celui qui m'a envoyé.» En effet, la lumière et la science qui étaient en Notre Seigneurétaient la lumière éternelle du Père, qui étaient substantiellement en lui, et toute la doctrine qu'il enseignait par sa bouche humaine n'était rien autre chose que l'expression extérieure de l'enseignement ou communication que l'humanité recevait de la science éternelle qui était cachée; tous les traits de lumière qu'elle portait dans les âmes n'étaient que des écoulements de cette adorable lumière, qui se répandait sur les âmes par la parole divine.
Cette doctrine divine appartenait à l'humanité de Notre Seigneur par la faveur de l'union liypostatique du Verbe avec elle ; mais elle appartenait originairement et essentiellement au Père, n'étant qu'un rejaillissement de, la lumière du Verbe qu'il a dohné k l'humanité
— ;iis —
saiale. \ oilii poiiiquoi Noln,' Seigneur dil : «niea docln- « na, cette doctrine, qui m'appartient, n'est cependant « pas mienne originairement, mais elle est à celui qui « m'a envoyé. C'est le Père qui a envoyé sur la terre sa « lumière, sa sagesse et sa science subslantielle et essen- « tielle ; c'est à moi qu'il l'a donnée, mais pour vous en « communiquer une partie ; par conséquent, je ne dois « pas me l'attribuer à moi comme élant sortie de moi, « venant au contraire du sein de celui qui m'a envoyé.)
On peut aussi expliquer ces njots : mea doctrina der cette manière : la doctrine que je vous enseigne. Le terme mea serait impropre, et quoique terme faux en sa signification stricte. Notre Seigneur l'aurait employé comme usité dans ce sens parmi les hommes, comme on dit la loi de Moïse, et cependant ce n'est pas Moïse qui l'a inventée.
On peut expliquer aussi autrement les termes : sed ejus qui mi si t me. Parce que iNolre Seigneur, dans toute sa doctrine, n'enseigne rien (jue les volontés de son Pèie qu'il manifeste aux hommes, alors le fond et la substance de cette doctrine étant la volonté de son Père et non pas la sienne, celte doctrine est donc celle du Père et non la sienne. Mais cette explication revient à peu près k la première. Pourquoi le Père a-til envoyé sa lumièra substantielle sur la terre et la fait-il communiquer aux hommes? C'est pour leur intimer ses volontés et leur donner des grâces pour les acconjplir.
17. Si qiiis voluerit voluntatem ejus facere; cogiioscel do cloclrina utrum ex Dco sit, an pgo a meipso loqiiar.
17. Si quelqu'un vent fairesa \oionté, il connaîtra, louchant ma doe-^ trine, si elle est de lui ou si je parle-' de moi-môme.
« Si quelqu'un veut faire la volonté de celui qui m'a
— :nn —
« en vos é, c'esl-k-dirr de mon Pcic ('(M«'sk'. hi doc- « trine que j'erisei^^ne lui appiendra par elle-même si « elle est de Dieu ou si je paile de moi seul. » C'est là une grande merveille de la divine doctrine de Notre Seigneur: elle n'a pas besoin de preuve ni de témoignage, on n'a besoin que de l'annoncer pour la faire recevoir de ceux qui veulent sincèrement faire la volonté de son Père. Ceux-là ne manquent jamais de reconnaître la voix de Dieu qui leur' parle, et ses volontés leur sont parfaitement exprimées dans cette sainte doctrine. Mais il faut être sérieusement disposé à faire la volonté de Dieu, et désirer de la connaître; autrement, on restera aveugle comme auparavant. Il faut remarquer que N^otre Seigneur ne dit pas ceux qui renient connaître, mais ceux (pii veulent faire. La curiosité de l'esprit, quelque pieuse (pi'elle soit, ne nous instruit pas de la parole de Dieu, mais les désirs du cœur nous obtiennent cette grâce insigne de reconnaître la doctrifie du Père dans la parole diyine de Notre Seigneur.
Les raisons pour lesquelles cette sainte doctrine tait connaître sa divinité sont celles-ci :
1" Par elle-même elle se manifeste; elle est si pure et si sainte qu'on y reconnaît sa source. VA en cela elle diffère intiniment des doctrines humaines. Celles-ci. quelque belles qu'elles soient, se ressentent toujours de leurs auteurs, dont les défauts et les imperfections y paraissent toujours, et surtout l'amour-propre et la recherche d'eux-mêmes; tandis que la doctrine de Notre Seigneur ne ressent que la recherche de la gloire de son Père en tout, soit dans les préceptes qu'elle donne, soit dans la fin qu'elle propose, soit dans les sentiments qu'elle inspire, soit dans la manière dont
elle est conçue et expliquée, (^est toujours la gloire de Dieu que l'on y trouve et sa volonté qu'elle nous transmet, et aucun autre sentiment humain : une doctrine semblable ne peut venir que de Dieu; et si elle avait pour principe un esprit humain, elle ne serait pas si parfaitement divine dans toute son étendue et dans tout son contenu.
2" La doctrine de Notre Seigneur fait encore bien mieux connaître qu'elle émane directement de Dieu, par ce qu'elle produit dans les âmes où elle entre. La doctrine d'un homme est une doctrine qui n'a pas d'efticace en elle, c'est une doctrine morte, ce sont des paroles qui expriment à l'intelligence les pensées d'un homme; par conséquent une chose qui lui est étrangère et qui par soi n'est pas vitale et lumineuse: c'est la communication d'une intelligence aveugle, faible, et bornée, avec une autre intelligence aveugle faible et bornée et par conséquent une communication impuissante. Tandis que la doctrine qui vient de Dieu directement est une émanation de la pensée, c'est-à-dire du Verbe éternel du Père; c'est l'expression de cette adorable pensée, qui est de toute éternité renfermée dans le sein du Père, qui est communiquée à Notre Seigneur, puis à notre intelligence par la grâce divine.
Le Verbe éternel du Père devient par là, la pensée de notre esprit et la nourriture de notre cœur par l'adhésion que notre volonté met pour goijler et savourer cette divine pensée, que l'intelligence reçoit, pensée lumineuse, vivante et viviiiante. Cette pensée divine, émanant ainsi du sein de Dieu, est lumière et vie par elle-même et en elle-même; et nous, recevant communication et participation à cette adorable pensée
par la grâce divine et selon la petite étendue de notre être et de notre pauvre capacité, nous recevons en nous la lumière et la vie; et, adhérant à cette sainte lumière et à cette sainte vie, elle nous éclaire d'une manière admirable et nous vivifie.
Celte lumière et cette vie est puissante et efficace par elle-même; elle est puissante, parce que c'est la lumière et la vie du Père, et a la toute-puissance du Père; elle est efficace (dans les âmes seulement qui sont de bonne volonté, selon la parole de Notre Seigneur : Si quis voluerit... facere. ) parce que notre intelligence a été faite par elle et ne peut recevoir de lumière d'ailleurs; et notre volonté, faite pour en jouir, ne peut être pleinement ni véritablement satisfaite qu'en elle; parce que non seulement elle est lumière unique pour tout homme qui vient en ce monde, mais elle est encore toute vie, et hors de là notre volonté n'en trouve pas.
Voilà pourquoi elle ne nous est pas un objet étranger, comme est une pensée d'une autre intelligence créée; nous sommes uniquement faits pour eWe^etirrequielum est cor nostrum donec reqiiiescat in eam. Dès que notre âme la reçoit, elle sent qu'elle a ce qu'elle devait avoir dès l'origine; d'ailleurs, cherchant à faire la volonté de Dieu, cette doctrine de Dieu nous communique cette divine volonté, et comme elle est vivifiante aussi bien que lumineuse, elle nous donne la force et la jouissance même, et la très grande jouissance dans l'accomplissement de cette adorable volonté. De plus, cette doctrine divine n'est pas une doctrine procédant d'une intelligence bornée, elle nous satisfait pleinement, elle porte dans notre intelligence toute la mesure de lumière que nous pouvons porter, de ma-
iiirrc (juil lie lui reste plus rien à itjoiiler, ni a n'iraucher, ni à modifier, ni à changer, comme cela est toujours nécessaire dans les doctrines humaines, auxquelles chacun met sa modification pour les adapter à son esprit. Voilà pourquoi la doctrine divine est stable, parce qu'elle est en tous la même, et leur suftit sans restriction ni modification.
Mais toujours la condition nécessaire pour recevoir cette divine lumière et vie est qu'on fasse preuve de bonne volonté; et par conséquent, on ne peut pas reconnaître que la doctrine de Notre Seigneur est émanée de son Père sans cette bonne volonté, parce qu'alors on n'éprouverait pas ces heureux effets, attendu que la doctrine véritable ne se communiquerait pas à notre intelligence. Ce qui est divin en lui-même deviendrait humain pour nous, parce que nous ne prendrions pas Notre Seigneur pour Maître, mais notre propre intelligence; et. au lieu de l'écouter pour qu'il nous instruise dans celte doctrine, nous la jugerions, et cela selon notre intelligence bornée et misérable selon nos goûts, nos penchants, et selon les apparences de nos sens trompés par nos passions.
18. Celui qui parle de lui-même cherctie S3 propre gloire : mais qui cherche la gloire de celui (}ui m'a envoyé, celui-là est vrai, el il n'y a point d'injustice en lui.
18. Quia semelipso loquitur, gloriam propriam quoerit: qui autem quaerit gloriam ejus qui misit eum, hic verax est, et iiijustitia in illo non est.
Outre la première preuve de sa mission, qui est sa doctrine, preuve qui n'est que pour les hommes de bonne volonté, Notre Seigneur en donne ici une autre qui prouve pour tout le monde. «Celui qui parle de " lui-même cherche toujours sa propre gloire et rap- « porte tout l'honneur de sa doctrine à lui-même; de « là, celui qui cherche en toute sn doctrine la gloire
<« de relui qui l'a eiivojé, esl \iiidiqur d;nis la doc- « trine qu'il prêche au iioui de celui qui l'a eu\o\é, X elle doit venir nécessairemeiil de celui qui l'a eii- «voyé; et il n'y a aucune injustice en lui, pourvu « que toutes ses paroles et toutes ses actions se fassent « au nom el à la gloire de celui qui l'a envoyé. Il est. «vrai dans sa doctrine, et juste dans sa conduite, « puisque sa doctrine vient de celui qui l'a envoyé et « sa conduite est conforme à sa doctrine.»
De cela les Juifs devaient conclure nécessairement que Notre Seigneur était, envoyé de son Père et qu'il n'annonçait que sa doctiine, puisque, dans toutes ses paroles et dans toute sa conduite, c'était toujours l'unique gloire de son Père qu'il cherchait. Notre Seigneuileur avait déjà dit : aNon quœro gloriam ineam sed ejus qui misil me.» Et toutes ses paroles el toute sa conduite le manifestaient tellement que les Pharisiens étaient obligés de l'avouer. Lorsqu'il s'agit par exemple du tribut de César, ils disent : « Maître, vous qui ne respec- « tez pas les hommes (quand il s'agit de la gloire de « Dieu) et qui ne considérez que Dieu seul etc. »
Par les paroles ci-dessus Notre Seigneur répond à deux choses : la première, il leur montre que sa doctrine n'est pas son invention, mais celle de son Père; et la deuxième, il montre que sa conduite est juste et irrépréhensible; parce que tout ce qu'il faisait, il ne le faisait que pour la gloire et par la volonté de son Père qui l'avait envoyé.
19. Nonne Moïses dédit vobis le- : 19. Moïse ne vous a-l-il par dons.em, et nemoex vobis facit legem? j né la loi? Cependant nul de vous
ne pratique la loi ?
20. Quid me quaeritis interficere? | 20. Pourquoi cherchez-vous à me Respondit turba, el dixit : Dsemo- j faire mourir? Le peuple répondit et nium habes, quis le qnfPril interfi- , dit: Tu es possédé du démon : qui cere!* | cherche a te faire mourir?
Notre Seigneur vient de montrer qu'il avait la loi de son Père à accomplir et que, dans toutes ses œuvres et ses paroles, il devait agir par cette volonté et pour la gloire de son Père, étant envoyé par lui. Par là il est justifié entièrement sur le prétendu reproche qu'il avait agi contre la loi de Moïse; car, il n'avait pas agi contre, puisqu'il n'y était pas soumis, étant envoyé par son Père pour établir uiie nouvelle loi ou doctrine . qu'il tenait de son Père. Et si même il y était soumis, 'il ne le serait pas dans les choses où son Père lui disait d'agir autrement.) Et par conséquent la persécution des Juifs était injuste.
Ici, il leur donne encore une autre raison, et leur reproche leur conduite, car la loi de Moïse leur a été donnée à eux, pour qu'ils l'observassent; ils n'avaient aucune raison de s'en exempter comme Notre Seigneur en avait; et cependant ils n'observaient pas celte loi. Or, cela étant ainsi, en vertu de quoi veulent-ils faire mourir Notre Seigneur? En vertu d'une loi qu'ils reprochent à Notre Seigneur de ne pas observer, et à la quelle il n'est pas obligé? Mais eux-mêmes ne l'observent pas, quoiqu'ils y soient obligés. Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : « N'est-ce pas à vous que « Moïse a donné la loi? Et personne de vous ne l'ob- « serve; et si vous ne l'observez pas vous-mêmes pour- « quoi voulez-vous donc me faire mourir pour son « inobservation?
On pourrait encore expliquer cela d'une autre manière ; Notre Seigneur vient de leur montrer qu'il est envoyé pour établir sa doctrine nouvelle. Ensuite il leur dit: «Moïse ne vous a-t-il pas donné une loi, (( dans laquelle il vous a parlé de moi, et vous recom- « mande de m'écouter et de ni'obéir? (Ipsum audile,)
« Car [)crs()nnc do vuus ne lait celle loi el moi je viens « robsiMver, et pourquoi au lieu de m'écouter, voulez « vous me faire mourir?»
Notre Seigneur disait cela en général sans spécifier personne. Ceux qui avaient formé le dessein de le faire mourir com[)renaienl bien ce qu'il voulait dire; mais la foule qui craignait sans doute que ce ne fut à elle que cela s'adressât, (car d'ailleurs un grand nombre ne savait sûrement pas que les princes du peuple avaient formé ce dessein; se croyant donc accusée jiar Notre Seigneur d'un si mauvais dessein dont elle était éloignée à ce moment, el ayant peu ou point encore de foi, se fâcha de cela et lui parla d'une manière indigne. Mais Notre Seigneur ne répondit pas à celte insulte, et continua de parlei- à ceux à qui il parlait auparavant, el comme si son discours s'adressait à la foule.
21 Rospondil Jésus, et dixil eis ; I 21. Jésus répliqua et leur dit
Utuim o[)us fecit, cl onnies mira mini