CHAPITRE vm
Femme adultère présentée à Jésus-Chnsl. Jésus lumière du monde. Suti Père lui rend témoignage. Impénilence des Juifs prédite. Crucifiement annoncé. Qui commet le péché est esclarn du péché. Vrais eiifanix d'Abraham. Le démon est le père du mensonge. Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu. Jésus outragé laisse la défense de sa gloire à son Père. Il déclare qu'il est avant Abraham.
I . Jésus aulem perrexil in mon- [ I . Mais Jésus s'en alla à la monleni Oliveti. à j tagiie des Oliviers.
On a vu dans le chapitre précédent, v. 43. qu'à l'occasion des paroles de Notre Seigneur, il s'était élevé une dissension parmi le peuple. C'est pourquoi Jésus quitta le temple et se retira à la montagne des Oliviers pour s'occuper auprès de son Père. Quand il y a dissension, Jésus se relire toujours. Il ne parle jamais au milieu du trouble et de la dissension ; dans ces circonstances il s'occupe pour nous auprès de son Père.
Il en arrive de même dans chacun d'entre nous, lorsque à son occasion, nos sens se mettent en trouble et en agitation. Jésus se retire au fond de notre àme, et ne nous parle plus jusqu'à ce que la paix soit rétablie, comme il fit dans celte circonstance. Car il faut remarquer que la conduite de Notre Seigneur dans la distribution de la parole intérieure qu'il donne à chacun en particulier, est la même que dans la distribution extérieure de celte divine parole qu'il faisait aux Juifs. El, s'il ne parlait et ne faisait même entendre sa voix à la foule, (fuand elle était en trouble, de même il se relire et se fait dans Tintérieur de chaque particulier. Voilà pourquoi un point capital, dans la vie spirituelle, c'est de consprver la paix do VA\\\c pour
écouler Notre Seigneur. Eviter les scrupules et les peines d'esprit; ou au moins avoir une paix pleine de confiance au milieu de ces peines, quand on les a sans pouvoir s'en défaire. Eviter l'activité, la précipitation l'empressement, et les autres mouvements qui agitent ou qui troublent. Il n'est guère possible de faire du progrès dans la vie parfaite et intérieure avec ces agitations et mouvements déréglés des passions, parce que le progrès de la vie intérieure tient à la manifestation de Notre Seigneur dans ijotre âme et à sa divine conversation, et dans ces troubles, c'est-à-dire dans celte vie intérieurement active et agitée Notre Seigneur se cache et ne nous parle pas.
2. Et diluciilo ilerum venit in lemplum , et omnis populus venit ad eum, et sedens docebat eos.
2. El des le point du jour il revint dans le temple, et tout le peuple vint à lui; et, s'étant assis, il les enseignait.
Au retour de Jésus tout le peuple se réunit autour de lui, par l'effet que sa dernière prédication avait produit. Ils étaient encore tous dans l'admiration, et venaient avec empressement entendre ses instructions saintes et salutaires.
Ceci est une image de ce qui se fait dans nos âmes. Quand nous avons été ainsi sujets à ce trouble et à cette dissension de nos sens et de nos facultés passionnées, et que Jésus s'est retiré, la paix étant rétablie, Jésus revient à nous et nous parle encore au cœur. Alors l'âme ayant vivement senti la peine et la sécheresse qui était en elle, pendant cette absence et ce silence de Jésus, réunit toutes ses puissances autour de lui pour l'écouter avec attention, et elle éprouve de grandes délices en l'écoutant, plus grandes quelquefois que s'il n'avait pas é(é absent. Kl Jésus, assis en
repos dans noire âme, en laquelle il met un grand calme, y est comme dans le temple de son Père, et l'instruit dans sa sainte doctrine qu'il y grave profondément. Car, quand .Notre Seigneur revient après ces agiUi lions passées, il produit très souvent un plus grand bien dans ces âmes qui, à leur tour, sont beaucoup plus dociles à ses instructions intérieures et plus fidèles.
3. Adducunt aulcm ScribaeelPha- [ 3. Cependant les Scribes et les risaei niuiierem in adullerio depre- ; Pharisiens lui amenèrent une femme hensam, et slatuerunl eam in medio. i surprise en adultère, et la placèrent
I au milieu.
4. Et dixerunt ei : Magister, haec l 4. Puis ils dirent à Jésus : Maître, mulier modo deprehensa est in | cette femme vient d'être surprise adulterio. | en adultère.
5. In logeautem Moyses mandavit i 5. Or Moïse, dans la loi, nous a nobis hujiisn^odi lapidare. Tu ergo ordonné de lypider de telles femmes, quid dicis? ) Toi donc que dis-tu ?
Les Pharisiens et les Scribes, ayant voulu prendre Notre Seigneur, n'ayant pas réussi, et voyant que tout le peuple était dans l'admiration, n'osèrent plus entreprendre de s'en saisir en public, de peur de ne pas réussir et d'exciter du tumulte. Ils voulurent alors montrer en public que c'était un faux prophète qui détruisait la loi. D'ailleurs, on venait de leur reprocher qu'ils condamnaient un homme sans examen, et ils craiiinirent peut-être que Nicodème ne fut pas le seul parmi les princes qui fût pour lui. Voilà pourquoi ils inventèrent ce stratagème, espérant qu'ils le. feraient parler contre la loi, et qu'ils prouveraient par là que c'était un faux prophète. Leur malice était bien grande en cela. Ils voulurent le surprendre dans ses paroles, afin de le perdre dans l'esprit du public, et de pouvoir se justifier aux yeux de tout le monde, après qu'ils l'auraient condamné, comme ne l'ayant fait qu'après un mûr examen de sa cause.
Us espéraient le l'aire parler contre la loi, parce qu'ils connaissaient sa tendre compassion pour les malheureux, son grand amour pour les âmes pécheresses et son désir ardent de les sauver. Voilà pourquoi ils lui amenèrent cette femme adultère, que la loi condamnait expressément à la mort. Ils lui dirent donc: « Voilà une femme qui vient d'être surprise en adultère. D Ils lui citèrent la loi et lui demandèrent ce qu'il en disait. Ils prirent un air docile et soumis, comme s'ils étaient disposés à l'écouler et à abandonner leur loi pour suivre sa parole.
6. Hoc aulem dicebant tentantes 1 6. Grils disaient cela, le tentant, eum, ut possent accusare eum. Jésus afin de pouvoir Tacciiser. Mais Jésus aulem inclinans se deorsuni, digito se baissant, écrivait du doigt sur la scribebat in terra. terre.
7. Cum ergo petseverarent inter- 7. Et comme ilsconlinuaient à roganteseum, erexit se, etdixit eis: l'interroger, il se releva et leur dit: Qui sine peccato est veslrum, pri- i Que celui de vous qui est sans pélîius in illam lapidem mittet. I ché j^tte le premier une pierre
! contre elle.
8. Et iterum se inclinans, scri- i 8. Et se baissant de nous eau, il bebat in terra. \ écrivait sur la terre.
Pour comprendre cet endroit, il faut savoir que ces Pharisiens et ces Scribes étaient des gens extrêmement corrompus dans leurs mœurs (ce qui est ordinairement dans les gens orgueilleux; ces deux vices vont toujours de pair). Les livres des Juifs mêmes font foi de la grande corruption de ce temps parmi eux. Ces crimes des Pharisiens et des Scribes étaient secrets; le peuple les croyait des honmies saints et tout adonnés à l'observation de leur loi. Comme c'étaient les chefs du peuple et qu'ils tenaient la place de Moyse; Notre Seigneur les ménageait de ce côté et ne découvrait pas leur excessive perversité. Seulement, de temps à uutte, il la leur faisait sentir en s'indignant contre
eux, de façon cependant que le peuple ne pût pai; comprendre le détail de leur conduite. Il les appelait par exemple, sé|)ulcres blanchis, et autres termes semblables. En cela il nous donne une grande leçon, combien il faut ^êlre réservé à mal parler de ceux qui doivent instruire les peuples dans les voies de Dieu, même quand ils sont très mauvais.
Dans cette circonstance donc, ces Pharisiens, tous aussi corrompus que la femme qu'ils veulent condamner au supplice, viennent tenter Notre Seigneur par un objet dont ils ne devaient pas même oser parler, afin de le faire passer pour favoriser l'adultère, et pour le mettre en opposition avec la loi. Notre trèsdoux Maître, pour les ménager et leur épargner la la confusion devant celte multitude, leur parle un langage symbolique qu'ils devaient bien comprendre. Jl se baisse à terre, pour leur montrer tpi'iis devaient avoir honte de venir le tenter, par un objet sur lequel ils devraient se confondre devant Dieu. 11 écrit avec le doigt sur le pavé du temple, (car il se trouvait d;uis le temple, et en écrivant en terre, c'est sur le pavé qu'il écrivit; ceci d'ailleurs est peu important pour l'explication); il écrit avec son doigt pour leur montrer ce qu'ils étaient. Ils ressemblaient à un homme qui écrit sur la terre ou sur la pierre avec son doigt. Les calactères qu'il forme sont de véritables caractères, mais il n'en reste aucun vestige aux yeux des hommes, de manière que personne ne peut s'apercevoir de ce qui est écrit; de même les péchés honteux; qu'eux tous avaient commis tant de fois, semblables à ces caractères écrits sur le pavé avec le doigt , une fois commis ne pouvaient être aperçus de personne; il n'y avait que Dieu seul, qui les avait vu commettre, qui
les savait. Par là Notre Seigneur leur donnait à comprendre qu'il connaissait leur conduite.
L'évangéliste ne nous dit pas ce que Notre Seigneur a écrit; mais on peut juger que probablement il écrivait leurs péchés; de manière que le peuple qui n'en connaissait rien, ne pouvait pas le comprendre, tandis que ceux qui les avaient commis, en suivant 'le mouvement du doigt, auraient pu facilement saisir les caractères qu'il formait. Par là il signifiait encore, que s'ils voulaient s'en repentir sincèrement et s'humilier en s'abaissant devant Dieu, ces péchés leur seraient pardonnes et effacés aussi facilement que ceux qu'il écrivait en terre.
Mais les Pharisiens, tout préoccupés du dessein que leur malice avait formé, ne firent pas attention à la bonté de notre divin Maître, ni à ce qu'il faisait, et ne comprirent pas du tout la signification de ce symbole. Peut-être même triomphèrent-ils en croyant qu'ils l'avaient embarassé par leur demande insidieuse. Ils persistèrent donc à l'interroger. Notre Seigneur, voyant qu'ils ne comprenaient pas, quoique ce fût leur malice qui en fut la cause, eut encore la douceur et la bonté incompréhensible de leur expliquer la parabole exprimée par son action, de manière toujours que le peuple ne put s'apercevoir qu'il voulait parler de leur corruption. 11 se relève et leur dit eu peu de mots ce qui suffisait à leur faire comprendre sa parabole : «Que « celui qui n'a pas péché lui jette la première pierre. » Il ne leur dit pas .* « Que celui de vous qui n'a pas « péché par fornication ou adultère»; mais en général. Par là il les mettait à couvert devant le peuple; et pour eux c'était assez pour leur faire sentir ce que cela signifiait, surtout par le ton, le geste et les circonstances dont ces paroles élaient accompagnées. Il
est probable aussi qu'en niéuie temps il leur til sentir intérieurement le sens de sa pensée et une grande confusion, aiin que par là ils fussent portés à la pénitence; et puis il se baissa de nouveau et écrivit de nouveau en terre, probablement en continuant d'écrire leurs péchés. Il fit cela pour leur faire mieux comprendre pourquoi il l'avait fait, maintenant qu'ils en étaient prévenus.
9. Abientes aulem umis posl uniini exibant, incipientes a senioribus : et remansit solus Jésus, et mulier in medio stans.
9. Mais, entendant cela, ils sortaient l'un après l'autre, à commencer par les vieillards. F''t Jésus demeura seul avec la femme, qui était au milieu.
Les Pharisiens comprirent bien le sens de ces courtes paroles. Il parait que tous, sans en excepter un seul, étaient d'une profonde corruption et avaient commis le le péché de la chair. Cela se voit par les paroles de Notre Seigneur, qui semblent indiquer que cette femme ne sera pas lapidée, parce qu'il ne s'était trouvé personne qui lui eût jeté la pierre; et cela ressort aussi de ce que tous s'en allèrent, sans qu'il en restât un seul. Ils n'eurent plus envie de pousser plus loin leur malice, non parce qu'ils étaient contrits de leurs fautes mais parce qu'ils eurent peur que Notre Seigneur n'allât les révéler: et, couverts de confusion de voir que leur conduite était connue de celui qu'ils allaient poursuivre par leur malice, ils se retirèrent tous. Chacun était confus pour lui-même et ne prit pas le temps d'examiner son compagnon ni de faire attention ; mais ils s'en allèrent chacun de son côté :■ unus post unum, croyant sans doute chacun que c'était de lui que Notre Seigneur avait intention de parler. L'évangéliste remarque que les plus âgés commencèrent par s'en aller, parce que ceux-ci avaient plus de confusion encore
que les jeunes. Leur départ fut teliement prompt, que quand Notre Seigneur se releva, il n'y avait plus personne d'entre eux, et qu'il resta seul avec cette femme au milieu de toute la foule.
10. Erigen? aiUem se Jésus, dixit j 10. Alor.s Jcsns, se relevant, lui pi : Millier, iibi sunl qui le accusa- j dit: Femme, où sont ceux qui vous haut ? nemo le condemnavit? j accusaient:' Personne ne vous a
I condamnée?
C'est une chose bien extraordinaire ! Ces malheureux Scribes et Pharisiens ont un zèle violent pour faire condamner cette femme pour le péché dans lequel elle a été surprise, tandis qu'eux mêmes sont pour le graûd nombre, plus coupables qu'elle, et tous au moins ont commis autant de mal, et ils veulent se faire passer euxmêmes comme justes. Mais, si on examine de près ki conduite des hommes, cela ne paraîtra pas si extraordinaire. Car il y a encore maintenant une foule de gens, qui condamnent et poursuivent des homnies coupables de péchés, et qui sont cependant eux-mêmes quelquefois plus coupables, soit de la même faute, soit de fautes d'un autre genre et en plus grand nombre. Il est même très ordinaire et très commun que les hommes mauvais, qui sont pleins de défauts et couverts de péchés, soient rigides à l'excès pour les autres. Ils sont beaucoup plus exacts que tout autre k poursuivre avec rigueur le mal dans les autres; ou du moins, s'ils ne le poursuivent pas, par une autre faute qui est la négligence de procurer la gloire de Dieu et le bien du prochain , ou la crainte qu'il leur en arrive du mal, ils sont sévères en parlant de ces personnes, les condamnant avec aigreur et les poursuivant à coups de langue et en leur absence. Les bons et véritables chrétiens sont toujours plus disposés à avoir indulgence et k épargner ; et les mau-
vuis liiaiiirostenl leur luéchuncéle ; un, (jiiL'lqueloirf. ceux qui sont dans de grandes imperfections et mènent une vie naturelle et pleine d'amour propre, tiennent la même conduite que les mauvais, surtout sils ont une certaine apparence de régularité dans leur conduite. Et qu'airive-t-ii, en ces circonstances? Bien souvent ce qui est arrivé dans celle de l'Evangile dont il s'agit; les cou- |)ablcs se repentent et se convertissent , ils obtiennent le pardon de leur faute et tiennent une meilleure conduite, au contraire, ces mauvaises langues continuent toujours de rappeler les faits qui se sont passés; et le jour du jugement arrivera, et ceux qui avaient été coupables seront sauvés par la miséricorde divine, et ceux qui auront bien aimé paraître justes, seront condamnés par la justice divine qui s'appesenlira sur eux.
Quel malheur pour une âuie de vouloir aller selon la rigueur de la justice quand il s'agit d'autrui, et non quand il s'agit d'elle-même. Notre divin Maître n'a pas fait ainsi : il a pris sur lui tous nos péchés, et a fait procéder en rigueur de justice contre lui-même, mais rigueur de la justice terrible ds son Père céleste ; et, quand il s'agissait des vrais coupables . il n'avait plus que de la miséricorde. Toutes les âmes qui appartiennent à Jésus, marchent en cela sur ses traces avec un très-grand soin.
■M. Qua; dixil : Nemo , Domine. | <l. Elle répondit: Personne, Sei- Dixit aiitcm Jésus : Nec ego le. con- j gnenr. Ht Jésus lui dit : Ni moi, jn deninalx) : vade, et jani ainpiius j ii<^ vous condamnerai^ pas: alliv. et noii peccare. ; ne péchez plus.
Après qwe Notre Seigneureut fait sentir à cette pauvre pécheresse la grande grâce qu'il lui avait faite p;»r la confusion dont il avait couvert ses accusateurs, il dit a cette femme, contrite et humiliée, qu'il ne la condamnerait pas non plus. 11 ne lui dit |)as jjrécisément que son
péché était déjà pardonné, mais lui donne espérance; il lui otfre sa miséricorde à condition qu'elle change de vie. Vade : allez; ne craignez rien et ne péchez plus, « et jam amplius noU peccare. »
^2. Iterum ergo lociitus est eis Jésus, dicen^ : Ego sum lux mundi :
qui sequitur me, non ambulat in teoebris, sed babebit, lnn:ien vitœ.
■12. Jésus leur parla de rrouveau, disant : C'est moi qui suis la lumière du monde : qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura ta lumière de la vie.
Notre Seigneur ayant terminé cette œuvre de la femme adultère, reprend son discours et recommence à instruire le peuple pour l'éclairer sur son adorable personne. Il serait possible qu'il leur eut dit les paroles qui suivent, à l'occasion de l'aveuglement des Pharisiens, qui étaient dans de si grandes ténèbres parce qu'ils ne voulaient pas croire en Notre Seigneur : uEgo sum lux ((mundi.» Notre Seigneur parle ici de cette lumière spirituelle et surnaturelle de l'âme. Il se compare à cette lumière matérielle, qui nous éclaire sur la terre matériellement. Il est la lumière du monde. La lumière matérielle produit deux effets pour que nous puissions voir: elle jette ses rayons sur les objets que nous devons voir, et en même temps ce même rayon entre dans notre œil. S'il n*y avait de lumière que sur les objets, et que les rayons qui tombent dessus ne vinssent pas se réunir dans notre œil, nous ne pourrions pas les voir, parce que nous serions aveugles ; si les rayons venaient à l'œil seulement, alors la lumière qui nous serait donnée, serait vague et ne servirait qu'à nous donner la satisfaction de ne pas être aveugles. Mais le rayon qui éclaire notre œil et les objets qui nous environnent dans tout leur détail, c'est là une lumière parfaite dans l'ordre matériel.
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Or, la lumière que Notre Seigneur nous donne dans l'ordre spirituel est de celte nature, à un degré très-parfait. La divine lumière commence à jeter un grand éclat dans l'œil spirituel de notre âme, et cette clarté céleste nous réjouit admirablement. Ce serait déjà une grâce bien grande et une miséricorde indiciblement au-dessus de ce que nous méritons. Mais cette divine lumière fait plus : elle nous éclaire sur toutes choses et joint admirablement dans nous, toutes les perfections de cette lumière. Elle nous fait connaître Dieu, nous-mêmes et les autres créatures.
1° Elle nous fait connaître Dieu, en ce qu'il est en luimême, autant que la faiblesse de notre vue spirituelle le peut supporter; ce qu'il est dans ses perfections, dans sa grandeur, sa puissance, son immensité, son éternité. Ce qu'il est par rapport à nous, sa bonté, sa miséricorde, sa justice, et dans toutes ses autres perfections qu'il nous manifeste ; ce qu'il est dans ses mystères, surtout dans ceux de son Verbe incarné sur la terre; ce qu'il est dans la communication de ses grâces, etc.
2'^EIlenous fait connaître ceque nous sommes en nous mêmes : notre pauvreté, notre misère et notre faiblesse, notre péché, notre inutilité à toutes choses, notre néant ; ce que nous sommes pnr rapport à Dieu, les devoirs que nous devons lui rendre, et comment nous les devons rendre, et par quel moyen, toutes les autres choses que nous avons à en attendre, et ce vers quoi nous devons tendre.
3** Elle éclaire les objets de la terre; elle nous montre la valeur du monde que nous avons quitté, ceque c'est que les richesses terrestres, les plaisirs et les vanités de ce monde; elle nous fait voir quelles sont le» volontés de Dieu, à chaque circonstance qui se pré-
— :no —
sente; quelles sont les œuvres ])onnes ou mauvaises; elle nous fait discerner ce qui est utile de ce qui est nuisible à notre âme. Et ainsi, dans toutes les circonstances de notre vie, et dans toutes nos œuvres, dans tous nos ra|;j3orls avec les objets qui sont hors de nous, et dans tout ce qui est en nous, cette divine lumière nous éclaire sur tout et nous en fait juger selon la réalité de la chose en elle-même, et dans ses rapports avec Dieu et avec nous-mêmes. C'est ce que dit Saint Paul : a Homo spirilualis judicat omnia. »
Les hommes de terre et de boue qui n'ont pas cette divine lumière, comme aussi ceux qui, même bons, ne jugent pas de tout par cette lumière divine, qui ne suivent pas Notre Seigneur comme il va être dit plus bas, tous ceux-Ki trouven bien souvent, que ceux qui jugent par la lumière divine n'ont pas bien jugé; ils les méprisent dans leur esprit comme des gens de peu de lumière. Mais, au grand jour où la grande et divine lumière paraîtra aux yeux de tous, pour diviser et séparer ce qui est lumière de ce qui ne l'est pas, tous cens-là verront leurs erreurs, et les bons qui s'y seront laissé entraîner, adoreront les desseins de Dieu qui leur aura caché ces choses à cause de leurs fautes et de leurs imperfections, et se réjouiront de ce qu'il se sera chosi ses serviteurs, simples et éloignés des vues du monde, pour leur révéler sa grande lumière plus qu'à eux. « Confiieor tibi, Palcr, quoniam abscondis- « Il liœc a sapïentibiis eA prudeniibus cl rcvelasli ea parviilis. » Cependant, ceux qui sont bons, mais qui sentent bien qu'ils sont loin de suivre Notre Seigneur dans la perfection de son divin amour, doivent être plus réservés dans ce monde qu'ils ne le sont oïdinairemenl pour juger et condamner ceux qu'ils reconnaissent
comme serviteurs de Dieu plus parfaifs qu'eux, (^ar, quoiqu'il entre dnns les desseins de Dieu que ses plus fidèles amis soient persécutés par les bons eux-mêmes, cela n'empêche pas que ceux qui les condamnent et les perséciitent ainsi, par un resie d'esprit du monde ou de prudence humaine, n'ajî;issent d'une manière désagréable à Dieu, et ils en seront punis. Quand aux méchants et aux mondains, à la lumière de ce grand jour, ils verront leur erreur en frémissant et en grinçant les dénis; mais il n'y aura plus de retour.
C'est à cause de cette grande lumière que Notre Seigneur répand non seulement sur les âmes, mais encore sur tous les autres objets, qu'il s'appelle : Lux mundi. 11 est la lumière de tout le monde spirituel, qu'il édaire tout entier.
« Qui sequilur me non awhulat in lenebris. » Celui qui ne reçoit pas la lumière de Notre Seigneur marche dans les ténèbres. Notre âme est pour la lumière spirituelle, comme notre œil pour la lumière matérielle. Comme notre œil par lui-même n'a aucune lumière et est absolument incapable de rien voir, si la lumière n'y pénètre ; de même notre âme en elle-même et par ellemême est ténébreuse. Il y a en elle, comme dans notre œil corporel, une disposition pour recevoir la lunjière qui ne réside pas en elle. C'est pourquoi il faut qu'elle reçoive sa lumière du grand soleil spirituel, dans lequel le l*ère a mis un immense foyer de lumière, son Verbe adorable. Si l'âme ne reçoit pas les rayons de cette adorable lumière, elle reste donc dans ses propres ténèbres, c'est-à-dire dans une absence complète de toute clarté sur tous les objets spirituels qui doivent faire sa nourriture et sa véritable vie, et sur ses opérations véritablement vitales.
Notre Seigneur ne dit pas qu'il ne sera pas dans les ténèbres, mais qu'il ne marchera pas dans les lénèbres. Par là il indique : l'* L'opération de l'âme agissanl et se dirigeant dans la conduite de sa vie, et dans ses rapports avec Dieu ou avec les autres objets qui sont hors de Dieu. Comme le marcher du corps est cette action de se diriger par rapport aux objets matériels, soit pour s'en approcher, soit pour s'en éloigner, soit pour modifier les rapports du corps avec les objets; de même Notre Seigneur appelle, par analogie, marcher, l'opération de l'âme par laquelle elle se dirige pour s'approcher ou s'éloigner d'un objet, ou pour modifier son existence ou son action vis-àvis des différents objets.
L'âme, par elle-même, est aveugle et ne peut se diriger dans sa marche ou conduite; elle va comme un aveugle, sans savoir comment ni pourquoi; aussi lui arrive-t-il tout ce qui arrive à un aveugle. Si elle veut éviter les chutes, il faut qu'elle marche avec de très-grandes précautions, et encore s'éloigne-t-elle souvent de l'objet vers lequel elle voudrait arriver; si elle marche trop hardiment, elle tombera bien souvent; elle ne va qu'à tâtons, fait bien des faux pas, et est soumise à tous les autres inconvénients de l'aveugle. Mais, éclairée de la divine lumière, elle ninrclie- avec assurance et avec force; elle se dirige toujours avec clarté dans ses œuvres. Elle voit la fin où elle doit tendre, et elle marche droit vers cette fin; elle voit et discerne le chemin le plus direct pour elle dans la position où elle est, et le suit en marchant spirituellement le long du chemin, elle voit les obstacles, et les dangers et pièges qui se tiouvent dans son chemin, et elle marche avec clarté et sûreté pour les éviter; elle voit tous les dé-
tours qu'il faut prendre, toutes les roules qui seraient capables de l'égarer et de l'éloigner de son objet, et se dirige en tout cela selon la lumière divine qui l'illuniinc, pour marcher avec sûreté au milieu de tout cela, et pour arriver où elle tend. Sa marche est toujours pleine d'allégresse, parce qu'elle n'est pas dans les ténèbres.
Par ce mot marcher. Notre Seigneur indique en second lieu une habitude: il ne s'agit pas d'un pas ou de plusieurs, laits par l'àme, mais de toute la marche, de toute la conduite et direction de l'âme agissante, et en rapport avec Dieu, avec les autres objets, ou en elle-même. En tout cela elle ne marchera pas dans les ténèbres. C est une habitude, une manière d'être de l'âme diins toute sa conduite en général et dans chaque action particulière.
Sed Labebtt lumen vùœ. Cette âme aura la lumière de la vie en elle. Cette lumière est celle de Notre Seigneur qu'elle suit;, c'est cette divine lumière qui demeurera en elle et qui jettera un grand éclat sur tout ce qu'elle fera.
Et vila erat lux hominum . . et lux in tenebris lucet. Il dit: « lumen vùœ » la clarté de Notre Seigneur, qui est la vie de toutes choses. Ses actions seront éclairées, et son intérieur aussi, par la même clarté qui est sortie de la lumière pour éclairer la sainte humanité; l'âme participera ainsi à la lumière de Notre Seigneur en le suivant.
On peut dire aussi pour expliquer ce mot lumen vilœ, que Notre Seigneur donne à l'âme, sa divine lumière qui devient en elle une source de vie, qui lui donne la vie. Et ce là par opposition à la lumière matérielle, qui ne donne rien, et à la lumière naturelle de l'esprit humain qu'ont même les méchants et les payens, et qui
ne donne en aucune façon la vie à l'âme, tandis que la lumière de Notre Seij^neur non seulement remplit et vivifie notre esprit, mais donne même la force et l'amour, à la volonté, et anime, éclaire et vivifie l'âme dans toule son action.
p]nfin pour dire en deux mots, quelle est la magnifique promesse de Notre Seigneur en ce lieu : les âmes qui suivent Notre Seigneur auront cette sagesse, cette discrétion et cette piudence divine, qui les éclaireront habituellement en leur conduite, pour juger des choses comme Dieu en juge et pour opérer ou faire opérer comme Dieu le veut. Ces vertus sont bien grandes; elles exigent une grande perfection dans une âme et produisent de grands effets de sainteté pour ceux qui les possèdent, et de grands etièts pour la gloire de Dieu dans ceux qui sont en rapport avec eux. Ce sont les vertus des parfaits. Aussi notre divine et adorable Sagesse dit que cette faveur sera faite à ceux qui le suivent : Qui sequilur me. Il ne dit pas,. à ceux qui croient en lui; parce que cela ne suffit pas pour obtenir ces grandes vertus célestes. Celui qui croit en Notre Seigneur par la foi, qui adhère à lui par l'espérance, et qui se porte vers lui par la charité. Notre Seigneur lui communique sa vie. Dès le premier moment que l'âme est dans cet état, elle a la vie; mais pour avoir cette lumière divine, il faut le suivre. Il faut que notre âme soit dans l'habitude de cette union sainte avec lui, dans toutes ses œuvres et dans toutes les circonstances en général. 11 faut que, du fond de notre âme, nous Jioyons dans l'habitude de tendre et de nous diriger, en notre vie en général, et en chacune de nos œuvres, autant que notre faiblesse nous le permettra, vers Notre Seigneur. Il faut que notre intelligence soit
(lyns riiabilude, toujours autant que notro laiblesse le permettra , fie voir (Vexaminer et de juger les elîoses, en la lumière et par !a lumière de Notre Seigneur par cette direction de l'âme vers lui dans l'aelion, et par celte souplesse et docilité pour recevoir les divins rayons et les suivre. Il faut un renoncement partait à son propre esprit, et un grand soin que son action n'anticipe pas sur l'union i\ Notre Seigneur et sui- l'action de la grâce de lumière qu'il doit recevoir. Il faut que notre volonté soit dans l'habitude le plus parfaitement qti'elle le peut, de n'aimer que Notre Seigneur de n'avoir de goût ni de jouissance et satisfaction qu'en lui seul. Ainsi, suivre Notre Seigneur, c'est un oubli et une retraite entière de notre àme de tout objet créé, pour n'agir plus par aucune de ses puissances que pour Notre Seigneur, par Notre Seigneur et en Notre Seigneur. Il faut bien remarquer qu'il s'agit seulement d'une habitude d'agir, qui sera plus (Ui moins interrompue par des actes contraires, par un eiïèt de notre extrême misère et faiblesse.
Par là notre âme sort peu à peu de ses ténèbres, et prend l'habitude de voir et de juger les choses par la lumière de Notre Seigneur. Elle apprend peu à peu à discerner les traits de la lumière divine de la fausse lumière qui vient de son propre esprit. D'ailleurs, l'esprit se purifiant do plus en plus, la lumière de Notre Seigneur s'étend aussi en lui de plus en plus et influe beaucoup sur lui. De plus, à mesure qu'il va, l'esprit prend l'habitude de ne pas anticiper et de ne pas agir par son activité piopre. et alors la lumière de la grâce augmente aussi à proportion. On peut comparer notre âme à la lune. Tant que ia lune suit le soleil, elle est toute illuminée; mais, dès qu'elle met un autre astre
entre lui et elle, ses lumières diminuent, et elle finit par devenir toute obscure. De même il faut que notre âme soit toujours à la suite de Notre î^eigncur, son divin et brillant soleil; mais dès qu'elle se préoccupe d'un autre objet, dès qu'elle met la terre entre son soleil et elle, de suite elle se ternit, soit en partie, soit toute entière, selon que l'objet qui est entre elle et sa divine lumière, prend plus ou moins de surface dans ses puissances. Ainsi ne faisons pas comme la lune, suivons, autant qu'il nous sera donné de le faire, pas à pas notre adorable soleil, et soyons en face de lui, afin que ses divins rayons tombent sur nous en plein et éclairent toute notre marche.
Qu'on ne s'imagine cependant pas que ces âmes bienheureuses, qui ont pris l'habitude de ce renoncement parfait et de cette sainte union à leur Dieu, jouissent tellement de cette lumière qu'elles ne se trompent jamais, et que jamais il ne se présente aucun nuage qui empêche ces rayons de les éclairer. Ces nuages arrivent toujours, de temps à auti'e, plus ou moins selon le plus ou le moins de perfection de renoncement et de l'union de l'âme à Notre Seigneur. Car, il faut remarquer que les nuages qui cachent à la terre, la lumière claire du soleil, sortent de son propre sein. Cela arrive de même à ces âmes favorisées; les nuages sortent de leur propre sein, des imperfections qui restent encore en elles. Par là, quelquefois elles ne voient pas bien, quelquefois elles tombent dans une erreur ou illusion passagère; mais si elles continuent à être fidèles à suivre Notre Seigneur cette erreur se dissipera comme un nuage qui passe.
11 faut remarquer que le nuage en cachant à la terre la claire lumière du soleil, ne peut pas la priver en-
tièreiiienl de l'influence de la lumière de cet astre. Il en est de même des imperfections et des petites fautes qui échappent à ces âmes et qui les empêchent de recevoir les clairs rayons du soleil de vie; elles ne les empêchent pas de recevoir toujours une certaine lumière. IMais toujours est-il vrai, que ces personnes n'ont pas une lumière sans aucun nuage, au moins généralement; c'est pour cela que Notre Seigneur dit : i( non ambulat in tenebris. sed habehit lumen vitœ». Ils ne marcheront jamais dans les ténèbres, mais ils auront en eux la lumière de vie. Cette lumière de vie sera à leur disposition pour avoir sa clarté, c'està-dire, quand il n'y aura aucun nuage qui les empêchera de recevoir toute cette clarté. Ainsi, une âme qui suit Notre Seigneur de la manière dite plus haut, ne marchera jamais dans les ténèbres, parce qu'elle aura toujours un fonds de lumière en elle. Et cette lumière jettera un grand éclat sur ses œuvres, lorsqu'elle n'y mettra pas d'obstacles par ses imperfections, et que, continuant de suivre Notre Seigneur, elle ne lui tournera pas le dos, comme la terre fait au soleil pendant la nuit. Il faut qu'elle soit tournée vers Notre Seigneur et ouverte devant lui, désirant de recevoir et d'attirer sa lumière dans les actions qu'elle fait, et non pas qu'elle agisse par elle-même et sans retour vers lui. Tous les saints que nous connaissons ont agi de la sorte, et ont aussi été très-éclairés dans toutes ou presque toutes leurs actions. Si quelquefois, ils se sont trompés, quelque imperfection les empêchait de recevoir les rayons parfaits de la lumière.
Il faut observer que Notre Seigneur dit : qui sequilur. au présent, non ambulat, au présent, sed habebit lunten vitœ, au futur. La raison en est. qu'il faut commencer
par suivre la divine lumière: mais on n'est pas tout de suite éclairé ainsi par cette lumière éclatante ; on commence seulement par ne pas marcher dans les ténèbres. Par là même qu'on suit parfaitement Notre Seigneur, on a une action sainte, et on commence de suTte à sortir des ténèbres de l'esprit naturel. Toutefois, ce n'est qu'après une longue habitude d'être a la suite de Notre Seigneur qu'on est favorisé de posséder sa divine lumière en soi; voilà pourquoi il dit: habehit lumen vitœ.
On peut donner une autre explication à ce passage, laquelle semble même être le sens prochain dans l'intention de Notre Seigneur. Il parlait aux Juifs qui ne voulaient pas admettre sa mission, encore moins sa divinité; et ceux qui l'admettaient, ne l'admettaient qu'imparfaitement. Il leur dit que celui qui le suit, l'omme faisaient ses apôtres et ses disciples, pour écouler, croire et être fidèle à sa doctrine, ne marchera pas dans les ténèbres, qu'il ne s'égarera pas, qu'il ne sera pas abandonné à sa nature de péché, pour rester dans l'ignorance des choses divines; mais qu'il aura la lumière de là vie en soi: c'est Notre Seigneur qui lui communiquera sa lumière. Il dit, il awra, parce que, pendant le temps qu'il vivait sur la terre, ses disciples n'eurent pas cette lumière éclatante. Ils ne marchaient pas dans les ténèbres, parce que Notre Seigneur les éclairait autant qu'ils étaient capables de l'être, et autant que les mystères du temps le permettaient : nomJum enim eral Spirilus datus. IMais, l'Esprit-Saint ayant été une fois donné, après que les mystères de Notre Seigneur eussent été tous accomplis, alors ils eurent la lumière comme en propriété, pt en usèrent en toute circonstance.
Quoique ce dernier sens> paraisse éloigne du premier c'est cependant le même. (Vest le sens prochain, pour le temps où vivait le divin Sauveur sur la terre; car alois tous ceux qui le suivaient, quittaient nécessairement tout et étaient sans cesse à sa suite, puisqu'alors le suivre pouvait se faire sensiblement et se faisait réellement de cette manière; mais, depuis son ascension, on ne peut plus le suivre sensiblement, et alors on le suit seulement spirituellement et de la manière dite plus haut. El les mots, habebit lumen vi(œ, ont aussi la même signification, puisque, pour notre temps, c'est la même chose que pour le temps des apôtres. Dès ' qu'une âme suit Notre Seigneur avec les dispositions requises, celte divine promesse s'accomplit en elle, aussi bien que dans les apôtres. Généralement, il en est de même des paroles que ÎNolre Seigneur dit pour le temps oii il était sur la terre; si on pénètre dans le fond de leur sens; on verra toujours qu'elles ont leur accomplissement au temps futur de la même façon qu'alors.
Une observation est nécessaire pour les âmes qui tendent de toutes leurs forces à la plus grande perfection, et qui lâchent de faire tout ce qui est en elles, pour suivre Notre Seigneur selon toute l'étendue de son saint amour. Elles doivent prendre garde de ne pas abuser de la grâce de Dieu en elles. Et, sous, prétexte d'assurance et de confiance en la lumière de Notre Seigneur, elles ne doivent pas se laisser aller à la présompiion, à la confiance en leur jugement et leur action, comme étant animées de la lumière de Notre Seigneur, ni penser qu'elles connaissent mieux les choses que les autres qu'elles savent ne tendre pas à cette grande perfection, ni non plus jamais se compa-
rer avec eux. Elles ne doivent pas se laisser afler à \iv complaisance dans le don de Dieu en elles, lorsqu'elles sentent que leur esprit est plus élevé qu'auparavant, ni enfin à la hardiesse naturelle de se prononcer et d'agir. Ce sont là précisément les moyens que le démon emploie pour faire monter ces nuages, qui deviennent parfois très-épais et menacent de perdre entièrement ces âmes infidèles. Elles doivent toujours se tenir dans une grande bassesse intérieure devant Dieu et devant les hommes, s'humilier et craindre beaucoup lorsqu'elles sentent des mouvements d'estime d'ellesmêmes et de complaisance, comme aussi lorsqu'elles s'aperçoivent qu'il s'élève en leur esprit des jugements défavorables des autres, surtout en leur manière de voir les choses divines. La crainte doit être encore plus grande, et l'humiliation à plus forte raison, lorsque ces jugements se présentent par voie de comparaison avec soi-même, comme aussi lorsque toutes ces choses viennent très-souvent, car alors il y a un danger présent et positif. La grandissime règle de toutes les âmes qui veulent vivre à Jésus, notre très-humble Sauveur, c'est de s'estimer peu soi-même et d'estimer beaucoup les autres. De plus, il faut qu'elles prennent une habitude très forte de ne jamais considérer les grâces de Notre Seigneur en elles; leur esprit doit se porter tout en général vers notre divin Maître, pour l'aimer sans cesse, et en particulier à chaque action, pour lui plaire, lui être agréable en chacune et pour la faire dans son saint amour. Leur esprit ne doit pas courrir après ces lumières, ni les chercher, mais tendre simplement vers Notre Seigneur avec amour. Qui sequitur me, dit-il; nous n'avons qu'à le suivre, c'est toute notre afifaire; le reste le regarde Lui seul.