Jé^us répondit, et leur dit
Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai; parce que je sais d'où je viens el où je vais, mais vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je vais.
On voit par cet endroit combien sont malheureux ceux qui abusent des grâces de Dieu par malice, que ce péché contre le S. Esprit est terrible el qu'il est puni rigoureusement dès ce monde. Plus haut, chapitre 5, Notre Seigneur dans le commencement de sa mission, s'explique au long pour prouver et montrer que son témoignage est véritable ; il a la bonté incompréhensible de composer presque une thèse pour prouver cela; il leur
cite le témoignage du Verbe, le témoignage du Père, le témoignage de S. Jean, le témoignage de ses miracles, et enfin le témoignage de Moyse. Ici, il ne parle que d'une manière énigmatiqne, et ne dit que des choses que les malheureux ne pouvaient comprendre : juste et terrible punition de leur exécrable malice.
Le témoignage, que les Pharisiens disaient n'être pas vrai, était ces paroles: Jïgo sum lux mundi. Or, ces paroles sont les paroles du Verbe, Fils de Dieu, qui est la lumière du monde et qui éclaire tous ceux qui suivent l'Humanité sainte; par conséquent, lorsque Notre Seigneur leur répond ici que son témoignage est vrai, c'est encore le Verbe, Fils de Dieu, qui parle et qui dit : « Si je rends témoignage de moi-même, ce témoignage « est un témoignage qui est vrai pour tous ceux qui « m'entendent, et qu'ils sont obligés de croire, alors « même qu'ils n'avaient que mon seul témoignage, « parce que je sais d'oii je suis venu, c'est-à-dire du sein « de mon Père, et où je vais, c'est-à-dire dans le sein « de mon Père. » Par là. Notre :^eigneur veut parler de sa divinité à laquelle son Humanité participe, et par conséquent son témoignage est le plus authentique et le plus croyable qu'on puisse avoir.
Par sa réponse, Notre Seigneur veut non seulement dire que, par sa qualité de Fils de Dieu, son témoignage est irréfragable par sa véracité, mais encore par la connaissance certaine qu'il a de la chose témoignée, c'està-dire qu'il est la lumière du monde, et que ceux qui le suivent ne marchent pas dans les ténèbres. Voilà pourquoi il emploie ces doubles termes : unde veni el quo vado, dont le premier aurait suffi pour dire que tout le monde doit se soumettre à son témoignage. 11 dit qu'il sait d'où il est venu quand il est entré dans ce monde,
c'est-à-diie du sein du Père, qu'il est le Fils et par conséquent la lumière éleinelle du Père, et qu'étant venu dans ce monde, il est donc la lumière du monde. Il sait où il va, c'est-à-dire directement vers son Pèie céleste, pour Y rentrer dans la gloire dont il a joui de toute éternité; par conséquent, tous ceux qui le suivent ne marchent pas dans les ténèbres, c'est-à-dire par un chemin obscur, incertain ; leurs démarches ne se feront pas à tâtons, parce que, suivant la lumière, elle les conduit directement par le chemin entièrement sûr, ''chemin qu'il prend lui-même) pour arriver vers le but et la fin de toute leur existence.
Notre Seigneur dit : scio unde cent, au passé, parce qu'il parle de son incarnation, par laquelle il est venu sur la terre pour être la lumière du monde; et, quo vado. au présent et non au futur, parce que toute la vie de Notre Seigneur sur la terre était un chemin par lequel il se rapprochait du sein de son Père; et à mesure qu'il avançait dans l'accomplissement des mystères qu'il avait à accomplir, et dans l'exécution des œuvres que son Père lui donnait, à mesure il avançait dans ce chemin. Tous les hommes doivent de même considérer leur vie comme un chemin qui les (conduit dans la cité sainte de la Jérusalem céleste; et, dans ce chemin, ils doivent suivre leur adorable lumière, et n'estimer point avoir fait des pas en avant par les années qui avancent, mais par l'accomplissement des volontés de Dieu, par leur fidélité aux grâces qui leur sont données, et la participation aux différents mystères de Notre Seigneur. En avançant ainsi de mystère en mystère, de grâce en grâce, d'une volonté de Dieu à une autre, ils feront autant de pas dans le chemm qu'a suivi le divin modèle, pour les conduire avec clarté et assurance dans le sein
de leur Père céleste. Comme lui aussi, ils doiveul eu tout, partout et toujours, se diriger vers leur Père céleste : Vado.
Vos autem nescûis etc.. Notre Seigneur leur montre donc que son témoignage est un vrai témoignage, et que s'ils ne veulent pas l'admettre, s'ils blasphèment contre lui, cela vient de ce qu'ils ne connaissent pas d'où il vient et où il va. C'est un reproche qu'il leur fait, parce que c'était par leur faute: s'ils avaient voulu ils l'auraient bien connu.
15. Vos secundum cariiem judi- ] 13. Vous, vous jugez selon la catis; ego non judico quemquam. J chair ; moi je ne juge personne.
Vos secundum ccirnem judicalis.. Toutes les fois que les hommes s'établissent juges des choses intellectuelles, surtout lorsqu'il s'agit des choses divines, leur jugement est peu certain; parce que tous sont sujets à la prévention et à certaines passions, qui les font pencher dans leur jugement d'un côté ou d'un autre, d'où il suit qu'ils ne jugent pas selon la vérité, et leur jugement n'est pas un jugement vrai, parce qu'on n'appelle un jugement vrai, qu'en tant qu'il est selon la rigueur de la justice, et qu'il a la justice pour principe. Mais, quand les passions sont fortes et influent fortement dans un jugement, alors non-seulement la balance de la justice est renversée, mais le juge devient aveugle sur l'objet de son jugement, selon la parole que Moyse a déjà dite dans le Dcutéronome. Muncra excœcant oculos sapienlium et mutant verba justorum. Excœcant et mutant: voilà les deux effets d'une passion forte; et, si elle n'est pas extrêmement forte, on est toujours penché vers le second mal : mutant.
C'est ce que Notre Seigneur dit là aux Pharisiens.
Ils jugeaient de Noire Seigneur et de sa parole, dis;in». que son témoignage n'était pas vrai, usant pour cela d'un terme de droit que Moyse a employé; et Noire Seigneur leur répond qu'ils ne connaissent pas l'objet dont ils jugent, parce qu'ils jugent selon la chair, c'està-dire selon les passions et les préventions, que c'est la cause pour laquelle ils ne jugent pas selon la justice, et qu'ils ignorent la justice, et par conséquent leur jugement sur son témoignage n'est pas un jugement juste. Mais, comme les Pharisiens, qui ne voyaient en lui qu'un homme ordinaire qui se donnait pour envoyé de Dieu, pouvaient lui dire : «Mais vous nous « jugez bien aussi, disant que nous ignorons votre prin- « cipe et voire fin, et vous nous jugez aussi par pré- « venlion, parce que nous sommes opposés à votre « parole, » C'est à cela que Notre Seigneur répond d'avance en leur disant : ego non judico quemquam. « L'homme privé et ordinaire, tel que vous le voyez « en moi, ne juge personne; ses jugements ne procèdent « pas de l'homme seulement, et par conséquent ce n'est « pas selon la chair que je puis juger. »
i6. Et si judico ego, judicium meiini veruni est, quia soins non sum : sed ego, et qui niisit me, Pater.
16. Et si je juge, mon jugement est vrai, parce que je ne suis pas seul ; mais moi et mon Père qui m'a envové.
« Et si vous voyez que je prononce un jugement sur « vous, ce jugement est vrai et n'est pas injuste comme « le vôtre, parce que je ne suis pas seul à juger; ce « n'est pas de mon fonds humain que je le prononce; « c'est mon Père qui en est le principe ; c'est lui qui « m'a donné déjuger toutes les créatures; et, en jugeant «j'use de sa justice même, et par conséquent mon « jugement est vrai, c'est-à-dire selon la rigueur de
■«justice. Car, un jugement est \rai quand u[i juj^e « par l'application du vrai principe de la justice. »
Notre Seigneur, qui parie ici au noni de son Humanité sainte, ne dit pas qu'il ne juge pas seul et que le V'erbe était en son Humanité pour montrer qu'il avait la lumière, mais il s'agit de la conformité à la justice et non aux préventions et intérêts de l'homme, et alors il invoque l'attribut de la justice essentielle qui est dans le Père, et dit qu'il n'est pas seul, mais qu'il possède par le Verbe cet attribut du Père. Pour ce qui est de la connaissance de ce dont il juge, et de ce à quoi il rend témoignage, il en a déjà parlé, disant : qu'il savait d'où il venait et où il allait. D'ailleurs, par là même qu'il était la lumière du monde, il avait dit assez qu'il parlait et jugeait avec connaissance des objets.
17. Et in lege veslra scriptuni est, quia duorum homiiiuni leslimonium verum est
18. Ego sum qui testimonium perliibeo de meipso, et testimonium perhibet de me, qui misit me, Paler.
■'7. Or dans votre suinte loi il est écrit que le témoignage de deux hommes est vrai.
18. C'est moi qui rends témoignage de moi-même; mais mon Père qui m'a envoyé, rend aussi témoignage de moi.
Après avoir parlé de son jugement juste, il leur parle de son témoignage, pour leur dire que son témoignage non seulement est vrai et suffisant par lui-même, mais encore qu'il est légal, selon Moyse. Moyse ne demande que deux témoins pour constater la vérité d'une chose, et dans le cas dont il s'agit, les Pharisiens avaient le témoignage de deux témoins, tous les deux infiniment respectables et croyables : c'est Notre Seigneur qui rend témoignage à lui-même, et son Père, qui lui rend témoignage. Si, dans la loi de Moyse, il est dit que le propre témoignage n"est pas recevable, cela n'esl fondé
que sui- ce que le témoignage pour soi esl un témoignage intéressé, c'est un jugement secundum carnem et par conséquent incapable d'être garant de la vérité. Or, Notre Seigneur vient de montrer que son témoignage n'est pas secundum carnem, que ce n'est pas l'bonime qui a reconnu l'objet de son témoignage par lui seul, et qu'il ne le rend pas non plus par lui seul, mais selon la justice, et, par conséquent, il est un vrai témoin. Il ne resterait que la seule difficulté qu'un seul témoin n'est pns légal, c'est pourquoi il cite encore le témoignage de son l*ère qui l'a envoyé. Ainsi Notre Seigneur a bien montré que son -témoignage est bon et vrai en soi, et que si ce témoignage n'est pas admis par les Pharisiens, s'il ne leur constate pas la vérité, cela vient de leur faute, parce qu'ils jugent de tout selon la chair, et que par là, ils se lendeut incapables de sortir de leur ignorance, et de connaître quels sont les témoins qui leur parlent. Il achèvera de leur dire cela tout à l'heure. Il se contente de leur parler de la sorte, sans leur montrer de nouveau les preuves extérieures de la vérité de son témoignage, ni quel est le témoignage de son Père ; il les laisse dans leur grande ignorance, parce qu'ils étaient remplis de malice et abusaient de toutes ses grâces et de tous ses bienfaits, ne les employant que contre lui.
19, Dicebanl evs:o ei : Ubi e?l Pdler tiius? Respondil Jésus ; neque me scitis. neque Futrem meum ; si me scirelis, forsilan et Fatrem meum scirelis.
19. Ils lui disaieni donc : Où est ton l'ère? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père :
si vous me connaissiez, vous connaîtriez sans doute aussi mon Père.
Les Pharisiens, entendant dire à Notre Seigneur que son Père lui rendait témoignage, ne comprenaient pas de qui il voulait parler; c'est pourquoi ils demandèrent où était son Père. Peut-être aussi soupçonnaient-
ils que Notre Seigneur parlait de Dieu, et ils voulaient entendre cela de sa bouche, afin d'avoir de quoi le condamner. 3Iais ils montraient qu'ils n'avaient pas d'idée exacte là-dessus. Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : « Vous ne me connaissez pas moi, et vous « ne connaissez pas mon Père. » Notre Seigneur parle ici d'une notion simple de l'incarnation de la divinité, el du mystère de la sainte Trinité : JSeque me sciiis : « Vous ne connaissez pas que la divinité réside en moi, « vous n'y voyez que l'homme. Neque Patrem meum « (sci(is); vous ne savez pas non plus que j'ai un Père, « Dieu comme moi, vous ne savez pas que le Verbe a « été engendré par le Père, » Mais il ne veut pas parler ici de cette connaissance intime, que le Saint-Esprit imprime dans une âme avancée et perfectionnée dans la foi, et de cette vue pénétrante el vivifiante qu'il lui donne du Verbe engendré par le Père, et incarné dans l'Humanité sainte. C'est de cette connaissance que Notre Seigneur dit, la veille de sa Passion, avec bien plus de force et de certitude qu'ici : Philippe^ qui videt me. videt et Patrem. Tandis qu'ici il continue : si me sciretis, forsitan et Patrem meum sciretis. Il met cela en problème, parce qu'ici, il parle de cette notion rigoureusement nécessaire pour le premier degré de foi. Cette connaissance de l'Incarnation de la Divinité du Verbe dans un juif, n'exigeait pas celle de la Sainte Trinité, de l'existence du Père et de la génération du Fils; parce que les prophètes qui annoncent l'Incarnation, et la tradition, qui a conservé le souvenir de la promesse qui avait été faite tant de fois, ne s'expriment pas assez clairement, pour qu'on puisse en conclure cette autre notion de l'existence du Père et de la génération éternelle du Fils. Et le juif, voyant accomplies toutes les
prophéties du Messie en la personne de Notre Seigneur, etcroyanl que c'était véritablement le Messie, devait être instruit de ce grand mystère par le Messie lui-même. Les traditions mêmes portaient {{uc le 3Iessie les instruirait de tout, comme a dit la Samaritaine ; « Quand (( le Messie viendra, il nous dira tout. » De là, outre cette première grâce de foi en Notre Seigneur, comme Dieu-Homme et Messie, il en fallait encore une seconde, celle d'être fidèle et docile à ses instructions, de devenir un enfant pour l'écouter et croire tout. Or, l'orgueil et la malice des Pharisiens étaient un obstacle si terrible à cette foi aveugle qu'il eut fallu vaincre dansles commencements, qu'il était encore fort incertain s'ils eussent persévéré dans la foi, et cru à la parole de Notre Seigneur, même s'ils avaient su et cru qu'il était le Messie Dieu-Homme, annoncé par les Prophètes. Voilà pourquoi Notre Seigneur dit peut-être.
20. Haec verba locutus est Jcsiis in gazophylacio, docons inlemplo :
et nemo apprehendit eum , quia iiecdum venerat liora ejiis.
20. Jésus dit ces paroles, enseignant dans le temple, au lieu où est le trésor : et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue.
Quoique Jésus prêchât sa doctrine en public dans le temple, et quoiqu'il dît ces choses aux Pharisiens, qui auraient dû comprendre qu'il parlait de Dieu en l'appelant son Père, et cela dans un endroit où ils auraient pu facilement le saisir, personne cependant ne le toucha, parce que sou heure n'était pas arrivée. L'évangéliste, en répétant souvent cela, veut tjue l'on fasse attention que si, plus lard, Jésus a été pris par les Juifs, enchaîné et traité si indignement, ce n'a pas été par faiblesse qu'il s'est laissé faire cela, mais au contraire plutôt par sa force, puisqu'ici personne ne pou-
vait le toucher, sans qu'il manifestât aucun moyeu de sa puissance, mais par la seule raison que ce n'était pas son heure. Et, pour le saisir, il fallait une permission; cette permission, il la donna lorsque la volonté de son Père fut que cela arrivât: c'est-à-dire à l'heure déterminée pour cela de toute élernité.