‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 4 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La divinité du Verbe. Mission de Jean-Bapliste. Incarnation du Verbe. Destination de Jean-Baptiste. Son témoignage touchant Jésus-Christ. Deux de ses disciples suivent Jéstts. Vocation d"" André, de Pierre, de Philippe et de Nathanaël à l'apostolat. ,

4 . In principio erat Verbuni. et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum.

1 . Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.

Dès l'origine du temps le "Verbe était, au commencement de toute existence créée, et par conséquent le Verbe est incréé. Le mot erat (-était) signifie l'éternité. Ce mot ne détermine pas d'époque et annonce une existence prolongée et indéterminée. Or, comme il s'agit ici de l'origine du temps, ce mot erat signifie donc l'éternité. Lorsque le temps commença, le Verbe était déjà, et par conséquent de toute éternité ; le commencement du temps trouva le Verbe déjà existant.

Et le Verbe était en Dieu, c'est-à-dire dans son Père. 1" Ce n'était pas une existence séparée, mais il participait à la divinité de son Père. 2*^ Cela signifie aussi que

la subslauce du Verbe était la substance du Père même. Erat apud Deum : sa substance, sa nature et toutes ses perfections infinies étaient toutes renfermées dans la substance infinie de son Père.

Et Dens erat Verbum. 1° L'Évangéliste achève d'expliquer cette grande vérité : le Verbe qui vit ainsi dans le Père n'est pas une substance étrangère que le Père a attirée en lui, mais le Verbe était Dieu; de toute éternité il a en lui toute la nature et la propre substance du Père. 2" Cela veut montrer que non seulement le Verbe est dans le Père, mais que le Père est dans le Verbe, s.elon toute sa nature, toute sa substance et toutes ses perfections. Le Verbe n'est rien autre chose que l'image substantielle et la représentation positive de tout l'être infini et divin de son Père.

Et Deus erat Verbum. S. Jean ne dit pas : Et Pater erat Verbum, mais Et Deus, pour montrer qu'il possède en lui toute la nature divine de son Père qui fait tout son être, mais qu'il n'est pas le Père, parce qu'il n'a pas en lui la paternité mais la divinité.

Il ne dit pas non plus : Et Deus erat in l'erbo. ce qui indiquerait que le Verbe est quelque chose indépendamment de son Père, et que la divinité de son Père réside en lui, mais il dit : Et Deus erat Verbum, ce qui signifie que toute l'existence et l'être infini du Verbe n'est rien autre chose que la représentation substantielle, éternelle et infinie de la divinité de son Père.

Par ces deux phrases : Et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum, saint Jean semble représenter le rapport éternel, substantiel et infini du Père avec le Verbe et du Verbe avec le Père. Et Verbum erat apud Deum, voilà le Verbe dans le Père; Et Deus erat Verbum, voilà le l'ère dans le Verbe. Or, de ce double

rapport procède substuutielleuient, élernellenient et intinimeiit l'Esprit-Saint, et par conséquent l'Evangéliste semble par là déjà indicpier In procession de l'Esprit-Saint.

2. Hoc erat in principio apud 1 2. Il était au commencement Ueum. ' en Dieu.

Si le mot hoc se rapporte au Verbe dont il a été parlé, cela voudrait dire : C'est là le Verbe conçu comme je vous l'expose là, cjui était déjà de toute élernité en Dieu. Si ce mot hoc a' cette signification : «Voilà cequi était dès l'origine eu Dieu,» ce verset pourrait encore être comme une confirmation et indication spéciale de ce rapport divin, éternel, substantiel et infini des deux personnes divines, et indiquer plus particulièrement ce principe essentiel et substantiel de la personne du Saint- Esprit.

3. Omnia per ipsum faclasunt, et sine ipso facliim est nihil, quod factum est.

3. Toutes choses ont élé faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui.

Dans le symbole de Coiistantinople, on dit, en parlant du Père : faclorem cœli et tcrrœ ; et eu parlant du Fils, on dit ces paroles : per qitem omnia facta sunt.

La création est attribuée au Père : 1" parce que tout acte de puissance est attribué à cette personne ndorable, à cause de la puissance infinie avec laquelle le Père engendre de toute éternité un Fils aussi infini et aussi grand que lui-même. Cet incompréhensible engendrement éternel est ce qui distingue le Père des deux autres personnes sacrées; c'est ce tout-puissant engendrement qui fait la paternité; c'est pourquoi la toutepuissance est attribuée à la paternité.

Quoique les deux autres adorables personnes soient toutes puissantes comme le Père; cependant l'acte éternel et infini de leur personnalité n'est pas un acte de

puissance, mais, dans le Fils, de lumière ou sagesse, concevant en lui Joule la divinité de son Père, et dans le Saint-Esprit, d'amour, comme procédant de ce rapport et de ces embrassements éternels, infinis et substantiels du Père avec le Fils et du Fils avec le Père. De là, il résulte que la toute-puissance n'est pas l'attribut de la personnalité du Verbe, ni de celle du Saint- Esprit, mais du Père seulement. Et comme la création du monde est un acte de puissance, c'est pourquoi on dit du Père qu'il est le Créateur, et on ne le dit pas du Verbe, ni de l'Esprit-Saint.

2° La création est encore attribuée au Père, parce qu'elle est une image de cet engendrement éternel du Fils. Le Fils est une image substantielle et parfaite du Père, la créature en est une image finie et imparfaite. 3Iais, quoique ce second engendrement soit fini et imparfait, c'est cependant au Père seul qu'on le doit attribuer.

Quand S. Jean dit du Verbe : Omnia per ipsiim fada swit, il attribue au Verbe la coopération à la création.

L'Esprit-Saint y a coopéré autant que le Verbe et autant que le Père. Mais S. Jean parle ici d'une coopération, comme d'un attribut personnel du Verbe. La raison de cette attribution personnelle est que le Père, ayant voulu créer dans le monde son image imparfaite et finie, (') a répandu sur cette créature un rayon de son image substantielle qui est le Verbe, de manière que la créature entière n'est qu'un petit écoulement d'un rayon des perfections infinies du Verbe, qui est l'image parfaite du Père. C'est pourquoi dans la Genèse, à chaque

(•) Celle image est imparfaite par rapport à limage infinie et éternelle, quoique l'image créée soit Irès-parfaitc en elle-même, comme créature, car il est dit : Vidil Deus cuncla quœ feceral, et rranl valdcbona. ' ^otP du >encre Pcre.)

création d'être, l'Ecriture dit : Vidit Deus quod essel honum. Le Père voyait dans les créatures l'image de son Fils, en qui seul il met toute sa complaisance. C'est ainsi qu'on peut expliquer les paroles de S. Jean et du Symbole qui disent que tout fut créé par le Verbe, et que cependant, c'est le Père qui est créateur. C'est encore ce qui est dit dans la Genèse : In principio creavit Deua cœlum et terram. Le mol hébreu signifie aussi bien per principium que in principio. D'après ce (jui vient d'être dit, l'une et l'autre signification sont vraies, et le moi prina'pium signifie le Verbe, principe existant avant la création et principe dont est émané un rayon pour couvrir le néant, pour ainsi dire, de son être. La paraphrase chaldaique traduit le mot in principio par ces autres: in sapientid ... Et c'est dans ce sens surtout qu'on peut expliquer clairement ces mots : omnia per ipsum facta sunt. La puissance est le premier principe créateur, et voilà pourquoi la création est attribuée à la personnalité du Père; mais dans son application, dans l'exécution de cet acte de puissance, elle s'unit la Sagesse pour coordonner ses opérations et les rendre dignes de la divinité. Et vidit quia erant valde bona. De là tout a été fait par le Verbe.

On peut encore expliquer ces paroles d'une autre manière. Le Verbe est l'expression infinie de l'essence et de la vie divine du Père. C'est donc par le Verbe que le Père devait produire la créature, dans laquelle sa volonté divine exprime, d'une manière finie, son être et sa vie. L'être de la créature est une participation à l'être divin, et sa vie, une communication à la vie divine. Comme toute créature, en elle-même et dans son mode d'être, est et ne peut être qu'une émanation de la divinité; de là rémanafion de toute rréatme p?^f attri-

buée au Père, eu ce qu'elle est en elle-même, et au Verbe, en tant qu'elle est l'expression finie de l'être et de la vie du Père.

{*)Et sine ipso factum est niliil quod factum est.

Par les paroles précédentes, l'Evangéliste dit que tout a été fait par le Verbe, omnia, c'est-à-dire que toute créature que la puissance du Père a produite, c'est par son Verbe qu'il l'a produite, comme il vient d'être expliqué. Il semble donc que ces derniers mots, qui devraient exprimer davantage, disent moins que les précédents ; car, dire que tout a été fait par le Verbe, c'est exprimer une coopération positive et directe; tandis que les mots : rien na été fait sans lui, n'expriment qu'une coopération quelconque, même négative et indirecte. Mais il faut savoir que dans les opérations de la divinité, les paroles qui les expriment ont une signification absolue, tandis qu'il en est tout autrement lorsqu'il s'agit des opérations humaines. Dire que le Père n'a rien fait sans le Verbe, c'est dire qu'il a tout fait par lui; car un état passif en Dieu est impossible, et la coopération d'une personne divine ne peut être que positive et directe. Le second membre de cette phrase n'est donc qu'une confirmation et un complément du premier comme d'ailleurs la conjonction et le fait assez voir. Par cette confirmation ou plutôt par le complément de la première pensée, le saint Evangéliste nous montre l'unité absolue de la nature divine dans l'opération de la créatioîi. Ainsi , la V^ partie du verset exprime l'atiribution spéciale du Verbe, et la 2""^ l'unité parfaite et nécessaire de l'action, par suite de l'unité

(*) Tout ce qui suit jusqu'au verset suivant est un développement ajoute par le Vénéré Père au y 3, plusieurs années après nvoir (-(juiposè ces commentaires.

parfaite et nécessaire d'essence. De tout ce qui a été fait (par le Père), rien n'a été fait sans lui (sans le Verbe ). La répétition des mots qiwd factum est fait ressortir l'unité d'opération, la toute-puissance du Père ne peut rien opérer sans le Verbe, tout ce qu'il a fait c'est avec le Verbe, par l'unité de nature. Ici on pourrait demander : si , de tout ce qui a été fait rien n'a été fait sans le Verbe, comment se rendre compte du mal, du péché? Le mal existe, donc il est créé; et cependant ce serait un horrible blasphème que d'y attribuer une participation au Verbe de Dieu; ce serait un horrible blasphème de supposer que le Père l'ait créé, l'ait voulu. Si le mal n'a pas été créé, comment l'homme peut-il le commettre, comment existe-t-il sur la terre et dans l'élernité?

Tout ce que Dieu a créé est très-bon, comme l'atteste le texte de la Genèse déjà cité. De toute éternité, il a conçu toute cette créature, si bonne dans son ensemble et dans tous ses détails, par sa Sagesse éternelle: et par Elle il a exécuté dans le temps ce qu'il a conçu de toute éternité. Et cette créature était aussi bonne dans son exécution que ians sa conception; elle était bonne en elle-même, elle était bonne dans sa coordination et dans la combinaison de tous ses rapports. Quand Dieu fit la créature raisonnable , il la favorisa d'un don qui était bon et excellent, qui complétait la perfection (le son être : ce don, c'était la liberté. L'abus de ce don est la seule et unique source du mal introduit dans le monde. Depuis ce premier abus, il n'existe plus rien qui n'ait son abus.

La créature raisonnable, la plus parfaite de toutes, a reçu aussi les dons les plus parfaits; elle a été formée à l'image et à la ressemblance de Dieu, afin qu'elle fût capable de recevoir la plénitude de ses communications, dont elle devait vivre et par lesquelles elle devait subsister de cette vie divine, que le saint Evangéliste appelle lumière, parce que cette vie est un reflet lumineux de la divinité qui pénètre et transperce l'âme intellectuelle, et lui fait voir, concevoir et comprendre Dieu vivant en elle. Et cela d'abord per spéculum, en cette vie, parce que l'âme intelligente de l'homme n'est pas dégagée de la matière, et parce qu'elle n'y est que dans un étal d'épreuve; et en perfection et réalité, dans la gloire, parce que tout, dans la nature humaine, alors, sera spiritualisé, et parce que l'âme intelligente y est dans le but et la fin dernière que se proposa le Créateur.

Il faut savoir que la vie de Dieu, qui est appelée lumière dans la créature raisonnable, ne réside pas seulement dans Tintelligence (ou la pensée), mais dans la créature intelligente toute entière, opérant dans toutes ses facultés et les vivifiant à la fois. L'âme est semblable à Dieu : comme en Dieu il y a trinité de personnes ; de même dans l'âme il y a trinité de facultés. Mais aussi, comme en Dieu il \ a unité absolue de nature, de manière que toutes les opérations sont communes; de même, l'âme est une et indivisible dans sa nature, de manière qu'aucune de ses facultés ne peut, sans la participation de toutes, ni recevoir une impression, ni produire une opération. De là Dieu donnant sa vie à la créature raisonnable, cette vie, qui est lumière, doit

éclairer toutes les facultés ou n'exister dans aucune, ne pouvant vivifier l'une, sans que le même degré de vie ne soit dans toutes.

Dieu , voulant former une image parfaite de son être, et pour cela l'illuminer de sa vie divine, la mit dans une dépendance continuelle de ses communications. Ainsi l'âme intelligente ne possède pas la vie en elle, et ne la puise pas en elle; elle n'a que des facultés, des puissances, que Dieu voulait remplir et mouvoir, L'àme a la faculté de voir, de sentir, de vouloir; et c'est Dieu qui communique sa lumière à l'intelligence pour qu'elle voie, et cette lumière devient sentiment dans la sensibilité et vouloir dans la volonté. De manière qu'une seule opération divine par laquelle Dieu communique sa vie à l'âme, une seule étincelle de son immense vie ou lumière qu'il y lance, porte dans cette âme une triple impression. Une seule impulsion ([u'il lui donne devient une triple opération de l'âme, ou plutôt, cette impression , ou cette unique opération de l'âme prend la forme de la triple représentation des personnalités divines existant dans l'âme. C'est ainsi que l'âme, vase vide par elle-même, par la nature de sa création , n'a la vie qiie de Dieu.

Cette vie ou lumière existe de deux manières : la 1'*' est la vie naturelle de l'âme, la 2"*^ est la vie de la grâce. La vie naturelle de l'âme consiste dans l'exercice de ses facultés intellectuelles, par les impressions que celles-ci reçoivent et par leurs opérations.

On peut y considérer d'abord le mécanisme du mouvement intellectuel. Et c'est le jeu des éléments qui sont donnés à l'âme par le Créateur pour être

affectés par l'impression quelconque, et, à la suite de cette impression, pour être mis en mouvement par Taction de la volonté. Ce jeu du mécanisme intellectuel n'est pas à proprement parler cette vie , qui est lumière; mais c'est l'activité puissante donnée à l'âme par le Créateur, et dont le mouvement a son principe dans le besoin extrême de cette vie éprouvé par les facultés de l'âme, qui ne l'ont pas en elles, et qui la cherchent avec avidité. Cette avidité a sa racine daus l'impulsion qui lui a été donnée par le Créateur vers l'objet qui doit lui communiquer cette vie.

Quant à cette vie, elle consiste dans l'impression qui est faite sur la triple puissance de l'âme par l'objet vivifiant, et dans l'activité de l'âme, par laquelle elle exploite , s'approprie et réduit en acte l'objet qui lui est imprimé.

Les éléments de cette vie de l'âme, tout son mécanisme intellectuel, la faculté de voir, de sentir et de vouloir, sont une communication de la manière d'être de Dieu, et l'activité par laquelle l'âme met en jeu ces éléments, pour s'approprier l'objet vivifiant , est un rejaillissement de la puissance divine. Cette double participation à l'être divin est inhérente à l'existence de l'être raisonnable , et ne pourrait lui être enlevée, sans l'anéantissement de son existence.

L'objet qui doit vivifier Tâme intellectuelle n'est, et ne peut être que Dieu seul; par la raison bien simple que l'âme , ne possédant pas la vie dans ses facultés, ne peut la trouver que là où elle est. Or, toute vie n'existe qu'en Dieu seul; c'est donc en Dieu seul qu'elle doit l'avoir. Dans toute la

nature , l'àine intelligente trouve cette vie, parce qu'elle v trouve Dieu; mais aussi ce n'est que Dieu seul qu'elle doit y trouver pour y puiser cette vie.

4. In ipso vita erat, et viia eral [ 4. En lui était la vie, et la vie lux homiiium. I était la lumière des hommes.

Dieu seul a la vie en lui par essence ; tout ce qui est hors de Dieu est essentiellement mort. Cette vie réside toute entière dans le Verbe aussi bien que dans le Père , et dans le Saint-Esprit aussi bien que dans le Père et dans le Fils. Mais l'Evangéliste parle ici de cette vie dans les rapports de sa communication aux créatures, et il dit que cette vie, que les créatures ont reçue, était tout entière dans le Verbe.

La vie du Père est dans le Fils, et c'est par le Fils qu''elle a été communiquée à la créature.

Il y a plusieurs genres de vie : la vie des créatures inanimées (car tout est vivant dans l'univers); la vie des créatures animales ; la vie des créatures intelligentes; la vie surnaturelle dans les créatures animées de la grâce; et la vie de Dieu en lui-même, communiquée aux créatures dans la gloire. Toutes ces différentes vies résident essentiellement dans le Verbe, et de lui viennent aux créatures. Cette vie était dans le Verbe de toute éleinité et avant la création. Il était lui-même essentiellement vie : in ipso vita erat. Et c'est de là que chaque être reçoit, à sa création , cette vie qui lui est propre.

La vie des intelligences est appelée lumière par saint Jean , c'est-à-dire soit la vie naturelle soit la vie surnaturelle. C'est pourquoi il ajoute que cette vie du Verbe était la lumière des hommes, dans le temps de leur innocence : et vita erat lux liominum. Cette lumière consistait dans la clarté de l'esprit et

la clroitiiro du cœur, avec toutes les qualités qui y tiennent. Quand le péché s'est emparé des hommes, la vie qu'ils recevaient du Verbe leur est néanmoins toujours restée : leurs intelligences mêmes recevaient encore la vie naturelle; mais cette vie n'était plus lumière, parce que le péché avait tout troublé.

5. Et lux in lenebris lucet, et le- l o. Et la lumière luit dans les lénebrœ eam non comprehenderunt. nèbres, et les ténèbres ne l'ont point

I comprise.

D'après le texte précédent, celle de toutes les différentes vies qui est la plus parfaite, s'appelle lumière. De là le saint Evangéliste reprend le même terme Lux, qui signifie lumière par excellence, lumière essentielle, pour dire vie par excellence, vie essentielle, vie divine, et il indique par là le Verbe. Cette lumière divine est donc venue briller au milieu des ténèbres, pour les éclairer de nouveau et leur rendre la vie de lumière que les hommes avaient eue. Les hommes ayant perdu cette vie que le Verbe de Dieu leur avait communiquée dans la création, il était dans l'ordre éternel de la bonté divine que le Verbe seul vint s'incarner et paraître au milieu des hommes, pour leur communiquer de nouveau, dans une nouvelle création, ce qu'il leur avait déjà communiqué auparavant et qu'ils avaient malheureusement perdu. C'est ce qui pourrait faire un peu comprendre pourquoi la seconde personne divine s'est incarnée et non une autre.

La lumière a donc lui dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il est impossible que la lumière et les ténèbres résident ensemble. Dèsque la lumière pénètre, les ténèbres n'ont plus d'existence, et si les ténèbres existent , c'est que la lumière n'a

pas penélré. Il eu est de mèiue de ces ténèbres de l'ùuie, qui sont une absence de la lumière ou de la vie divine. Le Verbe a paru au milieu des hommes remplis de ténèbres, et il y a paru comme une éclatante lumière, mais ceux qui étaient ténèbres, et qui voulaient conserver les ténèbres, ne pouvaient pas recevoir la luniière divine du A'erbe, qui no peut que remplacer les ténèbres et jamais demeunuavec elles. Voilà pourquoi ces hommes, qui étaient ténèbres, n'ont pas saisi, embrassé, compris cette lumière.

G. Fuit homo niissus a Deo, cui 1 6. Il y eut un homme envoyé de nomen erat Joannes. 'Dieu, qui s'appelait Jean.

Le nom de Jean signifie miséricorde. Ce nom a été donné de Dieu, pour montrer la graudeur incompréhensible de sa miséricorde envers les hommes.

La lumière éternelle paraît au milieu des ténèbres, par une bonté inexplicable et à jamais incompréhensible. Ces hommes ténébreux rejettent et ne reconnaissent pas cette grande lumière, qui se trouve au milieu d'eux, parce qu'ils aiment mieux leurs affreuses ténèbres que cette lumière brillante. Cet amour pour leurs ténèbres leur faisait ignorer la lumière,

Il semble que le Père aurait dû les écraser dans sa justice et dans sa colère; mais point du tout. Ayant égard aux malheurs extrêmes de ces hommes de ténèbres, il leur envoya Jean, l'homme de la miséricorde; afin qu'étant incapables de s'approcher de la lumière, à cause de leurs ténèbres que cette divine lumière n'admet jamais en sa présence, ils pussent cependant acquérir la certitude que la lumière était au milieu d'eux, par le témoignage de

Jean. Jean, n'étant pas la lumière elle-même, maisy étant envoyé pour faire connaitre la lumière et pour attirer à elle les homnaes de ténèbres , pouvait être plus facilement aperçu et reconnu pour ce qu'il était, par ces hommes de ténèbres, que la lumière ellemême.

7. Hic venit in tesfimonium, ut 1 7. Cet /wmwe vint pour servir de testimonium perhiberet de lumine, témoin, pour rendre témoignage à ut omnes crederenl per illum. la lumière, afin que tous crussent

I par lui.

Toute la vocation de Jean, toute sa mission ne consistait qu'en ce témoignage qu'il devait rendre à la lumière. C'est pourquoi, tant que la lumière restait cachée à Nazareth, Jean restait caché aussi dans le désert; il n'avait rien à faire parmi les hommes. Dès que le temps approche, Jean parait pour aplanir les voies et pour préparer les peuples et les disposer, afin que, lorsque la lumière viendra pour être manifestée, il puisse la montrer à tous et leur dire: Voilà la lumière, voilà l'Agneau de Dieu. Une fois que le témoignage est rendu, Jean redevient inutile au monde ; il reçoit sa récompense et s'en va.

Ainsi, Jean n'était qu'un homme de témoignage; il était placé entre l'ancien et le nouveau Testament pour montrer celui dont la venue avait été prédite par les prophètes, afin que ceux de son peuple, qui étaient dans les ténèbres, pussent voir, comprendre et croire. Et comme avant Jean, tous ceux du peuple juif devaient croire par les prophètes ; de même, le moment de la venue de la lumière étant arrivé, tous ne devaient croire que par Jean. Aussi les apôtres les plus intimes avec Notre- Seigneur ont commencé à croire par Jean. Ce fut une prédestination grande et admirable sur saint Jean-Baptiste, que tout le peuple juif ne devait arriver à la lumi-

ère que par lui ; il était coimue un pont par lequel on passait de l'ancien au nouveau Testament.

8. Non eral ille lux, sed ut tes- 1 8. II n'était pas lui-même la lulimonium perhiberet de lumine. mière, mais il vint pour rendre té-

I moignage à la lumière.

Cependant, quoiqu'il eût reçu une si grande puissance d'amener ainsi, lui seul, tout le monde à la lumière, il n'était pas la lumière ; il n'avait pas la lumière en lui, par lui-même. Il était dans la lumière, il la recevait de la grande lumière qu'il montrait; mais il n'était pas la lumière lui-même ; il n'était venu que pour rendre témoignage à la lumière. Ce n'est qu'un serviteur, qui ne travaille pas pour soi, mais pour celui qui l'a envoyé.

9, Erat lux vera , quœ illuminai j 9. Celui-là était la vraie lumière, omnem hominem venientom in hune I qui illumine tout homme venant en mundum. l ce monde.

Cette lumière, qui a brillé au milieu des ténèbres, et à laquelle il a fallu le témoignage de Jean pour qu'on la reconnût, cette lumière était la vraie lumière, la lumière du Père, la divinité même, cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde; et cependant il n'y en a pas eu qui l'aient reçue sans le témoignage de Jean, et encore peu l'ont reçue avec ce témoignage.

Le Verbe éclaire tous les hommes venant en ce monde, c'est-à-dire qu'il leur donne la lumière naturelle, dans laquelle ils mêlent des ténèbres par le péché, qui obscurcit étonnamment cette lumière, quoiqu'il en reste toujours un peu. Ou bien encore ces mots quœ illitminat veulent dire qu'il veut éclairer, ou qu'il tend à éclairer tous les hommes, qu'il jette la luiuière en eux , et ils la refusent pour la plupart, aimant mieux le péché, qui est ténèbres, que la lumière divine; et dans ce sens, la lumière signifiera la grâce, la lumière ou vie surnaturelle.

<0. In inundo eral, et mundus per ipsum factus est, et mundus cum non cognovit.

10. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a point connu.

Cette inanifeslatiou de la lumière éternelle ne s'est pas faite per spéculum, comme aux Prophètes. Ce n'est pas une image, une représentation ou un rayon de la lumière divine, qui a paru pour jeter un si grand éclat, mais c'est la lumière elle-même, qui était substantiellement dans le monde. Le monde signifie ici la terre en général. La divine lumière a paru sur la terre, au milieu des hommes, pour les éclairer, et c'est une chose étonnante: ce monde qui a été fait par lui (le Verbe), qui n'est rien et n'a rien qui ne lui soit communiqué par la divine lumière, ce monde cependant n'a pas reconnu Celui qui l'a fait.

Ici le mot monde veut dire les hommes qui aiment le monde et les choses qui sont dans le monde, dont l'esprit s'occupe du monde, c'est-à-dire de la terre et de ce qui est sur la terre, et qui y mettent leur satisfaction ; tous ceux-là n'ont pas reconnu la grande lumière qui a paru au milieu d'eux. Ceci arrivera toujours à ceux dont l'esprit s'occupe de la terre et des choses de la terre, qui les estiment et dont le cœur les aime ; ils seront fermés à la lumière et ne la reconnaîtront jamais. Les grâces divines n'y pénètrent pas ou sont rejetées, et ils restent dans une obscurité et une espèce de stupidité pour tout ce qui vient de la divine lumière. C'est ce que dit saint Paul : animalis aulem homo non percipit ea quœ sunt spiritus Dei. Le homo animalis ou carnalis de saint Paul est le même que le monde de saint Jean.

11. II est venu dans son propre héritage, et les siens ne l'ont point reçu.

Le verset précédent était pour rintelligence ; le

monde aveuglé ne l'a pas reconnu, ((uoiqu'il eût

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