In propria venit, et sui eum non receperunt
(lu k' leconnaîtiv , n'ayant iit;n en soi qui ne vienniî (le lui. Olui-ci est pour la volonté : le monde ne l'a pas leeu. Ingratitude et injustice effroyables! Le Verbe de Dieu vient dans son propre bien , tout ce ({ue nous sommes et tout ce que nous avons est sa propriété , et k^ monde cependant n'a pas voulu recevoir son grand et souverain Maître, mais pour son malheur.
Heureux le monde, si le souverain Seigneur avait contraint son esclave de le recevoir dans son bien ! Il n'a pas jugé à propos de le forcer, et par là le malheureux monde a été privé d'un immense bienfait, et il en a été privé par sa malice et sa mauvaise volonté.
0 Seigneur Jésus, venez en moi, je suis aussi votre esclave et votre propriété, je ne veux pas être comme le monde, je veux et désire ardemment vous recevoir, et si j'avais le malheur de vous résister, ordonnez, forcez, employez votre puissance et votre autorité de maître ; Veni, Domine Jesuf
On pourrait expliquer aussi «;es mots : in propria venit, du peuple juif, qui était choisi parmi tous les autres peuples , pour être le peuple de Dieu ; et ce malheureux peuple, rempli de l'esprit du monde, a méconnu son Seigneur et n'a pas voulu le recevoir.
12. Quotquot autem recepcrunt euni, dédit eis potestatem filios Dei fieri, his, qui crediint in nomine
12. Mais il a donné à tous ceux qui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient
ejus : ' en son nom :
Parmi ceux a qui la lumière adorable s'est montrée, il y en a qui font reçue. Cette réception, dont parle ici l'Evangéliste, était le commencement do la foi qui se trouvait dans plusieurs juifs. I/iii-
U'iligeuce s'apercevait de la divine lumière, la volonté même était émue et pencbait vers cette divine lumière. On croyait que c'était le Fils de Dieu, mais on ne se livrait pas encore, à cause d'une foule d'embarras qui se trouvaient dans l'esprit et d'une grande faiblesse dans la volonté.
Tous ceux qui le recevaient ainsi, étant fidèles à cette première lumière, recevaient le pouvoir de devenir les enfants de Dieu, et étaient amenés, par de nouvelles et de plus parfaites lumières, à une foi solide et à une volonté d'adhérer à la lumière adorable à laquelle ils croyaient. Étant fidèles à cette seconde lumière, ils devenaient les enfants de Dieu; mais, par la première réception, ils n'étaient pas enfants de Dieu, ils recevaient seulement le pouvoir de le devenir, dcdit eis potesiatem; par la fidélité à la seconde grâce, ayant la foi ils devenaient enfants de Dieu. His qui crcdunt, tous ceux qui croient ont d'abord reçu ce pouvoir de devenir enfants de Dieu, et ils le sont maintenant-
C'est une grande chose que nous annonce ici le S. Évangéliste : que nous devenons enfants de Dieu. Par le premier bienfait de la création, nous devons au Yerbe divin la qualité de serviteurs de son Père, car la qualité de créature porte toujours avec elle le titre de néant et ne peut prétendre qu'à la servitude. Mais, comme nous étions même sortis, par notre péché, de la servitude de Dieu, le Verbe, réparateur de son premier ouvrage, est venu sur la terre se mêler parmi nous, s'unir à notre nature, et il a donné à tous ceux qui s'uniraient à lui par la foi véritable, la participation a la filiation divine.
13. t|ui tioii i'\ siinguinibus, neque ex voluntnle carnis, ncqiie ex volunlalc viri, sed ex Deo nali sunt.
13. qui ne ?ont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de riioniine, mais de Dieu.
Dans ce verset, le S. Évangélisle nous enseigne que le germe et le principe de cette (ilialion divine n'est pas en nous, et que ce ne sont pas nos forces qui nous y font arriver, mais une force divine du Verbe, qui vient vivre en ceux qui adhèrent à lui par la foi, pour les animer, les vivifier et leur communiquer la qualité de tils de Dieu, qui lui est propre. El c'est à cette vie et communication divine toute seule que nous devons d'être enfants de Dieu.
Pour bien comprendre ce qui est dit dans ce verset, il faut savoir qu'il y a trois volontés en nous. La première n'est pas proprement une volonté, ce sont les instincts ou appétits animaux. Ces instincts ou appétits se trouvent même dans les bêtes et sont le principe de toutes leurs actions. C'est un prenner mouvement de la chair vers un objet. La seconde, c'est la délectation des sens, qui se portent vers l'objet auquel les instincts tendent. Ceci peut plutôt être appelé volonté. C'est la volonté des sens ou de la chair. Enfin, la troisième est la véritable volonté de l'âme ou de la raison, qui, avec connaissance de cause, se porte vers" un objet.
L'Evangéliste appelle la première ex sanguinibus, et il dit que cette vie de Dieu en nous qui fait la filiation divine, cette naissance que nous prenons de Dieu et en Dieu, n'a aucun principe ' dans les instincts, qui n'ont qu'une vie animale.
Elle ne tire pas non plus sa source de la \o-
loiiU'; des sens ou de la cliaii-, (|ui ne peuvent avoir qu'une vie de la cliair et que se satisfaire purement des créatures.
Elle ne vient pas même de la volonté de l'homme, c'est-à-dire de la raison, qui, de son propre fonds et avec examen de cause, se livre à une vie intellectuelle, et cela parce que cette vie est une vie humaine, tandis que la vie qui fait la filiation divine, doit être nécessairement surnaturelle et divine.
Mais quel est donc le principe qui nous engendre à la vie divine ? C'est la vie divine que nous obtenons par le Verbe : ex Deo nati sunt. De là il résulte, que toutes les fois que notre âme agit par un principe naturel, quoique bon, son action n'est pas un action d'enfant de Dieu, et que plus elle est unie à Noire Seigneur, assujettie et dépendante de son inspiration, plus l'enfance divine est parfaite en elle.
14. Et Yerbum caro factum est, et habitavit in nobis : et vidiraus gloriam ejus, gloriam quasi unigeniti à Pâtre, plénum gratiœ et veritalis.
14. Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous : et nous avons vu sa gloire; sa gloire, dis- je, comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
Jusqu'à présent on n'a pas vu comment le Verbe ou la lumière éternelle du Père s'est manifestée. Dans ce verse l'Évangéliste va le dire : Et Verhum varo factum est. L'homme, par le péché, avait tout perdu et était devenu étranger à Dieu, opposé même. Le Fils de Dieu, voulant rétablir son premier ouvrage de la manière la plus parfaite, a voulu même nous donner sa qualité de fils de Dieu.
Il faut bien observer que cette enfance divine est adoptive. 3Iais cette adoption a beaucoup plus de force que n'en a l'adoption parmi les hommes.
Car l'adoption , parmi les liomiiios , no renferme pas la vérité ; ce n'est que la représentation de la chose. Elle n'a de jéel que les effets qni en résultent par la force que les lois humaines lui donnent, mais qu'elle n'a pas intrinsèquement; tandis que, dans notre adoption d'enfants de Dieu, il y a une filiation réelle, une participation efficace à la filiation de Notre Seigneur.
Et comment a-t-il fait cela? C'est en s'incarnant. Notre nature étant devenue étrangère à son Père, h» Fils vient s'unir hypostatiqncment à cette pauvre nature, en prenant en lui une âme et un corps; et cette âme sainte et ce corps parfait, qui formèrent une nature humaine complète , étant ainsi unis avec le Fils de Dieu , participent de la manière la plus parfaite à la qualité de Fils de Dieu, de manière que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.
Cette Humanité sainte et adorable est établie chef de tous ceux qu'elle attire a elle, et qui adhèrent à elle par la foi ; cette adhésion est plus parfaite encore dans le ciel, et par cette adhésion sainte tous ses membres sont unis à l'humanité sainte, et par elle au Verbe divin; et étant ainsi unis avec Notre Seigneur Jésus-Christ, ils deviennent enfants de Dieu. C'est ainsi que , par son hicarnation , Notre Seigneur fait naître à Dieu tous ceux qui croient en son nom.
Par là on voit que nous ne sommes pas enfants naturels de Dieu, puisque nous ne le sommes que parce que Jésus-Christ, fils naturel et unique de son Père, nous a attirés à lui par sa grâce, mais aussi on voit qu'il y a là plus de réalité que dans les adoptions ordinaires. C'est ce que dit saint Jean dans une de ses Epîtres : mit ftlii Dci nomiiumiur el siinus.y) Non
seulement nous avons le nom d'enfants de Dieu, ce qui reviendrait à l'adoption ordinaire des hommes, mais nous le sommes réellement par la grâce divine.
Mais pourquoi le Verbe divin a-t-il pris la chair? Pourquoi s'est-il uni à cette chair? 1" Pour vaincre le péché dans son principal séjour, en le vainquant et abattant plus tard par sa croix; et par là il nous a rendus les maîtres de notre chair de péché. Car, s'il ne s'était pas incarné, mais s'il s'était seulement uni à l'âme, nous n'aurions pas reçu ces grandes grâces contre la chair. 2° Dans la suite, la chair doit participer aussi à la filiation divins après la résurrection. Il a donc fallu qu'il s'incarnât, par un effet incompréhensible de sa bonté divine pour nous, qui va au-delà de tout ce que l'esprit d;^ Thorame peut concevoir.
Mais pourquoi s'est-il incarné pour purifier seulement notre chair après la résurrection? Pourquoi, par sa divine Incarnation, n'a-t-il pas purifié dès ce monde la chair de ceux qui croient en lui, aussi bien qu'il purifie leurs âmes? Ceci est un mystère, et bien sûrement un effet de son grand amour pour nous. La raison qu'on y voit, c'est le dessein de nous laisser le combat, et par là de triompher plus souvent dans nos âmes, comme aussi par là do fortifier de plus en plus notre foi. Mais cela ne me paraît pas expliquer entièrement la chose.
S. Jean dit : Caro factum est, il est devenu chair, pour montrer la perfection extraordinaire de l'union dans laquelle le Verbe était avec la chair et qui est la plus parfaite possible entre le Créateur et la créature.
Pourquoi dit-il factum , puisque le Verbe est consubstanliel au Père, et coéternel avec lui et par conséquent incréé, et que le mot factum ne peut lui
convenir? 11 appelle faire cette opération divine qui forma cette admirable union, parce que, ayant été exécutée sur la chair très-sainte de Notre Seigneur, elle est créée. Cette parole revient à peu près à celle de S. Paul : exinanivit semetipsum, fonnam servi accijyiens. Servi, c'est de l'Humanité qu'il le dit, et surtout de la chair, qui est le séjour du péché parmi les hommes, et par conséquent dans la dernière servitude.
Une autre raison pour laquelle S. Jean dit : Jù Verbum caro factum est, c'est afin de montrer que le Verbe s'est rendu visible, même aux yeux du corps.
Et pourquoi, après avoir parlé du Fils de Dieu apparu sur la terre sous le nom de Lux, l'Évangéliste reprend-il, à la fin, le mot Verbum? C'est parce qu'il a commencé à nous faire voir les grandeurs impénétrables du Fils de Dieu dans sa génération éternelle sous le nom Verbum, qui est trèspropre pour expliquer la génération éternelle, et qui l.'i dit presque en propres ternies. 11 a employé le nom Lux pour montrer sa manifestation aux hommes, parce que cette opération s'exprimait mieux par le mot Lux.
Mais quand il s'agit ensuite de montrer les inconcevables abaissements du Fils de Dieu qui se fait chair, le Saint-Esprit lui fait reprendre le mot Verbum, afin que cette parole relève et ramène notre esprit aux ineffables et impénétrables grandeurs du Fils de Dieu dans le sein de son Père, pour le replonger ensuite dans ses inexprimables anéantissements, mettant ainsi à côté l'une de l'autre les deux extrémités, toutes les deux incompréhensibles pour tout être créé, afin de nous faire voir l'immense charité de Dieu
puni nous, qui sommes si pauvres, si misérables, et si indignes qu'il daigne seulement faire attention à
FIOUS.
0 amour, amour incompréhensible de mon Dieu, de mon Jésus ! Que puis-je faire pour vous aimer comme vous m'aimez ! Je suis obligé de rester dans mon néant et mon abjection devant votre adorable amour; car, ô mon bien-aimé Amour, vous êtes trop grand pour que j'ose seulement penser à pouvoir faire quelque chose pour vous. Au moins, très-adorable Amour, faites de moi et en moi tout ce qui est votre bon plaisir : \'eni. Domine Jesii, veni et vive in famulo tuo miserrimo.
Une raison encore pourquoi S. Jean dit Verbmn, c'est que l'Incarnation et la naissance du Fils de Dieu sont une image parfaite de sa génération éternelle, et (le la procession du Saint-Esprit qui en est la suite.
Ft habiiavit in nohis. Celui qui remplit le ciel et la terre et dont la majesté et la gloire éclatent dans tout l'univers, est venu demeurer parmi les hommes, par le moyen de son union avec la chair. Il liabita parmi nous, adoptant tous les usages d'une vie ordinaire parmi les hommes, et s'assujetissanl à toutes les faiblesses ordinaires de la chair, excepté cependant au péché et au plus grand nombre de ses suites, comme seraient par exemple les maladies, les défauts de l'âme et du corps.
Ce mot habiter signifie demeurer et vivre selon les habitudes ordinaires de la vie. In nobis signilie parmi nous, au milieu de nous, de manière que nous le voyions des yeux mémos du corps, par le moyen de sa Chaii- adorable.
Ces mots in nohis pourraient aussi {)rendre cette signification naturelle ; en ttous. Car, le Verbe de Dieu, ayant ainsi demeure dans une chair humaine, a demeuré en nous-mêmes. En etfet, toute l'humanité ne fait qu'un même corps et celle de Notre Seigneur est notre chef, et le Verbe de Dieu ayant <iemeuré dans le chef, il a demeuré aussi dans les membres. C'est ainsi que l'Évangéliste s'approprie la chair de Notre Seigneur, et la prend comme sienne.
Et vidimus gloriam ejus. La gloire du Verbe était répandue et exprimée sur l'Humanité sainte, de manière que, dans l'extérieur, les manières et l'action de Notre Seigneur, on voyait un rejaillissement de la gloire du Verbe. Tous ses traits et tout son extérieur manifestaient quelque chose de divin en lui, g-wast «mgcniti à Pâtre, qui touchait même ceux qui n'avaient pas la foi, mais qui ravissait les disciples fidèles.
On peut aussi dire que cette gloire que les disciples voyaient, était la manifestation de la puissance du Père, par les miracles et les autres actes de puissance que Notre Seigneur exerçait, non pas comme un envoyé de Dieu, mais comme le Fils unique.
Cela peut signifier aussi la gloire que les trois disciples virent dans la Transfiguration, et la voix du ciel : Hic est Filitis meus. etc. plénum gratiœ et veritatis. Le Verbe divin se manifestait dans l'Humanité sainte, par la grâce et la beauté divine qu'il répandait ainsi sur elle, sur ses paroles et ses actions ; et par là il lui attirait l'amour de ceux qui avaient le cœur pur, comme Tavait notre saint Évangéliste.
La beauté, la grâce dans les hommes, même quand elle est siiinatuielle et un effet de la
grâce divine, n'est qu'une image ou un rayon de la beauté divine, et cependant combien fortement elle attire et ravit les cœurs d'un sentiment doux de piété et d'amour de Dieu! Telle était la beauté et la grâce de la Très-sainte Vierge, qui était incomparable. Or, ici cette grâce, cette beauté n'était pas figure, mais la vérité. Le Verbe divin dans sa beauté infinie, paraissait en Notre Seigneur. Quels ont dû être les ravissements de ceux qui le voyaient avec foi !
Voici un autre sens. Plein de grâce. Tout le trésor de la grâce divine qui devait être répandu sur tous les élus, depuis le commencement jusqu'à la fin, et pendant toute l'éternité, était renfermé dans la personne de Notre Seigneur. L'Évangéliste dit: plénum, pour montrer que tous ses mystères, toutes ses actions, tous ses mouvements intérieurs et extérieurs, sa vue, et la pensée même qui tombait sur sa personne, tout cela distillait, et produit encore maintenant des grâces à ceux sachant en profiter.
Et veritatis. Tout ce qui est parfait est vrai, et tout ce qui est imparfait est faux, ou au moins n'est pas vrai ; parce que tout en nous doit être image de Dieu, et tout ce qui ne l'est pas n'est pas la vérité. Si même nous exprimons ainsi, par les perfections que * le Fils de Dieu a mises en nous, l'image du Père , ce n'est encore qu'une demi vérité, qu'une vérité imparfaite, une . représentation, une ombre de la vérité réelle qui est en Dieu. Mais le Verbe de Dieu renferme en lui ses perfections dans toutes leurs vérités; ce n'est pas une figure et une image, mais la vérité substantielle. Voilà pourquoi S. .lean dit : plénum vcri-
'Il
tatis, étant la pleine, entière et substantielle représentation de toutes les perfections divines du Père.
Mais il dit plus, il dit: hahitacit in nobis,.. plénum gratiœ et veriiaiis, c'est-à-dire, il demeura parmi nous; il nous les manifesta avec éclat, cette grâce et cette vérité, il nous en donna l'exemple, el il les veut toujours verser eu nous, si nous croyons en lui.
On pourrait encore expliquer ce mot verilatis, par rapport à la loi de Moyse. qui régna jusqu'à la venue du Messie. Cette loi n'était pas une loi de grâce ; c'était une loi terrible pour écraser les pécheurs et ne donnai! pas de giâces ; ce n'était pas non plus une loi de vérité, mais une loi de figure, qui représentait partout l'image du Verbe, qui devait s'incarner et donner une loi de grâce. Et le Verbe étant venu sur la terre, il y est venu plein d<' grâce, comme la loi le prédisait, et de vérité, n'ayant plus de figure en lui mais la réalité. Cette dernière explication paraît être plus selon le sens du texte.
15. Joannes testimonium perhibet de ip?o, et clamai dicens : Hic erat, qiiem dixi : Qui post me venlunis est, anle me facliis e?t : quia prior me erat.
1;j. Jean rend témoignage de lui, et il crie en disant : Voici celui dont je vous disais : Celui qui doit venir après moi a été fait avant moi, parce qu'il était avant moi.
Jean a reçu sa mission uniquement pour rendre témoignage au Verbe incarné ; il a été fidèle à Dieu et a obéi avec zèle. Clamât dicens. Ce témoignage était si continu et si éclatant, que le S. Évangéliste croyait l'entendre au moins soixante ans après qu'il avait été donné. Il ne dit pas perhibuit, mais perhibet ; il semble encore entendre les cris du zélé précurseur : clamât.
On pourrait dire aussi, que le témoignage de Jean existait toujours; et S. Jean-Baptiste crie à tous les peuples, par la voix des Apôtres qui ont rapporté ses paroles; il crie à tous les peuples de la terre, par la prédication de l'Évangile. Dans ce sens, on comprendrait facilement pourquoi il dit : Hic erat, et non pas est. Dans le premier sens, on peut dire qu'il parlait de Notre Seigneur après que Notre Seigneur l'eut quitté pour aller prêcher lui-même. S. Jean-Baptiste rappelait aux Juifs l'ancien témoignage qu'il avait rendu avant la manifestation de son Maître, et il dit : c'était celui dont je vous avais ainsi parlé : « Celui qui viendra « après moi, a été engendré avant moi, car il exis- « tait avant moi quoiqu'il soit venu dans ce monde « après moi. » Le mot factus. dans ce sens, serait impropre, et signifierait avoir l'existence, en se rapportant à la nature divine du Verbe.
On pourrait expliquer cela d'un autre façon. « Celui qui, dans l'ordre des desseins et des vo- « lontés divines, doit venir après moi et remplir « les choses que je vous dis de lui, celui-là dans « les mêmes desseins et volontés divines, a été fait « avant moi. » (Non pas dans ce sens que l'Humanité sainte de Notre Seigneur ait été créée avant S. Jean; car S. Jean a été conçu environ six mois avant l'Incarnation du Verbe, et cela devait être en sa qualité de précurseur, mais que de toute éternité, le Père a décrété la création de cette Humanité adorable pour l'unir à son Verbe. ) C'est là le premier-né de toute créature, parce que tout le reste est accessoire dans les desseins du Père. « Moi, Jean, je suis entré aussi de toute éternité
<( dans les desseins du ]*èie, mais d'une manière se- <( condaire el seulement pour le service de ce Fils bien-aimé, pour l'annoncer. » De sorte que le Père a conçu de toute éternité la création de l'Huujanité sainte de son Fils d'une manière primitive, et il a conçu de toute élernilé la création de Jean en second lieu ; et cela : quia prior me eral, parce qu'il ne pouvait concevoir primitivement que son Fils bien-aimé.
On pourrait dire aussi, et cela serait plus selon le texte : « Celui qui vient après moi, cet homme « que vous verrez bientôt paraître, a été fait avant <f moi ; car, quoiqu'en lui-même il ait été fait après « moi, cependant, comme il est hypostatiquement uni « au Verbe, et comme sa volonté humaine reçoit « avec amour et suit avec docilité toutes les impul- « sions du Verbe auquel elle est unie si parfaile- « ment, sa vie n'est plus la sienne, mais celle du Verbe, qui a existé avant moi, puisqu'il a été de toute éternité. »
16. Et de plenitudine ejus nos omnes acccpimus, et graliam pro sralia.
16. Et nous a\ons tous reçu do sa plénitude, et grâce pour grâce.
« Et nous tous qui avons vécu sous l'ancienne « loi, et qui avons acquis du mérite devant Dieu, « c'est de sa plénitude que nous avons reçu. » Car, même dans l'ancienne loi, tout le bien et tout le salut venaient de la grâce, que la plénitude de Jésus-Christ y répandait avant même l'Incarnation, mais qu'elle répand surtout sur ceux qui vivent depuis l'Incarnation.
Ceci est conforme à ce que dit S, Paul : que les anciens ont acquis leuis mérites par la foi et non
par les œuvres de la loi. Il faut que le Verbe incarné ait eu une grande plénitude de grâces en lui pour pouvoir les répandre non seulement sur ceux qui vivent dans sa loi de vérité, mais même sur ceux qui ont vécu sous les figures.
Et étant fidèles à cette première grâce, c'est-àdire, si nous recevons cette première grâce qui est médiocre, pour cette première grâce reçue, nous aurons une plus grande grâce, qui est celle de la loi nouvelle. Celui qui est infidèle à la grâce qui lui est offerte, la méprise et ne la reçoit pas réellement, il s'y refuse; mais celui qui y est fidèle, la reçoit avec reconnaissance par là même qu'il y est fidèle. C'est pourquoi S. .Jean dit : « pour celte première grâce que nous avons reçue, il nous sera accordé la seconde grâce, qui est la loi de grâce ».
En outre, le mérite de nos actions vient de la grâce , et si nous sommes fidèles, Dieu récompense en nous cette grâce, laquelle renferme les mérites de son Fils, qui nous sont ainsi appliqués par notre fidélité. De là il résulte que toute récompense est la récompense des mérites de Notre Seigneur, que nous recevons par notre fidélité; et, par conséquent, le redoublement de la grâce qui nous est accordée pour notre fidélité, est la récompense de la grâce, et gratiam pro gratiâ.
17. Quia les per Moysen data j 17. Car la loi a été donnée par est, £:raiia et veritas per Jesiim Moy?e : mais la grâce et la vérité Christum facla est. I a été faite par Jésus-Christ.
Mais pourquoi avons-nous tout reçu de Jésus- (vhrist? Parce que la loi, qui par elle-même est vide et qui n'était qu'une figure, nous a été donnée telle qu'elle était p.nr Moyse. Car ce n'est pas Dieu lui-
même qui donna la loi; Dieu la donna à Movse, et IMoyse la donna au peuple. Or, Moyse ne pouvait donner que ce qu'il avait roçu, la loi purement et simplement. Il n'y avait pas en Moyse les grâces pour les y njouter. Moyse ne donna donc que la loi, c'est-à-dire qu'il ne pouvait que donner des ordres au peuple de la part de Dieu : « Vous ferez ceci, vous éviterez cela », el il les exhortait à l'observer, sans pouvoir les aider en cela.
Grande ditrérence à remarquer entre le terme donné qui est impuissant, et le terme fait qui annonce la puissance. Cette loi a donc été donnée par un homme qui n'avait que des ordres, tandis que la grâce et la vérité a été faite par Jésus-Christ; et par conséquent la force de l'observer et d'être fi(.lèle à Dieu ne pouvait venir quedfilui. S. Jean dit : « la grâce et la vérité» ; la grâce pour le temps môme de la loi de figures, afin de pouvoir être fidèle à la vérité, qui est cette seconde grâce, laquelle est la récompense de la première fidélité.
Il dit : factum est. parce que les grâces et les dons de Dieu sont un objet créé, et leur création est ici attribuée au Verbe avec le même terme que plus haut j)er. « C'est jjar Jésus-Christ, dit-il, que la grâce a été faite », et non pas seulement par le Verbe; parce que toutes les grâces proviennent de l'union du Verbe avec l'Humanité sainte.
Il dit : factum au singulier, parce que la grâce et la vérité sont la même chose. La vérité est grâce en tant qu'elle orne l'âme et la rend agréable à Dieu; elle est vérité, en tant qu'elle établit l'âme dans les perfections divines et l'en remplit, et par là l'établit dans la vérité. On peut encore dire :
elle est grâce, eu lant qu'elle est donnée gratis et par pure bonté et miséricorde; elle est vérité, parce qu'elle est donnée pour accomplir les promesses divines faites dans l'ancien Testament pour cela, et par conséquent une manifestation de la vérité ou véracité de Dieu. C'est pour cela aussi que l'ancienne loi est appelée une loi de promesse, et la nouvelle, une loi de vérité.
On peut l'appeler vérité, même en tant que donnée à chaque particulier (quoiqu'il n'y ait pas de promesse faite à un particulier de lui donner telle ou telle grâce), parce qu'elle est l'accomplissement de la • prédestination éternelle du Père, qui détermine de toute éternité les grâces qui seront donnés dans le temps à chacun ; et Jésus-Christ Notre Seigneur accomplit, dans le temps déterminé, cette promesse ou cette détermination éternelle de son Père.