CHAPITRE IX
An>H(ile-ni' f/uéri par Jésus-Christ. Enqui'te des Pharisiens sur cp miracle. Ils chassent île lu s>inugogue celui qui avait été (juéri. Instruit par Jésus-Clirist, il se prosterne et l'adnre. Double jugement exercé par Jésus-Christ .
I. El prœlerieiis Jésus vidil ho- [ 1. Kl comme il passait, Jésus vit minom cœcum a naiivitate. ! un homme aveugle do naissance.
Notre Seigneur en passant devant cet aveugle-né, y lit attention atin de lixer aussi l'attention de ses Apôtres, pour qu'ils lui demandassent ce que nous verrons tout à l'heure. Car, le divin Maître excitait ainsi les pensées et les sentiii.enis dans ses Apôtres, atin de les instruire et de. les rendre plus attentifs à ses instructions.
Quoique cette guérison de l'aveugle ait eu une lin directe pour la gloire de Dieu, comme nous allons voir, cela n'empêche pas que cette œuvre extérieure étjiit une ligure de choses spirituelles et plus relevées, opérées par Notre Seigneur. Toutes les circonstances particulières dans lesquelles Notre Seigneur opéra ce miracle, montrent qu'il a eu une intention spéciale de nous instruire par là de son œuvre principale.
Cette guérison de l'aveugle-né est une image de notre àme, qui est ainsi née aveugle, sans avoir la lumière de Dieu en elle, et sans être capable de pouvoir espérer sa guérison. Les termes del'Evangéliste sont remarquables: cœcum à nativitale, comme si c'eut été sa naissance qui eût contribué à le rendre aveugle ; ce qui arrive pour nous : nos âmes sont aveugles par leur naissance même qui leur vient d'Adam.
Notre Seigneur guérit cet aveugle en passant : Prœteriens vidit. Cela signifie, pour notre guérison spirituelle.
que» bien que ce soil Notre Seigneur arrivé dans sa gloire, qui nous communique la grâce de notre guérison, il ne faut cependant pas nous y tromper, il le (ait en vertu des mystères qu'il opéra, en passant sur la terre, quand il était dans la voie pour aller à sa gloire; ce sont ces mystères qui renferment les grâces de notre guérison. C'est alors qu'il nous les a méritées ; c'est alors, quand il opérait ces dififérents mystères qu'il voulait nous appliquer, qu'il regarda chacun des aveugles qui devaient être guéris, pour offrir à son Père ses mérites, et les leur appliquer à chacun d'une manière pratique. Et prœteriens vidil. Ce mot vidil ne signifie pas une vue générale ; il avait la vue générale de tous ceux qui l'environnaient, mais il vit particulièrement cet aveugle, et il vit qu'il était aveugle. Et pourquoi le vit-il? Pour le guérir. Il en est de même spirituellement : en opérant les mystères de notre vie, dans sa vie passagère, il voyait tout le monde entier d'une vue générale, et même ceux qui ne devaient pas profiter de ses mérites, mais il voyait spécialement ceux qui en ont reçu l'application pratique.
2. Et interrogaverunt eum discipuli ejus: Rabbi, quis peccavit, hic aut parentes ejus, ut ceecus nasceretur?
2. Kt ses disciples l'interrogèrent; .Mallre, qui a péché, celui-ci ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle?
C'était une idée commune aux Juifs, que tous les maux de la terre venaient par quelque péché commis. Et comme cet homme était aveugle dès sa naissance, les Apôtres voulaient savoir si c'était le péché des parents qui était puni dans les enfants, ou si Dieu punissait d'avance les péchés que les enfants devaient commettre quand ils en seraient capables. L'un et l'autre sentiment est faux, soutenu cependant par des doc-
leurs parmi les .luits. Il est probable que, dès le temps des Apôtres, cette doctrine existait parmi eux, parce que dès lors ils^avaient perdu les vrais principes dans les choses divines par leurs fausses traditions.
3. Respondit Jésus: Neque hic peccavif, neqiic parentes cjns: sed nt manrfesletitur opéra Dei in illo.
3. Jésus répondit: Ni celui-ci n'a péché, ni ses parents, mais c'est pour que les œuvres de Dieu soient manife^tées en lui.
Par ces pait)les Notre Seigneur rectifie les trois erreurs de ses Apôtres. Premièrement il n'est pas nécessaire qu'il y ait un péché actuel, pour que Dieu envoie des peines et des maladies dans ce monde; c'est souvent un dessein de miséricorde. Cette instruction était très importante pour les disciples de Notre Seigneur; car, devant sortir de la loi de crainte et de la loi de promesse pour entrer dans la loi d'amour, l'état des choses devait entièrement changer. Dans l'ancienne loi de crainte, Dieu punissait les péchés, dès cette terre, par d€S châtiments terribles. De là cette erreur que tout mal terrestre venait comme punition, ce qui n'est pas vrai, même pour ces temp^, témoins Job, Tobie et une foule d'autres. La loi de promesse promettait même des biens terrestres pour son observation ; tandis que la loi d'amour est toute diflerente; tout, pour elle, est dans la gloire éternelle, et sur la terre les peines et les souffrances sont des sujets de joie et d'amour, parce que les peines ne viennent que pour glorifier Dieu dans ses enfants, qui, par là, ressemblent à Notre Seigneur et prennent plus parfaitement part à ses immenses mérites. Ensuite Notre Seigneur relève la seconde erreur en disant que les péchés actuels des parents ne sont pas punis sur les enfants. Et enfin la troisième, en déclarant que Dieu ne punit pas par avance les fautes qui lie son! pas encore commises.
Par ces paroles : « Nerjue hic peccavil , ncque parentes ((ejiisn, ir ne veut pas dire qu'ils n'avaient jamais commis de péché, mais il veut dire que cette punition ne venait pas du péché de cet aveugle ni des péchés des parents. Notre Seigneur a pris cette tournuie de phrase pour insinuer que cet aveuglement est la suite du péché originel. S'il avait dit : ce n'est pas son péché, ni, le péché de ses parents, on aurait pu conclure . que cet aveuglement n'était pas une suite du péché orginel, puisque ce péché est le péché de l'aveugle, et le péché de ses parents. Mais Notre Seigneur en disant : Peccavil, indique une action de péctié en lui ou en ses parents, et il dit que cela ne vient pas de là, mais d'un péché que ni lui ni ses parents n'ont commis, c'est-à-dire, du péché d'origine. 11 emprunte les paroles mêmes des Apôtres, afin de taire comprendre que c'est dans leur sens qu'il répond. Or, dans leur sens, la question n'était pas de savoir si jamais cet homme ou ses parents avaient commis un péché; mais si c'était un péché commis par cet homme ou par ses parents, qui était la cause de son aveuglement.
Pour bien comprendre tout ce que dit Notie Seigneur en cet endroit, il faut savoir que tous sont coupables du péché originel, et que tous les maux du corps et de l'âme viennent et découlent de ce péché, et par conséquent, l'aveuglement d'un enfant qui vient au monde a sa source dans le péché originel. ]Mais il resic à savoir pourquoi Dieu a frappé cetenfant plutôt qu'un autre? Sa Providence a une raison en tout ce qu'elle fait; rien n'échappe à sa divine vue; rien n'est fait sans lui et rien n'est fait par lui au hasard. De là la question des Apôtres est encore sans solution. Pourquoi cet homme est-il aveugle dès sa naissance? C'esl
poiiiqiioi Notre Seigneur a).)ule: « cest pour ijne fei^ « œuvres. (le Dieu soient manifeslées en hn. » 0 bienheureux aveuglenienf, qui est donné pour une lin si glorieuse à Dieu ! Notre Seigneur dit : les œuvres de Dieu; j)tuce qu'en ce bienheureux aveugle se sont fuanitestées trois œuvres principales; une œuvi'o de puissance, puur faire une nouvelle création dans cet honime, création qui n'est pas dans l'ordre ordinaire de la Providence; une œuvre de miséricorde, qui opéra le salul de cet lionniie en iiième temps que sa guérison; une œuvre de justice, par l'aveuglement des Pharisiens, qui s'endurcirent et s'aveuglèrent d'une manière terriblc»^ en cette circonstance. Moire Seigneur dit : Ul ruanifesteulur, et non ut opereniur, parce que ces divines œuvi'es s'opèrent tous les jours dans les âmes d'une manièrespiiituelle; et, dans cette circonstance, ces œuvres, si fréquemment opérées en secret, devaient s'opérci' avec un grand éclat, et faire voir clairement à un |)euple nombreux ce qu'il avait à attendre de sou Sauveur, (^ar, les opérations de Dieu dans le's âmes paraissent si manifestes dans cette occasion, que la figure disparait presque pour laisser à découvert l'objet même qu'elle représente.
4. Me oportel operari opora ejus i i. 11 faut que j'opère les œu-
»liii iiiisii me, doiiec dies est: venit iiox quaudo iiemo polesi. operari.
vies de celui qui nfi'a envoyé, tandis qu'il est. jour; la nuil vient pendant laquelle personne ne peut agir.
5. Ouandiu sum in mundo,. lu>i | o. Tant que je suis dans le monsuni mundi. I de, je suis la lumière du monde.
Les œuvres du Père sur ses créatures doivent êti'e faites par Notre Seigneur : Me oportet operari opéra ejus. Si nous voulons être guéris de notre aveuglement, allons à Jésus. 11 a été envoyé pour nous guérir. Son Pèie V» envoyé uniquement pour opérer ses onivres, alin (pie
toutes les opérations divines se fassent par Lui. Il dit : /ijMA' qui misù me, pour manifester quo c'est le. sujet de sa mission, et que c'est en vertu de sa mission qu'il les opère.
Donec dies est. Toutes les œuvres de son Père pour le salut des hommes, il les a opérées pendant qu'il était sur la terre, comme il a été dit plus haut. Quoique, du vivant de Notre Seigneur sur la terre, ces œuvres n'eussent pas toute leur perfection, mais seulement après l'accomplissement de tous ses mystères, et l'envoi du Saint-Esprit avec tous ses dons, cela n'empêche pas que Notre Seigneur opéra alors toutes ces œuvres et exécuta celles que son Père voulait qu'il exécutât pendant ce temps. De manière que, quoique ses mystères n'eussent pas de force d'opération avant son ascension, cependant la présence de Notre Seigneur sur la terre produisait des opérations véritables des œuvres de son Père, même avant le perfectionnement des mystères. Mais Notre Seigneur une fois mort, tout le temps qui suivit jusqu'à la descente du Saint-Esprit, fut un temps de nuit, où personne n'avait pouvoir d'opérer et de communiquer la grâce. Voilà ce que veut dire Notre divin iMaître. « Il « faut que j'opère les œuvres de mon Père, pendant « qu'il fait jour, c'est-à-dire pendant que j'y suis encore, « car tant que j'y suis, j'en suis l;i lumière, mais la nuit « viendra; lorsque moi, qui suis la lumière, ne serai plus « de ce monde, il ne s'y trouvera pas de lumière, et « mon Saint-Esprit ne sera pas encore descendu pour « y communiquer mes rayons, encore plus éclatants, « que j'aurai dans la gloire de mon Père. Pendant cette « nuit, personne ne pourra opérer. Toutes les âmes « seront dans la nuit. »
(). llaic cuin dixissct, expuit iu terram et. fecil lulum ex spulo, et linivit lulum super oculos ejus.
C Lorsqu'il eul dit cela, il cracha à terre, lit de la boue avec sa salive, et frotta de cette boue les yeux de l'aveugle.
D'une seule parole, notre lout-puissant Sauveur aurait pu rendre la vue à cet homme ; il a préféré faire toutes ces actions qui signifiaient ce qui se fait pour notre guérison spirituelle. La salive qui sort de la bouche de Notre Seigneur, représenté la grâce qui sort du Verbe de Dieu par l'Humanité sainte, qui est comme sa bouche, par laquelle il se communiqué pour notre salut. C'est olle qui est la source de notre guérison. La terre signifie notre âme, qui est absolument comme la terre, stérile par elle-même et incapable de rien produire ; elle a besoin de la pluie dn ciel et de la chaleur du soleil. Notre Seigneur crache sur la terre, pour montrer la communinication de la grâce de Dieu faite à nos âmes par la bouche sacrée du Verbe; c'est-à-dire par son Humanité, qui est son moyen de communication avec nous, comme notre bouche nous sert comme moyen de communication de notre pensée. Il fait de cette manière une* espèce de pâte pour l'appliquer sur l'endroit malade, pour montrer que notre guérison ne peut avoir lieu que par la réception de sa grâce dans notre âme. (^e n'est pas sa grâce par elle seule qui nous guérit ; elle ne devient principe de guérison en nous que conjointement avec notre volonté, qui la reçoit sans y résister.
7. Et dixil ei : Vade, lava in natatoria Siloë (quod inlerprclalur Missus) Abiit ergo, et la vit, et venit videns.
7. Kt il lui dit: Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (ce qu'on interprète par Envoyé), il s'en alla donc, se lava et revint vovant clair.
Par cette action de le faire laver dans l'eau douce et paisible du Siloë, Notre Seigneur a voulu montrei" le baptême. Le principe qui a rendu la vue à cet homme
— iCO —
n'etail pas le SiloC', mais la salive luèlée avec la leirc. toiUetbis c'est dans l'eau du Siloë, qu'elle devait opérer ce miracle. De même le ])ap(ême ne produit pas par lui-même, mais la grâce, re(;ue dans la volonté par ce sacrement et dans ce sacrement. L'eau du baplème n'est quedeTeau, l'action de verser celte eau n'est rien non plus, et les paroles de celui qui administre ce baptême, n'ont pas de puissance non' plus en elles-mêmes. Mais les paroles jointes à l'action et à l'eau forment le sacrement, et ce sacrement ayant en soi la Ibrce de Notre Seigneur qui nous l'a donné et dont il est sorti, donne la grâce qu'il signifie, et c'est cette grâce reçue dans l'àme qui nous rend la vue de la lumière de Dieu.
El vcnil videns. Au sortir du baptême, nous venons voyant, parce que dans ce baptême, par la grâce qui est donnée à nos âmes, nous recevons la loi infuse, et celle loi est la véritable vue de nos âmes; tous ceux qui ne l'ont pas ne voient pas.
Le Siloë, par son nom qu'on interprète par envoyé. signifie plutôt le baptême que toute autre rivière, car le baptême est aussi un bain qui nous est envoyé de Notre Seigneur. Toute sa force vient de ce qu'il nous est envoyé; il sort du sancliftiirc du cœur de Notre Seigneur pour laver nos âmes des taches horribles du péché.
De plus , d'après les prophètes, les eaux du Siloë étaient paisibles, et en cela il représentait la paix que nos âmes reçoivent dans ce sacrement : le baptême est une eau de paix, qui nous met en paix avec Dieu et avec nous-mêmes.
8. Itaque vieilli, et qui viclerant 1 8. DesorLe que ses voisins etceiix «uni prius quia mendicus orat, di- qui l'avaienl vu auparaxant mencebant : Nonne liic est qui sedebat, | dier, disaient : N'est-ce pas celui-là et mendii^abal? Alii dicebanl: Quia j oui était assis et mendiait? D'autre» hic est. aisaienl: C'est lui.
y. Alii iiuleui : Noquaquiim, setl similis oài ei. llle vero ilicebal :
Quia ego simi.
'10. Dicebanl ergo ei : Ouoinodo xipcrti sunt libi ociili?
II. Respondit : llle honio, qui (iiciUir Jésus, lulum fecit, el uiixil oiuilos u'.eos, et dixil mihi : Vade tid iiataloria Siloe, et lava. Kl abii, et la\ i, et video.
Uu -
9. lit d'autres: l'oint du tout, seulement il lui ressemble. Mais lui disait : C'est moi.