Us lui demandaient donc
(Comment (es yeux ont-ils été ouverts':*
<i. Il répondit: Cet homme qu'on appelle Jésus a fiiit do la boue , il a frotté mes Nenx, et m'a dit : Va à la piscine de Siloé, et lave-toi.
J'y suis allé^ je me suis lavé et je vois.
Connue ce miracle était si extraordinaire, tju'ii avait l'alin une nouvelle création de la vue, et que jamais aucun moyen humain n'avait opéré et ne peut même opérer une «^uérison seml)lable, loul le monde était étonné, et ce n'est que la grande tidmiration qui taisait diie à quelques-uns, «que ce n'était pas lui cet « aveujj;le-né el que c'était un autre qui lui ressemblait.» <kimme ces hommes n'avaient pas vu le miracle, ils ne pouvaient concevoir comment cet liomme pouvait avoir l'ccouvré la vue. Cet étonnement montre combien, à leurs yeux,, ce miracle devait être grand et combien il devait faire impression sur eux. Cela l'ait voir aussi (]ue cet homme avait été réellement aveugle de naissance, et reconnu pour tel. Il répondit à ceux qui l'interrogeaient : Cet liouunc qui s'appelle Jésus etc.. Il n'avait pas encore une foi pleinement éclairée. Notre divin Sauyeur lui a ouvert les veux dn corps, mais eette lumière qu'il a rendue à son corps n'a pas encore pénétré dans l'àme; elle l'a disposé cependant à recevoir aussi la lumière de l'âme. Notre Seigneur commence pai' le plus facile, ensuite il va au plus difhlile; or, il est incomparablement plus difficile de guéjir raveu;j,leinent de nos âmes que celui de nos corps, parcp ijiie notre Aine esl iiic<)ni|iMrnh!i'!iienl plus ma-
lade, et de i)lus la maladie de l'âme est plus •compliquée que l'aveuglement du corps. Le désordre est, beaucoup plus étendu. Et le plus grand malheur est que nous aimons notre aveuglement et nos maladies si multipliées qui la composent; nous résistons à notre très-charitable médecin, nous nous opposons à tous les remèdes qu'il nous offre, taudis que nous sonmies toujours bien satisfaits, quand il s'agit d'obtenir la guérison du corps.
Ille Iwmo. Il ne savait pas que c'était le Fils de Dieu; il le prenait comme un homme ordinaire; cependant, il en avait déjà une grande opinion : f)ui dicitur Jésus. C'est comme qui dirait : cet homme extraordinaire qui s'appelle Jésus et que vous connaissez bien.
Le nom de Jésus d'ailleurs lui convenait bien en cette circonstance, puisque ce nom adorable signifie Sauveur, et dans cette circonstance Notre Seigneui- a sauvé le corps et l'âme par un seul acte.
12. El dixeriinl ei; l'bi est ille? i 12. Ils lui deiiumdereiil : ou Ait : Nescio. ] est-il ? il répondit : je ne sais.
Les Juifs lui dejnandèrent où il était. On peut présumer que c'est par malice qu'ils firent cette question, comme on va le voir dans le verset suivant. Il répond : Nescio , je l'ignore. On voit bien qu'il n'a encore qu'un commencement de foi. Quand il aura fait quelque sacrilice, quand il aura défendu cette foi à ses dépens, quand il aura combattu pour elle, alors elle deviendra i>î«s forte et se manifestera plus parfaite, et la récompense sera la lumière divine. Maintenant il dit encore : Nescio, je ne le sais; il ne s'occupe que du bonheur d'être guéri. Il a reçu une grâce, il la reconnaît et c'est en quoi consiste sa foi, mais il se ré-
jouit pour liii-mèino cl nr s'ixrcupe pas assez de son adorable Bicniailt'iii-, et c't'st en quoi consiste l'impeifeclioii de sa loi.
lo Addiiciiiil otim ad l'Iiarisa'O?, qui c;ecus fiioral.
1 3. Alors ils amencrenl aux Pharisiens celui qui avait élé aveugle.
Ces hommes qui élaient dans un si grand élonnement de celte i^uérison, et qui, par conséquent, y voyaient un si grand miracle, loin d'être touchés et d'en protiter, n'en retirent qu'un sujet de scandale et de perte pour leurs âmes. Ne trouvant pas Jésus lui-même, ils prennent h son défaut, celui en qui s'était opéié le miracle, et le conduisent aux Pharisiens, qu'ils savent être les plus gransls ennemis des Juifs; et cela, sans doute, pour leur fournir un moyen de condamnation contre lui. S'ils l'avaient trouvé lui-même, ils l'auraient conduit lui-même, s'il leur en avait donné la puissance.
\L Erat aulem sabbalum quando lulum l'ecil Jésus, et aperuit oculos ejus.
14. Or c'était un jour de sabbat que Jésus fil de la boue et ouvrit ses veux.
î.a raison pour laquelle ces gens-là l'amenaient aux Pharisiens, et par laquelle ils fournissaient nn moyen de condamnation contre Notre Seigneur, comme aussi la raison pour laquelle les Pharisiens disaient qu'ils le poursuivaient tant en cette circonstance, c'est que cette guérison miraculeuse s'était s'opérée au jour du sabbal. Et, dans cette circonstance, ils eurent deux grandes infractions à reprocher à notre divin Maître contre leiu's fausses traditions : la première, d'avoir formé comme une pâte, Lulum, ce qui est regardé par leurs traditions comme une des œuvres serviles défendues ; et la seconde, d'avoir guéri un malade.
lo. llerum ergo inlerrogabant eum Pharisaei quomodo vidisset.
Ulc aulem dixit eis: Lutum mihi posuit super oculos, et lavi et video.
15. Los Pharisiens lui demandèrent donc comment il avait vu. Et il leur dit : il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois.
Les Pharisiens étaient agités par deux souhaits opposés. D'un côté, ils auraient désiré que le fait fui vrai pour avoir de quoi condamner et décrier devant hmonde, celui qu'ils avaient déjà condamné dans leur esprit, quoique n'ayant pas de cause. D'un .uilre côté, ils craignaient beaucou|) la vérité du fait, à cause du grand miracle, qui augmenterait la réputation de Notre Seigneui',. Ce sont ces deux pensées opposées qui font la grande inquiétude avec laquelle ils interrogent -plusieurs fois raveugle guéri, et avec lafpielle ils traitent toute celle aflaire.
16. Dicelwt. ergo ex Pliarisœis j 16. Ators ijiielques-uns . d'enfro quidam : Non est hic liomo a Deo i les pl)arisi(Mi.s disaient.: Cet liomnie qui sabbaUim non. cnstodit. Alii au- n'est point de Oieu, puisqii'il ne temdicebanl : Quomodopotesl homo garde point le sabbal. Mais d'autres peccator haec signa facere? Et i diraient : Comment un péctieiiischisma eral inler eos. peut-il faire de tels miracles? El il
) 3' avait division entre eux.
Ceux qui étaient ainsi animés de ditîérentes passions contre Notre Seigneur, trouvèrent de suite une raison plausible de le condamner. Ils ne pouvaient nier le miracle, ni l'expliquer; mais ce miracle heurte et condamne leurs traditions, Dieu les condamne par là. Que font ces gens passionnés? Ils font abstraction de ce quiestde leurs traditions, considèrent l'infraction comme contraire à la loi de Dieu et concluent que ce miracle ne peut venii^ de Dieu. Cet homme est un pécheur et agit en cela par im péché, et par conséquent ne vient pas de Dieu. Ils aiment plutôt passer par toutes ces ahsurdités, que de désavouer leurs traditions ridicules et tontes récentes, parce que leur plus grand intérêt les oblige à les soutenir, et leur orgueil ne veut pasperdre tout pour les miracles que Dieu opère par sou Fils.
D'autres, plus sensés, ou plutôt moins passionnés «et plus susceptibles de recevoir la ^ràce do Dieu et d'y èlre fidèles, leur font celle grande objection : « Comment « un f)éclitMir peul-ii l'aire de si grands miracles? )) lU ne voient pas précisément la vérité, mais ils soupçonnent et entrevoient quelque chose d'extraordinaire. lis ne se tondent pas sur le seul miracle qui vient d'arliver, mais ils rappellent tous les autres qui avaient été faits par le divin Sauveur. On peut tromper une lois, mais tant de miracles, si publics et si extraordinaires, ne peuvent pas être des tromperies: Hœc signa disent-ils.
On i)eut présumer que Nicodème et Gamaliel étaient (iu noïnbre de ceux-ci. Ils ne savaient pas comment accorder cela avec leurs traditions, mais ils y voyaient le doigt de Dieu; ils étaient fidèles à la grâce, et suivaient ses lumièies quoique petites.
Il y a dans cette œuvre deux côtés : l'un, par lequel on se sauve et on parvient à la lumière de la vérité; et l'autre, par lequel on s'égare et on se perd: Les âmes bonnes et l)ien disposées sont frappées du bon côté, qui est le véritable point de vue sous lequel il fallait envisager la chose. Les mauvais sont entraînés par leurs passions l'i saisissent le mauvais côté afin de se perdre. C'est un exemple de ce qui arrive presque tous les jours. <lans le monde, pour les choses divines.
17. DicimL ergo cœco ileruin : i 17. Ils dirent donc encore à l"a- Tii, quiàflicià de illo qi\i apeniit j veugle : El loi, que dis-lu de celui oculos luos : llle aulem dixit : Quia j qui l'a ouvert les yeux!* 11 réponpropheta est. ; dil : (l'est un prophète.
Dans cette diversité d'opinions et cette espèce de scission qui existait parmi eux à cette occasion, ils s'adressèrent à l'aveugle môme, espérant qu'il leur dirait
- Tri -
quelque chose qui les favoriserait. Ils espéraient que la crainte lui ferait dire comme eux, que cet homme était un pécheur. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ne s'adressèrent pas à cet homme pour connaître la vérité, puisqu'ils le rejetèrent de la synagogue parce qu'il soutenait toujours ce qu'il avait dit d'abord. Mais cet homme n'avait pas une foi vaine ; plein de reconnaissance envers son divin Bienfaiteur, il soutint sa cause selon le peu de lumière que son commencement de foi lui avait donné. Il ne craignit pas de dire que c'était un prophète, quoiqu'il sût qu'il parlait devant les plus grands ennemis du Sauveur, et quoiqu'il fût présent à cette discussion qui avait eu lieu entre les deux partis, dont le plus nombreux était sans doute celui des méchants.
18. Non crediderunt, ergo Judeei de illo quia c?ecus fnisset, et. vidisset donec vocaverunt parentes ejus qui viderai.
18. Mais les Juifs ne crurent point de lui quMl eut été aveugle et qu'il eut recouvré la vue , jusqu'à ce qu'ils eussent appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue.
Les pauvres Pharisiens, pleins de malice et de haine contre Notre Seigneur, et par conséquent pleins du désir de détruire l'effet de ce miracle, employèrent tous les moyens poiu- venir à bout de leur dessein; ils cherchèrent tous les moyens d'éluder la vérité de ce prodige. Ils étaient bien embarrassés. Décidés à ne pas croire, ils ne pouvaient cependant pas nier que cet homme voyait par une action miraculeuse de Notre Seigneur. Et cet honmie, qui semblait être le plus capable de juger du miracle, parce qu'il sentait le bonheur d'être guéri, après avoir été aveugle de naissance; cet homme dit hardiment en leur présence « qu'il avait « été aveugle de naissance, et avait été guéri par « cet homme ({ui s'appelle Jésus, et que cet homme qui
« s'ci[)[)elK' Jésus élait un prophète; et il savait que «c'était iiii prophète, parce qu'il l'avait guéri niirac culeuseiiicnt.)) Mais ces misérables résistent à toutes les grâces que Notre Seigneur leur ollVe, et ils résistent jusqu'à la flernière extrémité. Ne sachant que dire, ils accusent cet homme d'être de connivence avec Notre Seigneur et ne veulent pas croire cpi'il avait été aveugle dès sa naissance.
Les aveugles! ils le sont plus que ce pauvre homme ne l'a été. Que gagnent-ils à cette recherche? Supposé même qu'il n'aurait pas été aveugle dès sa naissance, ils ne pouvaient pas nier qu'il n'ait été aveugle, et par conséquent il existait toujours \\\\ miracle ti'ès-grand et évident : un peu de îjoue formée de salive et de poussière, n'a jamais guéri et ne guérira jamais un aveugle. De plus, on concevrait encore qu'ils eussent fait des l'Ccherches sur un fait semblable rapporté d'un homme inconnu; mais quant à Notre Seigneur, qui faisait sans cesse des miracles nombreux et du premier ordre, il semble qu'il faut un dernier excès de malice pour le soupçonner de s'être entendu avec cet aveugle , afin de lui faire dire qu'il était né aveugle et par là de rendre le miracle plus éclatant aux yeux du peuple. Quelle absurdité qu'un homme qui fait un miracle soit animé, dans l'acte même de cette œuvre surnaturelle, par des sentiments pareils !
Mais la passion et la prévention sont capables de tout. Ils ne crurent pas à cet homme, et firent venir ses parents, espérant apprendre de leur bouche que leur fils n'était pas né aveugle, ou leur faire dire même quelque chose, qui les autoriserait à taxer de fourberie cotte action de la toute puissance divine (|ui les accablait.
— ïl'l —
19. Kl inîerrogavcrunt eos di- I 19. Et ils les interrogèrent, dicente>: Hic est lilius vesler, queni | sanl : Est-ce là votre fils, que vous vosdicilis qnia accus nalus est? 'dites ôtre né aveugle? Comment Quomndoergo iiunc videt? [ donc voit-il maintonant?
Les Pharisiens proposent yu\ parents les trois questions qu'ils devaient naturellement leur faire clans l'interrogatoire judiciaire qu'il leur fallait subir : l'-" Estce là leur fils? parce qu'il n'y a que les parents qui puissent être les témoins les plus sûrs d'un fait semblable? 2» Esl-il né aveugle? c'est la principale question ; 'i° Comment a-t-il été guéri ? S'ils avaient fait ces trois questions avec bonne volonté, ils auraient facilement trouvé dans la réponse de quoi changer de sentiment envers notre divin Sauveur. IMais la manière dont ils s'v prennent, montre qu'ils ne cherchaient pas à savoir ce qu'il en était, mais à intimider ceux qu'ils interrogeaient et à leur faire dire ce qu'ils devaient facilement penser qu'on voudrait entendre d'eux. D'abord, on voit dans la manière de poser les questions, qu'ils les proposaient avec dureté et mécontentement. En outre au lieu d'mterroger d'abord sur la première question et d'en approfondir la vérité, ensuite sur la seconde et puis sur la ti-ois4ème, ils les posent toutes les trois à la fois, afin de faire voir ce à quoi ils en veulent venir. En troisième lieu, quelle manière de les poser : « Vous dites que cet « homme est votre fils, et qu'il est né aveugle? Comment « se fait-il donc qu'il voie? » Ils leur disent nettement qu'ils ne les croient pas. «(Comment cela peut-il être « vrai, puisque le voilà qui voit et que jamais aveugle-né « ne peut recouvrer la vue?» Cela a plutôt l'air d'un interrogatoire de coupable que d'une audition de témoins.
Il faut remarquer de plus qu'ils avaient affaire à des gens de la dernière classe du peuple, à des mendiants qui. par conséquent, étaient faciles à intimider, comme
cela arriva en etlel ; cl par conséquent, s'ils avaient voulu savoir la vérité, ils auraient du s'y prendre plus clou ce nient.
iO. Hespoiidorimt. eis [uii-oiiles 20. Se? parents leur répondirent ojus. et dixenmt : Sciniiis ([uia hic et diront: Xour. savons que c'est noest lilius noster, et (|uia cieous na- tre fils, et qu'il est né aveugle, lus esl. ^
21. (Juoniodo autcm nunc vi- 21. .Mais comment il voit mainileat nescimus; aut quis <^jus a|)e- tenant, nous ne le savons pas; ou ruit oculos, nos nescimus : ipsum i qui lui a ouvert les yeu.\, nous ne interrogate: iulatein habet, ipse de le savons pas; interrogez-le; il a se loqnalur. i de l'âge, qu'il parle pour lui-même.
Les parents ré|)on(lireut assez clairement pour convaincre les Pharisiens de la vérité de ce grand miracle. Quoi(ju'ils n'osassent pas dire comment s'était fait la guérison, ces pauvres gens eurent cependant assez de fidélité, pour ne pas céder avec trop de faiblesse à ce que les malicieux. Pharisiens désiraient. Ils dirent donc har- (liu)ent que c'était véritablement leur fils et qu'il avait été réellement aveugle dès sa naissance. Quant au point de la difliculté : pourquoi voit-il donc maintenant ? ils n'y répondirent pas et renvoyèrent les juges à leur lils, en leur (lisant de l'interroger lui-même. Ils avaient répondu aux deux premières questions, parce que h^ir témoignage était nécessaire; leur fils ne pouvait pas y répondre avec certitude, il aurait pu être né d'autres parents que ceux-ci, et aurait pu ;ivoir perdu la vue dans sa première enfance, après en avoir joui d'abord. Mais, pour ce ({ui est de sa guérisoii, personne ne pouvait mieux certifier le fait que lui-même. Ses parents savaient cependant le fait, soit pour l'avoir vu euxmêmes, soit parce que leur fils le leur avait raconté- Si on le leur avait demandé avec sincérité pour s'en bien instruire, ils n'auraient pas manqué de le raconter comme ils le savaient; mais con)me ils eurent peur
qu'il ne ieiir cii arrivât du mal, ils prét'érèienl, par laiblesse et par crainte, dire un mensonge.
22. Ses parents dirent cchi, parce qu'ils craignaient les Juifs; car déjà les Juifs étaient convenus ensemble que si quelqu'un confessait que Jésus était le Christ, il serait chassé de la svna£2:oi'ue.
23.' C'est pourquoi ses parents dirent : Il a de l'âge, interrogez-le
-l'I. Ha)C dixerunt parentes ejus, quoniaui (imebant Judœos ; jam enim conspiraveranl Judsei, ut si quis eum confiteretnr esse Christuni, extra s\ nagogam fieret.
23. Propterea parentes ejus dixerunt : Quia œtatem babet, Ipsum interrogate ' lui-même.
La crainte qu'eurent les parents était d'être chassés de la synagogue; car c'était une chose connue et publique, que tous ceux qui suivaient notre divin Seigneur, devaieiit être chassés de la synagogue , c'est-à-dire excommuniés, et par là regardés par tous les Juifs avec mépris et avec horreur , comme étrangers au peuple de Dieu, traités avec la plus grande rigueur en toutes les circonstances , séparés et abandonnés de tout le monde. Ce qui, en effet eut été une grande calamité pour des pauvres , qui vivaient probablement d'aumônes. Aussi cette crainte de paraître suivre Jésus se montre bien dans leur réponse. On y voit combien ils prirent soin d'en éloigner jusqu'au moindre soupçon, et de faire éviter même qu'on leur parlât de sa personne. Les Pharisiens leur demandent seulement : puisqu'ils disent que que ce fils est né aveugle, comment il se fait qu'il voit. Et au Heu de se contenter de répondre à cette question : Comment il se fait qu'il voit, ils ajoutent encore : «Nous « ne savons pas comment il a recouvré la vue, ni quel « est celui qui la lui- a rendue.» Ces dernières paroles manifestent bien combien ils s'empressaient d'éloigner jusqu'au moindre soupçon là-dessus.
Cette grande crainte qui les remplissait, fut cause qu'ils rejetèrent cet interrogatoire sur leur fils, alin de s'en
ilélwi rassor. Ces pauvres gens fut eu assez de force pour ne rien dire conlre le divin Sauveur, et mènie [)our soutenir en sa laveur tout ce qui ne les inculpait pas au[)rès des Pharisiens, disant : que c'était leur fils, et surtout qu'il élait né aveugle; mais pour ne pas avoir été pleinement fidèles, et i)our n'avoir pas osé soutenir toute la vérité, ils ont perdu de bien grandes grâces, que leui- (ils a gagnées par la ferveur de ses réponses.
C'est ce qui arrive bien souvent en ce monde; les âmes peu courageuses et peu fortes dans leur foi, perdent beaucoup par leurs faiblesses et par leur crainte de se priver de biens terrestres, tandis que les fîmes ferventes, qui vont vigoureusement dans les voies de la grâce divine, qui ne font pas attention aux pertes qu'elles pourraient faire sur la terre pour être fidèles à leur Dieu, et (|ui ont cette générosité de foi pleine de ferveur et d'amour, ces âmes sont récompensées au centuple de ce qu'elles perdent en biens de la terre. Les biens spirituels croissent avec une si grande abondance, que c'est une cliose admirable à voir; comme cela arriva
à ce bon aveugle.
24. Vocaveriint ergo rursium Iioininein qui fiierat csecus, el dixeruiU ei : Da gloriaiii Deo, nos scimiis, quia hic lionio peccator est?
24. Ils appelèrent donc de nouveau l'homme qui availélé aveugle, et lui dirent : Hends gloire à Dieu; pour nous, nous savons que cet liomme est un pécheur.
Les Pharisiens, embarrassés de plus en plus à mesure qu'ils avançaient dans leur interrogatoire, eurent de nouveau recours à l'aveugle guéri lui-même, lis ne poussèrent pas plus loin les questions aux parents, paice qu'il était facile de voir ce que les parents pensaient et ils craignirent de leur airacher un témoignage contre eux. C'est pourquoi, voyant qu'ils avaient réussi à intimider les parents, et qu'ils ne pouvaient pas espérer
obtenir d'eux plus qu'ils n'en avaient eu, ils levinrenl au tijs pour gagner quelque chose sur lui, et finir p^r aiiaiblir au moins le miracle par les aveux qu'ils espélaient tirer de lui.
Dans leur manière de l'inteiroger ils emploient une malice perfide. Ils voient ce pauvre homme dans une grande allégresse spirituelle, et plein de reconnaissance envers Dieu de la grâce qu'il vient de recevoir; ils tâchent de profiter de ses bonnes dispositions mêmes, pour le séduire avec une malice salanique, et toujours en restant dans leur incrédulité sur le miracle qui , cependant, leur devenait de plus en plus évident. Ils lui proposent des motifs de gloire de Dieu : «Rendez gloire « à Dieu, lui disent-ils, nous savons que cet hnmme est « un pécheur. » Cela voulait dire : « Ne dites pas comme « vous avez fait jusqu'à présent que vous êtes un aveu- « gle-né, et qu'il vous a guéri par miracle, mais dites- « nous ce qu'il en est réellement de la chose.»
25. Dixilergo eis ille : Si pecca- 1 25. .Mcii< il leur dil : S'il est pétor est, nescio; unum scio, quia ! cliour, je ne sais; je sais une seule ca3cus ciim essem, modo video. ■ chose, cest que j'étais aveugle, et
i qu'à présent je vois.
L'aveugle guéri ne leur laissa probablement pas le temps de finir leur demande, qui semble n'être faite qu'à demi ; dès qu'il entend dire que son bienfaiteur est uiî pécheur, cela le touche et il s'empresse de défendre son honneur contre ses ennemis. Il leur dit donc : «que pour la question de savoir si cet homme est un « pécheur ou non, il n'a rien à en dire : Nescio. Ce mol nesào, dans sa bouche, ne veut pas dire qu'il doute de la chose, car on voit plus bas que'lle était sa pensée làdessus. Il veut seulement dire parla, que ce n'était pas là la (jueslion <M (ju'il n'avait pas à y i(''pondrc là-cle.ssus,
paico (jiR', quaiil u la chose eu elle-uièiue, il ne [jou\ai[ [)as le savoir diieclemenl, mais seuiemeiil \)i\y induelion, eoniine il va le dire plus bas, el eouinie il le fait entendre dès ce nionienl. «Je ne sais pas direcleinent « s'il est pécheur ou non, mais ce que je sais bien cer- « lainemenl, c'est (jue j'étais aveugle et que maintenant « je vois. » C'est une manière bien frappante de répondre à la malice insidieuse des Pharisiens, que cet homme sentait bien el qu'il repousse avec force et avec courage, et même avec une certaine indignation dans tout cet interrogatoire.
20. Dixeriinl crgo illi : (Jiiid fecit j 26. Il^^ lui reiiliqiKM'ciit donc: libi ? quomodo ii|)eriiil tibi ociilos? Que l'a-l-il fait? Comment l'a-l-il
( ouvert les yeux?
Les Pharisiens ne se donnèrent pas pour vaincus encore; ils firent de nouveaux elforts el lui adressèrent les mêmes questions auxquelles il avail déjà répondu, dans le premier interrogatoire, soit qu'ils espérassent qu'il se couperait dans ses nouvelles réponses, suit (pi'ils vouhissent obtenir de nouvelles circonstances, dans lesquelles ils pensaient trouver de nouvelles diflicullés ; car, jusqu'à présent, ils n'avaient aucun doute à émettre sur le miracle, ni aucune autre difficulté à faire que la prétendue infraction du sabbat, (pi'ils faisaient sonner si haut.
m. Respondit eis: Dixi \obis );im, el audislis ; qnid ileruin vullis audire? Numquid et vos vultis discipuli ejus fieri?
27. Il leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, et vous l'avez entendu ; pourquoi voulez, vous l'onlendre encore? Est-ce [|ue, vous aussi, vous ! voulez dp.venir ses disciples !*
Cet aveugle guéri, vovanl toute la recherche inquiète des Pharisiens sur ce miracle, (ils venaient de dire que celui qui l'avait opéré était un pécheur; après cela ils demandent comment le jiiiracle s'est opéié, comme s'ils
voulaient savoir cela de Jjonne ioij leur demande s'ils l'ont celte recherche dans le désir vérilable de se rendre, en le trouvant vrai, et d'être les disciples du Sauveur : « Voulez-vous donc être aussi ses disciples, pour que « vous cherchiez avec tant de soin à entendre de nou- « veau les circonstances du fait miraculeux? »
Il est possible aussi que cet homme, aveugle de naissance, et qui venait de recouvrer la vue il y a un instant seulement, n'eut pas l'œil assez exercé pour discerner les traits des physionomies, et ne distinguât pas assez dans cette circonstance les intentions des Pharisiens dans leurs interrogations, et ne lit attention qu'au ton doux qu'ils aiïectaient de prendre pour le mieux séduire, et pour mieux expliquer les circonstances du fait. Et il put croire sérieusement que les Pharisiens avaient subitement changé de sentiment, et qu'ils voulaient être comme lui les disciples de Jésus. Et il pouvait d'autant plus facilement se laisser surprendre à cela, qu'il était pénétré d'un profond sentiment de respect pour Notre Seigneur, et d'un désir ardent d'être son disciple comme tant d'autres l'étaient; et il lui semblait très natuiel que tout le monde eût les mômes sentiments. Cependant, il semble être étonné de cela. Numquid cl vos? « vous qui lui étiez toujours si opposés! »
On remarque que cet homme est tout plein de son bienfaiteur et qu'il ne craint pas de se manifester pour son disciple, au risque de devenir un objet d'analhème pour les Juifs, et en la présence des plus grands ennemis du divin Sauveur.
28. MaledixcriinL ergo ei; et di- ; 28. Ils le niaïKlirenl donc, et dixerunl: Tu discipiilus illius sis; nos j rent : Sois son disciple, loi ; niais auteni iMoysi discipuli siinius. 1 nous, nous sommes disciples de
'■ Moyse.
Ce soupçon : Numqtiid et vos miltis cUscipiiU ejus fieri/ blessa jusqu'ini vif l'orgueil des Pharisiens, qui se vovaient par là rangés au-dessous de celui qu'ils auraient voulu fouler aux pieds. Eux être appelés disciples de Jésus-Christ? cela faisait horreur à leur orgueil; et à ce coup, la douceur qu'ils avaient feinte jusqu'à présent s'évanouit, et laisse la place à une violente colère. Ils maudissent celui qui a osé former sur eux cette pensée. Mais la malédiction des méchants est un véritable bonheur pour les âmes bénies par le Maître du ciel et de la terre, et par Celui en qui seul réside toute la bénédiction de Dieu, qui doit être donnée aux créatures : Beali eritis ciim mafedixerint vobis propler Homen meum. De plus, celle malédiction retombe sur ceux qui la donnent selon la promesse faite à Abraham, seulement en vue du Messie : « Je bénirai ceux qui te « béniront, et ceux qui te maudiront seront maudits. »
lis disent à cet homme : « Soyez, vous, son disciple, nous autres, nous sommes les disciples deMoyse. » Ils manifestent en ces paroles, un plus grand mépris pour le divin Messie, qu'Esaii n'en avait montré pour lui en méprisant la primogéniture; aussi la malédiction d'Esau reposera sur ces tètes orgueilleuses.
Us sont les disciples de Moyse! c'est un mensonge, ils ne sont que les disciples de leur orgueil, les disciples du mensonge et de son père, qui est le démon; parce que s'ils étaient les disciples de Moyse, ils seraient nécessairement les disciples de Notre Seigneur. Car, dans le temps où le Messie Fils de Dieu vivait sur la terre, et depuis tout ce temps, on ne pouvait être disciple de Moyse, qu'en l'abandonnant pour se ranger sous les lois du divin Messie, et en se faisant son disciple ; parce que tout l'enseignement de Moyse dit cela et ne dit quç
cela. Tout ce que Movse a ilil el lait élait la iijiuie du Messie à venir, pour préparer le peuple Juif à sa venue; et par conséquent cette figure enseignait qu'elle devait céder la place a la réalité, quand elle paraîtrait, et livrer entre ses ruains tous ses disciples pour être éclairés par le Messie de la vérité et de la réalité.
29. No3 scimusquia Moysi locutus est Deus; hune aulem nescimus unde sit.
29. Nous savons que Dieu a parlé à Moyse; mais celui-ci, nous ne savons d'où il est.
Belle raison qu'ils donnent de leur endurcissement à ne pas croire ! Us ne veulent pas être les disciples de Jésus, et maudissent ceux qui les soupçonnent d'avoir seulement cette velléité; parce qu'ils savent pour sûr que Dieu a parlé à Moyse, et celui-là ( Notre Sauveur), ils ne savent pas d'où il est, c'est-à-dire par quel esprit il agit. Dans quelle erreur de jugement ne jette pas la passion, un homme qui la suit! Us savent que Dieu a parlé à Moyse , et pourquoi ont-ils cette assurance? parce que leurs ancêtres leur ont transmis un grand nombre de miracles, qui ont été opérés par ce grand serviteur de Dieu, miracles d'ailleurs, pour le plus grand nombre, de jugement et de crainte et faits par le moyen de la prière du serviteur à son Maître pour les obtenir. C'est une grande preuve sans doute de sa mission. Mais ici, en Jésus le Fils de Dieu vivant el tout puissant, ils voient eux-mêmes par leurs propres yeux, les miracles innombrables, non de crainte mais de bienfaisance et d'amour; miracles opérés, non par la force de la prière, mais par sa propre puissance, et d'une seule parole , comme la puissance divine faisait dans la création ; et ils disent qu'ils ne connaissent pas cet homme! Il y avait au moins de quoi le connaître comme envoyé aussi bien que Moyse. Ils tonil)ent dans un cercle vicieux par leur or-
i^vieil cl k'urs passions déréglées, qui obscurcissent leur jugemeut. Ils admettent la mission de Moyse comme divine, par l'opération des miracles ; et ils ne veulent pas admettre les miracles de Jésus, quoiqu'aussi évidents que ceux de Moyse et aussi grands, parce qu'ils ne connaissent pas sa mission divine. Les miracles vrais ne pourraient donc être connus que par la c-ertitude de la mission divine, et la certitude de la mission divine ne se connaît que par les miracles, et comment se tirer de ce cercle pour connaître Dieu dans ceux qu'il a envoyés?
30 Cel homme reprit et leur dit :
Mais il y a en cela une chose étonnante, c'est que vous ne sachiez d'on il est, et il a ouvert mes yeux.
31. Cependant nous savons que Dieu n'écoule point les pécheurs:
mais si quelqu'un honore Dieu et fait sa voloulé, c'est c«lui-là qu'il exauce.
32. Jamais on n'a ouï dire qoe quelqu'un ail ouvert les yeux d un aveuiîle-né.
33. Si celui-ci n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire.
30. Respondit ille homo, et dixit eis: In hoc enim mirabile est quia vos nescitis unde sit, et aperuit meos oculos.
3t. Scimus autem quia peccatores Deus non audit; sed si quis Dei cullor est et volunlatem ejus facit, hune esaudit.
32. A saeculo non est auditum, quia quis aperuit oculoâ caeci nati.