EUésus leur répondit.disani
L'iieiiro est vonue que le Fils de l'homme doit »M.ro glorifié.
— TM —
Jc^sus, voyant lu joie qu'ils éprouvaient à l'approclie des gentils, conipienant le désir qu'ils avaient de sa glorification , désir mélangé d'imperfections, de celte glorification mal enlendue, lenr fait une instruction, dans laquelle en leur montrant leur erreur, il donne le principe fondamental pour leur futur apostolat.
L'ÉvangélisIe fait sentir, dès le premier mot. que la réponse de Jésus était dans un sens opposé à l'idée des deux Apôtres. Jésus aulem respondil eis , et pour donner aux paroles du Seigneur la gravité et l'inîportance qu'elles ont. il fixe l'attention par le mot dicens : Venit fiora ut clarificelnr Fi/ius kominis. Jésus-Christ a lionoré le monde de sa présence depuis 33 ans, il a parcouru la Judée et la Galilée depuis 3 ans, faisant d.es œuvres merveilleuses et prêchant une doctrine divine. Les Apôtres atlendaienl encore le temps de sa gloire et ne le voyaient pas arriver: ils voient enfin tout Jérusalem se mettre en émoi , ils voient les gentils prendre part à l'enthousiasme général , et , tout joyeux, ils l'annoncent à Jésus comme pour lui dire : « Vous voilà enfin au mo- <( ment d'être reconnu pai- les hommes, d'être glorifié » dans le monde. » Et Jésus leur répondit « qu'en eftet » l'heure de sa gloire était arrivée », mais dans un autre sens que celui dans lequel ils l'entendaient. L'heure était déterminée dans les desseins éternels du Père. Notre Seigneur ne dit pas répogue, (e jour mais r heure. La volonté divine avait réglé chaque instant où les divins mystères devaient s'accomplir; elle avait déterminé le moment où le Fils devait être glorifié. Les Apôtres trouvaient le temps long; ils étaient trop impatients de voir l'accomplissement des paroles de leur Maître, parce qu'ils ne comptaient qu'avec leurs désirs et ne faisaient pas attention à la volonté du Père céleste.
ou plutôt ils auraient voulu que la volonté divine s'accommodât avec leurs désirs naturels et imparfniis. Le Sauveur ne se laissait j)as presser par ces désirs imparfaits ; il ne devança l'heure qu'une fois, à la prière do jMarie, parce que cette prière était toute sainte et toute parfaite, exempte de tout empressement et de tout sentiment naturel. Il n'en était pas de même des Apôtres. (>ependant, tant qu'il ne voyait en eux qu'un désir et qu'un amour trop naturel, il patientait avec eux, et ne les reprenait pas avec sévérité, il devait leur communiquer plus tard l'abondance de l'Iîlsprit-Saint, qui devait en faire des hommes nouveaux, des hommes selon son cœur et remplis de son esprit et de sa vertu.
Mais tra,ilera-t-il avec la même douceur, avec la même patience, ceux qui, plus tard et dans la suite des temps, suivent ses traces dans la vie apostolique ? Ceux-ci ont reçu la plénitude de son Esprit par l'imposition des mains, et sont cependant bien souvent tout aussi imparfaits que les Apôtres l'étaient pendant sa vie humaine sur la terre, tout aussi faibles, tout aussi peu avancés dans ses voies, tout aussi impatients et aussi incapables d'attendre les moments de Dieu , entendant tout aussi mal la gloritication de Jésus sur la terre. Que ceux-là écoutent l'instruction de leur Maître , qu'ils la gravent profondément dans leur cœur; elle n'est pas seulement pour les deux Apôtres qui l'entendirent, mais pour tous ceux qui devaient le suivre jusqu'à la fin des siècles.
Il faut remarquer que Notre Seigneur a dit que l'heure était arrivée ou le Fils de l'homme serait glorifié. Il parle de l'heure déjà arrivée. Or l'heure alors arrivée était l'heure des douleurs, de l'opprobre et de la mort la plus désolante, il dit que c'était l'heure de la glori-
ticalioii. il parle de sa glorification en sa qualité Imniaine, le Fils de llwmme. Or tout le poids de la douleur, de riiuMiilialion et de la morl lapins ignominieuse, est tombé précisément sur le Fils de l'homme. Pourquoi Notre Seigneur parle-t-il de la gloire du Fils de l'homme, lui qui dit ailleurs : f< Non quœro gloriam meam, u sed gloriam ejus qui misit me.''» Et comment se fail>il qu'il donne le litre de gloire à ce qui est le comble de l'abaissement et de l'opprobre? F*our comprendre ce pnssage et ceux qui suivent jusqu'au verset 29, il l'aut avoir une idée juste d'une créature.
La créature n'a aucune gloire par elle-même ; tout ce qu'elle peut posséder de gloire lui est communiqué par Dieu, cui soii honor el (jloria. La créature par elle-même n'a que la bassesse de son néant. La gloire que Dieu donne à une créature est quelque chose de réel , qui devient une qualité glorieuse, inhérente et devenant intime à la nature de cette créature. Une créature ainsi glorifiée de Dieu acquiert dans son intime la splendeur de la gloire, comme la splendeur de la lumière est inhérente à la lumière du soleil. La splendeur que Dieu donne au soleil ne consiste pas en ce que les hommes le louent el le vantent de son éclat, de même la gloire que Dieu donne aux âmes qu'il choisit, ne consiste pas en ce que les hommes les louent, les admirent et les vénèrent; elle leur est inhérente , elle leur est donnée de Dieu , elle appnrtient à Dieu. Le soleil reçoit de Dieu la splendeur de sa lumière, et les hommes en protitent sans pouvoir ni l'augmenter ni la diminuer.
C'est donc une idée bien fausse que celle qui nous fait placer la gloire dans les louanges des hommes; c'est faussement que nous croyons un homme glorifié , quand lf>s autres hommes l'exaltent.
Celle fausse idée a son principe dans celle pente de noire oi-gueil, qui lend toujours à vivre dans l'estitnc des liommes , à chercher sa gloire dans la pensée, le jugement, la considération des hommes, (^etle idée est d'autant plus fausse qu'elle est basée sur l'orgueil, qui esl le néant delà gloire; car, là où il y a orgueil, Iti aussi la créature est réduite à sa qualité de créature indépendante du Créateur , et la créature par elle et en elle n'a que le néant. De ce néant dé gloire qui est essentiel à l'orgueil , el de la pente invincible de l'orgueil vers la gloire et vers une gloire inhérente à la créature, comme (elle, il résulte celle autre pente invincible à chercher la gloire dans les idées des autres créatures : gloire mensongère dans son fond , puisque la créature à laquelle elle se rapporte n'a que son néant et par conséquent est dans une nullité complète de gloire; mensongère dans la foi'me , puisqu'elle n'existe que sous la foime d'une idée qui esl dans des créatures étrangères à celle à la- (juelle cette gloire se rapporte, et celle-ci n'en retire rien de réel qui relève son être en lui-même; il ne peut lui en revenir qu'une jouissance orgueilleuse el par conséquent, un abaissement, couvert d'un voile imaginaire mais faux d'une élévation factice qui n'a pas de réalité ; abaissement qui, au jour de l'éternelle révélation, sera changé en une immense confusion , tout comme la véritable gloire sera changée alors en une immense splendeur.
La véritable gloire esl à Dieu el en Dieu seul. Quand il en communique une portion à sa ciéalure, c'est un don qu'il lui fait pour perfectionner son être et lui donner une excellence au-dessus des êtres qui lui sont semblables , quelquefois au-dessus môme des êtres qui lui sont supérieurs par leur nature; c'est ainsi que l'Humanité sainte de Notre Seigneur, la très-sainte Vierge et
{jcul être quelques .luties saints, ont été élevés au-dessus (les Anges ; les dons de S^ieu fèur ont donné une excellence qui dépasse celle de la nalure angélique, bien supérieure â la nalure humaine.
Celle communication de la gloiie se lail en deux manières : par pur don de Dieu, qui, eu lui-même et par lui-même, répand un lustre dans l'èlie créé sans qu'il y ai! eu de sa part ni mérite ni participation. Celle j^loire a été donnée à THumanité sainte de Notre Seigneur Jésusriirisl dans l'Incarnation du Verbe; celle gloire nous est donnée dans la grâce sanclilianle qui vient en nous par les sacrements, ou autrement dans les cas extiaordinaires. Celle communication gratuite de gloire est faite dans une tin qui doit amener la créature à Taccomplissemenl d'une volonté divine, et cet acconjplissement apporte à la créature une autre gloire, qui se donne dans ce m.onde, et enfin une gloire dans le règne de Dieu.
Ainsi il y a une gloire première, pur don de Dieu indépendamment de l'action de la créature, el il n'est pas question ici de cette gloire. Il yen a une qui est allachée à l'accomplissement des desseins de Dieu, el une gloire qui répond à celle-ci dans l'éternité dans le sein de Dieu.
La gloire, répandue sur la créature dans l'accomplissement des desseins de Dieu , consiste piincipalemenl dans le règne de Dieu en elle. Ce règne de Dieu sur la créature el en la créature s'effectue en sa perfection , lorsque celle-ci s'immole, se sacrifie autant qu'il est en elle pour l'amour de Dieu, dans l'accomplissement des desseins de Dieu sur elle. Alors la créature, laissant agir en elle la volonté divine, s'anéautil et disparaît autant qu'il est en elle. Toutes les forces de l'aclivilé vitale, qui se trouvent dans l'âme intellectuelle, étant mues, animées par la force active de Dieu en elle, au point que l'action de Dieu efface, immole jusqu'à la tendance la plus intime
de loute créature, celle de sa conservation. C'est sans contredit le règne, la vie do Dieu dans sa créature, et le règne et la vie au degré le plus parfait. Par conséquent, la plus grande gloire consiste dans l'imniolalion la plus parfaite. C'est pourquoi Jésus-Christ dit : Venu hora lit clarifcclur Fih'us homînis , en parlant de sa passion et de sa mort; il dit : Filius homim's, parce qu'en parlant de la gloire de l'immolation et du sacrifice, il parlait de la gloire du Fils de l'homme, de la nature créée. Mais ici il y avait plus que la gloire d'une créature ^'immolant au Créateur : le dessein de Dieu dans la formation de l'Huaianité sainte de Jésus-Christ, dans l'Incarnation du Verbe , dans la passion et la mort de son Fils, ne consistait pas seulement à élever une nature individuelle au-dessus des autres créatures, mais à s'en servir pour former une nouvelle création dans l'ordre de la grâce. La création de l'univers est une émanation de la vertu toute-puissante de Dieu, la création de l'ordre de la grâce produisant la rédemption du genre humain tombé dans le néant ( quant à cet ordre des choses), est une émanation de sa puissance, de sa sainteté et de sa miséricorde. Eh bien , la passion avec ses douleurs, ses angoisses, ses abaissements, et la mort avec son anéantissement quant à la vie humaine, associaient l'Humanité sainte à la toute-puissance de sainteté et de miséricorde de Dieu. Tel était le dessein de Dieu, de vivre en l'Humanité sainte dans sa force créatrice de sainletéet de miséricorde, afin qu'avec elle et par elle il fît sa nouvelle créature en sa grâce, sa miséricorde et sa sainteté.
( Ici finit le manuscrit du Vénéré Pèrr Liberiiumn. )
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