‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 62 sur 63 · V(M)il Philippiis, el dicit · texte numérisé non relu

V(M)il Philippiis, el dicit

Anclrco : Anriroas riirsiimel Philippiis dixcniiil .U'Sii.

2-2. ÎMiilippe vint, el le dit à .André; puis André pl Philippe le diront à Jésus.

Philippe vit avec joie arriver les gentils pour voir Jésus; il s'empressa d'en j)arler à André, et tous deux ensen)ble mirent le même empressement à l'annoncera leur Maîlre ; celle joie et cet empressement ressortent parliculiéremeut de ce que IMiilippe, au lieu de conduire les gentils aupr,ès de Notre Seigneur pour le leur faire voir, va en parler à saint André, et de ce que tous deux vont ensuite en parler au Sauveur. La réponse de Notre Seigneur fait voir aussi la satisfaction et l'empressement de ses deux disciples.

Les Apôlres, voyant la merveilleuse réception que .lésus avait eue à son entrée dans .lérusalem, voyant la foule se précipiter sur son passage avec des rumeurs et faisant entendre le cri d allégresse : Jlosanna , remplis de joie, ils crurent que le moment était arrivé où leur Maître allait èlre glorifié par tout ce grand concours du peuple d'Israël , que désormais son règne allait s'établir avec gloire. Et vovant arriver des gentils aussi pour voir el reconnaître le Messie, Fils de Dieu et roi d'Israël, ils se crurent au moment de voir le règne de leur Maîlre s'étendre sur tous les peuples. De là leur joie et leur empressement. Ils ne conprenaieut pas en quoi consistait la mission de leur Maîlre, ni quelle gloire il devait avoir sur la terre; ils étaient encore trop assujétis à des sentiments dc"^ la nature, conime nous allons dire tout à l'heure; de là leur erreur.

Peut-être aussi le sentiment que renfermait cet em-

pressement était-il clifl'érent. Les Apôtres, voyant le pelil nombre de disciples que Jésus-Christ avait parmi leurs compatriotes, ne comptant d'ailleurs pas beaucoup sur l'enthousiasme que venait de faire voir le peuple, et sachant du reste l'opposition des prêtres, des scribes et dos pharisiens contre leur divin Miiître et l'animosité avec laquelle ils le poursuivaient, tout cela leur causait de l'inquiétude. D'un autre côlé, ils avaient souvent entendu dire parleur Maître que les gentils rempiacernienl le peuple juif. Ils devaient donc naturellement éprouver une certaine joie, au milieu de leurs inquiétudes, quand ils voyaient arriver les gentils, et croire' que le moment était venu oii le royaume de Dieu allait être annoncé aux peuples de la terre, et oij leur Maître, si méconnu et si indignement traité par les chefs d'Israël, allait être glorifié dans la multitude de la gentilité.

Ce sentiment et ces pensées étaient VeïïeA. de leur amour pour le divin Sauveur; mais les Apôtres, simples et bons, il est vrai, n'élaietit pas encore parvenus à ce degré parfait de l'iimour qu'ails ont acquis depuis, ni à cette clarelé des lumières qui leur furent accordées plus tard. Il y avait dans leur tristesse quelque chose de naturel et de faible, et dans leur joie et leur empressement quelque chose d'impaifait. Ils aimaient tendrement leur Maître, et ils voulaient pour lui une gloire humaine et naturelle; ils n'étaient contents que lorsqu'ils le voyaient exalté parn)i les hommes, et. voyant qu'il n'obtenait pas cette gloire au milieu de son peuple, ils s'attristaient; tandis qu'en voyant les gentils venir à lui, ils se réjouissaient, dans Tespoir qu'ils trouveraient cette gloire humaine parmi les gentils. Il leur manquait deux choses, que le Saint-Esprit opéra en eux ie jour de sa descente; la f^, c'est qu'ils n'avaient pas

un aiiiour assez dégagé d'eiix-môiiies , ni débarassé des prélenlions, des faiblesses el des imperfections de la nature. Quand le Saint-Esprit descendit sur eux , il leur donna un amour pur, fort et généreux, qui les éleva audessus d'eux-mêmes, les agrandit et les rendit capables de tout soutïVir avec joie et égalité d'âme ; il leur donna celte force, cette énergie du zèle qu'ils montrèrent plus tard, mais en mèn}e temps les rendit maîtres d'euxmêmes et toujours égaux, dans la joie comme dans l'adversité. En un mot, jusque là c'étaient des enfants, l'Esprit Saint en lit des hommes puissants et grands.

La 2""^ chose qui leur manquait, c'est qu'ils n'avaient pas un idée exacte de ce que le Fils de Dieu était venu faire sur la terre. Ils voulaient toujours pour lui cette gloire extérieure, éclatante. Ce qui a paru dans plusieurs circonstances : ainsi ils aimaient à voir de grandes choses faites par leur Maître ou en son nom ; ils revinrent avec joie de leur mission, disant que les démons mêmes leur avaient obéi ; les enfants de Zébédée voulaient faire descendre le feu sur Sichar ; saint Pierre ne voulait absolument pas entendre parier du calice amer que Jésus devait boire. Mais quand une fois le Saint-Esprit fut venu les remplir, ils comprirent que le Verbe était venu s'incarner pour établir le règne de son Père dans les âmes, el non pas pour régner extérieuretnent dans le monde; ils comprirent que le Fils de Dieu était venu glorifier son Père dans les âmes, en les sanctifiant, el que cette sanctification ne se faisait pas au milieu de la gloire extérieure et éclatante, au milieu des joies et des satisfactions, mais au contraire au milieu du mépris, des humiliations, des souffrances et des contradictions.

Alors ils ont dû comprendre combien ils avaient été dans l'erreur, quand ils avaient tant cherché l'éclat pour

— T.'iO —

leui' (liviij -Maîlie. lombien I(miis pensées avyienl élé petites, combien ils avaient rapetissé sa gloire en la faisant dépendre des lionrimes: ils ont dû sentir qu'ils avaient rabaissé la gloire de Jésus. — Heureux les homines qui le glorifient, qui courent après lui, qui veulent le voir, qui écoutent sa doctrine merveilleuse, qui obéissent avec fidélité et amour à sa divine loi ! C'est ce bonheur que nous devons procurer aux hommes. IMais quand toute la terre serait dans un lavisseraenl d'admiration et d'amour devant Jésus, cela n'ajouterait rien à sa grandeur et à sa gloire.

Les hommes de Dieu, qui sont chargés à la suite des SS. Apôtres, d'établir le règne de Dieu dans les âmes doivent faire attention aces observations. Combien n!y en ii-t-il pas , qui mêlent ainsi dans la grâce de l'apostolat les faiblesses , les imperfections, et métne les défauts des méchants, parfois même leurs penchants mauvais? Combien n'y en a-t-il pas qui s'exaltent de joie et parfois d'orgueil, quand tout va à leur gré , et qui s'abattent, s'affaissent , quelquefois s'irritent, se déconcertent, se découragent, quand ils éprouvent des contradictions, (\eîi difficultés qu'ils ne peuvent pas surnionler? Combien n'y en a-t-ii pas qui comprennent mal la mission de leur divin Maître , et par conséquent la leur ; ils veulent une gloire extérieure, ils ne savent pas que leur mission est une mission d'humiliations, de souffrances continuelles, de crucifiement en un mot. Ils n'ont pas cette grandeur , celle générosité , cette égalité parfaite , ce calme et celle paix humble d'une âme sanctifiée et fidèle à la grâce de son apostolat. Ce sont des enfants et souvent des enfants sensibus et non malilia.

!:23. Jésus anleni rospondit eis, clicens : Venit lioni \\\ clarificeliir Filins hominis.

Page 1