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39, « Car, je vous le dis en vérité, vous ne « me verrez plus, jusqu'à ce que vous disiez : « Béni soit celui qui vient au nom du Sei- * gneur. »
Ils élargissent leurs phylactères et dilatent leurs franges.
En ce moment, dit l'Evangile, Jésus, après avoir parlé de ces ennemis qui deviendront son marchepied, Jésus recommence à décrire et à foudroyer son principal obstacle, son grand ennemi, savoir : le prêtre, obstacle à Dieu : le ministre de Dieu étouffant le royaume de Dieu !
Mais ce chapitre est tellement terrible, que je n'entreprends pas de le méditer tout entier. De plus, cette imprécation de Jésus contre les pharisiens est peut-être l'unique exemple que l'Evangile nous offre d'un discours du Seigneur
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même pour mesure? l'ai-je fait descendre dans ma vie réelle de chaque heure? est-il ailleurs que dans ma pensée, ma poésie et ma parole? Et ces grandes choses que je conçois et que j'annonce ne sont-elles pas comme des fardeaux qui dépassent la force de l'homme, et dont je ne parle si hardiment que parce que je n'ai pas même essayé de les bouger du bout des doigts?
0 mon maître, en posant ces questions, je tremble. Car enfin le grossier pharisien « qui « élargit ses phylactères et qui dilate ses fran- « ges, » et qui fait toutes ses œuvres pour être vu des hommes, n'est-il pas la terrible et vivante critique de mon effort pour donner aux idées et aux mots leur éclat, leur grandeur, leur effet dans l'esprit des hommes? Tout homme qui parle ou qui écrit, apôtre ou non, ne courtil pas le grand danger de se concentrer tout entier dans sa parole, de ne fleurir que par la tête, c'est-à-dire d'abandonner l'acte pour le discours, et la vie pleine pourlapensée abstraite? — 0 ministres de Dieu, et vous, ministres de la parole, prédicateurs de toute idée, ne comprenez-vous pas que vos pensées et vos discours sont trop souvent pour votre esprit ce qu'est la parure pour la femme, « franges » en effet « et phylactères ! » De cette manière
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Ne vous faites point appeler maîtres! car vous n'avez qu'un seul maître, et vous êtes lous frères.
Ecoutez ces étonnantes paroles :
« Mais vous, ne vous faites point appeler « maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, <* et vous êtes tous frères. »
« Et n'appelez personne sur la terre votre « père : car vous n'avez qu'un père, qui est au « ciel. »
« Ne vous faites point appeler maîtres, car « vous n'avez qu'un maître, qui est le Christ. »
« Celui qui est le plus grand parmi vous (' doit être votre serviteur. »
« Celui qui s'exalte sera humilié, et celui « qui s'humilie sera exalté. »
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hy- < pocrites., qui fermez aux hommes le royaume « du ciel; car vous n'y entrez pas vous-mêmes,
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Heureux ceux qui ont le bonheur d'ouvrir les yeux débiles et la bouche close des nouveau-nés, lorsqu'ils arrivent vers le jour et l'air libre. Voilà que ces petits ont respiré, et ils ont vu, et ils ont peu à peu regardé de leurs yeux. Mais qu'importe la main qui a ouvert les yeux? Ce qui importe, c'est la lumière et l'air vital!
Oh! non, jamais je n'eusse voulu être appelé père et maitre d'un autre esprit. Et pourquoi? parce que j'étais si heureux d'avoir le Christ pour maitre, que je n'en puis comprendre d'autre, ni pour moi, ni pour le moindre de ces pe-
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plus en plus toutes mes forces, tout mon esprit et tout mon cœur dans la douceur de l'humilité, dans la paix de la simplicité. Là est la source, la source vive, ouverte au centre de notre àme. De là sortent les flots vivants, qui font la vraie grandeur et la vraie force des esprits, et qui jaillissent jusque dans la vie éternelle.
0 Maître ! il est donc vrai que la douceur, l'humilité et la simplicité intellectuelles donnent les richesses, et les grands fruits de vérité : douceur et humilité providentielles, qu'amènent les saisons de la vier comme l'automne et l'hiver amènent leurs fruits et leurs opérations?
Qu'arrive-t-il à l'esprit qu'ont fait mûrir les saisons de la vie sous l'éternel soleil de l'unique maître?
Seigneur, faites-moi la grâce de le comprendre, et d'en dire quelque chose pour mes frères.
La poussière de l'été et les nuées d'insectes ont passé. Orages et tempêtes ont cessé. Les feuilles tombent et l'herbe se dessèche ; mais quelle sérénité de la vie générale! et quelle sublimité dans la marche calme et sereine de la nature, qui s'avance si belle vers la mort, vers la mort qu'elle connaît, dont elle sait l'autre rive et la résurrection! Tel est l'esprit de l'homme,
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« qui te conduira où tu ne voulais pas aller (1) . » Et ceci est dit de cette marche de l'apôtre qui suit le Christ jusqu'à la mort. Oui, vers la fin, vers l'automne ou l'hiver de la vie, l'homme, lorsqu'il a suivi la lumière jusqu'au bout, l'homme lève ses mains dans la prière, et c'est sa méthode de penser. Et sa ceinture intellectuelle est chaque jour renouée, comme par la main de Dieu, pour un nouvel élan, parce qu'il consent à mourir, et qu'il renonce et à la pensée séparée et à la volonté privée; parce que, comme le Christ, il ne veut rien dire de lui-même, ni rien opérer par lui-même, mais dire et opérer par le Père et avec le Père. C'est, en effet, le Père céleste ou quelqu'un des frères immortels qui le guide, et qui lui fait faire ces grands pas, plus vigoureux que lorsqu'il les opérait seul, plus droits que quand il les calculait seul.
Ainsi nous concevons que, dans la vie future, quand nous parcourons l'univers, videbo s te lias tuas, nous irons d'étoile en étoile, non pas seuls — quel dommage ce serait ! — mais conduits par les frères qui les ont déjà visitées. Ils nous ceindront d'abord. Comme un jeune garçon plein de joie que ses aines emmènent pour la
(1) tv.myile de saint Jean, xxi, 16
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là un grand mal à prévenir, un grand bien à favoriser : Favoriser la consécration des richesses, et empêcher les sacrilèges profanations. Il vient une époque de la vie où l'âme veuve, qui a traversé la famille, et que la mort des siens laisse désolée, reçoit de Dieu l'inspiration de se consacrer tout entière, elle et ses forces, au service de Dieu et des hommes : phase sacrée de la vie, troisième veille de l'Evangile, où l'âme s'affaisse dans une tristesse, un isolement et un désespoir incurables, si elle ne devient pas ouvrière du royaume de Dieu. L'argent alors, ce signe représentatif de la vie et du travail humain, devient pour elle l'instrument du royaume de Dieu : soin des pauvres et des malades, propagation de la vérité religieuse, éducation des hommes, sont les grands buts que la providentielle inspiration montre à l'âme qui ne veut pas mourir stérile.
Que dire alors du pharisien qui s'interpose, et qui sous prétexte de ses longues prières, dévore les ressources du royaume de Dieu ! La plus précieuse partie de la richesse humaine, celle qui allait à Dieu et au progrès du monde, ils l'interceptent dans leur oisive avidité, et les voilà, de ce côté encore, devenus les obstacles au royaume de Dieu.
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