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«t voilà l'essentiel de la loi : voilà ce qu'il faut pratiquer sans omettre le reste.
Tout est utile à tous dans les paroles du maître. Laissons les pharisiens antiques et tous les hypocrites de préméditation, et venons à nous-mêmes. Pour moi, ces paroles m'épouvantent!
Hier même, cherchant à me les appliquer, -comme il le faut toujours lorsque Ton médite l'évangile, je retrouvais bien en moi ce contraste, qui m'est si connu, entre l'extérieur et l'intérieur de l'âme. Sainte Thérèse dit qu'elle sent à la fois dans son âme un fond qui est en repos près de Dieu, et une surface tout agitée et qu'emporte le monde. Moi, je trouvais, malheureusement, autre chose en mon âme, savoir : une surface lumineuse, toute pénétrée de ces paroles évangéliques que je médite avec tant de joie, et, dans cette lumière et cette joie, une sorte de paix extérieure et de justice parlée, qui apparaît aux yeux des hommes et à mes yeux.
Mais, par une assez longue expérience, je sais que je ne puis me reposer dans ces dehors. Je sais que l'âme a un sanctuaire et un fond dans lequel on ne descend jamais assez, sanctuaire dont un grand nombre d'âmes ne soupçonnent pas même l'existence.
Je fis donc un effort pour me rapprocher de
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compassion pour les hommes, tout cela, dîs-je, vit-ilen vous par la persévérante communion de l'Esprit?
Si ces personnes divines, et sice Verbe incarné sont en vous, si votre Père est avec vous, et si, comme le dit Jésus de lui-même, vous n'êtes pas seule, parce que votre Père est en vous alors, ô âme, comment peut-il se faire que votre pente soit de quitter sans cesse la divine société intérieure, pour courir au dehors, et y rester pendant des jours et pendant des mois ?
Comment ne sentez-vous pas avant tout l'a ttrait sacré qui vous recueille, et comment, vraiment tournée vers Dieu et occupée de Dieu, dans la perpétuelle adoration, continuée même pendant le sommeil, comment ne grandissezvous pas en justice, en foi vive, en miséricorde amoureuse, en charité divine ? — Seigneur, ayez pitié de nous !
0 mon Dieu, si saint Paul a pu dire : « Après « avoir prêché aux autres, je prends garde de « n'être pas rejeté moi-même, » nous, ô Sei gneur, que dirons-nous ?Mais courage! et qu'au moins cetteterrible méditationnous maintienne éveillés, nous préserve de l'aveuglement et de l'endurcissement, et de l'orgueil de la parole et de la pensée. Que le scribe, le pharisien, le sépulcre blanchi, soit du moins reconnu,
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cherchaient le Christ au tombeau : « Pourquoi « cherchez-vous parmi les morts celui qui est « vivant? » Eh bien! les scribes, les pharisiens, en religion comme en philosophie, tiennent pour bien morts le Christ et les prophètes. Il les tuent, s'ils les trouvent vivants. S'ils les trouvent morts et déjà tués par leurs pères, ils s'occupent à bâtir leurs tombeaux.
J'ai entendu des hommes parler avec horreur de ceux qui ont lapidé les prophètes et crucifié le Christ. Jeles ai vus honorer la mémoire des martyrs avec une telle violence, et orner leurs tombeaux de telle manière qu'évidemment ils les eussent mis à mort, s'ils les avaient rencontrés vivants. J'ai vu des philosophes rétablir la mémoire des génies créateurs avec un culte si emphatique et si pharisaïque, et les ensevelir de telle sorte qu'évidemment ils ne se sont jamais doutés de ce que peut être la vérité vivante. Ils les ont rétablis, disons-nous, mais réduits, desséchés, mutilés à l'usage et à la mesure de l'ensevelisseur! Et le prophète alors n'est plus que monument, et le "monument appartient à celui qui l'a fait. Ces constructeurs de tombes goûtent ces morts qui font leur fortune, mais certainement la vérité présentement vivante, ou naissante aujourd'hui, doit les trouver aveugles ou ennemis-
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tôt de l'infini el de l'avenir ; esprit sénile qui ne regarde que le passé et ne voit que de loin, et en arrière; esprit sans cœur qui ne peut rien sentir et rien aimer dans le présent; esprit de haine, de rage, contre tout ce qui vit, grandit et marche; esprit qui punit dans le sang le crime de mouvement, comme la vipère, que réveille le pas d'un homme, s'élance furieuse, et le mord au talon.
Mais écoutez ceci : « Voici que je vous envoie « des prophètes, et des sages, et des écrivains, « et vous les frapperez et les tuerez. »
Je ne puis relire ces paroles :« Voici que je « vous enverrai des prophètes et des sages, et « des écrivains (1), » sans y soupçonner un grand sens. Une longue expérience me démontre que l'Evangile, l'Evangile éternel, dit saint Jean, renferme les grandes lois de l'histoire. N'y a-t-il pas, dans ces trois paroles, quelques traits de l'histoire générale de l'esprit humain ? Oui, la religion et la vérité doivent commencer et commencent en effet, dans le monde et dans l'âme humaine, parl'inspiration et la prophétie. Les apôtres et les évangélistcs ont été ces prophètes envoyés par le Christ [pro-phetas), et cet âge prophétique du christianisme a duré jusqu'à
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vraiment divine, la science tenant au temps et à l'éternité, bonne et utile à l'âme entière,] à l'homme entier et à la vie des sociétés humaines, sera constituée et présentable à tous, alors j'espère que peu à peu les peuples commenceront à discerner, parmi ceux qui écrivent et qui parlent, les menteurs et les véridiques (viri veraces et viri meiidaces). Ils sauront distinguer les soldats de la vérité, des histrions, des bandits et des maraudeurs !
Alors viendrait l'heure des écrivains évancréliques, qui prendraient vraiment pour devise ces mots du Christ : « Dites : Gela est, cela est; ou « cela n'est pas, cela n'est pas. Ce qui est de plus « vient du mal. » Ils diront ce quiest, et maintiendront avec vigueur la négation de ce qui n'est pas. Ils ne diront que ce qui est, ce qu'ils auront vu, vraiment vu, dans l'histoire, dans la science, dans la nature, dans l'âme, en Dieu î Ils ne diront que ce que Dieu dit. Leurs écrits seront choses réelles qui dureront comme le granit. Quant aux livres mous des bavards, ils sont et lisseront changés en boue par toutes les pluies. Mais les peuples auront appris à en purger les places publiques.
Qui peut expliquer ce qui suit? Que peut être cette effroyable race, intellectuelle et morale, sur qui le Christ termine ainsi ses malédictions :
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de Dieu et de la justice : ah! voilà les grands malheureux sur lesquels retombe tout le sang innocent versé depuis le commencement du monde, et sur lesquels l'Evangile crie : Malheur ! malheur ! Au fond, l'homicide est le crime essentiel qui appelle la colère de Dieu. Malheur à ceux qui aujourd'hui encore font des martyrs. Malheur! malheur à eux! car ils font partie de la race sur laquelle doit tomber tout le sang innocent versé depuis le commencement du monde.
Jérusalem I Jérusalem! toi
qui tues les prophètes.
« Jérusalem ! Jérusalem ! toi qui tues les prou phètes, et qui lapides ceux qui sont envoyés « vers toi, combien de fois n'ai-je pas voulu « rassembler tes enfants sous mes ailes comme « un oiseau rassemble ses petits ! mais tu ne « l'as pas voulu ! Voici que ton enceinte va de- « meurer déserte ! »
« Je te le dis en vérité, tu ne me verras plus « jusqu'à ce que tu apprennes à dire : Dénis
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ment rien, à la nature des choses ! Or cette idée divine, qui est Dieu, se prononce au dehors dans le temps, et me nomme. Et ce nom, c'est moi-même, mon être, ma substance et ma vie. Les impulsions sont successives comme les vibrations de la voix et comme les flots de la lumière. Chaque impulsion est la préparation et le commencement d'un acte, d'une pensée qui doit être; c'est la vie telle qu'elle est offerte r inspirée et donnée par Dieu. C'est l'inspiration actuelle qui doit réaliser, développer ce poème éternel, cette histoire idéale que Dieu conçoit pour nous. Eh bien! toute la question de vier de mort, de bien, de mal, de beauté, de laideur, de gloire, de honte, est cl le- ci : Que ferai-je de ces impulsions que Dieu donne ? Que ferai-je des commencements et des germes qu'il ne cesse d'opérer en moi, et qui se succèdent comme des flots, ou plutôt comme une voix soutenue? La voix va-t-elle crier dans le désert? L'impulsion va-t-elle me choquer, m'irriter? Vais-jc repousser la voix, vais-je étouffer l'inspiration, fouler aux pieds les germes, pervertir, détourner les élans? Vais-je enfin lapider les prophètes, et tuer les envoyés de Dieu? Oui, telle est l'habitude des âmes. L'âme est un être libre qui lapide les prophètes, et tue les envoyés de Dieu. Une âme qui saurait écouter, suivre
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Eh bien ! l'oiseau d'un jour, tout grêle et nu, connaît l'aile maternelle de la poule et son cri, et il accourt... Mon âme ne connaît pas l'aile maternelle de Dieu !
0 àme, dit la douce loi de la sagesse et de la bonté visible incarnée ! 0 âme, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants sous mes ailes, comme un oiseau rassemble ses petits! Mais tu ne l'as pas voulu!
Oui, j'ai pris l'habitude, non seulement de ne pas entendre le cri ordinaire de mon Dieu ; mais je repousse ses grands appels et ses surnaturels efforts ; j'ai tout foulé aux pieds, tout écrasé.
Oh ! alors viennent des temps où l'âme sera traitée comme Jérusalem. Jérusalem crucifie le Sauveur. Alors elle est frappée. L'épée ravage et détruit tout. Et son enceinte est vide, et elle est changée en désert pour des siècles ! Tout est-il donc fini? Pas encore ! — « Je vous « lassurc, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce u que vous disiez : Oh! béni soit celui qui vient « au nom de Dieu ! »
Oui, mon âme vide, mon âme ruinée, mon âme éteinte et dispersée, peut se rassembler et renaître. La solitude peut refleurir, et le désert se repeupler. Fatiguée de la mort, de la mort enfin bien connue, dégoûtée du mensonge enfin
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