‹ Commentaire sur l'évangile selon Saint MatthieuChapitre 39 sur 129 · JUI · texte numérisé non relu

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Je ne viens pas apporter la paix mais la lutte.

Qu'est-ce à dire? Le Seigneur vient de donner à ses apôtres ce conseil : Partout où vous entrez, commencez par dire : La paix soit avec vous, la paix soit avec cette maison. De plus il nous disait : Bienheureux sont les pacifiques, parce qu'ils seront enfants de Dieu : et lui, Fils éternel de Dieu, n'est-il pas la paix même : Et erit iste pax! Il est lui-même la paix. Qu'estce donc que cette guerre qu'il apporte?

Oui, certes, il est la paix et apporte la paix. Mais les hommes répondent par la guerre à la paix qu'il apporte et que transmet l'apôtre.

Il est lui-même la paix, et il met sur la terre le germe de la paix, mais la paix qui est la justice, qui est la vérité : toute iniquité se soulève et toute erreur s'agite.

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dans la vraie religion par la foi et la force du glaive? C'est ce qu'ont essayé les hommes, et cet essai a été la cause principale de la ruine de l'Église et de la décadence évangélique. Pourquoi? Parce que, si la vérité sans la charité n'est pas Dieu, mais une idole, comme on l'a si bien dit, il est vrai au même titre que la vérité sans la liberté n'est pas Dieu, n'est pas le Christ, mais une idole. Et certes, les peuples qui ont maintenu par la force et la loi le Credo littéral sur la surface de leur pays, ont laissé s'écouler par le fond l'esprit, la sève, avec la liberté. Que faire donc? Que ferons-nous, disciples de Jésus-Christ, apôtres de l'Evangile, quand, dans un siècle ou deux, nous aurons, par la lutte, par la science et la liberté, reconquis l'Europe et le monde? Dirons-nous : Maintenant plus de luttes : dormons dans la victoire? Et comment? Rétablirons-nous les bûchers? Détruirons-nous la liberté de la conscience, môme égarée? Non certes. Mais quoi! lorsque les hommes, après de si cruelles souffrances, de si affreuses ténèbres, et tant de ruines morales, tant d'âmes perdues et de siècles perdus, auront retrouvé la lumière, la certitude, la foi, la base vraie de la société et le principe réel du salut de chaque âme, laisserons-nous de nouveau pulluler l'hérésie, le doute, la négation

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pétuelle, ne compter sur le salut du peuple comme de chaque âme, que par la lutte persévérante jusqu'à la fin, contre toute erreur et tout mal : telle est la loi évangélique, telle est la loi expérimentale de la vie, tel est l'usage de cette épée céleste que Jésus-Christ apporte pour détruire la fausse paix.

Mais que dire sur les étranges mystères et le sublime devoir de la lutte domestique? Quelle est la force qui raffermira, bénira et glorifiera la famille, et par la famille l'individu, et la patrie entière par la famille? C'est la même force, savoir, l'épée du Christ, la confession permanente du Christ, le combat quotidien pour la justice du Christ. Le père doit aimer Dieu plus qu'il n'aime son enfant, et le fils doit aimer le Christ plus que son père lui-même. Par là seulement, les traditions d'iniquité ou d'imperfection sont rompues, et ne passent point du père au fils; parla seulement est possible l'éducation, et le perpétuel retranchement dans l'enfant parle père des germes toujours pullulants du vice et de Tégoïsme. Par là seulement l'amour saint, l'amour vrai est possible dans la famille. Par là seulement j * niant pur, tout angélique et idéal, réalise en esprit et en vérité ce que lui enseignent au catéchisme et à l'école les prêtres et les reli-

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en vérité. « Celui qui trouve sod âme », c'està-dire sa vie telle qu'elle est, s'y établit, et s'y repose, ets'ycomplait, « celui-làperd sonâme : « celui qui, au contraire, y renonce pour moi, « la trouvera. » En saint Jean cette règle évangélique fondamentale est exprimée ainsi : « Si « le grain de froment mis en terre ne meurt ( pas, il demeure seul; s'il meurt, il porte « beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la « perd, celui qui hait sa vie telle qu'elle est en « ce monde, la garde pour l'éternité ! « Ce commentaire de saint Jean dit tout. Effort et lutte perpétuels contre l'imperfection, l'infirmité de la réalité présente, pour arriver à la plénitude éternelle. Quiconque s'arrête, et se complaît en soi, et aime sa misère actuelle, celui-là perd sa vie. Celui qui sait et qui opère le sacrifice, c'està-dire le perpétuel renoncement à la limite présente, et à l'imperfection, et à l'obstacle séduisant, celui-là développe et glorifie sa vie, celui-là seul sort de i'égoïsme, celui-là seul sait devenir plusieurs en un, comme le grain mis en terre, qui meurt seul et renaît épi : celui-là seul est vraiment capable de la vivante et amoureuse pluralité de la famille, et de la féconde et libre pluralité sociale, et enfin de l'éternelle union des hommes entre eux et avec Dieu. Doue « qui renonce à sa vie la trouve ».

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