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partie des hommes voient sans voir, et entendent sans comprendre. Pouiquoi? Parce que leur cœur s'est épaissi, et qu'il est devenu de la boue. Ils ferment l'oreille'de la conscience, ils ferment les yeux de la raison, par mauvaise volonté, de peur de voir, de peur que leur cœur ne comprenne et ne soit transformé, et <jue le Christ ne les guérisse.
Il y a des hommes de bonne volonté et des hommes de mauvaise volonté. Et c'est là une des vérités oubliées de ce siècle. Il y a deux siècles, des sectes voulaient diviser le genve humain en deux groupes, radicalement et nécessairement séparés comme le bien et le mal; les uns perdus et réprouvés, les autres béatifiés et glorifiés par décret fatal, nécessaire et divin. Il est certain que la réaction des esprits contre cet horrible blasphème a dépassé les bornes. Aujourd'hui, on en vient presque à supposer l'égalité morale de tous les hommes, l'égalité des bons et des méchants ; comme les sophistes, en logique et métaphysique, ont annoncé l'identité du vrai, du faux, du bien, du mal, de l'être et du néant. Voici la vérité : c'est qu'il y a outre la masse flottante, deux groupes d'âmes séparées par un abîme : les unes vont vers la vie, commelesautresverslamort; les unesvers toute misère et toute laideur, les autres vers tout bien
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Quant aux hommes de bonne volonté, dont la conscience et la raison sont éveillées, ceuxlà ont des oreilles pour entendre, et il leur est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu.
Ici, l'Évangile dit un mot presque énigmatique : « Celui qui a, on lui donnera, et celui « qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il sem- « ble avoir. » Ce mot s'explique par cet autre mot du Seigneur : « Si vous ne me croyez pas « quand je vous parle des choses de la terre, « comment me croirez-vous quand je vous parie lerai du ciel ?» Si les merveilles de la création ne vous parlent pas, les merveilles de l'Evangile et de la divine révélation ne peuvent pas vous parler. Dieu nous instruit par deux discours, et cherche à semer dans nos âmes la vérité pardeux opérations, la création et l'incarnation. Il y a des hommes à qui ces étonnantes merveilles, savoir, l'existence du monde, l'existence de l'homme, l'existence de la raison , l'existence de l'amour, ne parlent pas. En face de ces éclatantes apparitions du Dieu puissant et bon, rien ne s'éveille dans leur âme; raison, conscience, amour, tout demeure enfoui. Voilà ceux qui n'ont rien. Et que voulez-vous qu'on leur donne ? la foi peut-elle venir là où ne se trouve pas la raison ? Ceux qui n'aperçoivent pas la terre, comment sauront-ils
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Vous pouvez maintenant comprendre la grande parabole du Semeur.
Comprenez donc la para* bole du Semeur.
Celui qui sème s'en vient semer. Et une partie delà semence tombe sur la route, et les oiseaux la dévorent aussitôt. Une autre partie tombe sur les pierres, et elle lève vite sous le soleil, mais se dessèche bientôt. Une autre tombe au milieu des épines qui l'étouffent. Une autre enfin tombe sur la bonne terre, et donne soixante et cent pour un. Toute la connaissance de l'âme, il me semble, est dans cette parabole.
Pour l'âme comme pour la terre, évidemment tout consiste adonner son fruit. Le fruit de l'âme, c'estle développement delajustice, de la vérité, de l'amour.
Les semences de la vérité, de la justice et de l'amour sont données parla main de Dieu, et continuellement versées sur l'âme, parle Père,
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âmes envahies par l'incessante poussière des inutilités, des vanités, ou salies parla boue du vice ! Hélas ! beaucoup de cœurs sont des chemins fangeux par l'habitude du vice ; beaucoup d'esprits sont des chemins battus et des surfaces durcies par le torrent des pensées vaines, des lectures inutiles, par la multiplicité des doctrines qui viennent les battre et les charger sans cesse.
En ces âmes la semence n'entre pas. Il n'y a pas d'entrée : il n'y a que de la surface. Pour ces âmes, la parole de Dieu est un grain de poussière comme un autre. Elles n'y soupçonnent rien. Et le tout est bientôt dévoré, au moindre choc du mal et de la tentation. Car un seul acte d'âme, contraire à Dieu, dévore les germes.
D'autres âmes ont très peu de cœur, de courage et de volonté : elles sont comme une imperceptible couche de terre sur le rocher. On pourrait lescompareraussià ces animaux inférieurs dont le centre et la masse est minérale, et qui ne sont eux-mêmes qu'une sorte de vernis vivant enveloppant la pierre. Il ya de telles âmes. Le cœur n'a pas été creusé en elles par la bonté, par la pitié. La volonté, la liberté, n'a pas été exercée parla lutte. Nulle profondeur et nulle racine. Très supérieures aux âmes qui ne sont que chemins battus par l'indifférence de toutes chosst
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grande de leur effort et de leur vie est donnée aux affaires qui passent : l'industrie, le commerce, l'administration des richesses, l'art luimême. Evidemment la poursuite énergique de la richesse, même honorable, étouffe de fait la vie de Dieu dans l'âme, quand elle n'est pas subordonnée aux conditions, encore très peu connues, de la consécration delà richesse. Mais l'art lui-même, l'art isolé, la science elle-même, étouffent parfois la divine semence. J'ai vu des prêtres , à force de poursuivre la science humaine , perdre la science de Dieu. Bien plus, j'ai vu l'étude de la théologie étouffer la piété. Il est toute une manière de traiter la science, l'art, la philosophie, la théologie même, qui étouffe toute semence du ciel, et rend la vie de Dieu impossible dans l'âme. Oh! si cette âme savait retrancher, sacrifier, consacrer, peut-être que demain Dieu viendrait habiter, vivre et grandir en elle ; peut-être serait-elle bientôt plus riche, plus savante, plus sage, plus poétique et plus philosophique qu'elle n'eût pu jamais devenir par la vieille voie : toutes ces choses lui seraient données par surcroît.
Mais qu'est-ce enfin que la bonne terre? C'est l'âme qui entend, qui comprend et pratique, et qui, par l'exercice et le travail, sait développer la semence du ciel; qui remplit tout
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sinon vous ne comprenez rien, ni le le cœur humain, ni l'histoire, ni le ciel.
Il ne leur parlait pas sans paraboles.
Le Fils de l'homme, pour révéler le mystère de l'incarnation et du royaume du ciel, se sert toujours des mystères de la création et de la vie du monde : Aperiam in parabolis os meum, eructabo abscondita a constilutione mundi. « J'ouvrirai ma bouche sous les formes « sensibles de la création, je montrerai les « vérités divines cachées sous la construction « visible de ce monde. » Oui, toute cette magnifique constitution du monde, qui fait l'enthousiasme et la joie des âmes, qui fit la joie de ma jeunesse, donne aujourd'hui encore une solidité granitique au détail de mes convictions. Dès que je veux remonter aux bases, lorsque le doute total, la tentation du tout on rien m'est proposée, soit au dedans, soit au dehors, je me recueille, et je regarde, et en
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et puis je la vois. Je bénis Dieu qui en a déjà posé le principe et le tout sur la terre, et qui, parmi les hommes, a mis le Fils de l'homme, principe de ce monde absolu, éternel, dont le monde visible présent est le support, la figure et la parabole.
Et je reprends mon Evangile, et je retrouve mon divin frère, et j'écoute ses paroles qui m'inondent de lumière et de joie.
Le principe est posé dans le monde, le ferment est mis dans la masse par cette femme qui a mis sur la terre le Fils de l'homme, et lui, divin ferment, saura s'étendre à tout le genre humain : Donec fermentation est totum. Le germe vit sur notre terre, et ce germe est bien le plus humble qui se soit jamais vu : un pauvre enfant dans une étable ; trente années de silence et de travail des mains ; puis un jeune homme qui parle à quelques hommes et dont on a recueilli les discours en dix pages; et tout cela en dehors des grandes monarchies d'Orient, et en dehors de la lumière et de la civilisation de Rome et de la Grèce ; tout cela dans un petit peuple pauvre, inconnu, méprisé. Eh bien, nos yeux le voient : ce germe, le moindre de tous, a produit, non pas un peuple, mais un monde, le monde chrétien, cet arbre sous lequel se reposent les oiseaux du ciel, et ces oiseaux du
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Mais l'histoire aussi est une lutte, et il y a manifestement un ennemi.
Dieu sème les hommes, et la semence est bonne, et ces hommes sont ou doivent être enfants de Dieu. Mais ils sont libres, ils ne peuvent devenir Fils de Dieu que par la liberté.
Sans liberté, ils seraient pierres ou plantes, ou animaux. Ce mystère, encore incompris, le plus grand des mystères, cet unique mystère, la liberté, est posé dans l'essence de leur être. Ils peuvent remonter vers le Père ou s'éloigner; ils peuvent haïr leurs frères ou les aimer. Dieu les pose et les constitue, et il leur donne sa loi; puis il les laisse à la liberté : la vie et la mort sont devant eux, ils auront ce vers quoi ils tendront la main; et tous ensemble sont les rois du monde, et presque les dieux de la terre. Ego dixi : Du eslis.
C'est eux qui sont chargés de diriger l'histoire. Et Dieu les laisse à leur liberté, et livre le monde à leurs luttes, au sublime drame de la lutte de la lumière et des ténèbres. On dirait qu'il n'intervient pas; parfois il semble sourd : l'ennemi marche, il s'avance et se multiplie, il égorge et il règne : Dieu semble aveugle et le ciel vide. Mais quoi ! ne l'avait-il pas dit, et ne le dit-il pas encore • C'est à vous de dompter le mal et de conquérir tout le #4obe à la lumière.
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froment et de l'ivraie, moi qui dois lutter chaque jour pour chasser le mal et l'erreur, qui sens en moi comme un autre homme vil, pervers, menteur, lequel renaît toujours quoique souvent dompté, ne serais-je pas un jour délivré du contact de cet ennemi domestique, qui paralyse, depuis mon enfance, mes meilleures forces? Oui, je l'espère, j'en serai délivré, et l'idéal de beauté morale absolue que j'entrevois sans cesse sans l'atteindre jamais, je l'atteindrai... si toutefois je le poursuis avec persévérance jusqu'à la fin. Il en sera de même de tout le genre humain. Tous les bons cœurs, tous les hommes de bonne volonté, dans la consommation des choses, seront enfin délivrés des odieux et pervers destructeurs de l'amour, qui depuis l'origine ont maculé l'histoire et corrompu les siècles, et couvert notre belle demeure de larmes et de sang. L'immense effort des bons et l'écrasant travail des masses souffrantes et pauvres, était paralysé, arrêté et foulé aux pieds par les cruelles et incessantes coupures de la perversité, par les scandaleux interstices de misère et de ruine que ne ces" sent pas d'intercaler la bassesse et le lâche égoïsme des hommes de joie et des hommes de proie.
Eh bien! comme il y a des moments où les
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