‹ Commentaire sur l'évangile selon Saint MatthieuChapitre 81 sur 129 · POD9M · texte numérisé non relu

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19. « Honore ton père et ta mère, et aime « ton prochain comme toi-même. »

20. « Le jeune homme répondit: Tout cela, « je l'ai pratiqué dès ma jeunesse; que me « manque-t-il encore? »

21. « Jésus lui dit: Si vous voulez être par- « fait, allez, vendez tout ce que vous avez et « donnez-le aux pauvres, et vous aurez un tré- « sor dans le ciel. Et puis venez et suivez- « moi. »

22. « Entendant ces paroles, le jeune homme « s'en alla tout triste, car il avait de grands « biens. »

23. « Et Jésus dit à ses disciples: Je vous le « dis en vérité, il est bien difficile qu'un riche « entre dans le royaume des cieux. »

24. « Je vous le dis encore: un câble passe « plus facilement par le trou d'une aiguille « qu'un riche n'entre dans le royaume des « cieux. »

25. « Très étonnes de ces paroles, les dis- « ciples lui dirent: Oui donc pourra être « sauvé? »

26. « Jésus, fixant les yeux sur eux, leur « dit: Pour les hommes, ceia est impossible; « mais tout est possible avf-c Dieu. »

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rères bien-aimés, comprenez la profondeu de oute cette suite évangélique. Jésus parle d l'union des hommes entre eux et avec Dieu, et i dit: « Que si deux d'entre vous sont unis suri « terre, quoi qu'ils demandent, cela leur ser « fait par mon Père, qui est dans le Ciel, ca « lorsque deux ou trois sont unis en mon nom « je suis au milieu d'eux!... » Après avoi posé cette loi générale de la vie et l'avoir appli quée à l'Eglise, à rassemblée de Dieu, à l'en semble du genre humain, voici qu'il l'appliqu au mariage, sublime mystère d'union. Apre quoi il l'applique à un autre mystère d'unio: plus grand encore!

Les Pharisiens s'approchentdeluipourle ten terct luidemandent : « Est-il permis à l'homme « pour quelque raison que ce soit, de renvoyé « sa femme? » Jésus répond : « N'avez-vou « jamais lu que celui qui a créé l'homme, le « a faits homme et femme, et qu'il a dit

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nière magnificence et de la plus merveilleuse étendue ! On peut tout lire, à peu près tout, — si Ton sait lire, — dans le mystère et le sanctuaire de la famille.

Non, ils ne sont pas deux, mais ils sont une seule vie! Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Etre plusieurs en une seule vie, — ceci pris dans son plus haut sens, — voilà la religion. Qu'ils soient un, ô mon Père, comme nous sommes un! Qu'ils soient un avec nous, ô mon Père, eux en nous et nous en eux. Que les personnes humaines et les personnes divines arrivent à n'être plus qu'une vie, éternelle et divine.

Toute la nature retentit ici, je le sens; je le sais, et répond en flot d'harmonie, dans tous les sens, à ces paroles. Je pourrais dérouler ici toutes les lois connues de la nature, de l'éternelle géométrie, de la lumière, et toutes les lois des corps vivants, toutes les lois de l'amour, et toutes les lois des sociétés. Mais je ne puis tout dire à propos de chacune des paroles de mon Maître. Chacune implique en effet tout, et je sais, ô mes frères, qu'aujourd'hui plusieurs d'entre vous entendent déjà ces harmonies. Mais revenons à notre texte.

Relever, sanclilicr, consacrer de nouveau la famille, écrasée et foulée aux pieds de tous cô-

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Et Jésus-Christ leur dit : *< Tous ne le corn- « prennent pas, mais ceux-là seuls auxquels « Dieu donne de le comprendre. » Il est de* hommes sans virilité : il en est qui ont été mutilés par les hommes ; mais il en est qui se fon vierges pour le royaume du ciel. Que celui-là entende, qui sait entendre !

Et en même temps on lui présentait des enfants que ses disciples repoussaient. « Laissez « ces petits enfants, dit le Seigneur; ne les « empêchez pas de venir à moi, car c'est à ceus « qui leur ressemblent qu'appartient le royaume « du ciel. »

Et j'ai l'ensemble de la doctrine sur le mariage et la virginité, si, à ce qui précède, j'ajoute le dernier verset du présent chapitre, que voici : « Quiconque, pour l'amour de moi, quittera « sa maison ou ses terres, ses frères, ses sœurs, « son père, sa mère, sa femme ou ses enfants, « celui-là recevra le centuple et aura la vie éter- « nelle. » Et il faut bien entendre que l'on recevra le centuple dès cette vie même. C'est ce que dit saint Marc. Le centuple, dit-il, maintenant et en cette vie même. Centies tantum, nunc, in tempore hoc.

Frères bien-aimés, écoutez avant de juger, voici le sens de cette doctrine. Oui, je l'ai dit, voici un autre mystère d'union, plus sublime

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comprenez donc ceci : oui, pour l'homme purement animal, qui ne sait développer en lui ni Dieu ni l'homme; pour cet homme, il estvrai, l'indissolubilité sainte est un joug qui n'est pas tolérable. Et c'est pourquoi, pour ces cœurs en germes, durs et fermés comme des noyaux, la loi même a voulutolérer, dans le vieux monde, sous l'antique décadence, dans les siècles d'animalité, la multiplicité successive ou simultanée des unions entre l'homme et la femme. Mais les ténèbres du vieux monde ont fait place à l'aurore du monde régénéré, etles hommes peuvent et doivent aujourd'hui développer en euxmêmes l'homme et Dieu.

Eh bien! n'y a-t-il dans ceux qui s'unissent que la vie à peu près animale? L'amour alors ne dure que peu d'années, après lesquelles il n'y a plus qu'un joug affreux! Mais y a-t-il, dans les deux époux, la noble vie humaine, la vie de la raison et de la liberté, développée en sagesse, en vertu? Certes l'union alors peut durer jusqu'au dernier jour. Mais y a-t-il dans les deux âmes la vie de Dieu? L'union aussi est alors divine, et devient éternelle comme Dieu.

Comprenez-vous maintenant ceux qui, le temps favorable venu, se recueillent dans la chasteté, et grandissent en sagesse, en lumière, eu activité, et s'élèvent, entre époux, à l'union

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timent sans lumière aurait tant d'égarements? Est-ce que la lumière sèche, abstraite et orgueilleuse, pourrait si facilement décomposer et pervertir l'esprit humain, si l'abrupte séparation des deux formes intellectuelles n'était pas l'une des traces de la chute, que l'Evangile n'a pas encore assez guérie? Est-ce que l'union divine et religieuse des âmesn'est pas elle-même la plus grande ressource du monde, ressource encore si peu connue? Est-ce qu'il n'y a pas peut-être une grande révélation sur l'avenir du monde dans ces paroles des Actes des apôtres : « Et les apôtres persévéraient dans la prière, « comme une seule âme, avec les femmes et « avec Marie mère de Jésus ; et c'est alors que « tous ceux-là étant ensemble, en une seule « âme et en un seul lieu; » c'est alors que le Saint-Esprit descend sur le cénacle, et remplit chacune de ces âmes, et met sur chacune de ces têtes, d'homme et de femme, les flammes du Saint-Esprit. Et c'est alors qu'ils parlent toute langue humaine, et que le chœur apostolique se répand sur le monde entier.

Etmaintenant, si vous comprenez le mariage et ses degrés d'union, vous comprenez la virginité.

lv;outez-bien : la masse des hommes, plongée dans l'animalité, a comme refusé jusqu'ici

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venir ces petits enfants et dit : Oui, le ciel est pour ceux qui ressemblent à ces enfants. Ressembler toute sa vie à l'enfant par sa virginité, c'est ce qu'a fait le Christ, c'est ce qu'a fait Marie, c'estcequ'a fait saint Jean et après eux des multitudes.

Mais qu'appelez-vous donc quitter père et mère, frère et sœur, pour le Christ et pour l'Evangile? Cela signifîe-t-il renier, abandonner, ne pas connaître, ne pas aimer? Certes ce serait la violation même du commandement et de la loi primitive de Dieu. Quitter pour Dieu et patrie et famille, c'est poser sa liberté en Dieu, c'est prendre Dieu même pour principe de sa vie personnelle ; c'est sortir de cet état très imparfait où l'individu, presque sans existence propre, est englué dans la famille, comme le polype qui fait masse avec sa tribu, et qui n'est pas un corps vivant distinct.

Prendre sa consistance propre et personnelle en Dieu, poser dans la raison, dans la justice, le principe de sa vie, laliberté de sa vocation, c'est le devoir de l'homme. Cela désunit-il? Mais où donc y a-t-il union vraie, sinon là où se trouve distinction libre des personnes? Où donc écrasement mutuel, sinon là où ne se trouve point la liberté de personne à personne?

Le christianisme est venu donner à tout

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