‹ Commentaire sur l'évangile selon Saint MatthieuChapitre 85 sur 129 · La p · texte numérisé non relu

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Mais ces émulations et ces rivalités, dira quelqu'un, sont-elles dignes du ciel? Ces inégalités et ces degrés de gloire, et ces privilèges des élus, est-ce là l'éternelle justice ?

0 frères! ne jugez pas avant d'avoir compris. Oui, c'est bien là l'éternelle justice et le ciel.

Et d'abord la vie éternelle, c'est l'union consommée des êtres humains entre eux et avec Dieu! C'est la vie commune avec Dieu, et avec cette multitude bienheureuse de frères, de sœurs, de mères, d'enfants, qui sont donnés à ceux qui ont travaillé pour le ciel.

Mais, dites-moi, ne voulez-vousplus de diversités dans le ciel, et les âmes auront-elles la similitude des perles d'un collier? La femme sera-t-elle l'homme? L'homme sera-t-il la femme? L'éternel caractère sacerdotal sera-t-il effacé? Et pourquoi? Y aura-t-il au ciel envie et jalousie? Quand sur la terre des enfants applaudissent un rival couronné, n'y a-t-il pas souvent^

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« l'élection (1). » Ainsi parle le prince des apôtres.

Quoi! les plus nobles des hommes, depuis l'origine de l'histoire, remuent le monde pour ces deux passions, gloire et amour, et cette inspiration dont on abuse, nul ne saurait en comprendre le sens et en pratiquer la grandeur î

Et vous croyez que ces deux forces magnifiques n'ont pas d'application sainte et sacrée. Mourir pour ceux qu'on aime, comme Jésus- Christ, n'est-ce pas là la gloire, et cette gloire ne sera-t-elle pas éternelle? Travailler, et lutter, et mourir, pour la justice, la vérité, le salut des hommes, la conquête entière de ce globe à la vie, et, par amour, opérer des prodiges de valeur, des merveilles d'intelligence, répandre des étincelles de lumière et de feu, pour dompter les ténèbres, le mal, la mort, qui écrasent tous les jours nos pauvres frères, nos sœurs, nos mères, et nos enfants! N'est-ce pas là la gloire?

La gloire donc n'est-elle pas le devoir et le besoin de l'àme, et si vous avez glorieusement agi. ô mon frôre, pouvez- vous donc nous empêcher de vous aimer pendant l'éternité, et de

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s'accélèrent dans une étonnante proportion. Dans le progrès du monde, le travail actuel est toujours beaucoup plus fécond et mieux récompensé que tout le travail du passé. Les autres ont labouré et ont semé. Nous, nous entrons dans leurs travaux.

Les hommes du prochain siècle de lumière, de foi, dejustice et de liberté, sauront cela! Les plus jeunes recueilleront l'héritage des aînés. Et ces derniers deviendront les premiers et les plus avancés.

Ainsi, nous, les derniers venus, nous sommes «en effet les premiers.

Puis il y a cette grande loi de l'histoire : le genre humain s'avance par flots; chaque flot qui vient de s'élever s'abaisse, le flot qui vient de s'abaisser s'élève. Relisez ce que dit saint Paul de rabaissement des Juifs, de l'élévation des Gentils, et puis, après un cycle, les Juifs devront encore se relever Les races s'épuisent! il faut des croisements et des renouvellements : vieux monde romain, nouveau monde barbare! •Ce dernier maintenant est vieux; comment donc le renouveler?

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denrs dans le monde dont il est le roi. « Vous « savez, leur dit-il, que les rois des nations les « dominent, et les grands tiennent les autres « en leur pouvoir. Il n'en sera pas ainsi parmi « vous; mais quiconque voudra être grand « parmi vous, qu'il soit votre ministre, et que « celui qui voudra être le premier, soit votre m serviteur. »

« C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, « non pour être servi, mais pour servir, et « pour donner sa vie en rachetant ces multi- « tudes. »

Oui, Maître bien-aimé, ici encore vous êtes toujours visiblement Dieu enseignant. C'est la transformation du monde, la régénération des âmes et de là société humaine, que vous posez en ces quelques paroles avec cette simple et divine profondeur.

Est-ce que les hommes ne comprendront jamais l'Evangile, et ne verront pas clairement, presque à chacune de vos paroles, que vous êtes Dieu?

En ce temps, et dans cette Judée, devant ces Pharisiens, et cette pauvre foule, et ces quelques ouvriers ignorants, vos disciples, dire ces immensités, ces incompréhensibles nouveautés; les poser avec cette simplicité de sagesse absolue et cette tranquillité de toute puissance; les

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Dieu seul connaît, si les hommes reviennent de tout cœur à l'Evangile, pour le comprendre et l'observer mieux qu'ils n'ont fait jusqu'à présent.

« Quant à ce jour et à cette heure, le Père « seul en a connaissance : » c'est ce que répond Jéi?us-Christ, nous le verrons plus bas (xxiv, 36), à ceux qui lui demandent : Dites-nous quand ces choses arriveront. Il est absolument impose sible de rien prévoir sur le temps de la consommation du monde, ni sur l'époque des grands triomphes de l'Evangile dans notre humanité.

J'avoue que depuis peu de temps, à la vue des mmenses désastres moraux, des rechutes intel" lectuelles, des déshonorantes décadences qui viennent aujourd'hui même (1) déjouer les calculs des amis de l'humanité, à la vue vraiment effrayante du retour des hommes, par grandes masses, vers l'animalité, j'avoue qu'il me faut rassembler toute ma foi pour maintenir mes espérances. Eh bien! je les maintiens, mais différées d'un nombre indéfini de siècles. Et je comprends mieux que jamais qu'il en est du bel avenir comme de la vue des belles montagnes. Les enfants croient que l'on y touche; mais les hommes savent qu'elles sont toujours plus loin qu'on ne les voit.

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