‹ Commentaire sur l'ExodeChapitre 13 sur 45 · Voyage de Succoth à Etham · texte numérisé non relu

Voyage de Succoth à Etham

17,18. Si les [sraélites avaient pris le chemin le plus court, ils auraient pu arriver au pays de Canaan en 9 à 6 jours. Mais Dieu voulait ne les y introduire qu'après une longue préparation; il était nécessaire que leur foi fût éprouvée et affermie par de nombreuses expériences avant qu’ils fussent appelés à se mesurer avec un peuple aussi guerrier et aussi puissant que les Cananéens. C’est ainsi que Dieu proportionne toujours nos épreuves à nos forces. Voyez [I Cor. 10 : 13. — Au verset 18 il faut traduire : « Du côté du désert, vers la Mer Rouge. » — La traduction « en armes » (Ost. Mart.) n’est probablement pas exacte ; il est peu probable que les Israëlites fussent (au moins pour la plupart) pourvus d’armes à leur départ, l'expression de l’original signifie seulement «en bon ordre, préparés. »

19. L’exécution de l’ordre donné par Joseph (Gen. 50 : 24, 25) relativement à sa dépouille mortelle, fut de la part des Israëlites tout à la fois un acte d’obéissance et un acte de confiance aux promesses divines, qui leur assuraient la possession de Canaan. — Dans l’hébreu les verbes « jurer » et « visiter » sont redoublés, afin d'exprimer, dans le premier cas, l’insistance du patriarche, dans le second, la certitude de l’accomplissement.

20. « Succoth » voyez 49 : 37. — « Etham » était au sudest de Succoth, non loin de l’extrêmité septentrionale de la Mer Rouge. Ce « désert » est celui qui était appelé « désert d’Etham » (Nomb. 33 : 8) et ailleurs « désert de Sur » (Ex. 15 : 29) ; il séparait l'Egypte de l’Arabie.

21,22. Cette nuée, en forme de colonne, protégeant pendant le jour contre l’ardeur du soleil, donnant de la lumière pendant la nuit, et indiquant en tout temps la route qu’on devait suivre, était un immense bienfait pour les Israëlites appelés à traverser des contrées inconnues et en partie inhabitées. Voyez Ps. 78 : 14 ; 99: 7 ; Néh. 9:19. — « L’Eternel était dans la nuée » doit être expliqué par 14: 19 ; Dieu

était représenté par son Ange (l’Ange de l’Eternel), dont la nuée indiquait la présence et était en quelque sorte l’habitation. — C'était pour les enfants d'Israël un grand privilége d'être ainsi guidés dans leur voyage à travers le désert ; mais n'oublions pas qu’en tout temps Dieu conduit les fidéles par sa Parole, par son Esprit et par les directions de sa providence. Soyons attentifs à ces signes et suivons-les avec docilité ! \

CHaP. XIV. — 1-4. Dieu ordonne aux Israëlites un nouveau détour ; la prudence leur eût conseillé de ne pas s’avancer autant vers le sud; mais, plus le péril était grand et plus aussi la gloire de Dieu devait être manifestée dans la délivrance. — « Pi-Hahiroth » nom qui paraît composé de deux mots, l’article égyptien et un nom propre. Ce lieu était peut-être sur l’emplacement où l’on a trouvé de nos jours un fort du nom « d'Hagiroud », à 4 lieues au nord-ouest de Suez, sur la route suivie par les caravanes qui vont du Caire à la Mecque. La position des deux autres lieux est plus difficile à déterminer. « Migdol » se trouvait probablement un peu au sud de Pi-Hahiroth, et « Baal-Tsephon » au sud-est de Migdol. — Le premier verbe du verset 3 et les deux premiers verbes du verset 4 sont au passé dans l'hébreu, (il a dit «j'ai endurci », «il a poursuivi »); nos versions les ont mis au futur , ce qui se justifie en admettant que c’est le passé prophétique (voy. explication de 8 : 23) ; mais on peut aussi lui laisser sa valeur ordinaire, en supposant que lorsque ces paroles furent adressées à Moise , Pharaon s’était déjà mis à la poursuite des Israëlites. « J’ai rendu obstiné le cœur de Pharaon ; » voyez explication de 4 : 21. Pharaon avait paru renoncer à toute résistance ; mais son cœur n’était point réellement changé, et à peine l’impression produite par la mort des premiers-nés est-elle un peu affaiblie, qu’il reprend ses sinistres projets. C’est là l’histoire de beaucoup de bonnes résolutions prises dans un temps de danger, de maladie, etc. — « Je serai glorifié » expliqué par 9 : 16.

5-7. L'Egypte était renommée par sa richesse en chevaux (I Rois 10 : 28) ; ils avaient en partie échappé à la destruction de 9 : 6, probablement parce qu’ils se trouvaient dans les écuries — « chariots d'élite » c’est-à-dire : préparés pour la

guerre. — À la fin du verset 7 il faut probablement traduire: «et des guerriers sur tous. »

8, 9. « À main levée, » c’est-à-dire, hardiment, ouvertement, en triomphe.

10-12. La position des Israëlites était en effet très dangereuse ; ils se trouvaient enfermés, du côté de l’orient par la Mer Rouge, au sud et à l’occident par des montagnes, enfin au nord par les Egyptiens qui fondaient sur eux. Ils se montrent tout éperdus, murmurent contre Moïse (et sans doute aussi contre Dieu), parce que leur foi a faibli et qu'ils ont perdu de vue les promesses. Leur conduite était sans doute très répréhensible (Ps. 406 : 7) ; cependant , si nous avons quelque connaissance de nos propres cœurs , quelque souvenir de nos propres défaillances , nous nous garderons de les juger trop sévèrement. —- Les paroles mentionnées au verset 12 peuvent avoir été prononcées dans les circonstances indiquées par 9 : 21 ; 6 : 9.

13, 14. Moïse cherche à faire pénétrer dans les cœurs la

confiance en Dieu dont il est lui-même rempli. — « Arrêtezvous » (Ost. Mart.) ; plus exactement: « restez en place » (au lieu de chercher votre salut dans la fuite). — La fin du

verset 13 n’est pas rendue assez énergiquement par nos versions ; il y a: € vous ne les verrez plus, éternellement. » — Le second verbe du verset 14 doit se rendre par l'impératif (« gardez le silence » c’est-à-dire: cessez de murmurer), non par le futur (versions ordin.).

15-18. Au commencement du verset 15 la traduction : € l'Eternel avait dit à M. » (Ost. Mart.) n’est pas exacte ; il faut « dit à Moïse, » car lorsque Moïse avait parlé au peuple (13, 14) , il n'avait pas encore reçu de Dieu cette révélation au sujet du moyen par lequel la délivrance devait s’opérer. — Les versets 17, 18 sont la répétition du verset 4.

19, 20. « L’Ange de Dieu » voyez explication de 13 : 21. — La nuée était lumineuse du côté des Israëlites, sombre du côté des Egyptiens. — D’après la tradition juive cette nuit mé- . morable était celle qui suivit le 21e jour de Nisan, donc le septième du voyage.

21, 22. Le passage des Israëlites à travers la Mer Rouge est un fait miraculeux ; de nombreux passages de l’Ecriture

le représentent comme une intervention directe de la puissance de Dieu pour délivrer son peuple (voy. Ps. 78 : 43, 106 : 9; Esa. 51 : 10, etc.). Les théologiens rationalistes ont fait de grands efforts pour dépouiller cet événement de son caractère miraculeux et pour l'expliquer par l’action de moyens ordinaires, mais la plupart de ces explications soulévent des difficultés qui ne sont guère moins considérables que le miracle, tel que Moïse le raconte. On ne peut pas attribuer la séparation des eaux à la marée, qui n’aurait eù pour effet que de les jeter d’un seul côté. — Le passage de la Mer Rouge par les Hébreux est resté gravé dans le souvenir des peuples ; on en trouve des traces dans les ouvrages de plusieurs anciens historiens, comme Diodore de Sicile, Strabon, Manéthon, etc. — Pour les Israëlites eux-mêmes cet événement fut l’un des plus importants de leur histoire , le couronnement de leur délivrance, la rupture du dernier lien qui les rattachait à l'Egypte, le commencement de leur existence comme peuple indépendant. Aussi est-ce avec raison que nos saints Livres en font souvent mention et que St.-Paul le représente comme un type du baptême qui nous fait entrer dans une vie nouvelle, nous transporte du royaume de Satan dans celui de Dieu‘. I Cor. 40 : 4,2. « Nos pères ont été baptisés POUR Moïse dans la nuée et dans la mer ?. » Mais le sens de ces paroles n’est pas épuisé, en disant que St.-Paul voit dans le passage de la Mer Rouge un type du baptême ; le contexte donne à entendre que ce passage ne fut pas pour les Israëlites un simple fait extérieur, mais qu'il fut accompagné d’une crise intérieure, d’un renouvellement moral, analogue à la nouvelle naissance. — On n’a pas réussi à déterminer avec certitude la localité où eut lieu le passage. Quel-

Le passage de la Mer Rouge est également présenté comme un type du baptême dans plusieurs anciennes liturgies, et parmi les modernes dans celle de l’Eglise Anglicane.

? Nous avons traduit ce passage aussi littéralement que possible. L’apôtre veut dire que par leur passage à travers la mer (qui avait été précédé d’une sorte de passage à travers la nuée, vers. 19, 20 de notre chapitre), les Israëlites furent confiés à Moïse, placés sous sa direction, ils lui furent remis comme à leur conducteur unique pour le reste du voyage, de même que par le baptême nous sommes consacrés à Jésus-Christ comme à notre Sauveur et à notre Maître. Nos traductions ordinaires « par Moïse ». (Mart.) « en Moïse » (Ost.) ne rendent pas exactement la pensée de St.-Paul.

ques-uns pensent que ce fut près du cap Attaka, dans un endroit où la mer a environ 6 lieues de large. — Le vent d'Orient eut pour effet de refouler les eaux, de manière à ce qu’elles s’amoncelèrent à la fois au nord et au sud. Mais lors même que les Hébreux voyaient devant eux un espace libre où ils pouvaient marcher à sec, encore fallait-11 de leur part et de la part de Moïse un acte de foi très énergique pour s’y engager. Comp. Hébr. 41 : 29.

93-99. Ce qui était de la part des Israëlites acte de foi, parce qu'ils pouvaient s’appuyer sur une promesse divine, n’était de la part des Egyptiens que témérité et orgueil. — Les Hébreux partageaient la nuit en trois veilles (divisions), la première du coucher du soleil à 10 heures, la seconde de 10 heures à 2 heures du matin, la troisième (celle dont il s’agit ici, la « veille du matin ») depuis 2 heures jusqu’au lever du soleil. — Comment l'Eternel était dans la colonne de feu ( vers. 24) a été expliqué à l’occasion de 13 : 21. — Plusieurs commentateurs, à commencer par l’historien Josèphe, pensent que Dieu fit éclater un orage qui contribua à porter la terreur et le désordre dans le camp des Egyptiens ; cette supposition paraît confirmée par Ps. 77 : 17-19 ; cette action de Dieu est peut-être indiquée par « il regarda » (vers. 24). — Le commencement du verset 25 peut s'expliquer par la supposition que, dans la confusion produite par les ténèbres et par l’orage, les chariots se renversèrent et que leurs roues se brisérent. — Au verset 27 le texte porte « à Papproche du matin la mer revint à son état ordinaire. » A la fin de ce même verset le verbe que nos versions rendent par « jeter » est plus énergique encore, il signifie « secouer. »

30, 31. Ce jugement terrible sur les Egyptiens, type et avant-coureur, de tous les jugements exécutés sur les rebelles et de ceux qui sont encore à venir , dut produire une profonde impression sur les Israëélites qui en furent témoins et fortifier puissamment leur foi aux promesses divines et leur considération pour Moïse leur conducteur.

Cap. XV. — Nous avons jugé opportun de donner une traduction des 19 premiers versets de ce chapitre, parce que les versions ordinaires ne font pas assez ressortir le caractère

éminemment poëtique de ce morceau, particulièrement le parallélisme des mots et des idées. « La poésie des Hébreux n'avait ni rime, ni quantité, ni césure , et semble avoir répondu à notre prose poétique. Une sorte de cadence marquée, mais non régulière , y règne à peu près constamment ; elle est due, soit au choix d'expressions et de désinences particulières au style poétique, soit surtout à la symétrie des hémistiches ou des périodes. Cette dernière qualité (nommée ordinairement le parallélisme) est tellement dominante dans la poésie hébraïque qu’elle suffirait à la caractériser. » (Commentaire sur l'Exode par le grand-rabbin Wogue, p. 132, 133). Voir les explications sur la poésie hébraïque dans mon Commentaire sur les Psaumes [, p. 34-38 et dans celui sur la Genèse p. 47.

1. Alors Moïse et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique à l’'Eternel, disant :

Je veux chanter l'Eternel !

Car il s’est montré grand, très grand,

il a jeté dans la mer cheval et cavalier.

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